‹ Dictionnaire féodal (volume 2)Chapitre 38 sur 62 · REL · texte numérisé non relu

REL

Le droit de relief ou de rachat était donc, comme nous l'avons dit, le revenu d’une année , Ou une somme d'argent, au choix du seigneur, que le vassal était obligé de payer au seigneur dominant, en prenant possession du fief en vasselage. Les seigneurs fondaient ce droit sur ces bons siècles, où les fiefs retournaient au seigneur féodal, quand le vassal mourait sans enfans ou aliénait son bien sans permission (1).

Attendu que les fiefs ne pouvaient produire qu’un revenu par an, comme l'observent judicieusement les feudistes , les seigneurs dominans ne jouissaient aussi qu'une fois dans l’année du droit de rachat ou de relief, lors même qu'il arrivait plusieurs mutations par mort (2).

Quand le seigneur dominant prenait , pour . le relief, le revenu d’une année en nature, …l enlevait tous les fruits, tous les grains, toutes les récoltes; il se logeait à sa volonté dans le manoir du vassal; il faisait couper tous les bois, à moins qu’on ne les lui payât sur bonne estimation ; il tarissait les étangs, pour en pêcher

(1) Coquille, Institution au droit français, ch. des Fiefs.

(2) Brodeau, sur Louet, chap. 2 de la lettre R.

REL 225 le poisson ; 1] n'abandonnait au vassal que le chaume de ses blés ; il touchait même les rentes du vassal, lorsque le vassal avait des rentes; en un mot, il ne lui laissait absolument rien, pendant l’année de relief. Si le vassal avait dans un village quelque cabane qu'il louät à un paysan, le loyer de cette cabane appartenait encore, cette année-là, auseigneur dominant (1).

— Les feudistes parlent aussi du relief abonné; voici ce que c'était : Le seigneur dominant faisait un abonnement avec son vassal, qui lui payait une rente annuelle, pour délivrer son fief des reliefs onéreux. Mais si le vassal augmentait ses possessions, s'il améliorait ses biens à force d'industrie, le seigneur augmentait en proportion la rente et les revenus qu’il eu exi: geait (2); ce qui était bien capable d'encourager l’agriculture |! .

s — Si le relief était ordinairement l’action de relever un fief, c'était encore l'action de relever la noblesse. Ainsi un gentilhomme qui

(1) Voyez Guyot, des Fiefs, tome IT, du Belief, rh. 1, 2,3, etc. — Dumoulin , de Feudis, $ 22, etc. — Loyseau, des Seigneuries, ch. 11 et 12. — Duplessis, sur , Paris , ch. 3. — Ricard, sur Paris , art. 55, 56 , 48.— Brodeau , Louet , lettre R, etc.

(2) Guyot , du Relief, ubi suprà, ch. 11.

avait négligé de se dire écuyer dans ses titres, ou qui avait commis quelque autre faute aussi grave, était obligé de prendre des lettres de relief, pour relever sa noblesse, àlaquelle il avait dérogé (1).

RÉPARATION D'HONNEUR. — « En l'an mil trois cent quatre - vingt-neuf, le quinzième de mai, au cimetière des Innocens , à Paris, on amena un Jacobin nommé Jean Adam, coupable du crime d’'hérésie , et condamné au feu, s’il ne faisait réparation d'honneur à la religion et à l’église.

Ce malheureux avait préché publiquement :

« Que quand on a un différent avec son curé, » Ou qu'on le croit trop ignorant, on peut, » sans permission et de sa propre autorité , » s'aller confesser à un autre; que les moines » feraient mieux d’aller au sermon que de » confesser ; que si les paroissiens avaient des » curés intraitables, qui refusassent les sacre- » mens ou l'office des morts sans motif, ils » pouvaient venir à lui, qui les traiterait plus » chrétiennement ;

) Mémorial alphabéti que de Bellet-Verrière, au mot Écuyer, n°.

» Que la Vierge avait été conçue dans le » péché originel ; que, si elle fùt morte avant » Jésus-Ghrist , elle serait descendue conse- » quemment en enfer; qu’ainsi il ne fallait pas » fêter le jour de la Conception; que ceux qui » suivaient la doctrine commune, faisaient de » la Vierge une déesse, péchaient mortelle- » ment , etétaient hérétiques. »

« On l’obligea à se rétracter, la larme à l'œil et la corde au cou, à confesser qu’il avait préché des hérésies, à faire réparation d'honneur et à demander pardon à l’église, à la reli= gion , à la sainte Vierge.et à Dieu, moyennant quoi, il n'eut pas le désagrément . d'être brülé (1). » |

—. Dans ces siècles bénis, il fallait n'être coupable que de très-minces hérésies, et avoir de. bons protecteurs, pour échapper ainsi au bûcher. Car , hélas ! la Sorbonne, en digne fille de la sainte inquisition , brülait alors les chrétiens comme des fagots de paille. Il est vrai que cette juste sévérité, comme dit l’abbé Pluquet (2), fit grand bien à la religion, en di-

(+) Sauval, Hv. 10.-— Histoire de Paris. — Histoire des hérésiarques. ..

(a) Mémoires poun servir à l'histoire de la religion P

minuant de jour en jour le nombre de ses ennemis.

Mais si les persécutions diminuent si sensiblement les ennemis des persécuteurs , pourquoi Île christianisme s'est-il élevé sur le pagamisme armé de büchers et de poignards? et pourquoi la religion réformée s'élève-t-lle sur le catholicisme ébranlé ?.…

RÉPUDIATION. — La loi salique, et les lois qui la suivirent, permirent long-temps le di- Yorce à nos ancêtres. Ce ne fut que quand les papes-eurent pris une consistance solide , qu'ils l'interdirent en France, et, autant qu'ils le purent , dans tous les pays chrétiens. .

On trouve, dans les formules de Marculfe, ce modèle d’un acte de divorce : « Les époux ‘el ‘» et telle, voyant que la discorde trouble leur » mariage, et que la charité n'y règne pas, » sont convenus de se sépärer , et de se larsser # un à l’autre la Irberté qu'ils regrettenit, afin » ‘qu'ils paissent, ou serètirer dans un monas- » tère ; üù se remarier à ‘leurgré ,' sans que » l’une des parties puisse trouver mauvais ce

etc, ou Dictionnaire des hérésies , au mot Turlupins , et partout aillcurs.

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» que fera l’autre, ni s'y opposer, sous peine » d’une livre d'or d'amende. »

— Non-seulement les Francs pouvaient répudier leurs femmes, il leur était encore permis de renoncer à leur famille, et de répudier, pour ainsi dire , leurs parens. 11 suffisait pour cela de se présenter devant le juge, dans une audience publique, de rompre sur sa tête quatre bâtons d’aune, et d’enjeter les fragmens à terre. Du moment qu'un Franc remplissait ces conditions, 1l était censé sortir de sa famille ; ses parens ne pouvaient plus hériter de lui, et 1l ne pouvait plus hériter d'eux (1).

REQUINT. — (Voyez Quint.)

RETRAIT. — Lorsqu'un vassal avait aliéné son fief, à un prix modéré, et que le seigneur dominant ne trouvait pas son droit de quint ou de cinquième assez considérable , il pouvait retirer le fief, en cassant le marché, et le faire vendre plus cher. C'était le retrait féodal .: — Lorsqu'un roturier avait vendu son bien, et que le seigneur de qui il dépendait ne trouvait pas son droit de lods assez considérable, il

(1) L'abbé Bertou, Anecdotes françaises.

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