T. IE
nues, qui porte une longue croix de bois sur un coussin. Quand on fait le jeu , l'enfant, accompagné d'un ange, appuye sa croix à terre.
À ses côtés sont quatre diables cornus , revètus de pantalons à flammes rouges. Trois de ces diables poursuivent la petite âme , tandis que le quatrième s'acharne contre l'ange. L'ange et la petite âme sautent comme pour fuir, sans cependant abandonner la croix ; mais au troisième coup, le jeu finit, et l’ange saute de joie d'avoir sauvé la petite âme.
» La troisième scène représente l’adoration du veau d’or. Moïse y paraît, avec une longue barbe , et les deux rayons qui le caractérisent, ayant à ses côtés le grand-prètre et trois ou quatre Juifs, dont le plus apparent porte le veau d'or, au bout d’un bâton. Cette scène s'appelle de jeu du chat, parce que, pour la terminer, un des Juifs jette en l'air, aussi haut quille peut, un chat enveloppé dans une toile : puérilité, qui ne peut être qu'une addition de fraîche date.
» La reiné de Saba vient ensuite, richement costumée, avec trois dames d’atours, qui tiennent chacune une coupe d'argent à la main; elle va visiter le roi Salomon. Un danseur , lestement habillé, ayant aux jarretières quantité de grelots, porte devant elle, au bout d'une
épée, un petit chapeau de carton, surmonté de girouettes en clinquant. Ce danseur s’agite en cadence, au son d'un air de la composition du roi Réné , et fait avec son épée trois saluts, auxquels Ja reine répond par un signe de tête. Celle-ci, de son côté, suit la mesure , les mains sur les hanches. Après le troisième salut, les trois dames d’atours forment une danse entre elles. . | » Les rois mages, qui marchent après, ont chac un un page , coiffé en pain de sucre. Leurs mouvemens sont dirigés par une étoile que porte, au bout d'une perche, un homme en robe blanche ; un des pages, après avoir salué l’étoile , en se dandinant, fait un grand sant, et se retourne pour exécuter le réguineau , mouvement des fesses très-rapide, que les deux autres pages ne tardent pas à imiter. Cette scène s'appelle {a belle étoile. . |
» Le jeu des tirassouns, c'est-à-dire, des enfans qui se trainent, représente le massacre des innocens, ordonné par Hérode. Ce prince a pour cortése un enseigne, un tambour et un fusilier. Au bruit d'un coup de fusil, sept à huit enfans, revêtus de chemises de ioile écrue, se laissent tomber par terre en courant en cercle , souvent jusque dans le ruisseau.
» Dans la scène suivante, paraît Judas, avec
la bourse de trente deniers; puis, saint Paul, l'épée à la main, et les apôtres sur deux files,
avec les évangélistes. Quand on fait le jeu , tous
s'arrêtent pour laisser passer Judas, qui donne
le baiser à Jésus-Christ.
» Outre la dalmatique ornée de rubans, Chacun a ses attributs qui le caractérisent.
Saint Pierre porte des clefs, saint André une,
croix, saint Jacques des coquilles. Le plus sin- .
gulier est de voir saint Luc, avec la tête d’un bœuf , et saint Marc avec celle d’un lion. Saint Jean le précurseur a pour vêtement une peau de mouton; et saint Simon, en chape et en mitre, porte de la main gauche un panier d'œufs, tandis qu'il distribue des bénédictions de Ja droite.
» À ces entremets succèdent trois ballets.
Dans le premier, huit à dix jeunes gens sautent en cadence, le corps passé dans un cheval de carton. On appelle ce ballet es chevaux fringans.
» Le second est celui des danseurs, en corset, culotte, bas et souliers blancs, coiffés d'un casque à panache , semé-de diamans faux. Tous leurs pas se terminent par un rigodon.
» Le troisième ballet est figuré par les £eigneux , emblèmes des lépreux de l’évangile, revêtus de ces tabliers à franges dont on couvre.
le poitrail'des mulets. Tous ont la tête rase. L'un d’eux porte un grand peigne, l’autre une brosse , le troïsième des ciseaux, et le quatrième, coiffé d'une vieille perruque, évite tant qu'il peut la rencontre de ses corpagnons.
