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exposé à perdre ses biens, que le seigneur avait droit de saisir.
11 y avait, surtout en France, une si grande multitude de redevances ridicules , qu’on en ferait un volume énorme. On se contentera de rapporter ici les redevances que l’on a trouvées plus remarquables*
— Le peuple a toujours payé des redevances aux prêtres ; et l’on trouve bien rarement les prêtres obligés aux mêmes devoirs. Cependant , sous le règne de Charles-le-Chauve , ils étaient tenus de payer certaines redevances aux évêques, lorsque ces prélats visitaient leurs diocèses. Voici ce qu’on trouve, dans un capitulaire de ces temps-là : « Quand l’évêque arrivera dans une » paroisse, les quatre paroisses voisines s’y ren- » dront, conduites par leurs curés; chaque curé » donnera à l’évêque dix pains, un demi-muid » de vin , un cochon de lait, deux poulets, dix » œufs, et un boisseau de grain pour les che- » vaux. Le curé, chez qui l’évêque sera logé , » paiera la même redevance — » On a remarqué que , dans les temps héroïques de la Grèce, les liéros mangeaient des quartiers de bœuf à leur dîner. Il paraît que nos anciens évêques avaient encore meilleur appétit, puisqu’on leur four-
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nissait eu un jour , pour leur réfection , cîe quoi régaler un honnête régiment (i).
— Les rois de la première race recevaient l’hommage de leurs vassaux, assis dans une chaise de bronze doré, que l’on conserve encore au cabinet des médailles (2) , et qui est connue sous le nom de fauteuil de Dagobert . C’était là que, dans les assemblées de la nation , tous les vassaux du roi étaient obligés de lui offrir annuellement des chevaux , des habits , et divers présens en nature, chacun selon ses moyens. On appelait ces redevances annua doua (5). Les reines et les princesses reçurent également des présens de leurs vassaux, sous les trois races.
On poussa si loin l’usage des redevances, que, sous la branche des Valois, les épiciers et les marchands étaient obligés d’en payer aux princes étrangers , aux légats et aux ambassadeurs qui arrivaient dans nos grandes villes (4)* Dans le quatorzième et le quinzième siècles, lepre-
(1) Cinquante pains, cinq demi-muids de vin, cinq cochons , dix poulets , cinquante œufs, etc. Voyez Mis si Do~ minici.
(2) Dans la Bibliothèque royale de la rue de Richelieu.
(3) Dons annuels.
(4) Voyez Ambassadeurs ,
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vôt des marchands et les échevins de Paris donnaient ordinairement un grand dîner à nos reines, le jour de leur entrée à Paris; révêque donnait une collation et un grand bal; et le dîner des échevins, aussi- bien que le bal de l’évêque , étaient considérés comme redevances (i).
Outre ces galanteries, la ville de Paris devait faire un présent considérable à la jeune reine. Elle fit présenter à Isabeau de Bavière des corbeilles de vaisselles d’or, portées par deux hommes déguisés, l’un en ours, l’autre en licorne. Catherine de Médicis reçut un grand buffet de vermeil doré.
— Les habitans de Corbeil , auprès de Paris, étaient obligés de loger le roi , et de lui donner à souper lorsqu’il s’arrêtait dans leur bourg ; et, quand le roi logeait à Paris, les Parisiens étaient obligés de le fournir de coussins et de lits de plume. Louis VII abolit ces deux redevances, la première pour l’amour de saint
(i) H no faut point s’étonner de voir les évêques donner des bals. La danse n’a pas toujours damné. Le concile de Trente donna un bal au roi d’Espagne Philippe II. Ce bal fut ouvert par le cardinal de Mantoue; et tous les pères du concile dansèrent, avec les dames de la ville que l’on avait invitées.
