‹ Dictionnaire féodalChapitre 93 sur 158 · MAN · texte numérisé non relu

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vec les serfs du même seigneur et soumis aux mêmes servitudes. Ils n’avaient pas le pouvoir de faire un testament, parce qu’ils étaient réputés n’avoir rien à eux. En un mot, ils mouraient, sans avoir pu jouir, pendant tout le cours d’une existence pénible et misérable, de la moindre lueur de liberté.

MANANS (i). — C’est le nom qu’on donnait, dans l’origine, aux serfs attachés à la glèbe , parce qu’ils ne pouvaient changer de manoir ni de seigneurie. On l’appliqua dans la suite à tous les serfs et roturiers , qui avaient leur demeure fixe , dans quelque ville ou village.

Quand Charles YII fit son entrée à Paris, en 1457, les Parisiens lui firent faire ce petit compliment, par un enfant déguisé en ange :

Très-excellent roi et seigneur,

Les manans de votre cite'

Vous reçoivent en tout honneur

Et en tics-grande humilité.

MANTEAU DE SAINT MARTIN. — (Voyez Chape).

( 1) Du latin manare , demeurer , rester.

MARIAGE. — (( Un père ferait mieux de ren- » dre sa fille religieuse, que de la marier ; et » les hommes qui 11e sont point maries feraient » sagement de demeurer ainsi, comme dit Geori) ges l’apôtre ; car enfin , le mariage lia été » fait que pour les incontinens. Tous les prêtres )) et tous les amis de Dieu ont vécu vierges : i) Abel fut chaste ; Melchisédech garda le céli- » bat, comme les pères de l’église l’ont attesté » ( deux mille ans au moins , après la mort de » Melchisédech ) ; Josué , Élie , Elisée , Jéré- » mie, Daniel , saint Jean - Baptiste, Jésus- » Christ, saint Jean-l’Évangéliographe , saint » Paul et ses disciples , tous ces saints personnai) ges ont vécu célibataires , témoins Saint » Ignace et saint Jérome.

» Saint Paul conseille plus la virginité que » le mariage ; et quand il persuade le célibat ,

» il dit qu’il est inspiré du saint-Esprit. Or celui » qui conseille plutôt le mariage que la virgi- » nité est inspiré du diable.

» Les prêtres surtout sont obligés au célibat » angélique , parce qu’ils communient tous les » jours ; et il est si vrai qu’il faut être chaste » pour cela, que quand David mangea les pains » de proposition, il avait eu soin de ne pas con~

» naître ses femmes , depuis plusieurs jours (i). »

Ces sentimens ont toujours été proclamés, sans doute d une façon moins burlesque, par tous les membres du clergé romain. Cependant la plupart des apôtres et de leurs disciples étaient mariés. Les évêques , les papes , les pères de l’église le furent dans les trois premiers siècles. Saint Grégoire de Tours et une foule d’autres prélats avaient femmes et enfans , dans le sixième siècle, sans que personne s’avisât de le trouver mauvais. Dans le douzième, le treizième, le quatorzième siècle, et long-temps encore dans le quinzième, les curés et les chapelains n’observaient qu'à leur gré le célibat. Mais dans tous les temps , on le prêcha aux laïcs , pour l’amour des successions.

C’est une impertinence inconcevable que de dire qu’il faut vivre dans la virginité, à l’imitation de Jésus-Christ — Un Dieu pouvait-il s’allier avec les filles des hommes?... Et en même temps le fils de Dieu pouvait-il détruire ce que son père avait établi? — Jésus-Christ ne put donner l’exemple du mariage, ni conseiller le célibat, que Dieu avait maudit.

(i) Le tombeau des hérétiques , de G. U apôtre ? pages 24? 33, 52 , 57 , 65 , 69 , 404.

