‹ Dictionnaire féodalChapitre 86 sur 158 · A LA LIBRAIRIE CONSTITUTIONNELLE · texte numérisé non relu

A LA LIBRAIRIE CONSTITUTIONNELLE

DE BIUSSOT-THIVARS,

Rue Neuve-des-Petits-Champs , N'' 2a,.

FEODAL.

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JEU DE FIEF. — Lorsque les fiefs étaient à vie , le seigneur ne pouvait pas donner une partie de son fief à un vassal, qui le tint pour toujours en arrière-fief; il eut été absurde qu’un simple usufruitier eut disposé de la propriété de la chose. Mais lorsque les fiefs devinrent héréditaires et perpétuels, il fut permis aux seiygneurs d’en aliéner certaines parties : on appela cette aliénation jeu cle fief.

Le jeu de fief était interdit aux grands fiefs de dignité. Les vassaux ou seigneurs servans étaient seuls autorisés à se jouer de leurs fiefs. Selon plusieurs coutumes, ils n’en pouvaient aliéner que le tiers ; dans d’autres, les deux tiers pouvaient être démembrés ; dans quelques-unes ils pouvaient se jouer du tout.

Le vassal ne pouvait démembrer son fief sans T. IL

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le consentement de son suzerain ou seigneur dominant. Mais le seigneur dominant ne s’opposait presque jamais à ces mutations, parce qu elles lui donnaient le droit de quint, et qu’il n’en conservait pas moins tous ses profits et droits féodaux sur les parties aliénées, comme sur celles que le vassal avait retenues (i).

JUBILÉ. — V an i3oo est l’époque de l’établissement du jubilé. Boniface Mil donna la première bulle, qui accordait une indulgence plénière à ceux qui visiteraient les églises de Rome, pendant l’année i5oo , et toutes les centièmes années suivantes. Clément VI ordonna, en 1 55o, que le jubilé se célébrerait tous les cinquante ans. En i 383, Urbain VI, voulant honorer le nombre des années que Jésus-Christ passa sur la terre, décida que le jubilé serait ouvert tous les trente-trois ans. Paul II fixa ce terme à vingt-cinq ans (2). — Les papes ne

(1) Ces matières sont maintenant si peu intéressantes, que l’on n’a pas voulu entrer ici dans les longs et. insipides détails des feudistes. On peut voir Guyot, des Fiefs , tome Ier. chap. 4 et 5 ; tome F, sect 6 Cujas, titre 2 des Fiefs , Brodeau , Dumoulin, Duplessis, sur la coutume de Pa -

ris y etc ., etc. Montesquieu, Esprit des Lois , /zV. 3i, ch. 33.

(2) Anecdotes françaises de l’abbé Bertou.

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craignirent pas de changer ainsi , à plusieurs reprises, les décisions de leurs infaillibles prédécesseurs , parce qu’il était de leur intérêt d’avoir un jubilé sous leur règne, et d’attirer dans leurs états l’argent des pèlerins.

JUGEMENS. — C’est un souvenir bien pénible etbien douloureux, ditl’auteurdes Curiosités de la littérature , que le souvenir de ces étranges jugemens auxquels étaient soumis nos ancêtres, pour des crimes qui n’exista ent souvent que dans les soupçons ! Comme ces jugemens étaient rendus au milieu d’une foule de cérémonies religieuses, et par les ministres du culte, on les appelait jugemens de Dieu.

— On donnait le nom d’ ordalie à une série d’épreuves par les él émeus. Elles consistaient à marcher les yeux bandés parmi des socs de charrue, rougis au feu ; à traverser des brasiers enflammés ; à plonger le bras dans l’eau bouillante ; à tenir à la main une barre de fer rouge; à avaler un morceau de pain consacré; à être plongé, les mains liées aux jambes, dans une grande cuve d’eau; enfin, à étendre pendant assez long-temps les bras devant une croix.

— L’évêque de Paris et l’abbé de Saint-Denis se disputèrent un jour l’autorité sur un monas-^

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tère. Pepin-le-Bref, ne se sentant pas en état de prononcer sur leurs prétentions, les soumit au jugement de la croije. L’évêque et l’abbé choisirent chacun un champion (i), qui se rendirent à la chapelle , où ils étendirent les bras en forme de croix. Les spectateurs prêtèrent une pieuse attention à ce défi, et pariant tantôt pour l'un , tantôt pour l’autre, ils épièrent scrupuleusement le plus léger mouvement de leurs bras. Le champion de l’évêque se fatigua le premier de sa posture gênante; il laissa tomber ses bras, et perdit la cause de son maître (2).

