‹ Dictionnaire féodal (volume 2)Chapitre 39 sur 62 · RET · texte numérisé non relu

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pouvait retirer ce bien vendu, en cassant le marché, et le faire vendre plus cher. C'était le retrait censuel ou roturier.

— Lorsqu'un seigneur vendait son fief, ouune partie de son fief , si ces immeubles avaient été mal vendus, l'héritier du vendeur pouvait casser le marché et retirer le fief, ou les parties aliénées du fief; et, quoique l'acquéreur eût fait de grandes améliorations dans ces biens, celui qui exerçait le retrait n'était tenu qu'à rendre la somme portée sur l’acte de vente. C'était le retrait lignager.— On voit par-làa que les ventes et les traités les plus inviolables n'étaient pas plus sûrs que le reste devant la féodalité (1).

(x) Ces matières paraîtraient maintenant si arides, que nous n’entreprendrons pas d'analyser les volumes qu'elles ont inspirés. Si l'on désire connaître plus à fond les retraits seigneuriaux , on peut lire : Dumoulin , sur la Couture de Paris ,$ 20 et 22. — Papon, Ziv. 11 ,. tit. 5. — Brodeau, sur Louet, lett. 2. — Cambolas, Liv. 7, ch. 17. — L’édit de Périgord , du 25 octobre 1555. — Laroche , des Droits seigneuriaux, ch. 13. — Simon d'Olive, Ziv. 2, ch. 29. -— Maynard, liv. 2, ch. 82. — Chopin, de Jurisd. and. , li. 2, pars 1 , cap. 2. — Arréts de Lestang , ch. 7. — Tiraqueau, de Retract. lineari, $ 29, gl. 4 et 18.— Pandectes de Carondas, lis, 2,ch. 15. —D’Argentré, Traité des Lods, $ 25 , etc. — Grimaudet, des Retraits, Liv. 8, oh. 6. — Salvaing, de l’Usage des

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RIBAUDS. — Pasquier dit que Philippe- Auguste avait une compagnie de braves soldats, qui se nommait {a compagnie des ribauds.. C'étaient des déterminés qu’on mettait à la tête des troupes, et dont on se servait dans toutes les actions de hardiesse et de vigueur. Le libertinage outré, auquel ils s’abandonnaient, rendit dans la suite leur nom si infâme, qu’on le donna aux débauchés qui fréquentalent les mauvais lieux.

Les ribauds avaient un chef, qui portait le ütre de roi, suivant l’usage établi alors de donner cette auguste qualité à ceux qui avaient sur d’autres quelque espèce de commandement.

Ce prétendu monarque avait l’intendance des brelans, des ; jeux de hasard et des maisons de prostitution. Il levait deux sous par semaine sur chaque bourdeau et sur chaque femme bourdelière ; chaque femme adultère lui devait

Fiefs, ch. 27.—Loysel, Institutes coutumitres, Liv. 3. — Guyot , tome IF, du Retrait seigneurial. — Baquet , des Retraïts , n°. 29. — Duplessis, des Fiefs , Liv. 7,ete. — Ces livres sont très-bons surtout, pour les personnes qui ne dorment point. Ils feront l'effet de la Quotidienne, de la Gazette et du Journal des Débats , sans révolter l'esprit de ces sérics de meurtres et de crimes , qui composent la chronique scandaleuse de ces feuilles mortes.

cinq sous. Du Tillet dit que les filles publiques qui suivaient la cour étaient obligées de faire son lit et sa chambre, pendant tout le mois de mai. Boutillier ajoute qu'il était officier de la maison du roi; qu'il en avait la surveillance ; que le soir, il allait dans toutes les chambres, avec une torche à la main, visiter les coins et les lieux les plus secrets, pour s'assurer qu'il n’y avait ni étrangers, ni larrons, ni femmes débauchées, n1 officiers avec elles.

Le nom de cet officier fut supprimé sous le règne de Charles VII ; mais l’office demeura, dit Saint-Foix; et, ce qu’on appelait le roi des ribands, fut nommé grand-prevôt de l'hôtel, charge qui subsista jusqu'a la révolution.

ROSES. — Les ducs et pairs, les cardinaux, les princes étrangers, les princes du sang, les enfans de France étaient tenus de porter, tous les ans, des roses au parlement et aux autres cours souveraines de Paris et des provinces, pendant les mois d'avril, de mai et de juin.

Cela s'appelait le droit, la redevance ou la baillée des roses.

Voici comment la chose se passait : On choisissait un jour où il y eût audience en la grand chambre; le pair ou le prince, qui devait payer cette redevance, faisait joncher de fleurs et

d'herbes 'odorantes toutes les chambres du-parlement ; il donnait ensuite un déjeuner splendide aux présidens, aux conseillers ,-aux greffiers et même aux huissiers de la cour; après cela, il parcourait toutes les chambres, au son du hautbois, et faisant porter devant lui un grand bassin plein de fleurs et de couronnes de roses, pour tous les officiers ; on donnait alors une audience , qui se terminait par une messe solennelle (1).

