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le poitrail des mulets. Tous ont la tête rase. L’un d’eux porte Un grand peigne, l’autre une brosse , le troisième des ciseaux , et le quatrième , coiffe' d’une vieille perruque , évite tant qu’il peut la rencontre de ses compagnons.
» Saint Christophe , qui vient après , porte sur l’épaule droite le Sauveur du monde. Un crocheteur fait mouvoir ce mannequin , haut de neuf à dix pieds , dans lequel il est renfermé.
» Enfin, une figure noire, avec desossemens de squelette, représente la mort, dans l’action d’un faucheur.
» Ces scènes allégoriques avaient originairement pour prélude divers exercices imités de la chevalerie , où figuraient avec pompe la basoche , le prince d’amour , et l’abbé de la ville.
» La veille de la fête , on exécutait un pas d’armes. Le même jour, se faisait une cérémonie appelée 1 g guet, La renommée en ouvrait la marche. Un porte - drapeau venait après, avec les chevaliers du guet , précédés et suivis de tambours ; puis le duc et la duchesse d’Urbin (1), vêtusde rouge et montés sur des ânes,
(j) Un duc d’Urhin avait etc défait au premier choc , en
Mo mu s à cheval. Mercure et la Nuit, Plnton et Proserpine, Neptune, une troupe de Faunes et de Dryades, Pan et Syrinx, Bacchus, Mars et Minerve, Apollon etDiane, Saturne et Cvbèle, un grand char portant Jupiter, Junon, Vénus et Cupidon ; enfin les trois Parques à cheval , pour rappeler que les plaisirs et les grandeurs ont leur terme.... »
— On faisait encore, en 1778, la fameuse procession du Jeudi-Saint , établie à Perpignan dans le quatorzième siècle. C était, dit l’éditeur des Voyages en France (1), l une des plus insignes folies de ce genre.
Cette procession , qui durait depuis dix heures du soir jusqu’à quatre heures du matin , parcourait presque toutes les rues de la ville, et entrait dans plusieurs églises, qui toutes étaient richement illuminées. Deux trompettes et un porteenseigne, habillés de rouge, en faisaient l'ouverture ; on voyait ensuite deux bannières noires, où étaient peints les instrumens de la passion , portées par deux pénitens noirs ; un
1461 , en combattant contre Je duc de Calabre, fils du roi René. ( Notes au voyage en Provence , tome II des Voyages en France et autres pays , page 228. )
(1) Tome II , p. 2S1 .
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grand nombre de pénitens suivaient, avec des cierges de cire rouge.
Les confréries de diverses couleurs étaient séparées par les mystères. On appelait ainsi la représentation de divers objets, relatifs à la passion de Jésus-Christ, exécutés en sculpture ou en reliefs de grandeur naturelle , et portés sur des brancards par les pénitens. Le premier mystère représentait le jardin des Olives ; il appartenait aux jardiniers. Les menuisiers portaient la flagellation ; les procureurs, le couronnement d’épines. Le quatrième mystère , qui représentait ïecce homo , appartenait à la noblesse ; il était toujours accompagné d’un pkis grand nombre de flambeaux.
Venait ensuite le porte-croix , qui figurait Jésus-Christ montant au Calvaire ; il était précédé d’un grand nombre d’ecclésiastiques en soutane, accompagné d’un chœur de musiciens, escorté de cinquante soldats vêtus à la romaine. Simon le Cyrénéen marchait derrière , avec trois filles de Jérusalem, vêtues de noir, dont. Tune représentait sainte Véronique , portant un mouchoir où était empreinte la face du Sauveur. Saint Jean suivait, une palme à la main , accompagné de la Sainte Vierge et de la Madeleine.
Dans un autre mystère, on portait Jésus
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crucifié , sur un brancard tendu de velours noir. Enfin la procession était terminée par le clergé de l’église de Saint-Jacques, avec des cierges de cire rouge. On y comptait ordinairement quatre mille flambeaux.
Dans la même procession , figuraient des personnages singuliers, tels que les Saints-Jérômes , les Dames Jeannes , les traîneurs de chaînes ? les barres de fer , et les flagellons , entremêlés aux pénitens de toute couleur et de toute forme. Les Saints-Jérômes étaient vêtus comme les pénitens noirs , excepté qu’ils portaient le capuce rabattu ; ils tenaient a la main un plat de cendres. Les Dames Jeannes avaient un casque , une cuirasse et une culotte de spath d’une seule pièce. Il leur était impossible, à cause de la roideur de leur habit, de faire un pas sans écarter ridiculement les cuisses ; elles portaient une tête de mort. Les traîneurs de chaînes s’accolaient deux à deux, pour tirer une chaîne de fer très-longue , très-grosse et trèspesante. Les barres de fer avaient les liras attachés en croix, sur un morceau de fer battu, et restaient quelquefois six heures dans cette situation pénible.
Les flagellons , en corset et en jupon blanc bordé de noir , avaient la tête chargée d’un capuchon en pain de sucre, haut de cinq pieds,.
