‹ Dictionnaire féodalChapitre 28 sur 158 · BAR · texte numérisé non relu

BAR

Cité, appartenait à l’évêque, qui en était seigneur temporel; le roi n’avait dans tout ce bourg ( depuis le pont Notre-Dame jusqu’à Chaiilot ) que le droit de banvin , et la permission d’y lever tous les trois ans une rente de soixante sous (i)

BxARBE. — Le roi François Ier. s’amusait à assiéger une maison avec des boules de neige. Montgomeri, ne sachant sans doute pas qui! avait aflaire au roi, et croyant qu’on en voulait à sa personne, jeta pour se défendre un tison enflammé par une fenêtre; ce qui prouve que nos ancêtres mettaient beaucoup de ménagemens dans leurs petits jeux.

Le roi , blessé , fut obligé de se faire raser la tête, et il introduisit en France la mode de porter les cheveux courts et la barbe longue , au lieu qu’auparavant c’était tout le contraire.

Quand les bourgeois virent les courtisans et

(i) Avec un peu de calcul, cm voit que le roi avait là un revenu annuel de vingt sous. Dans d’autres quartiers, soumis egalement a la juridiction de Fevêqrie, le guet du roi entretenait la police et le bon ordre; mais l’évêque jugeait les coupables , et, confisquait leurs biens à son profit.

Th L 4

BAS

les gentilshommes avec une grande barbe , ils voulurent les imiter; mais (en i555) le roi François Ier. lâcha une ordonnance, par laquelle il fut prescrit, et sous peine de la hartf), à tout bourgeois, paysan et vilain, de se faire raser la barbe, attendu que la barbe longue était la distinction exclusive des nobles et des chevaliers.

BASTILLE. — Cette forteresse fut élevée, disent la plupart des historiens, sous le règne de Charles V ; et ce fut Hugues Auhriot, prévôt de Paris , cpii en posa la première pierre ,

en iSyo. Mais il est constant que la Bastille

existait avant cette époque, et qu’elle fut seulement rebâtie, par Hugues Aubriot, pour dé-

(i) La hart est la corde dont on étrangle les criminels. Étrangler un pauvre homme à cause de sa barbe, c’était y aller rondement. Mais autrefois on était plus brave qu’aujourd’hui. — Les moines et les ecclésiastiques ne portaient point de barbe, à l’exception des cardinaux qui se regardaient comme princes de l’église. En 1546, Pierre Lescot, conseiller de la cour et architecte du roi, ayant été pourvu d’un canonicat à Notre-Dame , le chapitre lui lit l’honneur extraordinaire de le recevoir avec sa longue barbe; cc qui dérogeait aux statuts de l’église

BAS Si

fendre Paris contre les Anglais; puisqu’on lit, dans diverses chroniques anciennes, que sous le règne du roi Jeai}, père de Charles V, Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, se réfugia à la Bastille , où il fut tué.

La Bastille n était d ahord qu une masse de fortifications , élevées pour la sûreté de la ville (1); elle devint bientôt prison d’état, et elle a servi a cet usage jusqu’à sa chute.

‘ Louis XVI, voulant connaître l’opinion publique, avait chargé le libraire Blaizot, établi sur le grand escalier de Versailles, de lui faire passer les brochures et les pamphlets relatifs aux événemens du jour, et de les déposer secrètement dans une cassette, dont lui seul avait la clef. Cet ordre fut exécuté pendant quelques semaines; mais le baron de Breteuil, qui ne pouvait souffrir que le roi eût la plus légère confiance en tout autre qu’en lui, ayant été informé de ce petit mystère , fit mettre Blaizot à la Bastille..... sous prétexte qu’il faisait un commerce de livres prohibés..* i

(i) Ces fortifications furent construites aux frais des Parisiens, chaque propriétaire donna, selon ses moyens , de quatre livres à vingt-quatre livres tournois. Les bonnes gens «e savaient pas alors qu’ils se bâtissaient une prison,

BAS

Le roi, ayant trouvé sa cassettevi de pendant quelques jours, et ne voyant plus paraître Blaisot, envoya chez lui, et fut très-surpris d’apprendre qu’il était détenu par son ordre à la Bastille.