» Saint Christophe, qui vient après, porte sur l'épaule droite le Sauveur du monde. Un crocheteur fait mouvoir ce mannequin, haut de neuf à dix pieds, dans lequel il est ren-
‘fermé.
» Enfin, une figure noire, avec des ossemens de squelette, représente la mort, dans l’action d'un faucheur.
».Ces scènes allégoriques avaient originairement pour prélude divers exercices imités de la chevalerie, où figuraient avec pompe la basoche , le prince d'amour, et l'abbé de la ville.
» La veille de la fête, on exécutait un pas d'armes. Le même jour, se faisait une cérémonie appelée le guet. La renommée en ouvrait la marche. Un porte-drapeau venait après, avec les chevaliers-du guet, précédés et suivis de tambours ; puis lé duc et la duchesse d'Ürbin (1), vêtus de rouge et montés sur des ânes,
(3) Un duc d’Urbin avait été défait au premier choc, en
Momus à cheval, Mercure et la Nuit, Pluton et Proserpine , Neptune , une troupe de Faunes et de Dryades, Pan et Syrinx, Bacchus, Mars et Minerve, Apollon et Diane, Saturne et Cybele, an grand char portant Jupiter, Junon, Vénus et Cupidon ; enfin les trois Parques à cheval, pour rappeler que les plaisirs et les grandeurs ont leur terme... » |
— On faisait encore, en 1778, la fameuse procession du Jeudi-Saint, établie à Perpignan dans le quatorzième siècle. C'était, dit l'éditeur des J’oyages en France (1), l'une des plus insignes folies de ce genre.
Cette procession , qui durait depuis dix heures du soir jusqu'à quatre heures du matin, parcourait presque toutes les rues de la ville, et entrait dans plusieurs églises, qui toutes étaient richement illuminées. Deux trompettes et un porteenseigñe, habillés de rouge, en faisaient l'ouverture ; on voyait ensuite deux bannières noires , ou étaient peints les instrumens de Îa passion, portées par deux pénitens noirs ; un
RS 1461 , en combattant contre le. duc de Calabre, fils du roi Réné. ( Notes au voyage en Provence, tome II des
Voyages en France et autres pays, page 228. ) (1) Tome IT, p. 231.
grand nombre de pénitens suivaient, avec des. . Cierges de cire rouge.
Les confréries de diverses couleurs étaient séparées par les mystères. On appelait ainsi la représentation de divers objets, relatifs à la passion de Jésus-Christ, exécutés en sculpture ou en reliefs de grandeur naturelle, et portés sur des brancards par les pénitens. Le premier mystère peprésentait le jardin des Olives ; il appartenait aux jardiniers. Les menuisiers por- . taient la flagellation ; les procureurs, le couronnement d'épines. Le quatrième mystère, qui représentait l’ecce homb, appartenait à la noblesse ; 1l était toujours accompagné d’un plus grand nombre de flambeaux. . 4
Venait ensuite le porte-croix , qui figurait . Jésus-Christ montant au Calvaire ; il était précédé d'un grand nombre d'ecclésiastiques en soutane, accompagné d’un chœur de musiciens, escorté de cinquante soldats vêtus à la romaine. Simon le Cyrénéen marchait derrière , avec trois filles de Jérusalem, vêtues de noir, dont Vune représentait sainte Véronique, portant un mouchoir où était empreinte la fàce du Sauveur. Saint Jean suivait, une palme à la main , accompagné de la Sainte Vierge et de la Madeleine.
Dans un autre mystère, on portait Jésus
crucifié , sur un brancard tendu de velours noir. Enfin la procession était terminée par le clergé de l’église de Saint-Jacques, avec des cierges de cire rouge. On y comptait ordinairement quatre mille flambeaux.
