J* ^CLII I.' ANCIEN RÉGIME
Les nobles, ne payant rien ou presque rien à l’État, refusaient même d’acquitter leur faible quotepart , taudis que le roturier insolvable pourrissait dans les cachots. « Rien de pins curieux à cet égard, » dit M. Jubé , que la liste des contribuables en re- » tard du sixième arrondissement de Paris, insérée v au Moniteur du 21 février 1792. Les ducs , les » comtes, les marquis, et jusqu’à 1 ancien contrôleur
» général, sont arriérés depuis 1786 Ils sont bien
5» excusables de regretter un tel régime \ mais ils sont » bien fous de croire qu’ils puissent le ramener...»
Avec tous ces avantages , la noblesse avait encore les dignités ecclésiastiques (1), les charges de la magistrature, les emplois de la cour et de la diplomatie, les grandes fonctions de l’Etat et du ministère, tous les grades de l’armée. O11 a répété souvent, et ayec raison, que le despotisme d’un seul est préférable mille fois à la tyrannie de plusieurs. Les Fabert, les Catinat, les Gassion, les Chevert, les Colbert, les Tourville , les Dugnay-Trouin, les Jean-Bart obtinrent sous Louis XIV des honneurs et des grades qu’ils n’eussent point obtenus sons les règnes suivans, sans faire leurs preuves de noblesse.
Les pensions et les honneurs étaient la part des nobles et des prêtres*, et au moyen du système des
(1) La noblesse et le cierge', dont on a fait deux ordres , n’en étaient réellement qu’un , puisque tout le haut cierge était tiré de la noblesse.
ET LÀ FRANCE ACTUELLE. XL! Il
survivances ces pensions étaient presque toujours héréditaires dans les familles.
Si le peuple n’était pas libre, rien de plus libre alors qu’un gentilhomme ; il pouvait à son gré prendre, quitter et reprendre le service-, il était au-dessus des. lois ; et, lorsqu’il avait commis de grands crimes , s’il n’obtenait pas sa grâce (i), il mourait encore d’une manière privilégiée.
Jusqu’à Henri IV ce n’était rien de tuer un paysan, de violer une roturière, de piller la maison du pauvre. En 3789, on était sans doute moins librement barbare. Mais un noble pouvait enlever la femme d’un bourgeois, séduire sa fille, et, au moyen d’une lettre de cachet, envoyer dans quelque bastille le mari ou le père qu’il accablait d une mortelle offense (2). Les prisons d’état n’étaient faites que pour renfermer l’homme honnête dont on voulait se débarrasser
(1) Il était rare qu’un noble n’eût, pas sa grâce , lorsque ses crimes ne touchaient pas le roi cle près. « Un comte de Charolois » se faisait un jeu d’abattre , d’un coup de fusil, les couvreurs » sur les toits, ou les paysans sur les arbres. Louis XIV, au lieu » de faire pendre cet assassin, lui avait plusieuis fois accorde sa » grâce. Enfin, lassé de voir ce comte en solliciter toujours de * nouvelles , il se contenta de l’épouvanter, en lui disant : Je » vous accorde encore celle-ci ; mais , en même temps , je proy> mets aussi la grâce à celui qui vous tuera. Ce monarque , par » cette réponse tant vantée , faisait injure aux lois, témoignait sa » faiblesse, et invitait quelqu’un de ses sujets à un assassinat.» (Dulaure; Histoire critique de la Noblesse , cliap. XII. ) D’ailleurs, quel paysan aurait osé , en tuant un seigneur, s’exposer à la vengeance de toute une famille noble ?
(?) ^ oyez à ce sujet les Lettres de Cachet de Mirabeau.
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l’ancien régime.
sans jugement. Un gentilhomme du duc d’Orléans ( Robert de la Motte ), convaincu d’avoir assassiné un limonadier, afin de jouir sans obstacle de sa femme, resta six mois à la Bastille en i;34- M. de Monchenu, écuyer de Louis XV, pour avoir tué son laquais d’un coup d’épée , fut puni de quatorze jours de Bastille • et le malheureux La Tude fut plongé trente-sept ans dans les cachots de cette forteresse parce qu’il avait tenu un mauvais propos sur la marquise de Pompadour.
Mais le pouvoir absolu du roi était dans la main des ministres, des courtisans, des favoris, des maL tresses, tous gens nobles, qui s’accordaient un mutuel appui contre la roture.
On a meme remarqué qu’un ministre recevait d’autant plus d’honneurs et de récompenses qu i! avait plus écrasé la masse de la nation, et foulé les particuliers.
Les lettres, soumises à la censure, ne pouvaient éclairer le peuple qu’en bravant, comme fit Voltaire , des lois iniques. Alors les livres étaient brûlés, et les auteurs emprisonnés ou bannis (i). Ces abus contribuaient à appauvrir la France : la Hollande gagna des sommes énormes en imprimant ce que nos
(i) Un peu plus loin on brûlait les auteurs avec leurs ouvrages. Sous notre bon Charles IX, les auteurs, imprimeurs et vendeurs i^’un livre qui déplaisait aux ministres, aux nobles ou aux prêtres,
étaient fouettés à lu première J'ois , et pendus à la seconde
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