— On ne commença sérieusement à condarnner le mariage des prêtres , que dans le concile tenu à Trojes en 1107. On renouvela encore la défense du mariage , aux évêques , prêtres, moines et religieuses.... dans le concile tenu à Rheims, en iizjb, par Eugène III et onze cents évêques , la plupart Français... Mais il est constant que ces dispositions firent peu d’effet sur notre clergé , puisque les rois, considérant T incontinence des gens d’église , permirent aux prêtres sans bénéfice de se marier , et aux bénéficiers d’avoir des concubines , parce qu’ils ne devaient pas tenir à la fois un bénéfice et une femme

Enfin, le concile assemblé à Sens, en 1269, excommunia les prêtres mariés , et surtout les concubinaires , pour arrêter un peu certains débordemens du clergé dans les grandes villes. On avait eu recours à cette mesure d’excommunication, parce que la fornication devenait si fréquente, que les prélats et les légats du pape ne la regardaient plus comme un péché. « Les femmes débauchées sollicitaient effronj) tément la vertu des prêtres. Les prêtres te- » liaient à honneur d’entretenir des concubî- » nés, et, en sortant d’entre leurs bras , ne fai- » saient aucun scrupule d’aller dire la messe. »

Mais toute la sévérité des anathèmes que lança le concile de Sens, n’empêcha pas Jean de Montmorenci, chanoine de Notre-Dame de Paris, d’entretenir publiquement une concubine , « sans que ses confrères, qui le savaient, » s’en missent en peine. » L’évêque ne s’avisa de l’en faire réprimander qu’en 1 286, dix-sept ans après le décret d’excommunication fulminé par le concile de Sens

Dans la suite, et surtout au commencement du seizième siècle , on obligea les confesseurs à venir révéler le nom de ceux qui menaient une vie concubinaire ; ce qui n’empêcha pas qu’il 11’y eût continuellement de grands scandales , tant dans les ecclésiastiques que dans les laïques (1).

— Le compilateur des Aneries révolutionnaires raconte (2) qu’un curé des environs de Reims monta en chaire et dit à ses paroissiens : « Mes frères , le Créateur a dit à la créature *: » Croissez et multipliez. Pour vous enseigner « la pratique de ce précepte, et prévenir tout » scandale, je vous déclare que je me suis ma- » rié , il y a huit jours; et que , par la grâce du

(1) Sauvai. Antiquités de Paris , liv. XI.

(2) Pages 29 et 3o.

» Seigneur, ma femme accouchera dans un » mois : prions , mes frères , pour son heureuse » délivrance. »

— On disait autrefois en France :

Boire, manger, coucher ensemble Est mariage , ce me semble.

Et , à l’exception des seigneurs grands et petits, qui se mariaient avec pompe, à l’entrée de l’église , le mariage des roturiers était parfait, dans plusieurs provinces, lorsqu’il y avait consentement des deux parts , et cohabitation reconnue.

Si cet usage, tout naturel, avait été reçu dans toute la France , les seigneurs, avec leur droit de cuissage , n’auraient pas souvent eu les prémices des jeunes serves, comme aussi ils ne les avaient pas toujours.

Mais, quand la partie opprimée de la nation commençait à s’y accoutumer , dans une foule de cantons, le concile de Trente défendit ces mariages , et ordonna que les liens conjugaux ne seraient valides qu’aprèsla bénédiction du prêtre (i). L’ordonnance de Blois (2)

(1) S es s. 24 , de reformat, cap. I.

(2) Articles 40 et 44.

confirma ces dispositions, et obligea les roturiers à se marier , pour leur argent , par-devant le cure de la paroisse.

— On a remarqué, dans les bizarreries de notre histoire , que les professeurs de médecine, en leur qualité de clercs , furent obligés, pendant un certain temps, de vivre dans le célibat.... Lorsqu’on nous dit que les prêtres doivent garder leur virginité, parce que leurs communions fréquentes exigent qu’ils soient toujours purs, on nous donne au moins une raison , à la vérité plus spécieuse que solide , puisque le mariage n’a rien d’impur. Mais que les amis des vieilles choses nous disent pour quel motif on avait ordonné aux médecins de ne se point marier : était- ce aussi pour leur endurcir le cœur? — Quoi qu’il en soit, en i 1 , les professeurs de médecine représentèrent si vivement les tentations qui les entouraient, dans l’exercice de leurs fonctions et la visite de leurs malades, qu’on leur permit de reprendre des femmes , pour ne pas les exposer à pis faire.