Dans la même procession, figuraient des personnages singuliers, tels que les Saints-Jérômes , les Dames Jeannes, les traïneurs de chaînes ; les barres de fer, et les ffggellans , entremélés aux pénitens de toute couleur et de toute forme. Les Saints-Jérômes étaient vêtus . comme les pénitens noirs, excepté qu'ils portaient le capuce rabattu ; ils tenatent à la main nn plat de cendres. Les Dames Jeunnes avaient un casquê, une cuirasse et une culotte de spath d’une seule pièce. Il leur était impossible, a cause de la roideur de leur habit, de faire un. pas sans écarter ridiculement les cuisses ; elles portaient une tête de mort. Les traïneurs de chaînes s'accolaient deux à deux, pour tirer une chaîne de fer très-longue , très-grosse et trèspesante. Les barres de fer avaient les bras attachés en croix, sur un morceau de fer battu, et restaient quelquefois six heures dans cette situation pénible. .
Les flagellans , en eorset et en jupon blanc bordé de noir, avaient la tête chargée d'un capuchon en pain de sucre, haut de cinq pieds,
du haut duquel tontbait sur leur visage une toile percée de deux trous, vis-à-vis l’ouverture des yeux. Le corset avait une ouverture, qui laissait à nu la plus grande partie du dos. C'était là qu'ils frappaient, avec une discipline armée d'étoiles d’argent. Un galant de cette confrérie faisait bien la cour à sa maîtresse, s’il la fouettait adroitement, et de.manière à ensanglanter ses falbalas.. … | — Une autre institution non moins bizarre, c'est la promenade de la Mère folle, à Dijon. Son costume et celui des gens de sasuite étaient bigarrés de vert, de jaune ét de rouge. Elle tenait à la main une marotte, et se coiffait d'un bonnet à deux cornes. Deux cents hommes escortaient son chariot , qui était chargé de figures grotesques; ses. courses avaient lieu les Jours de grandes fêtes. On y faisait à peu près les extravagances que nous avons vues quelquefois au carnaval. | — La procession de l’âne se faisait a Dijon, à Paris, dans plusieursautres villes de la France, et dans presque toute l'Italie. Le cortége était ouvert par une bannière , Sur laquelle on avait peint un âne occupé à braire de tous ses moyens+ Les moines et le clergé suivaient en grande pompe, et s’'avancaient vers la cathédrale,
conduisant un âne, revêtu d'une chape brillante. |
Cet âne était introduit dans le chœur, placé bonorablement, et salué profondément de tout le clergé. Les prières et les chants de la messe de l’âne étaient entremélés de cris, où l’on s'efforçait d'imiter au naturel sa voix musicale. On lui chantait une hymne en latin, composé tout exprès pour lui, et qui commençait par ces mots : <
Orientis partibus ÆAdventavit asinus Pulcher et fortissimus.
Hihan ! hihan! hihan !
Un chœur de jeunes filles entonnait ensuite un cantique, dont voici le meilleur couplet :
Eh! eh! eh! sire âne , chantez Car belle bouche vous avez ; Eh! eh! eh! sire âne, chantez :
Et de l’avoine vous aurez.
Ebh ! eh! sire âne, (bés.) Eh ! eh! eh! sire âne, chantez.
Enfin , au lieu de dire au peuple, à la fin de Toffice, l’Zte missa est, le prêtre chantait, aussi bien et aussi fort que ses poumons pouvaient le lui permettre : Hihan! hihan! hihan! Les
assistans répondaient par la même phrase et la même harmonie; et la messe était dite.
Il n'est pas besoin d'ajouter que ces processions et ces cérémonies étaient accompagnées de grands scandales et de grands désordres ; mais nos ancètres de ce temps-là n'en étaient : pas moins plus pieux, plus sages et infiniment plus moraux que nous (1).
— L'année 1586 fut si féconde en processions, et la France vit alors tant de pénitens couverts de capuchons blancs, qu'on l’appela l'année des processions blanches.
— Pendant le blocus de Paris par Henri IV, en 1590, on forma une espèce de régiment, composé de religieux, de prêtres et d’écoliers, jusqu’au nombre de treize cents ; ils parurent dans la ville en ordre de bataille, et firent pne procession , ou revue générale, qui fut appelée la procession de la ligue. Guillaume Rose , évéque de Senlis, marchait en tête comme commandant et premier capitaine ; il était suivi des ecclésiastiques, marchant quatre à quatre. Venaient ensuite les ecapucins , les minimes,
ER
(1) Les détails de la procession de l’êne sont trop-longs Pour qu’on les donne tous ici. On peut voir les Mémoires de Dutillot, pour servir à l’histoire de la féte des fous.
les cordeliers, les jacobins, les. carmes , les feuillans , les chartreux, et plusieurs bandes d'écoliers. |
Les chefs de ces bataillons religieux portaient le crucifix à la main gauche et la hallebarde à la main droite ; les soldats portaient des mousquets , des arquebuses , des pertuisanes, des dagues et d’autres armes, que leurs voisins leur avaient prêtées. Tous avaient la robe retroussée, les capuchons abattus, le casque ‘en tête, la cuirasse sur le dos, et le sabre au côté.
