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permit aux Spartiates de tuer leurs esclaves , et de les traiter comme des bêtes de somme. Les Ilotes, qui n étaient esclaves de ce peuple que par le droit de la victoire, étaient soumis chez eux à tous les travaux des champs , et dans la maison à toutes les insultes (i) ; et ils ne pouvaient espérer aucune justice (2). L’excès de leur malheur était tel qu’ils n’étaient pas seulement esclaves d’un citoyen , mais encore du public; ils appartenaient a tous et à un seul; et chacun pouvait les tuer impunément; Lien plus, quand la trop grande population des Ilotes leur faisait ombrage, les Lacédémoniens en faisaient un carnage, calculé dans le secret, exécuté lâchement, comme on exécuta chez nous le massacre de la Saint-Barthélemy. Ils prétendaient , pour justilier de pareilles mesures, que l’état serait en danger, si
(1) Dans la maison, ils étaient soumis à îa servitude personnelle auprès du maître. Aux champs , ils étaient serfs de la glèbe ,
(2) Montesquieu , Esprit des Lois , liv. î 5 , ch. ioet\ 7.
P K ÉLIMINA IRE
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îe nombre des esclaves devenait trop grand ; mais chez les Athéniens , où les esclaves étaient traités avec plus de douceur, où leur maître avait seul des droits sur leur vie, on ne voit pas quil aient troublé Tétât, comme ils ébranlèrent celui de Lacédémone (i).
Des historiens ont reproché comme un crime à ces malheureux Ilotes le courage qu’ils eurent quelquefois de se révolter contre leurs tyrans. Il y a dans ce reproche une lâcheté bien cruelle. Le sort des Ilotes était une usurpation odieuseleur misère était horrible; leur vie continuellement menacée; ils n’étaient abreuvés que de mauvais traitemens et d’outrages ; et ils ne pouvaient espérer ni de changer de maîtres , ni d’ètre jamais affranchis (2).
(ï) Idem , ibidem, ch. 16.
(2) « Agis , ayant soumis les Ilotes rebelles, les condam- « na à une perpétuelle servitude; il défendit à leurs maîtres » de les affranchir ; il ne voulut pas meme qn’011 pût les » vendre à des peuples qui les auraient traités plus humai-
DISCOURS
Chez les Parthes , les esclaves n avaient point non plus de liberté à espérer. Chez les Perses, lorsqu’un esclave trop maltraité avait pris la fuite, s’il ne se donnait pas la mort, on le retrouvait; on l’accablait de peines et de châtimens; on l’enchaînait ensuite, et on l’obligeait de travailler, avec les pieds et les mains chargés de fers, jusqu’à la fin de sa vie. Si l’esclave , qu’une crise de désespoir avait porté à fuir, se repentait de sa démarche, et revenait le lendemain à son maître, on se contentait de le déchirer de verges, pendant une heure ou deux ; après quoi , on le renvoyait à ses travaux.
Chez les Chaldéens, les esclaves indociles étaint attachés par les cheveux à la queue d’une bète de course ; et une mort cruelle était la peine d’une faute, qui n’existait souvent que dans l’imagination du maître.
» nement que les Spartiates » ( Alexandri ab Alex an-
dro , Genialium dierum rlib . III ? cap. 20,)
PRÉL1MIN AIRE
Les lois de Moïse offrent des passages aussi barbares : « Si quelqu’un frappe son » esclave (i), et qu’il meure sous ses » coups, on lui infligera une peine. Mais, » si l’esclave survit un jour ou deux, le » maître ne sera point puni , parce que
» c’est son argent » Un peu plus
loin (2), on trouve cet autre article : <c Le » maître qui frappera son esclave , jus- » qu’à lui faire perdre une dent ou un » œil , sera obligé pour cela de l’affran-
» chir » Mais cet affranchissement
n’avait lieu que si l’esclave était Juif ; c’est-à-dire, si c’était un enfant d’Israël que la misère eût forcé de se vendre. Car, là aussi , les esclaves qu’on avait faits à la guerre étaient assujettis à une servitude perpétuelle (3).
( 1 ) Servum vel ancillam. . — Exode , ch. 21 , verset 20 .
(2) Idem , ibidem , verset 26.
(3) Servus autem et cincilla qui erunlde gentibus quæ
sunt in circuitu vestro Et de filiis incolarum quæ
versantur apud vos Jure hereditario possidebitis eos ,
pro filiis vestris post vos , ad possidendum possession
DISCOURS
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Aujourd’hui encore, chez tous les peuples de l’Orient, le sort des esclaves est plus misérable que celui des plus vils animaux. La vie d une femme est aussi peu de chose , pour certains Orientaux , que pour nous la vie d’un insecte inutile.
Les premiers Romains vivaient, travaillaient et mangeaient avec leurs esclaves; ils avaient pour eux beaucoup de douceur et d’équité ; la plus grande peine qu’ils leur infligeaient, c’était de les faire passer devant leurs voisins, avec un morceau de bois sur le dos. Les mœurs suffisaient pour maintenir la fidélité des esclaves ; il ne fallait point de lois (i).
Mais, lorsque les Romains se furent aggrandis , qu’ils firent de leurs esclaves des instrumens de luxe et d'orgueil , et non plus les compagnons de leur travail , comme il n’y avait point de mœurs, on
nem : in perpetuum utemini opéra eorum , etc. ( Levitici , cap » 2,5. )
(i) Montesquieu , Esprit des Lois , lia. î 4 > ch. 26.
préliminaire. xvij
eut besoin de lois. Il en fallut même de terribles, pour établir la sûreté de ces maîtres cruels, qui vivaient au milieu de leurs esclaves , comme au milieu de leurs ennemis (i).
On ne voit point que les premiers Romains aient eu des inquiétudes, à l’occasion de leurs esclaves ; mais, lorsqu’ils eurent perdu pour eux tous les sentimens de l’humanité, on vit naître ces séditions et ces guerres cruelles, que l’on a comparées aux guerres puniques (2).
Aussi le sort des esclaves chez les Romains était-il comparable alors à la misère des Ilotes chez les Spartiates. Leurs maîtres pouvaient disposer de leur vie, de leurs enfants et de leurs femmes.
Lorsqu’un maître était tué, tous les esclaves qui se trouvaient sous le même toit, ou dans un lieu assez près de la
( 1 ) Idem , ibidem.
(2) Florus dit que la Sicile fut dévastée plus cruellement par les esclaves révoltés que par les Carthaginois, ( /t~ vre III. )
DISCOURS