— L’épreuve ou le jugement de Dieu , par F eau froide , consistait à jeter l’accusé dans une grande et profonde cuve pleine d’eau , après lui avoir lié la main droite au pied gauche, et la main gauche au pied droit ; s’il enfonçait, on le croyait innocent; s’il surnageait, c’était une

(1) Dans ces épreuves judiciaires, les ecclesiastiques surtout avaient le droit de substituer à leur place le plus vigoureux champion qu’ils pouvaient trouver.

(2) Curiosités de la littérature , tome Ier. — Félibien et Lobineau. Histoire de Paris , tome 7er. — oyez le Dictionnaire infernal , aux mots Epreuve* , Jugemens de Dieu , Question , etc

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preuve qu’il était coupable, parce que l’eau , qu’on avait eu la précaution de bénir, était trop pure pour recevoir un criminel (i).

— Celui que l’on condamnait à l’épreuve ou au jugement de Dieu par le feu , était obligé de porter à neuf, et quelquefois à douze pas, une barre de fer rouge , qui pesait environ trois livres. Cette épreuve se faisait encore en mettant la main dans un gantelet de fer, sortant de la fournaise; ou bien en la plongeant dans un vase plein d’eau bouillante, pour y prendre un anneaubéni, quiy était suspendu, plus ou moins profondément. On enveloppait ensuite la main du patient dans un linge, sur lequel le juge et la partie adverse apposaient leur sceaux. Au bout de trois jours on les levait; et, s’il ne paraissait point de marques de brûlure, on était absous (2). Dans ce dernier cas cette épreuve s’appelait aussi V épreuve de l'eau chaude . — C’est sans doute de ces coutumes barbares que nous

(1 ) Quoique Louis-le-Débonuaire eût proscrit cette épreuve en 82c) , on ne laissa pas de l’employer plusieurs siècles encore, malgré son absurdité. C’était même, dans bien des églises, un droit seigneurial que d’avoir un bassin destiné à cet usage.

(2) Saint-Foix. Essais historiques , tome J ' .

vient 1 affirmation populaire: f en mettrais ma main au Jeu !

— Souvent aussi , depuis leur conversion , les Français décidèrent les causes par le serment. Ils ne croyaient pas qu’un chrétien pût prendre ce qu’il y a de plus sacré à témoin d’une imposture ; et ils se persuadaient que Dieu punirait le parjure d’une mort soudaine , comme il arrivait quelquefois.

Ceux qui juraient devaient être à jeun; et c’était ordinairement dans quelque lieu saint qu’on recevait leur serment. Ils étaient à genoux,

et touchaient l’Evangile, la croix ou les reliques sur lesquels ils juraient. Cette manière s’appelait jurer sur les choses saintes. Les ecclésiastiques croisaient les mains sur leur poitrine , et n’étaient point tenus de toucher les reliques ; leur épreuve se nommait jurer en présence des choses saintes. C’est de là, dit-on, que nous est resté l’usage de lever la main en faisant un serment, et pour les prêtres de la tenir sur leur coeur.

Plus le crime était grave, plus on faisait jurer de personnes avec l’accusé. C’est ce qu’on appelait jurer par trois , sept , douze mains > selon le nombre de ceux qui juraient avec le prévenu , et qui devaient être de sa condition s

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un noble faisait jurer des nobles, un prêtre faisait jurer des prêtres. L’accuse prononçait seul la formule de son serment; ceux qui répondaient de lui , juraient seulement qu’ils ne le croyaient point parjure.

Les rois de France faisaient communément jurer sur la chape de saint Martin , que l’on conservait dans l’oratoire de leur palais : quelquefois, pour une plus grande assurance de fidélité, ils exigeaient le serment de la même personne, sur les reliques de saint Martin, de saint Denis , de saint Germain , de saint Médard, etc. ; et si le prévenu n’était pas tué par la foudre, ou emporté par le diable, son innocence était solidement prouvée.

Quand l’accusateur , peu satisfait des sermens de l’accusé, jurait dans un sens contraire, il fallait se battre , avec le bâton et le bouclier, ou par des champions, ou personnellement (i). Le vaincu était réputé parjure et avait la main coupée. Les témoins de son parti payaient une amende pour racheter leur main .

