‹ Dictionnaire féodal (volume 2)Chapitre 34 sur 62 · QUA · texte numérisé non relu

QUA

ferrailleur plutôt que saint prélat, se vantait d’avoir tué deux cents vilains pour sa part.

On massacrait également les moines qui avaient pris le parti du peuple, dans ces guerres de désespoir ; et, comme les vainqueurs s’enrichissaient des dépouilles des vaincus, les seigneurs s'entre-tuèrenteux-mêmes, sous prétexte de vieilles injures qu’il fallait venger.

: Enfin la France devenait tout-à-fait un pays de cannibales, lorsqu'on institua la confrérie de la paix , composée de chevaliers qui redressaient les torts, et défendaient les opprimés. Leur autorité n'intimidant point les massacreurs, on établit la quarantaine royale ; c'était un edit, entouré de toutes les forces de la religion , qui défendait de tuer un homme, sans l'en avoir prévenu quarante jours d'avance.

Les plus faibles s’exilaient donc, lorsqu'un reste d’obéissance engageait leurs ennemis à leur montrer le danger ; et ces affreux débats produisirentun grandnombrede pèlerinages. —On ne parvint à rendre quelque tranquillité au sol français, que quand on put ramener un peu de crainte dans le cœur des nobles (1). (Voyez Con-

(1) Voyez l'Histoire de l'esprit révolutionnaire des nables en France , tome [*., p. 217.

202 RAN frérie de la paix, Croisades , Noblesse ; Pélerinages , etc. )

QUESTION. — ( Voyez /Znquisition , Peines, etc. )

QUINT ET REQUINT. :— Lorsqu'un vassal vendait son fief, la cinquième partie du prix du fief vendu appartenait au seigneur par le droit de quint, et la cinquième partie du cinquième, par le droit de requint. C'était, pour le seigneur dominant, vingt-quatre mille fr.

sur cent mille (1). (Voyez Lods. ) :

RANÇON. — Nos anciennes lois défendaient aux nobles, lorsqu'ils étaient prisonniers à la guerre , de donner pour leur rançon leur épée ou leur épervier; mais ils pouvaient donner cent, deux cents paysans de leurs terres. En 858, l'abbé de Saint-Denis ayant été pris par les Normands, on donna, pour sa rançon , plusieurs serfs de son abbaye , avec leurs enfans

* (x) Voyez Guyot, tome IIT, du Quint. — Despeisses, des Droits seig., sect. 5. — Lalande, Sur Orléans, etc.

et leurs femmes. Ces esclaves furent sans doute transportés dans le nord ; et sans doute aussi ils embrassèrent la religion de leurs nouveaux maîtres, le paganisme (1).

RÉAGGRAVE. — Lorsque les premiers monitoires n'avaient pas eu l'effet que l’on en pouvait attendre, on lançait le dernier monitoire » qui se nommait réaggrave. On allumait, pour cette cérémonie, un cierge très-mince, qu’on laissait brüler jusqu’à la fin; et si ceux que le pape ou les prélats avertissaient par ces doux moyens, ne venaient pas se soumettre aux ordres de église, ayant que le cierge füt consumé , On Iminait les dernières excommunications.

Voyez Monitoires. ) |

REDEVANCES. — On donnait ce nom à ceres charges et à certains devoirs féodaux, il fallait remplir chaque année envers lle gueur du fief dominant. I n’y avait presque int de. vassaux ni de serfs, qui ne fussent umis à des redevances, plus ou moins abrdes ; plus ou moins injustes. Celui qui aurait égligé de payer ces dettes féodales se serait

(1) Saint-Foix , ome II. — Après les Annales des Ré dictins , tome III , liv. 35, num. 33.

204 RED exposé à perdre ses biens, que le seigneur avait droit de saisir.

Il y avait, surtout en France, une si grande multitude de redevances ridicules , qu'on en ferait un volume énorme. On se contentera de rapporter ici les redevances que l'on a trouvées plus remarquables.

— Le peuple à toujours payé des redevances aux prêtres; et l’ôn trouvebien rarement les prétres obligés auxmêmes devoirs. Cependant, sous le règne de Charles-le-Chauve, ils étaient tenus de payer certaines redevances aux évêques; lorsque ces prélats visitaient leurs diocèses. Voici ce qu’on trouve, dans un capitulaire de ces iemps-là :: « Quand l’évêque arrivera dans une » paroisse, les quatre paroisses voisines s’y ren- » dront, conduites par leurs curés; chaque curé » donnera à l'évêque dix pains, un demi-muid ».de vin , un cochon de lait, deux poulets, dix » œufs, et un boisseau de grain pour les che- » vaux. Le curé, chez qui l'évêque sera logé y » païera la même redevance...» On à remarqué que , dans les temps héroïques de la Grèce, les héros mangeaient des quartiers de: bœuf à leur diner. Il paraît que nos anciens évêques avaient encore meilleur appétit, puisqu'on leur four-

issait en un jour, pour leur réfection , de.,quoi régaler un honnète régiment (1).

— Les rois de la première race recevaient l'hommage de leurs vassaux, assis dans une chaise de bronze doré, que l’on conserve encore au cabinet des médailles (2), et qui est connue sous le nom de fauteuil de Dagobert.

C'était la que, dans les assemblées de la nation, tous les vassaux du roi étaient obligés de lui offrir annuellemeut des chevaux, des habits, et divers présens en nature, chacun selon ses moyens. On appelait ces redevances annua dona (3). Les reines et les princesses reçurent également des présens de leurs vassaux, sous les trois races.