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du haut duquel tombait sur leur visage une toile percée de deux trous, vis-à-vis l’ouverture des yeux. Le corset avait une ouverture, qui laissait à nu la plus grande partie du dos. C’était là qu’ils frappaient , avec une discipline armée d’étoiles d’argent. Un galant de cette confrérie faisait bien la cour à sa maîtresse, s'il la fouettait adroitement, et de manière à ensanglanter ses falbalas
— Une autre institution non moins bizarre, c’est la promenade de la Mère jolie , à Dijon.
Son costume et celui des gens de sa suite étaient bigarrés de vert, de jaune et de rouge. Elle tenait à la main une marotte, et se coiffait d’un bonnet à deux cornes. Deux cents hommes escortaient son chariot , qui était chargé de figures grotesques ; ses courses avaient lieu les jours de grandes fêtes. On y faisait à peu près les extravagances que nous avons vues quelquefois au carnaval.
— La procession de l’âne se faisait à Dijon, à Paris, dans plusieurs autres villes de la France, et dans presque toute l’Italie. Le cortège était ouvert par une bannière, sur laquelle on avait peint un âne occupé à braire de tous ses moyens. Les moines et le clergé suivaient en grande pompe , et s’avancaient vers la cathédrale ,
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conduisant un âne, revêtu d’une chape brillante.
Cet âne était introduit dans le chœur, placé honorablement, et salué profondément de tout le clergé. Les prières et les chants de la messe de l’âne étaient entremêlés de cris, où l’on s’efforcait d’imiter au naturel sa voix musicale. On lui chantait une hymne en latin , composé tout exprès pour lui, et qui commençait par ces mots :
Orient is partibus Adventavit asinus Pulcher et for tissimus.
Hihan ! hihan ! hihan !
Un chœur de jeunes filles entonnait ensuite un cantique , dont voici le meilleur couplet :
Eh ! eh ! eh ! sire âne , chantez Car belle bouche vous avez ;
Eh ! eh ! eh ! sire âne , chantez :
Et de l’avoine vous aurez.
Eh ! eh! sire âne, (bis.)
Eh ! eh ! eh ! sire âne, chantez.
Enfin , au lieu de dire au peuple , à la fin de l office, Vite missa est , le prêtre chantait, aussi bien et aussi fort que ses poumons pouvaient le lui permettre : Hihan ! hihan ! hihan ! Les
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assistans répondaient par la même phrase et la même harmonie ; et la messe était dite. J1 n’est pas besoin d’ajouter que ces processions et ces cérémonies étaient accompagnées de grands scandales et de grands désordres; mais nos ancêtres de ce temps-là n’en étaient pas moins plus pieux , plus sages et infiniment plus moraux que nous (1).
— L’année i586 fut si féconde en processions, et la France vit alors tant de pénitens couverts de capuchons blancs , qu’on l’appela Vannée des processions blanches.
— Pendant le blocus de Paris par Henri IV , en i5go, on forma une espèce de régiment, composé de religieux, de prêtres et d’écoliers, jusqu’au nombre de treize cents ; ils parurent dans la ville en ordre de bataille, et firent une procession , ou revue générale , qui fut appelée la procession de la ligue. Guillaume Rose, évêque de Senlis , marchait en tête comme commandant et premier capitaine; il était suivi des ecclésiastiques, marchant quatre à quatre. Venaient ensuite les capucins , les minimes ,
(1) Les details de la procession de Fane sont trop longs pour qu’on les donne tous ici. On peut voir les Mémoires de Dutillot,yj'<?«r servir à l’histoire de la fête des fous »
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les cordeliers , les jacobins , les carmes , les feuillans , les chartreux , et plusieurs bandes d’écoliers.
Les chefs de ces bataillons religieux portaient le crucifix à la main gauche et la hallebarde à la main droite ; les soldats portaient des mousquets , des arquebuses , des pertuisanes , des dagues et d’autres armes, que leurs voisins leur avaient prêtées. Tous avaient la robe retroussée, les capuchons abattus, le casque en tète, la cuirasse sur le dos, et le sabre au côté.
Les curés de Saint-Jacques-de-la-Boucherie et de Saint-Côme faisaient les fonctions de sergens-majors, et arrêtaient de temps en temps leurs cohortes, ou pour chanter des hymnes, ou pour maudire Henri IV , ou pour ordonner des décharges de mousqueterie.
Le légat du pape accourut à cette parade, qui s'était mise en ordre sur le pont Notre-Dame, et approuva par ses éloges le courage extraordinaire de cette sainte armée. Mais quelquesuns de ces nouveaux soldats , sans penser que leurs fusils étaient chargés à balle, voulurent saluer le légat, tirèrent sur lui, et tuèrent son aumônier h ses côtés. Son éminence, trouvant qu’il commençait à faire trop chaud à cette revue, se dépêcha de donner sa bénédiction, et s’en alla au plus vite, pendant que le peuple