Quelquefois on admettait en preuve le serment de personnes qui ne pouvaient avoir une

(i) On permit dam la suite aux gentilshommes de se battre à Fépée*

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connaissance exacte du fait dont il s’agissait. Par exemple, un père faisait serment que sa fille était fidèle à son mari (i).

- — On faisait subir l’épreuve de la communion , particulièrement aux évêques et aux prêtres accusés de quelque crime. On leur ordonnait de célébrer la messe , et de dire tout haut , avant de communier: Que le corps clu Seigneur me serre aujowd'hui d'épreuve . On regardait cette épreuve comme la meilleure et la plus terrible de toutes (2). Grégoire de Tours, étant accusé d’avoir médit de Frédégonde , fut obligé de s’en

(1) Sous le règne de Chilpéric, une dame delà cour froissa assez fort la fidélité' conjugale , pour qu’il en courut de mauvais bruits. Les parens du mari méprisé accusèrent la femme d’adultère ; mais le père de cette dame protesta de l’honneur de sa fille , et se disposa à jurer sur le tombeau de saint Denis , qu’elle était chaste et pudique. Comme il levait déjà ïa main, quelques courtisans qui connaissaient particulièrement le cas de la dame soupçonnée, s’écrièrent que le papa allait faire un parjure , qu’ils savaient bien ce qu’ils disaient, etc. Là-dessus 011 se battit: le tombeau du saint fut ensanglanté... On ne dit pas ce qu’il advint au père, au mari, aux parens; on dit seulement que la pauvre femme accusée d’adultère fut réduite à en mourir. On aurait été moins sévère de nos jours.

(2) L’abbé Bertou. Anecdotes françaises.

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purger par le serment, à trois messes solennelles, qu’il célébra sur trois autels différens.

— Les jugemens de Dieu furent très-fréquemment employés, depuis le cinquième jusqu’au treizième siècle. Il fallut dans la suite surmonter une foule d’obstacles , pour en abolir peu à peu l’usage. Un décret du quatrième concile de Latran, tenu par le pape Innocent III, joint aux efforts de Philippe-Auguste, supprima, en grande partie , les épreuves judiciaires. Cependant on en trouve encore des traces jusqu’au commencement du dix-septième» siècle; et, quoiqu’on les ait souvent'éludées par artifice , le nombre des innocens qui ont été sacrifiés à ces pratiques superstitieuses est incalculable.

Iiildebert, évêque du Mans, étant accusé de haute trahison par Guillaume - le- Roux , roi d’Angleterre, se disposait à se justifier par le jugement de Dieu , lorsque le célèbre Ives de Chartres lui démontra que ces coutumes étaient impies, et que défendre son innocence par de tels moyens , c était s' avouer coupable.

— Au commencement du treizième siècle , un accusé refusait de subir l’épreuve du fer chaud, et disait, pour raison de son refus, qu’il n était pas un charlatan. Le juge lui faisant quelque instance pour rengagera se soumettre

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à la loi : « Je prendrai volontiers le fer ardent , e répondit-il, pourvu cjue je le reçoive de votre » main. » Le juge décida qu’il ne fallait pas tenter Dieu.

— En 10G6, un abbé de St-Aubin d’Angers, ayant refusé d’offrir au vicomte de Thouars un cheval que ce seigneur exigeait de celle abbaye, à titre de redevance, toutes les fois qu’on nommait un nouvel abbé, quelqu’un proposa déterminer cette dispute, par les épreuves de l’ordalie ou par un duel. Les deux parties y consentirent ; et l’abbé choisit pour défendre sa cause , un champion aguerri et vigoureux. Mais le vicomte de Thouars ayant réfléchi qu’il pouvait être battu, et perdre honteusement ses prétentions , aima mieux se prêter à un accommodement, qui caractérise les mœurs d’alors. 11 renonça formellement à ses droits sur l ab-

baye, à condition que l’abbé, avec qui il était en querelle, n’oublierait pas de le nommer dans ses prières, lui, sa femme et ses enfans : ce qui fut accepté.

— Au dixième siècle, les droits de succession n’étaient pas encore bien déterminés. On était incertain si les petits-enfans devaient faire nombre dans la famille , et partager avec leurs oncles la succession de leur grand-père , quand

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leur père était mort avant leur aïeul. Ce point litigieux fut décidé par un combat judiciaire. Le champion chargé de défendre les droits des petits-enfans remporta la victoire; et il fut établi, par un décret perpétuel, qu’ils seraient admis à partager désormais avec leurs oncles.

