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Une pareille ordonnance déshonorera à jamais la mémoire de ce prince , et des prélats qui Pavaient sollicitée. « Si quelqu’un de mes sujets est opprimé, disait saint Louis, ce sera sa faute, et je n’en répondrai pas au tribunal de Dieu ; puisque chaque jour, à certaines heures, je reçois et j’examine ensuite toutes les plaintes qu’on me présente. »
— Dans les premiers temps de la monarchie, et surtout en Bourgogne, on obligeait le voleur d’un chien de chasse à faire trois tours sur la place publique, en lui baisant le derrière. Si l’on volait un épervier , on était condamné a une amende de huit écus d’or, ou à se laisser manger par cet oiseau cinq onces de chair , sur cette partie du corps, que le lecteur devine, dès qu’on ne la nomme pas (i).
— Nous avons dit ailleurs que, sous la loi salique , on se rachetait de tous les crimes, hormis le crime d’état , par des amendes ,* et l’on vient de voir que, sous cette meme loi, on employait des supplices effroyables. C’est qu’en imposant des amendes , la loi prescrivait aussi de grandes peines, pour les serfs et pour tous ceux qui n’étaient pas en état de les payer. C’est que les
(i) Les fesses, — Saint-Foix, Essais , tome U>
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dîmes d’état , de trahison , de lèse-majesté étant désignés vaguement , on accusait de ce crime tous ceux dont on voulait se défaire. Ainsi lorsqu’on voulut la mort de Mummol, on le représenta comme un magicien qui avait entrepris de tuer la famille royale, par des maléfices ; et ce fut pour ce crime imaginaire qu’onle fit mourir dans des tourmens horribles.
Enfin , la loi ordonnait des châtimens et des amendes, mais les rois de ces siècles barbares, étant généralement despotes et cruels , infligeaient, selon leur caprice, des tortures et des supplices variés. Et quand les seigneurs purent s’ériger en petits tyrans dans leurs fiefs , ils imitèrent la conduite de nos premiers princes.
— Remarquons aussi que, jusqu’au dernier siècle , les peines ne furent pas les mêmes pour les nobles et les roturiers. La mort de ceux-ci était une bagatelle ; mais il était rare qu’un gentilhomme fut punissable , puisque tous ses torts , tous ses excès envers les manans n’étaient point des fautes; au lieu que le moindre mot offensant d’un vilain à son seigneur était un crime capital. (Voyez Amendes y Jugemens , Justices y etc. ).
PÈLERINAGES. — Quand les musulmans vont visiter le temple de la Mecque , après qu’ils en
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ont fait sept fois îe tour, chaque pèlerin est obligé d’offrir aux prêtres un mouton, qui se distribue aux pauvres. Le pèlerin qui fait le sacrifice ne retient de son mouton qu’un morceau de deux livres; s’il en prenait davantage, et qu’011 le sût , il serait excommunié ; c’est-àdire , qu’il ne pourrait de sa vie rogner ses ongles, ni se faire couper les cheveux.
— Foulques III, comte d’Anjou, fit deux fois le pèlerinage de Jérusalem; à son second voyage, voulant expier quelques fourberies, qu’on lui reprochait assez vivement , il ordonna qu’on le traînât tout nu sur une claie, autour des saints lieux , avec la corde au cou , et qu’on le battit de verges. Pendant qu’il se faisait fouetter de cette sorte , il criait à haute voix : « Sei- » gneur, ayez pitié du traître Foulques... ». Au reste, ces pèlerinages et ces jongleries devinrent fort à la mode, au commencement du onzième siècle.
— Autrefois, dit Sauvai , nos rois obligeaient leurs vassaux à faire le pèlerinage de Jérusalem. Ils imposaient le même devoir à leurs ennemis, lorsqu’ils leur accordaient la paix. C’est ainsi que, par l’une des conditions du traité de paix, fait en 1 3 1 G , entre la Flandre elles Français, Gui de Dampierre , comte de Flandre., fit le voyage d’outre mer.
