‹ Dictionnaire féodalChapitre 109 sur 158 · PE · texte numérisé non relu

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pour attraper un plat de poisson , était puni comme un voleur de grand chemin. — * La pèche à la ligne était permise , mais seulement aux honnêtes gens , qui en usaient pour leur plaisir. Un pauvre homme, qui l’aurait fait pour ne pas mourir de faim, était emprisonné jusqu’à ce qu’il payât une amende de trente livres. Les peines doublaient dans les cas de récidive (i).

On peut voir qu’en cela, comme dans toutes les lois féodales , tous les avantages étaient pour ceux qui n’en avaient nul besoin ; toutes les charges , toutes les privations , toutes les peines tombaient sur le malheureux. Un seigneur pouvait acheter du poisson : la féodalité le lui donnait ; les jouissances étaient pour lui seul. Mais un vilain devait vivre pauvre, sans plaisirs et sans droits; il ne devait rien obtenir qu’à la sueur de son visage.

PEINES. — Il ne faut point mener les hommes par les voies extrêmes , dit Montesquieu ; et l’on doit être ménager des moyens que la nature nous donne pour les conduire. Qu’on

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(ï) Ordonnance de 1669, titre

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examine la cause de tous les relâcliemens , on verra qu’elle vient de l’impunité des crimes* et non de la modération des peines.

Suivons la nature * qui a donné aux hommes la honte comme leur fléau ; et que la plus grande partie de la peine soit l’infamie de la souffrir.

Que s’il se trouve des pays où la honte ne soit pas une suite du supplice, cela vient de la tyrannie, qui a infligé les mêmes peines aux scélérats et aux gens de bien.

Dans des temps où la désertion fut très-fréquente , on établit la peine de mort contre les déserteurs; et la désertion ne diminua point. La raison en est bien naturelle : un soldat , accoutumé tous les jours à exposer sa vie , en méprise ou se flatte d’en mépriser le danger. Il est tous les jours accoutumé à craindre la honte : il fallait donc imposer une peine, qui fît porter une flétrissure pendant la vie. On a prétendu augmenter la peine, et on l’a réellement diminuée (i).

Les vols sur les grands chemins étaient communs dans quelques états ; on voulut les arrêter : on inventa le supplice de la roue, qui les

(i) Esprit des Lois , liv. 6 , ch. 12.

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suspendit pendant quelque temps* Mais bientôt on vola comme auparavant sur les grands chemins ; et on assassina ceux qu’on volait pour se mettre à l’abri de leurs poursuites. A la Chine, les voleurs cruels sont coupés en morceaux , les autres non : cette différence fait qu’on y vole, mais qu’on n’y assassine pas. En Russie, où la peine des voleurs et celle des assassins sont les mêmes, on assassine toujours. Les morts, y dit-on, ne racontent rien (i).

— En France, avant la révolution , on pendait un domestique pour un vol de cinq sous ; et les voleurs les plus modérés étaient presque toujours assimilés aux assassins. Aussi, il se commettait alors dix fois plus de meurtres qu’aujourd’hui; et si nous voyons encore des assassinats , ils sont généralement les effets des dissensions , des haines ou de la vengeance.

— Les peines portées contre les sacrilèges et les hérétiques , ces inquisitions tacites ou déclarées, ces auto-da-fé religieux, sont venus de cette idée, qu’il faut venger la divinité. Mais il faut faire honorer la divinité , et ne la venger

(i) Idem , ibidem , et ch. 16. — À Venise, le port des armes à feu était un crime capital ; et celte république ne punissait pas moins celui qui les portait pour sa défense 3 que celui qui en faisait un mauvais usage....

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jamais. En effet, si l’on se conduisait par cette dernière idée , quelle serait la fin des supplices ? Si les lois des hommes ont à venger un être infini , elles se régleront sur son infinité , et non pas sur les faiblesses , sur les ignorances, sur les caprices de la nature humaine.

Un historien de Provence ( le père Bougerel) rapporte un fait qui nous peint très-bien ce que peut produire sur des esprits faibles cette idée de venger la divinité. Un Juif, accusé d’avoir outragé la Sainte Vierge , fut condamné a être écorché. Des chevaliers masqués, le couteau à la main, montèrent sur l’échafaud, et en chassèrent l’exécuteur, pour venger euxmêmes l’honneur de la Sainte Vierge.... Je ne veux point, ajoute Montesquieu, prévenir les réflexions du lecteur (i).

— En 1 4 1 4 > on coupa le poignet à un jeune Parisien , qui avait eu l’impiété d oter à la statue de saint Eustache un baudrier de soie , que les comtes d’ Armagnac y avait mis ; et à la fin de ce même siècle , on plaça honorablement dans l’église des Jacobins, dans celle des Cordeliers et dans quelques autres , le portrait du saint martyr Jacques Clément.