Les curés de Saint-Jacques-de-la-Boucherie et de Saint-Côme faisaient les fonctions de sergens-majors, et arrêtaient de temps en temps leurs cohoïtes, où pour chanter des hymnes, ou pour maudire Henri IV , ou pour ordonner des décharges de mousqueterie. | * Le légat du pape accourut à cette parade, qui s'était mise en ordre sur le pont Notre-Dame, et approuva par ses éloges le courage ‘extraordimaire de cette sainte armée. Mais quelquesuns de ces nouveaux' soldats , sans penser que leurs fusils’ étaient chargés à balle; voulurent saluer le légat, tirèrent‘sur lui, et tuèrent son aumônier à ses côtés. Son éminence, trouvant qu'il commençait .à faire trop chaud à cette revue, se dépécha de donner sa bénédiction, et s’en alla au plus vite, pendant que le’peuple
criait.tout haut que cet aumônier était bien heureux, d’avoir été tué dans une si sainte occasion (1).:...
— Îl y avait encore à Paris plusieurs processions ridicules. Outre la fête des fous, la procession de l’âne, les farces de la basoche, etc., les processions de la plupart des fêtes étaient accompagnées de jongleries extravagantes. « C'est un passe-temps, dit Sauval, » de voir la procession des pèlerins de Saint- » Jacques en Galice, avec leurs calebasses, » qu’ils remplissent au premier cabaret qui se » trouve sur leur route, .et qu'ils vident en » pleine rue, devant tout le monde, sans quit- » ter pour cela la procession.
» Autrefois , elle était terminée par un grand » faquin vêtu en saint Jacques , marchant avec » la contenance d’un crocheteur qui veut con- » trefaire l’honnète homme. Et comme au » retour tous les pèlerins dinaient ensemble, » dans les salles de Saint-Jacques-de-l'Hôpital ,
» celui-ci était assis au haut bout, entre deux
(1) L’Estoile , Supplém. Année 1590, 3 de juin. — Histoire de Paris, de Félibien et Lobineau. — Saint- Foix, Essais, tome Ier. — L'abbé Bertou , necd. franç. — Mézerai , dans sa Grande Histoire, etc.
» hommes qui l'éventaient, et regardait ainsi » diner la compagnie, sans oser manger, à » cause que les saints ne mangent point.
— » Anciennement, à la procession de Saint- » Michel, un homme de haute taille, déguisé » en archange, trainait après lui un grand » diable enchaîné, qui frappait tous ceux qu'il » pouvait atteindre, et faisait cent niches.
» Aujourd'hui, dans les processions que No- » tre-Dame fait tous les ans, avec ses quatre » filles (1), nous voyons encore un grand dra- » gon faire les mêmes sottises que faisait le » grand diable (2) »,
— Lorsqu'on eut donné à Lisbonne un patriarche (en 1716), Jean V, roi de Portugal, fit faire au prélat des équipages magnifiques, et voulut que sa marche eût toujours l'air d'un triomphe , afin d’inspirer au peuple une vénération plus profonde. La croix patriarcale était portée par un cavalier, qui montait un chevalsuperbe. Le patriarche, qui lesuivait, oc-
(r) Les quatre filles de léglse de Notre-Dame étaient, l'église de Saint-Merri, celle du Saint-Sépulcre, celle de Saint-Benoît, et celle de Saint-Étienne-des-Grés. Ces quatre églises étaient soumises à la juridiction du chapitre de Notre- Dame.
(2) Antiquités de Paris, liv. XI.