— Dans les temps où les seigneurs avaient le droit de cuissage, quand les attraits de la mariée ne les séduisaient point, ils ordonnaient aux jeunes époux de passer la première nuit de leurs noces au faite d’un arbre , et d’y consom-

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nier le mariage; de consacrer les rnomens dus à 1 hyménée, dans une rivière, à la vue du seigneur et de sa dame, qui se divertissaient là ti es-decemment ; ou de se laisser attacher nus à un tombereau, et d’être ainsi promenés quelque demi-lieue; ou de sauter ensemble (les pieds de la femme liés à ceux du mari ) pardessus des cornes de cerfs. Quelquefois ils forçaient 1 epoux a passer une partie de la nuit dans un fossé bourbeux; quelquefois encore, les nouveaux maries étaient obligés, pendant la première nuit de leurs noces, de battre l’eau des étangs, pour empecher les grenouilles de troubler le repos de leur seigneur (i).

— L’église de Sainte -Marine (2) était c.élèbi e a Pai îs , dans les derniers siècles , parce qu on mariait dans cette église ceux que l’on condamnait à s épouser. Anciennement , on les unissait avec un anneau de paille. Était-ce pour rappeler au mari que la vertu de celle qu’il épousait était bien fragile? Cela 11 était ni poli ni charitable (5).

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(j, Curiosités de la littérature, tome Ier.

^2, Dans le cul-de-sac Sainte-Marine, à peu de distance de ÎS'otie-Dame , en la Cite. Cette église sert maintenant à une raffinerie de sucre.

3} Samt-Foix, Essais historiques , tome Ier. — Dans

fio

— Les habitans de Gonesse, auprès de Paris, ne pouvaient autrefois se marier à des femmes libres, à cause de l’obligation où ils étaient, pendant le mois d’août, de garder, chacun une nuit, la grange du roi , et pendant toute l’année, d’amener, chacun à leur tour, les vagabonds et les voleurs dans les prisons de Paris. Ils ne furent délivrés de cette servitude que vers la fin du seizième siècle; et alors , ils eurent des femmes libres, plus qu’ils n’en voulurent (i).

— Sous la première , sous la seconde , et pendant quelques règnes de la troisième race, un Français, quoique marié , pouvait être élevé au diaconat, à la prêtrise, même à l’épiscopat. Mais , dans ce dernier cas, et surtout lorsqu’on eût bien décidé que la chasteté et le célibat étaient des choses nécessaires aux évêques, on obligeait celui que l’on gratifiait d’un évêché à déclarer, qu’à l’avenir, il ne vivrait plus avec sa femme cpce comme avec sa sœur . S’il v ou-

ïes premiers siècles de l’église, épouser une fille, dont la conduite avait été déréglée , c’était une œuvre de miséricorde. — Bien des gens en font à présent , sans qu’ils s’en doutent.

(i) Idem , Ibidem.

lait se séparer d avec sa femme , elle était délaissée , et ne pouvait se remarier avec un autre. Néanmoins, le fils était habile a succéder à son père ; il avait ordinairement la survivance de l’évêché et des bénéfices paternels.

— On voit, dans une information de ?

que, pour prouver la noblesse dePerretteBureau, mariée à Jean Legras , on soutint « qu elle )) avait été portée à l’église sur une civière, » avec un fagot d’épines et de genièvre , ainsi » que d’ancienneté on a accoutumé défaire aux » gentilshommes et gentilsfemmes , et ce qui » ne se fait pas pour ceux et celles qui ne sont pas » nobles , lesquels ne sont point portés, le jour, » ni le lendemain de leurs noces , sur une civière, » avec le fagot d’épine et de genièvre (i). »

— Une veuve , chez les Cafres et chez les Hottentots , est obligée de se couper un doigt, chaque fois qu’elle se remarie. Plusieurs peuples ont fait, sur le meme point, des ordonnances aussi singulières. Sur les côtes de Cumana, avant de brûler le corps du mari défunt, on lui coupe la tête , et on la porte à sa veuve, qui

(i) La Roque, Traité de la nobles se. page. i65 — Rapporté aussi par Saint-Foix , Essais sur Paris, tome JL

jure, la main sur cette relique, quelle 11e prendra point d’autre epoux.

Dans les premiers siècles de l’église, les secondes noces n’étaient que tolérées ; et plusieurs saints pères les regardaient comme une fornication , que l’on souffrait sans la permettre. Le concile tenu à Sarragosse , en 692 , défendit aux reines de se remarier , et leur ordonna de se faire religieuses, pour donner le bon exemple.

