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criait tout haut que cet aumônier était bien heureux, d’avoir été tué dans une si sainte occasion (1)

• — Il y avait encore à Paris plusieurs processions ridicules. Outre la fête des fous , la procession de l’âne, les farces de la basoche, etc. , les processions de la plupart des fêtes étaient accompagnées de jongleries extravagantes. cc C’est un passe-temps, dit Sauvai, » de voir la procession des pèlerins de Saint- » Jacques en Galice, avec leurs calebasses, » qu’ils remplissent au premier cabaret qui se » trouve sur leur route, et qu’ils vident en )) pleine rue, devant tout le monde, sans quit- » ter pour cela la procession.

» Autrefois , elle était terminée par un grand » faquin vêtu en saint Jacques , marchant avec » la contenance d'un crocheteur qui veut con- » trefaire l’honnête homme. Et comme au » retour tous les pèlerins dînaient ensemble, » dans les salles de Saint-J acques-de-l Hôpitaî , » celui-ci était assis au haut bout, entre deux

(1) L’Estoiîe , Supplém. Année i5go , 3 de juin. — Histoire de Paris , de Félibien et Lobmeau. — Sainî- Foix , Essais , tome Ier. — L’abbé Bertou , Anecd. franc . — Mézerai , dans sa Grands Histoire . etc.

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» hommes qui Pe'ventaient , et regardait ainsi » dîner la compagnie, sans oser manger, à » cause que les saints ne mangent point.

— » Anciennement , à la procession de Saint- » Michel, un homme de haute taille, déguisé » en archange , traînait après lui un grand » diable enchaîné, qui frappait tous ceux qu’il » pouvait atteindre , et faisait cent niches. » Aujourd’hui , dans les processions que No- » tre-Dame fait tous les ans, avec ses quatre )) filles (i) , nous voyons encore un grand dra- » gon faire les memes sottises que faisait le » grand diable (2) ».

— Lorsqu’on eut donné à Lisbonne un patriarche (en 1716), Jean Y, roi de Portugal, fit faire au prélat des équipages magnifiques, et voulut que sa marche eût toujours Pair d’un triomphe , afin d’inspirer au peuple une vénération plus profonde. La croix patriarcale était portée par un cavalier, qui montait un cheval superbe. Le patriarche, qui le suivait, oc-

(1) Les quatre filles de l’église de Notre-Dame étaient, jVglise de Saint-Merri, celle du Saint-Sépulcre, celle de Saint-Benoît, et celle de Saint-Étienne-des-Grés. Ces quatre églises étaient soumises à la juridiction du chapitre de Notre- Dame.

(2) Antiquités de Paris , liv XI.

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eupait une litière entourée de vingt valets de pied. Ensuite venaient quatre carrosses , d’une grandeur et d’une richesse extraordinaire , attelés de six mules et conduits par des hommes magnifiquement vêtus. Le premier était vide, c’était la voiture d’honneur. Les trois autres contenaient les officiers du pontife. Les chanoines, choisis parmi la première noblesse, et richement dotés , allaient en litière , suivis chacun de six domestiques.

Aux processions de la Fête-Dieu, un clerc portait devant eux un chapeau vert, et un ecclésiastique la queue de leur robe. Le roi et les infans venaient après eux; ensuite les grands officiers de la couronne ; et enfin six cents chevaliers de l’ordre du Christ, avec leurs habits de cérémonie (1). — Était-ce ainsi que marchaient Jésus-Christ , les apôtres et les premiers évêques de l’église chrétienne ?

PROVERBES FÉODAUX. — On pillait anciennement les meubles de l’évêque, après sa mort. De cet abus nous est venu le proverbe, disputer

(1) Quand ce patriarche officiait , il était accompagné à f autel , par dix-huit chanoines portant la crosse et la mitre. ( Anecdotes portugaises , année 1716. )

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la chape à l'évêque (i), pour dire que deux personnes veulent avoir une chose qui ne leur appartient point.

— Sous le règne de Charles VI , on jetait de nuit dans la Seine ceux dont on voulait se défaire , après les avoir enfermés dans un sac lié par le haut avec une corde. C’est de là qu’on a appelé les fripons gens de sac et de corde .

— Quand saint Louis eut réglé les droits de péage qui étaient dus à l’entrée de Paris, sous le petit Châtelet , tout marchand qui apportait un singe, pour le vendre, payait quatre deniers. Si le singe appartenait à un histrion , cet homme, en le faisant jouer et danser devant le péager , était quitte du péage , tant pour le singe que pour tout ce qu’il possédait à son usage. De là nous est venu le proverbe payer en monnaie de singe , c’est-à-dire en grimaces et en gambades (2).

— Cette expression, mettre sa main au feu , pour affirmer une chose dont on est sûr, vient des épreuves judiciaires , où l’accusé empoi-

(1) La chape à V évêque , ou la chape de V évêque 5 c’était la meme chose.

i (2) R'eglemens de saint Louis. — Personnages célébrés dans les rues de Paris , de M. Gouriet, tome Ier.

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gnait une barre de fer rouge, ou trempait sa main dans Peau bouillante, pour prouver son innocence,

— Boire après les grâces , c’est ce qu’on boit lorsqu’on est sorti de table. Nous devons ce mot aux Allemands. Un pape leur accorda des indulgences , toutes les fois qu’ils boiraient un coup après leurs grâces, afin de les engager à ne pas s’enivrer sans les avoir dites.

— On a dit des serfs de la glèbe : Il faut que la vache broute ou elle est attachée ; ou bien, il faut que la bête meure dans le harnais.

— Le droit d’aubaine donnait au roi et aux seigneurs la succession des étrangers qui mouraient sur leurs terres. On appelle encore aubaine, un profit que l’on n’attendait pas.