- L'usage de porter des roses au parlement fut supprimé au dix-septième siècle ; mais, jusqu’à Louis XVI, le roi et les princes payèrent aux cours souveraines, vers le printemps, une certaine somme, qui se nommaäit encore le droit des roses. |

— Dans un village voisin de Caen, le seigneur avait soumis depuis très-long -temps les paysanes de son fief à une redevance, qui n'était du moins ni indécente ni tyranniqué. Elles étaient obligées de lui porter tous les ans un panier de mousse rempli de roses. Cette coutume fut interrompue par la révolution. Mais, en 1815, le seigneur de ce fief voulut la ranimer. Les paysanes craignirent qu’en se sou-

(a) Sauval, Zv. 8.”

mettant à quelque redevance supportable, elles ne donnassent lieu à leur en imposer de plus pénibles : elles s’y refusèrent. On plaida pour cette singulière contestation; et les juges, tout en considérant que ce droit de roses n’était pas d'une féodalité bien odieuse, que c'était d'ailleurs une heureuse idée d’avoir allié la mousse avec les roses, avant que l’on connût les roses mousseuses, les ; uges déboutèrent le seigneur de ses prétentions , en lui rappelant que tous les Français sont maintenant libres, égaux en droits, et qu'ils ne se doivent, eux, leurs biens et leurs peines qu’à la mère-patrie.

ROSIÈRES. — Il n’est personne qui n’ait entendu parler de la Rosière de Salency. et de la Fête de la Rose. L'institution de cette fête est attribuée à saint Médard , évèque de Noyon, et seigneur de Salency, qui vivait au commencement du sixième siècle. La première Rosière fut la sœur du saint évêque : un vieux tableau, placé au-dessus de l'autel de la chapelle que le | village de Salency a consacrée à saint Médard,

représente ce prélat, en habits pontificaux, couronnant de roses sa sœur à genoux. — Les seigneurs de Salency, qui ont succédé à saint Médard , conservèrent cette cérémonie et en firent une vassalité.

« Quelques jours avant le 8 juin de chaque année, les habitans se rassemblent, choisissent dans le village trois filles qu'ils présentent à . leur seigneur ; et le seigneur désigne pour Rosière celle qu’il juge à propos. ... Ces filles doivent être nées à Salency, de parens irréprochables. ... La tache la plus légère est un motif d'exclusion. Mais on prend souvent les soupçons pour des fautes réelles, et des calomnies pour des médisances.

» Le jour désigné pour la cérémonie, la rosière, vêtue de blanc, se rend vers les deux heures au château de Salency , au son des tambours, des violons et des musettes. Elle est accompagnée de sa famille , et de douze jeunes filles , vêtues de blanc comme elle, et conduites par douze garcons du village. Le seigneur va la recevoir, ou y envoie son sergent. Elle lui fait un petit compliment pour le remercier de la préférence qu’il lui a donnée. Ensuite le seigneur et son bailly lui prennent la main, et la conduisent en musique à l’église de la paroisse, où elle entend les vêpres, placée au milieu du cœur, » Les vêpres finies, le clergé et le peuple se rendent en procession à la chapelle de Saint- Médard. Là, le curé bénit la couronne de roses , faitun sermon, et pose la couronnesur la

tête de la rosiëre, qui la revoit à genoux. Il Jui remet en même temps, en présence de témoins , la somme de vingt-cinq livres, annexée, par la fondation de cette cérémonie, à la dot de la rosière. La jeune fille, ainsi couronnée , est reconduite à la paroisse où l’on chante le Te Deum, avec une antienne à saint Medard , au bruit de la mousqueterie des jeunes gens du village.

» Après cela, larosière se rend, avec son escorte, au milieu de la grande rue de Salency, où les censitaires (1) du seigneur ont fait dresser une table, garnie d’une nappe, de six serviettes, de six assiettes, de deux couteaux, d’une saliére pleine de sel, d’un lot de vin claïret en deux pots (2), de deux verres, d’un demi-lot d'eau fraiche, de deux pains blancs d'un sou, d’un demi-cent de noix, et d’un fromage de trois sous. Les censitaires lui donnent encore, par forme d'hommage , un bouquet de fleurs , une flèche , deux balles de paume etun sifflet à siffler, dans lequel un censitaire est obligé de siffler trois fois avant de l'offrir. Si ces redevances n'étaient pas exactement rem-

lé

(1) Ceux qui payent le cens au seigneur.

(2) Environ trois hitres.

plies, il y aurait soixante sous d'amendé pour les délinquans. ;

» Toute l'assemblée se transporte ensuite au château ; et là, sous un gros arbre qui décore le milieu de la cour, le seigneur danse le premier branle avec la rosière. Ce bal champêtre finit au coucher du soleil : et le lendemain, dans l'après-midi, la rosière invite chez elle toutes les filles du village, et leur donne une grande collation.

» Louis XIII, se trouvant dans les énvirons de Salency lorsqu'on s'y préparait à la fête de la Rose, ajouta aux fleurs de la couronne une bague d'argent et un cordon bleu.

» C’est depuis cette époque que la rosière reçcoit cette bague, et qu'elle et ses comipagnes sont décorées de ce ruban. — En 1774, le parlement approuva et encouragea la fête de la Rose. Huit ans auparavant, Pelletier de ‘Morfontaine avait doté la rosière d’une rente de cent vingt livres (1). »

. (1) Lacombe de Prezel, Dictionnaire d'anecdotes , au mot Fétes remarquables.—Après la Relation de la fête de la Rose ‘imprimée à Noyon en 776. — Bi cette fête se célèbre encore à Salency , on a dû en retrauther tous ‘les accessoirs.féodaux ; etelle n’en serait que plus: simple etplus touchante.

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