On poussa si loin l'usage des redevances, que, sous la branche des Valois, les épiciers et les marchands étaient obligés d’en payer aux princes étrangers , aux légats et aux ambassadeurs qui arrivaient dans nos grandes villes (4). Dans le quatorzième et le quinzième siècles, le pre-

(1) Cinquante pains, cinq demi-muids de vin, ciq cochons , dix poulets , cinquante œufs, etc. Voyez Missi Dominici.

(2) Dans la Bibliothéque royale de la rue de Richelieu,

(3) Dons annuels.

(4) Voyez Ambassadeurs.

vôt des marchands et les échevins de Paris donnaient ordinairement un grand diner à nos reines, le jour de leur entrée à Paris; l'évêque donnait une collation et un grand bal; et le dîner des échèvins, aussi-bien que le bal de l'évêque, étaient considérés comme redevances (1). |

Outre ces galanteries, la ville de Paris devait faire tn présent considérable x la jeune reine. Elle fit présenter x Isabeau de Bavière dés corbeilles de vaiïsselles d'or, portées par deux hommes déguisés, l’un en ours, Pautre en licorne. Catherine de Médicis reçut un grand buffet de vermeil doré.

— Les habitans de Corbeil, auprès de Paris, étaient obligés dé logér le roi, et de lui donner à souper lorsqu'il s’arrétait dans leur bourg; et, quand lé roi logeait à Paris, les Parisiens étaient obligés de le fournir de coussins et de hits de plume. Louis VII abolit ces deux redevances, la première pour Pamour de saint

om

(1) I ne faut point s'étonner de voir les évêques douner des bals. La danse n’a pas toujours damné. Le concile de Trente donna un bal au roi d’Espagne Philippe II. Ce bal fut ouvert par le cardinal de Mantoue; et tous les pères da concile dansèrent , avec les dames de la ville que l’on avait invitées.

Denis, dont les chanoines étaient seigneurs de Corbeil, la seconde pour la rémission de ses péchés. Ce qui n'empècha pas les successeurs de Louis VII de se coucher encore jusqu’à saint Louis sur les lits de plume des Parisiens, et de se faire régaler par les gens de Corbeil, lorsqu'ils passaient par là.

— Les gens du roi pouvaient encore exiger toutes sortes de services des marchands ; car 1l n'y a rien que les lois féodales n'aient fait pour tuer le commerce. Lorsqu'un officier de la maison du roi rencontrait un marchand en pleine campagne, il lui commandait de mettre pied à terre et de donner son cheval. Le marchänd devait obéir, et s’en aller à pied chercher un gite : « Quant aux bêtes de charge, qu'on pre- » nait ainsi, on les accablait de fardeaux si » pesans et de travaux si peu ménagés, qu'ils » y succombaient ordinairement; et, s'ils n’y » succombäient point d'abord, les officiers du » roi les gardaient jusqu’à ce qu'il né füt plus » possible de les rendre. Les marchands, qu'on » dépouillait ainsi, murmurèrent bien long- » temps. et firent de vaines plaintes à plusieurs » de nos rois; ce ne fut que sous Chaïles V » qu'on supprima ces abus (1). »

(1) Sauval, Ziv. 8.

— Le prieuré de Saint-Éloi (à Paris) devait tous les ans deux diners aux chanoines de Notre- Dame , par un contrat passé au commencement du douzième siècle. H donnait, pour le premier diner, huit moutons, deux boisseaux et demi de froment, six écus et une obole; et pour le second diner, trois écus, six pourceaux, et deux muids et demi. de vin, à la mesure des chanoines , qui était la bonne.

— Les religieuses de Sainte-Geneviève devaient régaler deux fois par an les chantres de Notre-Dame. Comme ces deux repas les entrai+ naient dans une grande dépense de vin, et qu'ils ne voulaient pas s’en laisser manquer, ils demandèrent au pape, en 1202, de les exempter de cette redevance: ils offrirent même de payer, pour en être quittes , une rente annuelle de quarante sous au chapitre de Notre-Dame; mais les chantres firent valoir leurs droits si habilement, qu’on ne fit pas raison à la requête des religieux de Sainte-Geneviève. Les repas continuèrent donc; les chantres exigèrent qu'on

les désaltérât'bien , et eurent la malice de faire

sentir aux bons moines, qu'ils avaient le droit de se faire servir copieusement.

Par malheur pour eux, ils s’enivrérent; le vin leur Ôta la raison; ils s’abandonnèrent à des indécences ; ils firent les insolens vis-à-vis des

religieux. On ne dit pas autrement quel fut leur délit; mais les moines s’en plaiguirent si haut, et menacèrent si fortde faire un éclat, que, pour les apaiser , l'évêque de Paris supprima les deux repas, dont 1ls avaient demandés à être déchargés. C’est ainsi que les chantres perdirent , par leur intempérance, deux festins qu'ils regrettèrent long-temps; c'est ainsi que les moines de Sainte-Geneviève durent à des ivrognes ce que le pape n'avait pas voulu leur accorder.

— Lorsqu'un homme était recu docteur en médecine , il devait régaler les anciens de petits pâtés. Cet usage fut aboli dans la suite ; mais comme, jusqu'au dix-septième siècle, on donna aux docteurs qui avaient présidé à l’examen, dix sous pour les petits pâtés, on ne laissait pas de nommer cette redevance dans les actes, pastillaria (1). — Il est vrai qu'aujourd'hui, si les dix sous ne se donnent plus, on dépense des sommes énormes pour. des examens qui ne valent pas dix centimes.

. — Il paraît qu'on trouvait au seizième siècle un grand régal dans les petits pâtés, puisque,

(1) Les médecins de ce temps-là ne parlaient qu’en laün. C'est le nom qu’ils donnaient, en cette langue, aux petits ” pâtés. C'était bien dy latin de cuisine.

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