PRO 19t
cupait une litière entourée de vingt valets de pied. Ensuite venaient quatre carrosses , d’une grandeur et d’une richesse extraordinaire , attelés de six mules et conduits par des hommes magnifiquement vêtus. Le premier était vide, c'était la voiture d'honneur. Les trois autres contenaient les officiers du pontife. Les chanoines, choisis parmi la première noblesse, et richement dotés, allaient en litière, suivis chacun de six domestiques.
Aux processions de la Fête-Dieu, un clerc portait devant eux un chapeau vert, et un ecclésiastique la queue de leur robe. Le roi et les infans venaient après eux ; ensuite les grands officiers de la couronne ; et enfin six cents chevaliers de l’ordre du Christ, avec leurs habits de cérémonie (1). — Était-ce ainsi que marchaient Jésus-Christ , les apôtres et les premiËrs évêques de l’église chrétienne ?..….
PROVERBES FÉODAUX. — On pillait anciennement les meubles de l’évêque, après sa mort. De cet abus nous est venu le proverbe, disputer
(1) Quand ce patriarche officiait, il était accompagné à l'autel, par dix-huit chanoïnes portant la crosse et la maitre. ( Ænecdotes portügaises, année 1716.)
102 PRO la chape à l'évêque (1), pour dire que deux personnes veulent avoir une chose qui ne leur appartient point: | . — Sous le règne de Charles VI, on jetait de nuit dans la Seine ceux dont on voulait se defaire, après les avoir enfermés dans un sac lié par le haut avec une corde. C'est de là qu'on a appelé les fripons gens de sac et de corde.
— Quand saint Louis eut réglé les droits de péage qui étaient dûs à l'entrée de Paris, sous le petit Châtelet , tout marchand qui apportait un singe, pour le vendre, payait quatre deniers. Si le singe appartenait à un histrion, cethomme, en le faisant jouer et danser devant le péager, était quitte du péage, tant pour le singe que pour tout ce qu’il possédait à son usage. De là nous est venu le proverbe Payer en monnaie de singe, c’est-à-dire en grimaces 6 et en gambades (2).
— Cette expression, mettre sa main au feu, pour affirmer une chose dont on est sûr, vient des épreuves judiciaires , où l’accusé empoi-
RS
(1) La chape à l’évêque, ou la chape de l'évéque ; e’était la même chose.
(2) Règlemens de saint Louis. — Personnages céltbres dans les rues de Paris, de M. Gouriet, tome 1°".
| PRO 193 gmait une barre de fer rouge, ou trempait s4 main dans l’eau bouillante, pour prouver son innocence. | |
— Boire après les grâces, c'est ce qu'on boit : lorsqu'on est sorti de table. Nous devons ce mot aux Allemands. Un pape leur accorda des indulgences , toutes les fois qu'ils boiraient un coup après leurs grâces, afin de les engager à ne pas s’enivrer sans les avoir dites.
— On a dit des serls de la glèbe : Jl faut que la vache broute où elle est attachée; ou bien, il faut que la bête meure dans le harnais.
— Le droit d’aubaine donnait au roi et aux seigneurs la succession des étrangers qui mouraient sur leurs terres. On appelle encore aubaine, un profit que l’on n’attendait pas.
— Aller au-devant de quelqu'un, avec la croix et la bannière. C'est ainsi qu’on recevait les seigneurs dans leurs fiefs. |
— Les seigneurs et leurs juges avaient anciennement une baguette à la main, en rendant la justice. Lorsqu'on avait payé les amendes de la loi, il fallait payer les profits du juge ; de sorte que les condamnés ont dit d’abord : « Les » plaignans sont payés, ‘c’est maintenant le » tour du juge. » Et comme le seigneur, lorsqu'il se faisait représenter pour juger, donnait sa baguette a celui qui le représentait, on a
pris ensuite le bâton de justice pour le juge
même , et l'on a appelé la part du juge Le tour
du béton. Gomme cette part était ordinairement arbitraire, exagérée, on a donné le nom de
tour du bâton à tous les profits illicites, que font
secrètement les gens en place.
— Nos gracieux aneëètres disaient d'un pendu expirant, qu'ildonnait la bénédiction, des pieds et des mains...