— En Allemagne , on observait une cérémonie imposante dans les combats judiciaires. On faisait apporter un cercueil au milieu de Larêne; l’accusateur et l’accusé se plaçaient, Lun à la tète et l’autre au pied de ce cercueil , et le considéraient, pendant un certain espace de temps, dans le plus profond silence , avant de commencer le combat.

— Les poètes du treizième et du quatorzième siècle plaçaient presque toujours dans leurs poèmes les coutumes et les cérémonies de leur temps, parce que, s’ilsavaient quelque-

fois du génie, ils étaient en général trop ignorans pour connaître d’autres mœurs que celles de leur pays et des siècles peu éloignés. Ainsi M. Ellis , dans la préface qu’il mit en tête des Fabliaux de Way , parle d’un poète qui représentait Pilate déliant Jésus-Christ à un combat singulier.

Un autre poète dépeint le coup de lance qui percale côté de Jésus-Christ, comme les suites.

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d une joute que Jésus avait soutenue contre un chevalier inlidèle

— Il parai t que les combats judiciaires ont été employés par les Juifs, dans des temps trèsreculés. Toutes les fois que les rabbins avaient à prononcer sur une cause embrouillée, ils la faisaient décider par le combat. Ils étaient persuadés que la conviction de son bon droit donnait plus de force et procurait la victoire à celui qui avait raison. 11 semble cependant que de pareils combats devaient être plus commu-

nément favorables au crime qu’à l’innocence , parce que les médians sont pour l’ordinaire plus hardis et plus féroces que l'homme paisible dont ils troublent le i^epos, et qu’ils prennent pour leur victime.

— A ces époques éloignées de nous, on éprouvait celui qui était accusé de larcin, en lui faisant manger un morceau de pain d orge , sur lequel le prêtre avait dit la messe ; s il ne pouvait le digérer, il était déclaré coupable. Cette épreuve se perfectionna dans la suite. On ajouta au pain un morceau de fromage : le pain devait être d’orge non bluté et sans levain ; le fromage de lait de brebis, et fait dans le mois de mai , le lait de tout autre mois n’ayant pas la propriété de découvrir les cri-

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minels. — - C’est de là que vient, selon Ducange , cette imprécation : Que ce morceau de pain m'étouff e !

Les historiens de l’Angleterre disent que le comte de Godwin , faisant ce serment dans un dîner, pour appuyer une assertion douteuse, s étrangla en avalant la croûte de pain sur laquelle il jurait»....

— Les Siamois, si l’on en croit LHistoire des Voyages, avaient des épreuves judiciaires qui n’étaient pas moins bizarres : parmi plusieurs autres pratiques , lorsqu’ils voulaient savoir de quel coté était la justice, dans les affaires civiles et criminelles , ils se servaient surtout de certaines pi Unies purgatives qu’ils faisaient avaler aux deux parties : celle qui les gardait le plus long-temps dans son estomac, sans les rendre, gagnait son procèse...

— Quelques années après la mort de Chilpéric, comme Gontran , le frère de ce monarque, soupçonnait de quelque légèreté la fidélité conjugale de Frédégonde, et avait peine à croire que le jeune Clotaire II fût véritablement fils de Chilpéric , trois cents évêques répondirent de Frédégonde, et jurèrent formellement que Chilpéric était le seul et vrai père de Clotaire IL Ces trois cents jureurs rassurèrent Gontran, qui

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voulut bien dès lors être le parrain et Y oncle du jeune prince — Mais on aurait pu demander à ces trois cents évêques où ils s’étaient convaincus que la conception de Frédégonde fût sans reproche, et la paternité de Chilpéric indubitable ?...

On a recueilli encore une foule de sermens remarquables par leur absurdité. Ainsi Ch ramnus, fils de Clotaire Ier. promit à Childehert 1er. , roi de Paris, d’être à jamais l’implacable ennemi de Clotaire, son père, et lui jura , sur les reliques des saints , qu’il mourrait dans ces bons sentimens.

Lorsqu’Ebroïn, maire du palais sous Thierri Ier., voulut se défaire de Martin, son compétiteur , sans danger pour son salut , il lui jura , sur des châsses vides , qu’il pouvait venir à la cour en toute sûreté. Dans ces temps de barbarie , on craignait plus quelques ossemens que la présence de Dieu même.