Le libraire vivait, pour son bonheur, sous un roi ami de la justice. Louis XVI, indigné de cet abus de son autorité, manda aussitôt le baron de Bréteuil, le traita avec la plus grande sévérité, lui ordonna de rendre sur-le-champ la liberté au malheureux Blaizot, de le dédommager à ses frais du tort qu’il lui avait fait ; et ce ne fut qu’à la considération de la reine, qui intervint en faveur du ministre, que le roi voulut bien borner là sa punition (i).

— Quelques jours avant l’attentat de Damiens sur la personne de Louis XV, un Lyonnais, qui s’en retournait dans son pays, coucha dans une auberge où il entendit, à travers une cloison, tout le complot formé contre le roi. Cet honnête homme rebroussa chemin aussitôt, gagna Versailles en toute hâte, révéla au premier ministre tout ce qu’il avait entendu, et reprit sa

(i) Paris , T7 ers ailles et les provinces au dix-huitième siècle. Tome Ier.

BAS 53

route sur-le-champ , parce que ses affaires l’appelaient dans sa famille.

Le ministre négligea cet avis; et le 5 janvier 1757, Louis XV fut frappé par Damiens, d’un coup de couteau qui faillit lui ôter la vie. Le ministre se ressouvint alors des révélations du Lyonnais ; il craignit qu’on 11e lui reprochât de les avoir négligées ; il fit courir après cet homme, qui n’était pas encore bien loin, et

I enferma à la Bastille.,.

Pour prix du service qu’il avait voulu rendre à l’état, ce malheureux languit trente-deux ans dans les cachots, et ne recouvra la liberté qu’au 14 juillet 1789... O11 ne lui avait jamais dit pourquoi il était à la Bastille..,. Plusieurs personnes, d,it Chamfort, ont entendu cette anecdote dans la bouche de M. de Malesherbes, qui ne la racontait qu’en frémissant.,

— M. de Latude fut mis à la Bastille, en 1747, pour avoir déplu a une grande dame.

II avait du courage; il forma la résolution de s’évader, et passa plusieurs années à fabriquer, dans sa chambre , des cordes de paille, dont il fit une échelle, qu’011 peut regarder comme un çhef-d’œuvre admirable de patience et d’adresse, Avec ce frôle moyen de salut, il descendit , pendant une nuit orageuse , de la plate^

BAS

forme , dans les fosses de la Bastille, et eut le bonheur de s’échapper (1).

Mais il fut repris peu de jours après, resserre plus étroitement, et ce ne fut qu’après avoir passe' trente-sept ans dans les cachots , qu’il put enfin revoir la lumière (en 1784 , ou selon d’autres en 1789.)

— M. le comte de Fortia-Piles , qui raconte aussi cette anecdote (2), convient que M. de Latude subit cette longue captivité pour un délit que six mois de prison auraient su ffisamment expié ; et , dans les pages précédentes , il a dit que la Bastille était une bonne chose et qu’on y était bien (5). .

Plusieurs écrivains, qui gémissent de ne plus vivre dans les siècles de féodalité et de servitude, prétendent que la Bastille n’était pas si fu-

(1) L’échelle de paille de M. de Latude a été' exposée aux regards du public, après le 14 juillet 1789.

(2) Nouveau dictionnaire fiançais, p. 48.

(3) Le fameux Linguet, ayant été mis à la Bastille, vit entrer dans sa chambre un grand homme , pale et sec , qui lui donna quelque frayeur ; il lui demanda qui il était. — Monsieur, répliqua l’homme sec, je suis le barbier de la Bastille. — Parbleu! dit Linguet, vous auriez bien dû la

raser.

Page 1