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Denis, dont les chanoines étaient seigneurs de Corbeil , la seconde pour la rémission de ses péchés. Ce qui n’empêcha pas les successeurs de Louis YII de se coucher encore jusqu’à saint Louis sur les lits de plume des Parisiens, et de se faire régaler par les gens de Corbeil , lorsqu’ils passaient par là.
— Les gens du roi pouvaient encore exiger toutes sortes de services des marchands ; car il n’y a rien que les lois féodales 11’aient fait pour tuer le commerce. Lorsqu’un officier de la maison du roi rencontrait un marchand en pleine campagne, il lui commandait de mettre pied à terre et de donner son cheval. Le marchand devait obéir, et s’en aller à pied chercher un gîte : ce Quant aux bêtes de charge, qu’on pre- » riait ainsi , on les accablait de fardeaux si » pesans et de travaux si peu ménagés, qu’ils » y succombaient ordinairement ; et, s’ils n’y » succombaient point d’abord, les officiers du » roi les gardaient jusqu’à ce qu’il 11e fut plus » possible de les rendre. Les marchands, qu’on » dépouillait ainsi , murmurèrent bien long- » temps et firent de vaines plaintes à plusieurs » de nos rois ; ce ne fut que sous Charles Y » qu’on supprima ces abus (1). »
( i ) Sauvai , liv. 8.
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— Le prieuré de Saint-Éloi (a Paris) devait
tous les ans deux dîners aux chanoines de Notre- Dame , par un contrat passé au commencement du douzième siècle. Il donnait, pour le premier dîner, huit moutons, deux boisseaux et demi de froment, six écus et une obole; et pour le second dîner, trois écus, six pourceaux, et deux muids et demi de vin, à la mesure des chanoines , qui était la bonne.
— Les religieux de Sainte -Geneviève devaient régaler deux fois par an les chantres de Notre-Dame. Comme ces deux repas les entraînaient dans une grande dépense de vin, et quüs ne voulaient pas s’en laisser manquer, ils demandèrent au pape , en 1202, de les exempter de cette redevance ; ils offrirent meme de payer, pour en être quittes , une rente annuelle de quarante sous au chapitre de Notre-Dame; mais les chantres firent valoir leurs droits si habilement, qu’on ne fit pas raison à la requête des religieux de Sainte-Geneviève. Les repas continuèrent donc; les chantres exigèrent qu’on les désaltérât bien , et eurent la malice de faire sentir aux bons moines , qu’ils avaient le droit de se faire servir copieusement.
Far malheur pour eux, ils s’enivrèrent; le vin leur ôta la raison ; ils s’abandonnèrent à des indécences ; ils firent les insolens vis-à-vis des
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religieux. Ou ne dit pas autrement quel fut leur délit; mais les moines s’en plaignirent si haut, et menacèrent si fortde faire un éclat, que, pour les apaiser, 1 évêque de Paris supprima les deux xepas, dont ds avaient demandés à être déchargés. C’est ainsi que les chantres perdirent , par leur intempérance, deux festins qu’ils regrettèrent long-temps; c’est ainsi que les moines de Sainte-Genevieve durent à des ivrognes ce que le pape n avait pas voulu leur accorder.
Lorsqu un homme était reçu docteur en médecine , il devait régaler les anciens de petits pâtés. Cet usage fut aboli dans la suite ; mais comme, jusqu’au dix-septième siècle, 011 donna aux docteurs qui avaient présidé à l'examen, dix sous pour les petits pâtés, on ne laissait pas de nommer cette redevance dans les actes, pastillaria (1). — Il est vrai qu’aujourd hui , si les dix sous ne se donnent plus , on dépense des sommes énormes pour des examens qui ne valent pas dix centimes.
— Il parait qu on trouvait au seizième siècle un grand régal dans les petits pâtés, puisque.
^(1) Les me'decins de ce temps-là ne parlaient qu’en latin. C’est le nom qu’ils donnaient, en cette langue , aux petits putes. C était bien du latin de cuisine
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dans les déjeuners que Guillaume de E Arche, bourgeois de Paris, fonda, par son testament, pour les en fa ns de chœur de Notre-Dame, on donnait un petit pâté d’un liard à chaque enfant, et un pâté de trois sous au chantre qui les conduisait.