Pendant la ligue, après la mort du duc et du

cardinal de Guise, le fameux Lincestre, prédicateur aussi séditieux que fanatique, interrompit son sermon , dans l’église de Saint-Barthélemi, pour faire jurer â tous ses auditeurs, qu’ils n’épargneraient ni leurs biens, ni leur vie pour l’extermination des huguenots. Cette

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motion Fut si bien reçue, que le premier président de Harlai, qui se trouvait présent, fut obligé de lever deux fois la main , pour donner à croire qu’il prêtait le même serment.

Alors, comme aujourd’hui , les ministres de l’Évangile oubliaient leur mission de paix, pour se mêler dans les querelles politiques ; alors, comme aujourdhui , ils voulaient la mort du pécheur; alors , comme aujourd’hui , ils élevaient du scandale , des troubles , ils prêchaient lahaine et le meurtre.

La même année, dans la plupart des églises de Paris , des troupes de laïques et de prêtres juraient, sur les saintes hosties, de s’exposer à tout pour tuer Henri IV (i).

Il est bon de remarquer que, jusqu’au seizième siècle, on se fiait beaucoup plus aux sermens faits sur des croix et des châsses d’or pur, que sur des instrumens de tout autre métal. Les gens d’église n’avaient entretenu cette idée superstitieuse , comme beaucoup d’autres du même genre , que pour attirer dans leurs chapelles une foule d’objets précieux.

— Les anciens employaient aussi quelques-unes

(i) Sauvai. Livre X. — Saint-Foix, tome IL — Curiosités de la littérature , tome FT . — Anecdotes françaises de V abbé Bertou. — < Histoire de Paris , etc.

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de nos épreuves judiciaires : dans l 'Antigone de Sophocle , des gardes offrent de prouver leur innocence , en maniant le fer chaud , et en marchant à travers les flammes (i). Strabon parle des prêtres de Diane, qui marchaient sur des charbons ardens, sans se brûler. Saint Épiphane rapporte que des prêtres d’Égypte se frottaient le visage avec certaines drogues , et le plongeaient ensuite dans des chaudières bouillantes, sans paraître ressentir la moindre douleur. Il n’est pas rare de trouver, dans l’Orient, des derviches qui tiennent avec securité une barre de fer rouge à la main. Voltaire observe avec beaucoup de raison que, dans les temps anciens , on possédait des secrets pour passer impunément par ces singulières épreuves, outre les arrangemens que l’on pouvait prendre, dans les opérations préparatoires.

Les accusés avaient la facilité de se rendre

(i) « Il protesta que du reste tous les gardes étaient près n de s’exposer a manier le fer bridant, et à soutenir l’é- » preuve du feu , en marchant à travers les flammes, pour » montrer leur innocence. » Ce sont les termes de Sophocle ( il s’agissait de quelques honneurs funèbres rendus à Polynice , malgré l’ordre de Créon ). Voyez la traduction du P. Brumoy, acte Ier. de l’Antigone, tome III, page 421 ? de l’édition in 1 2 1^63.

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à l’église , et de faire un accommodement avec le prêtre. Les spectateurs qui assistaient à ces jugemens se tenaient fort éloignés. On pouvait substituer un fer froid et peint , au fer rougi au feu ; on pouvait encore éteindre le fourneau , au moment de l’épreuve. Les fers et les autres instrumens, qui servaient à ces cérémonies, étaient bénis et gardés dans les églises privilégiées à cet effet. Dès prêtres seuls en avaient soin ; et il est incontestable qu’ils se prêtaient à une foule de subterfuges , pour que des accusés sortissent sans brûlure de ces épreuves.

Quand Charles-le-Chauve se disposait à passer le Rhin , pour s’emparer de la Bavière , que les trois fils de Louis - le- Germanique s’étaient partagée, Louis, le second de ces princes, voulant inspirer une grande confiance a son armée , fit subir l’épreuve de l’eau froide à dix de ses gens , celle de l’eau chaude à dix autres , et celle du fer chaud à dix autres encore. Ces trentes personnes étant sorties saines et sauves de ces épreuves , l’armée bavaroise fut si persuadée de la protection du ciel , qu elle remporta une victoire complète.

— D’ailleurs , tous les secrets que l’on em- T. Iï. 2

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ployait, pour se garantir alors de l’atteinte du feu , ne se sont pas perdus avec l’usage des épreuves. Madame deSévigné dit , dans une de ses lettres, qu’elle vient de voir, dans sa chambre, un homme qui a fait couler sur sa langue dix ou douze gouttes de cire d’Espagne allumée , et dont la langue , après cette opération , s’est trouvée aussi belle qu’auparavant. Nous avons vu dans les provinces, ajoute Saint- Foix, un charlatan nommé Gaspard Toulon , qui se frottait les mains avec du plomb fondu. On admirait à Paris, il n’y a guère que quinze ans, un Espagnol qui se lavait dans l’eau bouillante, et qui se laissait mettre de la cire enflammée sur la langue, comme l’homme dont parle madame de Sévigné. Enfin on a entendu parler du Moscovite incombustible, et de quelques autres qui s’étaienthabitués, par le moyen de certaines drogues, à passer par le feu comme des Salamandres.