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Mais les rois n’étaient pas toujours si exigeans, et iis se contentaient quelquefois de plus simples pèlerinages. Dans ie même traité de paix , dont nous venons de parler , Robert de Béthune, fils aîné du comte de Flandre, s’obligea d’aller visiter en pèlerin Notre-Dame du Buy , en Languedoc , Saint-Gilles de Provence, Saint-Jacques en Galice, et Notre-Dame de Vauvert, que l’on appela depuis les Chartreux (i).
— Les prêtres ordonnèrent aussi les pèlerinages , pour la rémission des péchés. Les riches , qui ne se souciaient pas d’entreprendre seuls un voyage très-ennuyeux , le faisaient par troupes, en parties de plaisir, ou s’en exemptaient pour leur argent. Ceux qui ne pouvaient pas payer les dispenses, faisaient le pèlerinage pour ne pas être damnés. On y joignait souvent des conditions très-singulières, comme de porter un joug sur ses épaules pendant la route ; de se faire fouetter trois dimanches consécutifs , h la porte de l’église que l’on visitait; de s y confesser tout haut, avec la corde au cou, les pieds nus, etc. • — Catherine de Médicis avait fait vœu, en i55o, d’envoyer a Jérusalem un pè-
(i) À Paris, dans la rue d’Enfer. — Sauvai , Antiquités
de Paris ) liv, XL
lerin , qui ferait ce voyage à pied, en comptant ses pas, et; en reculant d’un pas sur trois enjambées. Ce vœu fut rempli par un Picard, que l’on récompensa par une somme d’argent, et par des lettres de noblesse (i).
— George P Apôtre dit que c’est une impiété de ne point faire de pèlerinages, parce que les pèlerinages étaient en usage chez les Hébreux, et chez les premiers chrétiens. «On lit, » au troisième livre des Rois, ( ajoute-t-il,) cha- » pitre 8 , verset \\ , que non-seulement les » Juifs, mais aussi les gentils, venaient en pè- » lerinage au temple de Salomon, pour y prier » Dieu ; et , en ce lieu , Dieu entendait du ciel >; la prière de ces pèlerins, et accordait tout ce » qu’on lui demandait.
» Au deuxième livre des Rois, chapitre i5, » versets 7 et 8 , Absalon étant en peine et en » fuite, chez Gessur, roi de Syrie, lit vœu, en » sa misère, d’aller en pèlerinage en Hébron , et
» d’y faire dire la messe et sacrifier, si
» Dieu permettait qu’il rentrât en grâce avec )) son père David. On voit, par là, qu’Absalon )) était grand catholique : il faisait des vœux ,
(i) L’abbé Bertou , Anecd. françaises, — naine infernal , au mot Trœux.
Diction -
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î tr
» projetait des pèlerinages, et faisait dire la » messe. Que répondront à cela les huguenots , qui ne veulent ni messes, ni vœux, ni pèle-
» ri nages .
» Ça aussi toujours été la coutume de la pri- » mitive église, d’aller en pèlerinage visiter les » saints lieux. Je renvoie les huguenots aux » épîtres de saint Jérôme, qui exhorte tant ces » deux braves femmes romaines, Paule et Eus- » tochium , d’aller en pèlerinage aux lieux » saints; de s’aller mettre à genoux sur le trou » où fut fichée la croix, et de s’imaginer de » voir encore Jésus-Christ fiché en croix, afin )> d’attrister leur pensée sur une tristesse qui » vaut mieux que toute la joie du monde ; d’al- » 1er au sépulcre de notre Sauveur, pleurer , » baiser la pierre, lécher le lieu où le très-saint » corps avait reposé. C’est saint Jérôme qui est » ainsi bigot, et qui nous excite à passer la » mer et aller combattre les Juifs et barbares » qui tiennent prisonnière notre liberté , et » nous empochent de posséder ce qui est à » nous(i). a
Malgré ces savantes autorités et ces bénins
(i) Tombeau des hérétiques 5 Ire . partie , Jjag. 184 et
sulv.