— Aller au-devant, de quelqu'un > avec la croix et la bannière. C’est ainsi qu’on recevait les seigneurs dans leurs fiefs.

— Les seigneurs et leurs juges avaient anciennement une baguette à la main, en rendant la justice. Lorsqu’on avait payé les amendes de la loi , il fallait payer les profits du juge ; de sorte que les condamnés ont dit d’abord : « Les )) plaignans sont payés , c’est maintenant le » tour du juge. » Et comme le seigneur, lorsqu’il se faisait représenter pour juger, donnait sa baguette à celui qui le représentait, on a T. IL 1 3

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pris ensuite le Raton Je justice pour le juge meme , et l’on a appelé la part du juge le tour du bâton. Comme cette part était ordinairement arbitraire, exagérée, on a donné le nom de tour du bâton à tous les profits illicites, que font secrètement les gens en place.

— Nos gracieux ancêtres disaient d’un pendu expirant , qu’il donnait la bénédiction , des pieds et des mains

— Lorsqu’on donnait les bénéfices aux intrigans et aux sots adroits , tandis qu’on laissait dans la misère ces vertueux ecclésiastiques, qui s’occupent plus de leur ministère que de leur fortune, quelqu’un inventa ce proverbe : les chevaux courent les bénéficesy et les ânes les attrapent.

— On appelait gentilshommes de cloche ceux qui n’étaient nobles que pour avoir passé par certaines charges, comme celle d échevin , qui anoblissait dans quelques villes, et qui se donnait au son de la cloche.

— On appelait seigneur de parchemin celui qui devait sa noblesse, non h de belles actions ou à de grands services, mais seulement à des parchemins bien payés.

— L’égoïsme des seigneurs et la franche bonhomie des pauvres gens sont assez bien expri-

mes par ce proverbe : Tous gentilshommes sont cousins, et tous vilains compères.

— Croûte de pâté vaut bien du pain . Dans un dîner où Ton avait servi un pâte énorme, on disait à une reine de France que l’année était misérable, que la gène était grande, que le blé était cher , et que les artisans ne pouvaient avoir du pain. — Eh bien , répondit cette reine, qui n’en savait pas davantage , si le pain est si rare , que ne mangent-ils des croûtes de pâté?... (û).

On disait, en matière féodale : Quand le vassal dort , le seigneur veille ; pour dire que, quand le vassal négligeait de faire la foi et

hommage, le seigneur dominant saisissait le lief, et en faisait son profit.

— On appelait une paire de sabots des escarpins de vilain. — - On disait d’un roturier , c est un homme de basse étoffé. Les nobles se croyaient faits par un autre ouvrier , et d’un autre sang que le commun des hommes. Dans

(i) Quelcjues-uns font remonter plus liaut ce proverbe: En saint homme avait fondé, au seizième siècle , un déjeuner de vin et de petits pâtés, qui se donnait, tous les ans, aux en la ns de chœui de Notre-Dame. Comme on ne leur servait point de pain, et qu ils s en plaignaient, on leur répondit : Croûte de pâté vaut bien du pain.

le temps de la guerre de la jacquerie , plusieurs moines disaient que les nobles étaient des hérétiques et des apostats ; ces moines n’avaient pas si grand tort , puisqu’en reniant les roturiers pour leurs frères, les nobles reniaient

Dieu, notre père commun.

On dit d’un malheureux : Cet homme est

excommunié ; parce que, dans les siècles où les foudres de Rome étaient si stupidement redoutées , l’excommunication attirait la ruine , la misère , l’exil , les persécutions , l’abandon et les plus grands maux, sur celui qu’un pape ou un évêque avait frappé d’anathème.

— M. de Bérenger a dit, dans sa chanson des diables missionnaires , que les philosophes sentent le roussi ; et l’on dit encore qu’un impie sent le fagot , parce que, dans les bons temps, on brûlait les hérétiques , les incrédules et les philosophes. Sous François I<r., on créa une chambre ardente, qui faisait brûler sans miséricorde tous ceux qui étaient soupçonnés de la moindre hérésie, ou qui s’avisaient de philosopher sur le catholicisme. Néron , qui fut si cruel , s’était contenté d’exiler ces gens-là.

Jusqu’au seizième siècle , lorsqu’un homme

laissait en mourant de trop grandes dettes , la veuve renonçait à la communauté de biens , conservait ce qui était à elle , laissait aux créan-

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eiers la seule fortune de son mari , et n’avait point de dettes à payer , « en décrochant sa » ceinture, avec ses clefs et sa bourse, qu’elle n mettait sur' le cercueil de son mari. » Aujourd’hui encore, lorsqu’une veuve renonce à la succession , on dit quelle a mis la clej sur la fosse .

— Nos anciens seigneurs avaient pour la plupart des pages, à qui ils administraient la correction des verges, pour la moindre peccadille. Nous disons encore, pour faire entendre qu’une faute est bien légère : il ri y a pas de quoi fouetter un page .

— On dit d’un homme, dont la cause semble perdue : cet homme est frit . C’est toujours une suite des épreuves judiciaires. Un accusé, pour prouver son innocence, mettait la main dans l’eau bouillante ou sur le fer rouge : si cette main se brûlait, il était coupable, etcondamné au bûcher ou à la potence.

— A gens de village trompette de bois ; c’està-dire , que les vilains et manans ne devaient avoir que les meubles les plus grossiers.

— On appelait jugement de seigneur celui qui donnait gain au puissant et condamnait le pauvre. On appelait jugement de paysan , la sentence qui terminait le différent par la moitié. — Lorsqu’un roturier plaidait avec un grand,

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