— Lorsqu'on donnait les bénéfices aux intrigans et aux sots adroits, tandis qu'on laissait dans la misère ces vertueux ecclésiastiques, qui s'occupent plus de leur ministère que dé lear fortune, quelqu'un inventa ce proverbe : Les ” chevaux courent les bénéfices, et les ânes les attrapent.
— On appelait gentilshommes de cloche ceux qui n'étaient nobles que pour avoir passé par certaines charges , comme celle d’échevin , qui anoblissait dans quelques villes, et qui se donnait au son de la cloche.
— On appelait seigneur de parchemin celui qui devait sa noblesse, non à de belles actions ou à de grands services, mais seulement à des parchemins bien payés. |
— L'égoïsme des seigneurs et la franche bonhomie des pauvres gens sont assez bien expri-
La
més par ce proverbe : Tous gentilshommes sont cousins, et tous vilains compères.
— Croûte de pâté vaut bien du pain. Dans un dîner où l’on avait servi un pâté énorme, on disait à une reine de France que l’année était misérable, que la gène était grande, que le blé était cher, et que les artisans ne pouvaient avoir du pain. — Eh bien, ré- , pondit cette reine , qui n’en savait pas davantage, si le pain est si rare, que ne mangent-ils des croûtes de pâté ?... (1).
— On disait, en matiere féodale : Quand le vassal dort, le seigneur veille ; pour dire que, quand le vassal négligeait de faire la foi et hommage, le seigneur dominant saisissait le fief, et en faisait son profit.
— On appelait une paire de sabots des escarpins -de vilain. — On disait d’un roturier , c'est un homme de basse étoffe. Les nobles se croyaient faits paf un autre ouvrier , et d'un autre sang que le commun des hommes. Dans
(1) Quelques-uns font remonter’ plus haut ce proverbe: Un saint homme avait fondé, au seizieme siècle, un déjeuner de vin ét de petits pâtés, qui sé donnait, tous les ans, aux
taerp pates , q ’ enfans de chœur de Notre-Dame. Comme où ne leur servait poiit de pain, et qu'ils s’en plaignaient ; on leur répondit : . Croûte de päté vaut bien:du pair. .:
le temps de la guerre de /a jécquerie , plusieurs moines disaient que les nobles étaient des hérétiques et des apostats ; ces moines n'avaient pas si grand tort, puisqu’en reniant les roturiers pour leurs frères, les nobles reniaient Dieu , notre père commun.
— On dit d’un malheureux : Cet homme est excommunié; parce que, dans les siècles où les foudres de Rome étaient si stupidement redoutées, l’excommiunication attirait la ruine, la misère , l'exil, les persécutions, l’abandon et les plus grands maux, sur celui qu'un pape ou un évêque avait frappé d’anathème.
— M. de Bérenger a dit, dans sa chanson des diables missionnaires , que les philosophes sentent le roussi ; et l’on dit encore qu’un impie sent le fagot ; parce que, dans les bons temps, on brülait les hérétiques ,les incrédules et les philosophes. Sous François [“., on créa une chambre ardente, qui faisait brûler sans miséricorde tous ceux qui étaient soupçonnés de la moindre hérésie, ou qui s'avisaient de philosopher sur le catholicisme. Néron, qui fut si cruel , s’était contenté d’exiler ces gens-là.
— Jusqu'au seizièmesiècle, lorsqu'unhomme laissait en mourant de trop grandes dettes, la veuve renoncait à la communauté de biens, conservait ce qui était à elle, laissait aux créan-
ciers la seule fortune de son mari, et n'avait point de dettes à payer, « en décrochant sa
» ceinture, avec ses clefs et sa bourse, qu’elle -
» mettait sur le cercueil de son mari. » Aujourd’hui -encore, lorsqu'une veuve renonce à la succession, on dit qu’elle a mis la clef sur la Josse.
— Nos anciens seigneurs avaient pour la plupart des pages, à qui ils administraient .la correction des verges, pour la moindre peccadille. Nous disons encore, pour faire entendre qu'une faute est bien légère : il n'y.a pas de quoi fouetter un page.
: — On dit d’un homme, dont la cause semble perdue : cet homme est frit. C'est toujours une suite des épreuves judiciaires. Un accusé, pour prouver son innocence, mettait la main dans l'eau bouillante ou sur le fer rouge : si cette main se brülait , 1l était coupable, et condamné au bècher ou à la potence.