— Quand on refusait de subir les épreuves judiciaires, on en venait à celle du duel, qui s’appelait également jugement de Dieu. Ces combats étaient assez communs. On y soumettait meme les ecclésiastiques, les religieux et les femmes , en les obligeant de fournir un homme qui se battit pour eux.

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Tacite dit que, chez les Germains, lorsqu’une nation voulait entrer en guerre avec une autre, elle cherchait à faire quelque prisonnier qui pût combattre avec un des siens, et qu’on jugeait, par l’événement de ce combat , du succès delà guerre. Des peuples, qui croyaient que le combat singulier réglerait les affaires publiques , pouvaient bien penser qu’il pourrait encore régler les ditférens des particuliers (i).

Aussi trouve-t-on quelques traces de duels judiciaires dans les plus anciens fragmens de notre histoire, et ce ne fut que vers le treizième siècle que l’on commença à en modérer l’usage.

Voici quelles étaient les formules ordinaires de ces combats : l’accusateur rendait sa plainte devant le juge, et jetait son gant pour gage de bataille. L’accusé lui donnait publiquement le démenti y et ramassait le gant pour prouver qu’il acceptait le combat. Alors le juge marquait le lieu, le jour et l’heure du duel. Les deux combattans entraient en lice, précédés de bannières où étaient peintes les images de Jésus-Christ, de la Vierge et de plusieurs saints.

On les communiait ensuite, et on leur donnait l’absolution avant qu’ils ne s’égorgeas-

(») Montesquieu, Uv. 28, ch. 17 rte V Esprit des Loi s.

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sent (i). Au moment de s’entretuer, ils faisaient le signe de la croix et juraient sur l’Évangile , au nom de Dieu et de* ses saints , qu’ils étaient d’honnêtes gens, et qu’ils se battaient pour défendre leurs justes droits. Cependant, combien ne fit-on pas de duels pour l’honneur des dames, ou par pure vanité?...

Mais on était persuadé que, pour quelque sujet qu’on se battit, le vainqueur était un ami de Dieu et le vaincu un homme punissable. C’est pourquoi le parlement ( lorsqu’à la vérité il n’était composé, en très-grande partie, que de prélats et de pairs ecclésiastiques) confisquait les biens des champions tués , quelques présomptions qu’on pût faire en faveur de leur innocence , et partageait ces biens avec le vainqueur, ou plutôt avec le meurtrier.

Et non-seulement on pouvait se battre pour les dames ; mais il y eut une foule de combats judiciaires, en V honneur de saint Georges le bon chevalier, de saint Denis le bon apôtre , de madame Sainte-Marie mère de Dieu , et en

(i) Et l’on refusait ces sacremens à deux epoux qui ne s’étaient pas abstenus , pendant huit jours conse'cutifs , des plaisirs matrimoniaux ; comme si donner la vie était un plus grand péché que donner la mort.

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T honneur de Dieu meme . Vers le quatorzième siècle , il y avait encore à Paris une confrérie de dix-sept membres , qui devaient se battre à outrance envers et contre tous, pour gagner les bonnes grâces des dames , de la benoite Trinité, de la glorieuse vierge Marie , de monseigneur saint Michel , etc. Le fondateur avait établi de plus , a Notre-Dame , une chapelle ou l’on célébrait , toutes les semaines , un service solennel et dix-sept messes , pour chaque confrère assommé en duel,

Jarnac, après avoir vaincu Lachastaigneraye, fit hommage de ses armes à la vierge de Notre- Dame, et elles y demeurèrent long-temps,

— Il n’y a pas deux cents ans qu’on ne dit plus de messes pour les duellistes. Ces messes , que l’on retrouve encore dans les anciens missels , s’appelaient inissœ pro duello (i)

— On lit ce passage dans les capitulaires de Dagobert : « Si deux voisins ne s’accordent pas » sur les bornes de leurs possessions, qu’on lève » un morceau de gazon dans l’endroit contesté;

( i) Sauvai, Antiquités de Paris. — Félibieu et Lobiueau. Histoire de Paris. — Mœurs et usages des anciens Français. — Anecdotes de V abbé Bcrtou. — La Co'orabière sur les duels , etc.