(i) Esprit des Lois , liv. 12, ch0 14,

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— En 1 548 , on brûla vif, dans le parvis de Notre-Dame, un crieur de vieille ferraille qui avait abattu la tête d’une statue de la Vierge

— En i55o, un fou entra dans l’église de Notre- Dame, l’épée à la main , et voulut abattre pareillement une image de Marie ; mais il en fut empêché par des chanoines , qui lui firent fendre la langue , et le brûlèrent ensuite charitablement, devant l’église qu’il avait violée.

— En 1 5o5, un écolier de vingt-deux ans, sujet à des absences d’esprit, prétendit que la religion naturelle était la seule que l’on dût suivre ; et , pour donner une preuve de sa conviction à cet égard, un jour qu’il entendait la messe à la Sainte-Chapelle (1) , il arracha une hostie des mains du prêtre qui allait la consacrer. On l’arrêta aussitôt : on lui coupa le poignet ; on le fit brûler à petit feu ; et Ton emporta, comme une relique, au trésor de la Sainte-Chapelle, le pavé où ce malheureux jeune homme avait jeté la sainte hostie (2). On ajoute qu’à la proces-

(1) A Paris.

(2) Sauvai , Iw. V. Félibien et Lobineau , Histoire de Paris , an 1 5o3.

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sîon solennelle que fit le clergé, en réparation de ce sacrilège, deux bœufs, que Ton conduisait à la boucherie de FHôlel-Dieu , et qui sc trouvèrent à la porte de la petite paroisse de Saint- Pierre, se mirent a genoux, aussitôt qu’ils aperçurent le Saint-Sacrement (:), pour confondre deux calvinistes qui ne voulaient pas s’agenouiller devant l’hostie (2) ; et qu’en mémoire de ce miracle on sculpta, au-dessus du portail de cette paroisse , les deux bœufs qui s y voyaient encore il y a cinquante ans (5). Au reste , dit Piganiol , ces histoires-là ne sont pas de foi divine, ni même de foi humaine.

— Cinquante ans après, un jeune novice des Bernardins, doutant de l’immortalité de lame, se jeta dans un puits pour s’en éclaircir; mais on l’en tira avant qu’il eût cessé de vivre, et on le surveilla très-exactement. Comme il n’avait pas perdu de vue son projet favori, et qu’il ne

(1) Saint-Foix, Essais , tomePT.

(2) Piganiol, Description de Paris , tome Ier < p., 5 12 „

(3) Les bonnes gens disaient que c’était à cause de ce miracle et de ces deux figures de bœufs , que celte église s’appelait St -Pierre-aux - Bœufs ; mais elle portait ce nom et ces figures, avant le seizième siècle, parce que c’était îa paroisse des bouchers.

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savait comment l’exécuter, il se ressouvint du jeune homme qui avait arraché l’hostie de la Sainte-Chapelle ; et il en fit autant dans l’église de Sainte-Geneviève. On l’arrêta, ainsi qu il le désirait : on lui coupa le poing ; on le pendit par son cou, et on le brûla publiquement ; mais il ne s’effraya point de la sentence , parce qu’elle lui fournissait le moyen de terminer ses inquiétudes

C’est ainsi, et plus sévèrement encore, que nos ancêtres punissaient le sacrilège; et, quand les chanoines de Sainte -Geneviève donnèrent un soufflet à Louis VII, on se contenta de déplacer ces chanoines , et de mettre des Augustins dans leur maison , seulement par des motifs de décence. Ce n’est pas qu’on laissât impunis les crimes de lèse-majesté , mais les chanoines de Samte-Geneviève n’étaient pas des vilains (i).

— Si quelqu’un osait faire un livre, sur les supplices que nos ancêtres ont employés contre les coupables , ou prétendus tels , ce livre serait

(i) Qu’est-ce que le crime de lese-majeslé ? — Il est arbitraire. Louis XI avait déclaré criminel de lèse-majesté, et condamné d’avance au dernier supplice , celui qui l’avertirait, dans sa maladie, qu’il fallait se préparer à la mort.

horrible; et les nerfs les plus robustes pourraient a peine en soutenir la lecture. On ne parlera ici que des choses les moins révoltantes ; et elles paraîtront encore affreuses.

— Clotaire Ier. , poursuivant son fils Chrarnnus , qui s était révolté contre lui , l’atteignit enfin dans une cabane de paysan , où il s’était caché. Là, Clotaire l’étendit nu sur un banc, et le fit mourir sous le fouet; ensuite, il mit le feu à cette chaumière , après y avoir enfermé la femme et les enfans de Chramnus.

— Une jeune et belle fille, que Clovis, fils aîné de Chilpéric, idolâtrait, fut accusée de sorcellerie , et empalée devant la tente de son amant , par l’ordre de l’infàme Frédégonde. La mère de cette fille fut brûlée comme magicienne ; et Clovis , ayant osé se plaindre un peu amèrement des cruautés de la reine , Frédégonde le fit poignarder (1).

