‹ Dictionnaire féodal (volume 2)Chapitre 47 sur 62 · TES · texte numérisé non relu

TES

— Point de terre sans seigneur. Cette maxime est attribuée au chancelier Duprat. On l’employait souvent, pour exprimer qu’il n’y avait pas en France un coin de. terre , où l’on püt jouir de quelque liberté, si l'on n'était noble.

TESTAMENT. — En 1505, il y eut à Paris, dans la rue de l’Arbre-Sec, une espèce de sédition, à l’occasion d’une marchande que le curé ne voulait pas enterrer, qu'on ne lui eût montré le testament qu’elle avait fait. Les évêques et les curés d’alors refusaient de donner la sepulture à ceux qui mouraient sans avoir testé, ou qui n’avaient pas fait un legs à l’église. C'est pour cela qu’ils prétendaient avoir le droit de se faire représenter les testamens, avant de mettre les morts en terre sainte (1). Ils se fondaient sur les canons d’unanciensynode,qu’ils interprétaient à leur manière, et dont ils embarrassaient si fort les consciences, que les héritiers de ceux qui mouraient ab intestat demandaient à tester à leur place, pour sauver l’honneur de leurs parens.

En 15353, pendant que la peste ravageait

(x) Le président Lizet appelait ce droit sur Îles testamens, DROIT DE SATAN, jus sathanicum ( cité par Sauval,

Liv. 4. )

TES | 265 Paris, et que l’on n'avait guère le temps de songer à tester, les corps d'une multitude de morts restèrent plusieurs jours sans sépulture. Ces cadavres achevaient d’infecter l'air, lorsque le vicaire général, en l'absence de l'évéque, voulut bien se relâcher, et permettre qu'on les enterrât, sans tirer à conséquence.

On lit dans le journal de 1440, que « Pen- » dant quatre mois, dans le cimetière des In- » nocens, On n'enterra ni grand, ni petit, et » qu'on n’y fit recommandation pour person- » ne, parce qüe maître Denis des Moulins, » évêque de Paris, en voulait avoir trop grande » somme d'argent. »

On publiait au prône , et l’on affichait : à la porte de la paroisse, l’'excommunication du mort , que sa famille avait enterré dans un champ, ne voulant ou ne pouvant pas payer la somme exorbitante que l’église demandait, pour le laisser pourir en terre bénite.

Enfin, par arrêt du 13 juin 1552, le parlement réprima ce scandale ; quelques évêques prétendirent que c'était toucher à lencensoir; leurs mandemens furent flétris ; et les contrevenans à l'arrêt furent poursuivis avec tant de vigueur, que peu à peu ces vexations cessérent, ou que

266 . TES du moins on les exerça d’une facon plus honnète (1).

— Lorsque Jean de Meun ( qui acheva le roman de la Rose) sentit sa fin approcher (2), il déclara qu’il voulait être enterré chez les Dominicains de la rue Saint-Jacques ; et, pour cela , 1l leur légua par son testament un coffre fort, que son exécuteur testamentaire ne devait leur livrer qu'après ses obsèques.

Les Jacobins, persuadés que ce coffre était rempli de choses précieuses, à en juger du moins par son apparence etsa pesanteur, n’oublièrent rien pour rendre les funérailles du défunt plus solennelles. Mais en ouvrant ce coffre, on n'y-trouva que des fragmens de brique et d’ardoise..…… Les Jacobins, furieux de se voir joués, déterrèrent Jean de Meun et mirent son corps dans la rue... Mais le parlement de Paris les obligea de lui donner une sépulture honorable et gratuite, dans le cloître même de leur couvent. Et, quoique alors les moines fissent bien les mutins, ceux-ci furent contraints

(1) Saint-Foix, Essais historiques, tome 1°". Sur la rue de l’Arbre-Sec. — Sauval, div. 4.

(2) On croit qu’il mourut vers l’an 1364.

TES | 26% d'obéir, à leur grand dépit et non sans regrets (1).

— On pourrait multiplier les traits historiques, pour prouver l'avarice du clergé, et son obstination à refuser la terre sainte aux chrétiens dont la mort ne lui profitait pas. Sauval dit qüe , de son temps, il fallait encore donner quelque chose aux prêtres, par testament, pour être enterré sans difficulté (2). Aujourd'hui que tous ces abus ne devraient exister qu'en souvenir, On va plus loin. On effraie les consciences, on force les chrétiens mourans à dépouiller leurs familles; on arrache des legs scandaleux ; on escroque de prétendues restitutions, pour des biens légalement acquis, et dont la possession est consacrée par la charte et les lois civiles. Mais il est inutile de répéter ici ce que les amis des libertés de la France ont proclamé avec tant d'énergie. Les faits qu’ils ont rapportés sont trop nombreux, trop bien attestés, trop connus pour qu'on redise encore ce que le lecteur a tous les jours sousles yeux (3). (Voyez dubuine, Obsèques , etc., etc.)

(1) Fanchet, Thevet, Marot, Sauval , etc.

(2) Tome IT, p. 629.

(3) Qu'on voie la Bibliothéque Historique, la Miner-

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