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» que le juge le porte dans le Malle (Heu où se » rendaient les jugemens); que les deux parties, » en le touchant de la pointe de leurs épées , )) prennent Dieu à témoin de leurs prétentions; )) qu'ils combattent après , et que la victoire )) décide du bon droit. »

— - « Celui qui avait été tué dans nos duels » ou combats judiciaires, dit Brantôme (1), » n’était nullement reçu dans l’église pour y » être enterré ; et les ecclésiastiques alléguaient )) pour raison , que la défaite était une sentence » du ciel ; et qu’il avait succombé par la per- » mission de Dieu , parce que sa querelle était » injuste. »

— Dans toutes les seigneuries féodales, les biens confisqués du vaincu appartenaient en partie au seigneur haut-justicier. Aussi, les évêques, les abbés, les prieurs, et les chapitres, qui possédaient des fiefs et des seigneuries, permirentils de grand cœur que les procès civils et criminels se décidassent par le duel judiciaire. Le pape Nicolas 1er. le regardait comme un combat légitime et un conflit autorisé par les lois . Pierre-le-Chantre , qui écrivait à la fin du douzième siècle , dit que quelques églises jugent

(i) Discours des duels, page ïol

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et ordonnent le duel, et font combattre les champions dans la cour de révoque ou de V archidiacre , comme on fait à Paris ; et que le pape Eugène III , consulté sur ces combats , répondit quil fallait continuer dé agir suivant F ancienne coutume .

— Dans les salles de justice de tous les seigneurs ecclésiastiques et laïques , à cette place où l’on mit depuis un crucifix, on. voyait autrefois la figure de deux champions, armés de toutes pièces et acharnés au combat.

— Les roturiers et les serfs ne combattaient qu’avec le bouclier et le bâton ; les nobles eurent ensuite le droit de se battre à l’épée. C’est une des causes qui ont amené le point d’honneur, et qui ont persuadé aux nobles qu’ils ne pouvaient, sans déroger, entrer en lice contre un vilain. — Ainsi un gentilhomme espagnol se gardera bien de mesurer son épée avec un roturier ; mais il recherchera l honneur de se battre contre un taureau (i). (Voyez Point dé honneur. )

JUIFS. — Les Juifs furent, dès les premiers siècles, en horreur aux chrétiens, à cause de leur

(i) Sainl-Foix. Essais historiques .

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déicide ; et leurs malheurs ne les rendirent que plus odieux, parce qu’ils semblaient prouver l’énormité de leur crime. On les regardait comme des réprouvés , damnés sans espoir , dignes de tous les maux et de toutes les peines.

Dans plusieurs siècles et dans plusieurs pays, on les tuait, sans être homicide. Ils n’avaient plus de patrie , et aucun prince ne voulait les recevoir parmi ses sujets*

Alors , étrangers partout , ils se livrèrent au commerce, la seule ressource qui put leur offrir une existence; et comme ils n’avaient point de fonds; qu'ils avaient besoin de voyager continuellement ; qu’on les exilait sous presque tous les règnes ; que la plupart des princes les pillaient sans relâche ; qu ils portaient une foule de charges, dans l’état qui voulait bien les tolérer, ils joignirent naturellement l’usure au commerce, pour payer les sommes énormes que l’on exigeait d’eux sous de grandes peines, et pour reprendre aux sujets ce que le prince leur ravissait tous les jours.

O11 a vu des rois condamner les Juifs à des mutilations, et leur permettre de racheter à prix d’or les membres qu’ils allaient perdre.

Enfin il s’introduisit une coutume, qui confisqua tous les biens des Juifs qui embrassaient

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le christianisme. Cette coutume si bizarre fut abrogée par Charles^ I , en i 3q2. On en a donné des raisons bien vaines, dit Montesquieu (i) ; on a dit qu’on voulait les éprouver, et, en les dépouillant de tout ce qu’ils possédaient, faire en sorte qu’il ne restât rien de l’esclavage du démon. Mais comme les Juifs étaient serfs, et qu’ils le devenaient moins en se faisant chrétiens , leurs biens étaient confisqués par le seigneur de la terre où ils demeuraient, parce que le seigneur n’était plus tout-à-fait maître et propriétaire de la personne du Juif, et qu’il lui fallait un dédommagement. On peut juger quelles taxes et quelles redevances on imposait à ce peuple , par ce fait seul qu’un seigneur se croyait à peine dédommagé lorsqu’il confisquait toute la fortune du converti. — Enfin cet usage absurde, en réduisant les Juifs à la mendicité, les engageait à retourner au judaïsme et empêchait les non convertis d’embrasser un culte qui ne leur offrait que la misère (2).

