ET LA FRANCE ACTUELLE
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Quoique la noblesse ne dût se perdre que par le crime, le plus souvent un noble , coupable des plus grands forfaits, ne dérogeait point, tandis qu’un gentilhomme pauvre avait besoin d’être réhabilité, s’il s”était livré au commerce, s’il s’était rendu utile à son pays.
Il y avait nécessairement de l’inégalité dans les récompenses, puisque légalité ne se trouvait nulle part. Il fallait être noble pour porter la croix de Saint-Louis, et courtisan pour obtenir l’ordre du Saint-Esprit. Le cordon de Saint-Michel était seul réservé à la vertu , aux arts , au mérite. Aussi était-il dédaigné par les nobles , qui se seraient crus avilis, déshonorés, en portant le cordon noir. «Dès le règne » de François II, dit M. Jubé, la cour appelait » l’ordre de Saint-Michel collier à toutes bêtes ,...» Ainsi l’orgueil flétrissait, dans les mains du prince, les palmes qu’il distribuait aux citoyens utiles. Ainsi tout ce cpii n’était pas noble ne pouvait avoir ni mérite, ni vertus, ni honneurs, qu’ils ne fussent souillés par les brocards de la noblesse. Ainsi , avec toutes les charges publiques , tous les travaux, toutes les peines, les outrages et le mépris accablaient encore la masse de la nation , le peuple français enfin, lors même qu’il avait mérité par ses services l’admiration générale et 1 attention de son roi.
Telle était encore , en içBq, cette France si malheureuse, qu’une poignée d insensés voudrait rejeter sous l’ancien régime. Ce tableau est loin d’être chargé : je n’ai rien dit de l’ignorance, des supersti-
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l’at* ci en régime
tions, clcs préjugés barbares, de la Sorbonne, des couvens de filles, des moines, du débordement des mœurs dans le clergé et dans les classes élevées (i). Ces horreurs et ces abus ne furent abolis que par l’Assemblée nationale. Les serfs , qui couvraient encore en si grand nombre le sol de notre belle patrie, ne furent tous affranchis que par l’Assemblée nationale. Le droit d'aînesse, les couvens, les hommages, les banalités, le cens, le champart, les dîmes les corvées , les maîtrises , les corporations , les droits de chasse, les droits de péage, les redevances, tous les droits féodaux, toute la féodalité ne fut supprimée que par l’Assemblée nationale.
La Charte a sanctionné, garanti, assuré ces réformes , et l’on peut opposer au tableau hideux de l’ancien régime le beau spectacle que présentent les bienfaits de la Charte.
« Tous les Français, quels que soient leur rang et leurs titres, sont égaux devant la loi ; la noblesse n’a plus de privilèges-, les impôts sont également répartis dans la proportion des fortunes; et les con-
(r) Pour la pureté des mœurs, notre siècle est au-dessus du siècle passé, comme le ciel est au-dessus de Tenter. Les apologistes des mœurs de l’ancien régime n’ont qu’à voir, pour être confondus, les Intrigues de la cour de Louis XK. Qu’on lise aussi les Mémoires du maréchal de Richelieu, la satire de Gilbert sur le Dix-huitième Siècle , l’épitre de M. "Vieil net aux louangeurs du temps passé , etc.