(1) Cachan ou Cakan , roi des Avares (en Tartarie), attaquait une ville de Lombardie , que Gisulpbe défendait de son mieux. Ce prince ayant été tué, Romilde , sa femme , offrit à Cakan de se rendre , pourvu qu’il consentit à l’épouser Le barbare accepta cette condition , et Romilde passa avec lui la première nuit de ces noces précipitées. Mais , le lendemain , douze Avares se saisirent d’elle , et l’empalèrent , par ordre du roi Ce supplice , qui était connu des

Perses , fut du moins exercé cette fois par des barbares ; et T. IL i a

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— La plupart de nos historiens se sont accordés a rapporter ainsi le supplice de Brunehaufc t Elle fut promenée sur un chameau , et livrée à toutes sortes de mépris , dans le camp de Clotaire II; ensuite, elle endura la question et les tortures les plus barbares, pendant trois jours; enfin , on l’attacha par les pieds , par les mains et par les cheveux, à la queue de deux chevaux indomptés, et son corps fut jeté au feu. Cependant Frédégonde, sa rivale, bien plus criminelle et plus abhorrée, mourut dans son lit.

— On lit, dans la vieille histoire de Robert-le- Diable , duc de Normandie, que ce prince fit demander a l’abbé de Sainte-Geneviève quelques reliques de son église, pour se guérir de la fièvre ; que cet abbé eut l’imprudence d’envoyer des os de chat dans un reliquaire; que Robert découvrit la fraude, et qu il fît pendre l’abbé de Sainte-Geneviève , par les parties sexuelles , à la porte de l’abbaye.

— Aimoin rapporte qu’en 1127, Louis-le- Gros fit crucifier Berthold (principal auteur de l’assassinat de Charles-le-Bon , comte de Flandre ) ; et que i on attacha auprès de lui un grand dogue, que l’on fouettait de temps en temps

bien des gens peusaienî qu’il c’avait jamais eu lieu eu France.

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pour Pobîiger a mordre le visage de ce criminel. — ■ On a vu ailleurs que le supplice ordinaire aux Juifs était d’être mis en croix, entr© deux chiens; et en cela, comme en bien d’autres circonstances , les chrétiens se sont montrés plus cruels que les Juifs, qui avaient crucifié Jésus-Christ entre deux hommes , et qui regardaient le Messie comme les chrétiens regardent les Juifs et les hérétiques.

— Sous Louis XI , Guillemette Maugrepuis , pour ses mauvaises mœurs, et Perrette Mauger, pour ses larcins , furent enterrées vivantes» — En i5o2 , le bailli de Sainte-Geneviève avait pareillement fait enterrer vive une pauvre femme, qui avait volé un cotillon.

— Les femmes adultères, chez les Juifs, et les criminels de lèse-majesté , chez les Macédoniens , étaient lapidés. Quand Sigebert , roi d’Austrasie, entra à Paris, il fit lapider plusieurs bandes d’Allemands, qui avaient pillé les villages d’alentour.

— Saint Louis , dans ses ordonnances , condamne au feu les voleurs de grands chemins et les hérétiques. Charles VI II renouvela ces mêmes ordonnances; Louis XII en supprima ce qui concernait le crime d’hérésie. Mais ses successeurs réparèrent cette impiété : on brûla, dans le seizième siècle , ceux qui n’étaient pas

orthodoxes, et ou ne les traita pas beaucoup mieux vers la fin du règne de Louis XIV.

— Les Templiers et cent mille autres furent brûles par nos ancêtres, ou comme hérétiques, ou comme sorciers. En i4°4> on brûla la femme d’un procureur qui avait empoisonné son mari pour épouser son premier clerc , et, avec cette femme, une vieille sibylle convaincue d’avoir noué l’aiguillette à deux courtisans.

— On trouve encore , dans les fastes de la férocité humaine, que l’on lit bouillir, en i55o,

deux faux-monnayeurs Mais ces détails ne

peuvent plaire qu’aux familiers de l’inquisition.

— a Anciennement, dit Sauvai, quand les » serfs n’obéissaient pas à leur maître, on leur » coupait les oreilles; et, pour en perdre i’en- » geance, on les châtrait , sans marchander da- » vantage. Aux plus petites fautes, on les éten- » dait nus , pieds et poings liés , sur une pou- » tre , comme pour leur donner la question ; » et, avec des houssines, de la grosseur du petit » doigt, on leur faisait une distribution de cent

» vingt coups C était la moindre peine dont

» on punissait les serviteurs et les servantes.

)) Quand un serviteur volait deux deniers , » ou quelque objet de cette valeur, il pouvait » racheter ses épaules , moyennant cent vingt » deniers : et comme ordinairement il ne les

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