Mais, en même temps, 011 voit des princes chrétiens épouser publiquement deux femmes, et les garder l une et l’autre. Un peu plus tard, on voit le catholique Charlemagne entouré d’épouses et de maîtresses, et presque aussi fameux par ses répudiations , ses mariages , ses concubines, que par son dévouement au saint siège qui l’a canonisé.

— Si quelqu’un avait le courage de passer su vie dans les archives de notre noblesse et de nos temps féodaux , il y découvrirait sans doute de quoi faire le pendant à tous ces anciens usages , que nous trouvons aujourd’hui si révoltans ou si absurdes. — La fameuse Cléopâtre avait épousé son frère Ptolomée-Denys , comme la plupart des rois d’Égypte épousaient leurs sœurs.

— En i454? un comte d’ Armagnac épousa publiquement la sienne (1).

- — Chez les Hottentots, si une fille n'a pas de goût pour le mari qu’on lui propose, on lui permet de X essayer , c’est-à-dire, de coucher une nuit avec lui, pendant laquelle il peut employer tous les moyens de douceur et de violence, pour obtenir ce qu’il désire. S’il ne peut remplir le but du mariage avant le jour , la jeune fille est déclarée libre; si elle succombe, il faut qu’elle épouse celui qui l’a vaincue. Le mariage se contracte au milieu d’un cercle de parens accroupis, qui appellent sur les deux époux le bonheur et de longues années, pendant que le prêtre leur pisse sur la tête. Les plus distingués de la famille en font autant; et ces aspersions rendent le lien légal.

On mariait autrefois les rois , aussi-bien que leurs sujets, à la porte des églises, selon la coutume des premiers chrétiens, qui ne voulaient probablement pas qu’on célébrât devant l’autel un sacrement aussi immodeste que celui du mariage. Mais de plus, on dépouillait les dames de qualité, les reines surtout; et quand on les

(1) Saint-Foix , Essais historiques , tome II , p. 347-

avait mises nues, on examinait si elles étaient propres à faire des enfans. Froissard raconte qu’Isabeau de Bavière fut bien et dûment examinée par des matrones, avant d’épouser Charles VI. « Il est d’usage en France, ajoute-t-il, » quelque dame ou bile de haut seigneur que » ce puisse être, qu’elle soit regardée et avisée » toute nue par les dames , pour savoir si elle » est propre et formée pour porter enfans. » — On trouve encore aujourd’hui , dans plusieurs contrées de la France, des coutumes singulières, qui remontent à des temps très-reculés, et que l’on n’a point abolies , parce qu’elles n’ont rien d’onéreux. Ainsi , dans l’arrondissement de Limoux, les mariages des paysans se font encore avec certains usages dignes d’être remarqués. Au retour de la messe, l’épouse se rend avec le cortège chez son nouvel époux , et là, assise sur une chaise de bois, ayant une assiette sur ses genoux, elle reçoit deux baisers de chacun des assistans, qui versent en même temps des offrandes pécuniaires dans le bassin, chacun selon sa fortune ou sa générosité (i).

(1) M. le baron Trouvé, Description du département de V Aude.

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Dans le bourg de Gruissan, près de Narbonne, les jeunes gens font les propositions de mariage., en envoyant un gâteau , Je lendemain de la Pentecôte , a leur future belle— mere. Cet envoi se renouvelle tous les ans, le meme jour, jusqu a la célébration des noces (r).

Le premier de ces usages remonte sans doute aux temps les plus féodaux, où les pères étant serfs de la glèbe , et ne pouvant rien donner à la fille qu’ils mariaient, les parens lui faisaient quelques légères offrandes pécuniaires , pour adoucir les premiers mois de son ménage.

La seconde coutume est peut-être plus ancienne. Elle ressemble assez à l’usage où ion était, sous la première race, de faire des présens en argent ou en fruits, aux parens de la fille que l’on épousait. ( Voyez Dot. )

MARQUIS. — Les marquis sont des seigneurs qui possèdent des marquisats , comme dit Laplace , dans son Dictionnaire des Jiefs.

Le mot marck , en tudesque , signifie Limites ; les marquis étaient, dans l’origine, des officiers chargés de la garde d’une frontière ; et

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A ) M. le baron Trouvé , Description du département de V Aucle.

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