1 4 gens de village trompette de bois ; e’esta-dire » que les vilains et. manans ne devaient avoir que les meubles les plus grossiers.
‘im On, appelait jugement de seigneur celui qui donnait gain au puissant et condamnait le pauvre. On appelait jugement de paysan, la sentènce qui terminait le différent par la moitié. — Lorsqu'un roturier plaidait avec un grand,
198 PRO on disait : C’est le pot de terre qui heurte le pot de fer.
— Sous le règne de Charles V , an mesurait la grandeur de l'homme à la longueur de son soulier. Les roturiers et les serfs portaient des chaussures de la taille.de leurs pieds ; la chaussure des seigneurs sortait derrière le talon , €t s'avançait loin devant les doigts du pied. Les souliers des grands dignitaires avaient jusqu'a deux pieds et demi de long. C’est de cette made qu'est venu l'usage de dire, d’une personne en faveur : Jl on elle est sur un grand pied à la cour. ot —
— Dans les anciens jngemens, Jorsqu'on avait décidé que les deux parties devaient .se battre, pour terminer le procès , l'accusateur et l'accusé remettaient entre les mains du juge une certaine somme ; et comme on a toujours condamné ceux qui perdent la cause à payer les frais de justice, comme dans ces temps de barbarie, celui qui succombait à l'épreuve du duel était atteint et convaincu, par le jugement de Dieu, du crime dont en l’accusait : en prononçant contre lui la peine de mort, le jugegardait l’argent du vaincu pour ses évices; d'où est venu le proyerbe que lesbattus paientW'amende.
— Il ny a si bon mariage .qu'une ‘corde ne rompe. Voici l'origine de ce proverbe : il y eut
“PRO 199 un temps en France, où il n'était pas permis de suborner unefille, avant l’âge de vingt-cinq ans, sans le gré, su , vouloir et consentement de ses parens ou tuteurs-(1). Celui qui était convaincu d'avoir séduit et engrossé une jeune fille { car le crime n'existait que lorsqu'on en voyait les traces ‘non équivoques } , celui-là était pendu sans miséricorde , quoiqu il se füt marié avec : la file qu'il avait serrée de trop près, s'il ne l'avait pas épousée assez vite, pour donner à croire que l'enfant dont cette fille était grosse avait été fait depuis le sacrement: — Cette coutume ne dura ‘pas long -temps ; elle exposait trop de gens à la potence : on décida que les filles pourraient sauver leurs suborneurs, en déclarant qu'elles avaient été séduites de leur plein gré, et quelles éonentaient à épouser le coupable. |
— Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n'est rien, | C’est une femme qui se note.
Je dis que c’est hezücoup : et ce sexe vaut bien
Que nous le regrettions , puisqu'il fait notre joie.
La FonTaINE, Fable 16, Liv. III.
Sauval dit que, sous les règnes de Charles VIH
(s) Loisel, Instätutes coutumières ; tomè ‘f*?.
et de François [*., plusieurs seigneurs noyèrent leurs femmes, parce qu'elles s'étaient abandonnées à des amours scandaleuses avec ces princes et leurs courtisans. C'est de là, ajoutet-il, que nous est venu le proverbe: Ce n'est rien, c'est une femme qui se noie (1).
— Loysel et quelques autres feudistes ont conservé cet ancien proverbe féodal, qui peint très-bien la rapacité des seigneurs, et la misère de Jeurs vassaux : Un seigneur-de paille, de foin ou de beurre, mange et tue un vassal
d'acier... (2).
QUARANTAINE ROYALE. — À la suite de ces guerres de la jacquerie, dont nous avons parlé à l’article de la noblesse, quand les révoltes des paysans furent apaisées , les nobles se mirent à leur courir sus , et en exterminèrent un grand nombre. Mézerai et quelques autres historiens disent que l’évêque d'Auxerre, brave
(1) Cahier des amours des rois de France. — A la suite des Antiquités de Parts.
(2} Les vieux anteursle rapportent ainsi : Un seigneur de paille, feurre ou beurre vainc etmange unvassal d'acier.