ET LA FRANCE ACTUELLE. XLV
ministres prohibaient. L’esclavage de la presse était donc une grande absurdité, puisqu’il n’empêchait pas la vérité de paraître, et qu’il privait seulement le commerce français d’une partie de ses ressources.
Mais si l’on ne pouvait étouffer entièrement la vérité, il fallait au moins la charger d’entraves dans un pays où l’on ne devait point avoir de conscience politique, et où toutes les consciences religieuses étaient soumises à un clergé dominant.
Il y avait eu, depuis 1 édit de Nantes, quelque tolérance sur le sol français. La révocation de ce bienfait, qui souilla, en r (385, le règne de Louis XIV, rendit aux prêtres catholiques tout leur fanatisme, tout leur zèle pour les persécutions. Un chrétien, qui n’adora pas Dieu selon le rit de Rome, ne fut plus citoyen et n’en eut plus les droits. Le protestant, le Juif devinrent plus malheureux en France que dans Rome même.
11 y avait des divisions jusque dans le sein de la
religion de l’Etat. On sait les misérables querelles du jansénisme , qui ont produit des milliers de volumes d’injures, et qui ont causé les plus grands, maux. Alors ( et ces excès reparaissent ) pour un mot mal compris, mal défini, on refusait les sacremens aux malades, la sépulture aux cendres des morts; on accablait la dernière heure du moribond par des tortures morales. Des prêtres criminels, séditieux, rebelles aux lois, n’étaient point réprimés, parce qu’ils avaient leurs droits à part, parce qu’ils
xtvi l’ancien régime
faisaient dans l’État un corps étranger, soumis à un
souverain étranger.
La justice n’était pas plus régulière que le reste. Les impôts, réglés par de simples édits, se levaient malgré les remontrances des parlemens. Une législation arbitraire, soumise au régime des ordonnances et du bon plaisir*, trois cent soixante coutumes ou codes diflerens, sans parler du droit romain et du droit canon; des lois atroces; des supplices recherchés; le despotisme des ministres , des intendans , des gouverneurs de province, des seigneurs de paroisse ; un nombre infini de hautes , moyennes et basses justices; des présidiaux, des châtelets , des élections, des bailliages, des vicomtés, des cours prévôtales; treize parlemens ou cours souveraines, dont les arrêts étaient cassés par un grand conseil, toujours en hostilité avec eux; des cours des aides; des chambres des comptes; des conseils supérieurs; des tribunaux d’exception, des commissions; les places de la magistrature vénales ; les frais de justice arbitraires : voilà le spectacle que présentait la justice en France sous l’ancien régime.
Les monnaies étaient dans un état pitoyable. Il y avait plus de mille sortes de poids et de mesures, tellement variés qu’on en changeait souvent en passant d’un village à un village voisin. Des villes et des provinces avaient des privilèges que d’autres pro» vinces et d’autres villes n’avaient pas. L’industrie et le commerce étaient soumis à des corporations , à des maîtrises, à des jurandes, et à la hç>nte....v.%