— Les religieux de Saint-Martin devaient présenter tous les ans deux bonnets carrés au premier président du parlement de Paris, et une paire de gants avec une écritoire au premier huissier. Cette redevance se payait la veille de la Saint-Martin d’hiver.
— L’abbé de Saint-Germain devait tous les ans au bourreau une tête de cochon , qu’un moine lui portait sur la sienne. Cette redevance se payait le jour de Saint-Vincent , patron des bénédictins. Le bourreau avait , ce jour-là, le premier pas aux processions de l’abbaye.
— Le dais qu’on portait sur nos princes, le jour de leur entrée dans Paris, appartenait, après la cérémonie , au prieuré de Sainte- Catherine. En 1666, lorsque le légat d’Alexandre Vil fît son entrée dans la capitale, le couvent de Sainte-Catherine, les hérauts d'armes et les valets de pied du roi se battirent à la porte de Notre-Dame, pour avoir son dais. On fit cesser le désordre , en le donnant aux valets de pied qui étaient les plus forts....
* — Quand nos rois sortaient de Paris, pour aller séjourner ailleurs, la paille de leur lit et de leur chambre appartenait aux pauvres de l’Hôtel-Dieu.
— Les moines dïssi devaient autrefois tous les ans une charrette de piment aux moines de Saint-Denis. Cette redevance n’ayant pas été payée en 1261, le prieur fut interdit, condamné à de grosses amendes , et obligé de conduire incessamment lui-même la charrette en question au chapitre de Saint-Denis.
— On voit, dans les miracles de sainte Geneviève, qu’un aveugle s étant présenté a l’abbaye de cette sainte, l’abbé lui dit qu’il serait guéri , s’il Voulait offrir tous les ans à sainte Geneviève deux cierges aussi gros que lui. L aveugle, qui se nommait Magnard , y ayant consenti, recouvra la vue. Mais, au bout de trois ans, il négligea de payer sa redevance, et redevint aveugle.
— Dans les anciennes coutumes de l’Université, ceux qui appelaient de la sentence du recteur lui devaient cinq sous d "indemnité. Ceux
qui étudiaient la théologie étaient obligés de donner, tous les trois mois , a leurs maîtres , des gants , des bonnets carrés, des pains de sucre , des boîtes de dragées , et de les régaler huit fois à la fin de leur cours. Les licenciés en
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philosophie étaient chargés d’habiller le bedeau de l’Université.
— Les seigneurs de l’Ile-de-France avaient soumis leurs vassaux à une foule de redevances ridicules. Les dames de Magni, auprès de Pontoise , étaient obligées d’aller battre les fossés du château de Bantelu, toutes les fois que la châtelaine était en travail d’enfant. Cette redevance s’exigeait encore, à la fin du dix-septième siècle. Mais alors , le seigneur de Bantelu ayant épousé une femme qui lui faisait un enfant tous les dix mois , on se plaignit de cette fécondité qui dérangeait si souvent tant de dames ; si bien que la châtelaine , qui était d’un tempérament faible , et qui n’aimait pas le bruit des coups de gaule, exempta enfin les dames de Magni de leur absurde redevance.
— 11 y avait encore, auprès de Pontoise-sw/l Oise , un seigneur qui obligeait ses vassaux à venir tous les ans baiser la serrure et les verroux de sa porte cochère.
— Les vassaux du seigneur de Pincé devaient lui présenter tous les ans leur visage ; ils en recevaient un soufflet ou une chiquenaude , quand ce seigneur n’était pas d’humeur à leur allonger le nez ou les oreilles.
— Dans un dénombrement de 1 5i 7, un vassal de la comtesse d’Auge confesse qu’il doit offrir
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