Mais telles étaient les injustices abominables que l’on exerçait envers les Juifs , qu’on leur ôtait tous leurs biens , lorsqu’ils voulaient être

(1) JE sj) rit des Lois , lie. 2 1 , ch. 20.

(2) Le président Hénaut. Régné de Louis -le- H utin.

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chrétiens, et qu’on les brûlait bientôt après lorsqu’ils ne voulaient plus l’être (i)

— Dans le neuvième siècle , les Juifs qui composaient la synagogue de Toulouse, offrirent au roi Carloman une somme d’argent très-considërable , pour se racheter d’une certaine redevance honteuse a laquelle ils étaient soumis depuis plusieurs années. Un de leurs chefs était obligé d’offrir tous les ans trois livres de cire à la fabrique de l’église cathédrale, le jour de Noël , le Vendredi Saint, et le jour de l’Assomption de la Vierge. On l’attendait à la porte de l’église; et, à chaque offrande, il recevait un soufflet de la main d’un homme vigoureux.

Le roi renvoya l’affaire à un concile provincial, qu’il fit assembler à Toulouse, et dans lequel on décida qu’il fallait prendre l’argent des Juifs, mais que leur demande devait être rejetée, parce que Charlemagne et Louis-le-Débonnaire leur avaient imposé ce joug pour les punir d avoir livré la ville de Toulouse aux Sarrasins , dont le roi Abdérame n était entré en France , quà leur sollicitation.

On pourrait dire, pour la justification des Juifs, au cas que la trahison dont on les accusait

( i) Montesquieu , ubi suprà.

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ait eu quelque fondement, qu’il leur était bien permis de souhaiter un changement de domination , dans un pays où ils étaient considères comme des animaux , et où l’on ne les tolérait que pour leur enlever leur argent.

— Les princes chrétiens avaient assez l’habi tude de bannir les Juifs de leurs états, lorsqu’ils les avaient réduits à la mendicité ; et quand ces peuples avaient acquis de nouveaux biens chez les infidèles, on leur permettait de revenir parmi les chrétiens pour les piller encore.

O11 les obligeait de porter des marques d’infamie. Saint Louis ordonna qu’ils auraient sur leurs habits, devant et derrière, une pièce de drap jaune, large comme la main; et Philippele-ÎIardi les contraignit de porter une corne sur la tête. O11 leur permettait d’acheter, à grand prix, le droit de paraître en public sans ces marques ridicules ; et , quand tous les riches avaient fait pour cela de grands frais, on publiait un édit qui abolissait toutes les dispenses, et qui obligeait tous les Juifs indistinctement à porter de nouveau la pièce de drap jaune et la corne ,011 bien à s’en racheter encore (1).

(1) C’est ce que fit particulièrement le roi Jean, en iSCL Voyez Sauvai, tome II, page 52,3,

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Ce Philippe-le-Hardi fut presque un autre Pharaon pour les Juifs ; il défendit aux médecins de les soigner, et à tous ses sujets de les secourir dans leurs dangers ou dans leurs besoins. Les seigneurs vendaient un Juif comme on vend un sac de blé. On ne les pendait qu’entre deux chiens. On ne souffrait pas qu’ils se baignassent dans la Seine, ni dans les autres rivières où les chrétiens se baignaient.

On ne leur permettait point d’épouser d’autres femmes que celles de leur religion ; et l’on faisait tant de mépris des femmes juives, qu’on brûlait vif tout chrétien convaincu d un commerce de galanterie avec quelqu’une d elles» Celui qui couchait avec une Juive était réputé criminel de bestialité ; et certains casuistes de ces temps-là soutinrent qu’il y avait moins de péché à se souiller avec un animal qu’avec une

fille d’Israël , qui était possédée du diable

Au dernier siècle encore, dans plusieurs villes de la France et des pays voisins, on assignait aux Juifs un quartier séparé ; on les obligeait de porter un chapeau jaune ; on leur faisait payer, à leur entrée dans les villes, le droit du pied fourchu. C’est-à-dire qu’un Juif payait aux douanes la même somme que l’on paie pour le passage d’un cochon , d’un bouc, ou de tout

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