MIS
coites ? le paysan en conservait 4 6 jet il lui fallait là-dessus vivre avec sa famille , faire les corvées, payer les impôts de l’état, les tailles du seigneur , et une foule de redevances et de petits droits qui le réduisaient toujours, après une année bien laborieuse , à ce meme état de misère, dont il ne pouvait espérer devoir la fin,.
MIS SI DOMINICI. — Envoyés ou commissaires du roi. — Pour réparer les désordres, que les règnes précédens et de longs troubles avaient amenés dans ses états , et pour empêcher les seigneurs d’envahir toute l’autorité , Charlemagne rétablit l’usage , déjà introduit sous la première race, d’envoyer chaque année, dans chaque province , deux ou trois commissaires , appelés mis si dominici , qui s informaient des abus , recevaient les plaintes du peuple , éclairaient de près la conduite des ducs et des comtes , terminaient les procès, ou les renvoyaient aux assises du roi, lorsqu’ils ne pouvaient les juger eux-mêmes.
Louis-le-Gros et quelques autres rois de la troisième race firent la même chose, pour ne* pas laisser les seigneurs maîtres absolus de ÿ. justice et du sort de leurs sujets. Mais ces commissaires gênaient trop 1 indépendance des seigneurs, pour qu’ils ne s’y opposassent point £
ils firent si bien qu on n’en envoya plus, et qu’on vit bientôt l’autorité royale s’affaiblir de règne en règne (r).
— Les seigneurs étaient les rois de leur seigneurie, puisqu’ils y faisaient les lois, qu’ils y rendaient la justice à leur gré, et qu’ils pouvaient armer leurs sujets contre le roi lui-même. Chaque province de la France était un petit état, dont le gouvernement et les lois n’étaient pas les mêmes , et où il n’y avait plus de loi commune, parce que personne ne pouvait alors faire observer la loi commune (2). Louis XI fut véritablement le premier de nos rois, qui ressaisit quelques parties de la puissance royale.
— Quelques-uns ont confondu les comtes avec les rnissi dominici. Le comte et le missus avaient une juridiction égale , et indépendante l une de l’autre. Toute la différence était que le missus exerçait ses pouvoirs pendant quatre mois de l’année, et que le comte rendait la justice pendant les huit autres (5).
— On voit, par les capitulaires de Louis-le-
% (1) Le president He'naut , an 1 13 5. — Remarques particulières sur la troisième race.
(2) Montesquieu, Esprit des Lois , lie. 28, ch. 9,
(3) Idem, ibidem. , ch. 28.
Débonnaire, qu’on fournissait par jour aux Missi dominici y beaucoup plus qu’il n’aurait fallu pour régaler les douze apôtres. Chacun d’eux, s’il était évêque, recevait tous les jours, pendant sa tournée, quarante pains, trois agneaux, un cochon de lait, trois poulets, quinze œufs, trois rations de vin , et quatre rations de fourrage pour ses chevaux (i).
Mais si ces commissaires étaient laïcs , quoique grands officiers du palais, ou commandans des provinces, ils devaient moins manger et moins boire. On ne leur fournissait que trente pains, deux agneaux, le cochon de lait, deux poulets , quinze œufs, deux rations de vin et trois rations de fourrage (2).
MONASTÈRES (5). — Georges l’apôtre a remarqué, sur le chapitre 1 8 des Actes des apôtres, qu’il y avait déjà des moines rasés , et Liés par
(1) Toutes ces redevances étaient payées par les villes et bourgades où passaient les mis si- dominici.
(2) Saint-Foix, Essais historiques , t. JI. - — Capitul. Lud. pii y anniy 819.
(3) 11 est bon d’observer que tous les écrivains ecclésiaslii ques attribuent l’origine des moines à saint Antoine et à saint
Paul le premier ermite , ( au 4e* siècle ).
des vœux , du temps de saint Paul ( i ) ; et que conséquemment saint Paul était moine, qu’il avait la couronne et les cheveux rasés.
e Quiconque a fait vœu de chasteté et se ma- » rie après, dit encore le même Georges , est damné, par la sentence de saint Paul {Ch, 5 » de la première ép . à Timothée ) , où il parle » de religieuses qui voulaient jeter le froc aux » orties; car les femmes déjà faisaient vœu, » aussi-bien que les hommes. ■ — Et de fait , » après avoir bien paillardé contre Jésus-Christ, )) celles qui se veulent marier se damnent, parce » qu’elles ont rompu leur foi première. D’ail- )) leurs, saint Augustin et bien d’autres les dam- » nent pareillement (2). »
On pourrait d’abord répondre que ces religieuses du temps de saint Paul devaient être des veuves , qui eussent au moins soixante ans , et
(1) Aquila , qui sibi totonderat in chencris cap ut ; habcbat enim volum. àct. cap. 18 , vers. ï8. — Sunt nobis 01 ri quatuor votum habentes super se. His assumptis , sanctifica te cum illis , ut radant capita, Act. cap. 2 1 , vers. 28 et 24. — On voit clans les Nombres , ch. 6 , v. 18, qu’on se rasait aussi sous la loi de Moïse , comme on se rasait chez les païens ? pour offrir sa chevelure aux dieux.
(2) Georges l'apôtre , Tombeau des hérétiques , p. 58, 5q , Go.
point de famille à soigner (i). Et dans le quatrième siècle, on avait encore, sur les couvens, des idées si différentes des nôtres, queThéodosele Grand lit une loi, par laquelle il était défendu d’admettre, dans les maisons religieuses, aucune femme qui n’eût également passé soixante ans, et qui eût des enfans ou un mari. La meme loi ordonnait de chasser de l’église toutes les jeunes femmes qui se faisaient raser les cheveux, et de déposer les évêques qui les y recevraient (2).
Dans le cinquième siècle, Majorien défendit de donner le voile aux religieuses, avant qu’elles eussent passé leur quarantième année ; et cet ordre de choses subsista jusque vers le temps de Charlemagne. Alors, on put voiler les hiles à vingt -cinq ans (5).
Au concile de Trente , les généraux des ordres religieux représentèrent que, si Ton ne permettai t pas de pou voir faire les derniers vœux monastiques à seize ans, et qu’on les retardât jusqu’à vingt-cinq, il y aurait très-peu de religieux et?
(1) Fidua non minus s exaginta annornm — Si autem filios , aut nepotes habet , disent primiim domum suam regere , etc. Ko . ad Fimoth. /, cap. 5.
(2) Sosomene , îiv. VII, ch. 16.
(3) Capitul. — Concile de, 'Fours , can. 28.
de religieuses Toute personne sensëe con-
viendra qu’il y avait bien de l’inhumanité dans de pareilles représentations ; car enfin, n étaitce pas dire : Pourvu que nous ayons beaucoup de religieux et dereligieuses , que nous importe que successivement, d’âge en âge, quinze ou seize cent mille personnes, dans les pays catholiques, s’exposent à passer leur vie dans le repentir, l’amertume, le désespoir et l’horreur d un état , qu elles auront trop légèrement et trop précipitamment embrassé (i) ?
En i56o , les états généraux demandèrent à Charles IX qu’il fut défendu de « recevoir aucuns » religieux à faire profession, avant qu’ils eus- » sent atteint l’âge de trente ans, et les filles de )) vingt-cinq au moins ». Charles IX ordonna que les hommes pourraient faire leurs vœux à vingt-cinq ans, et les filles à dix-huit.
Cette ordonnance , toute favorable qu elle fut aux religieux, fut abrogée aux états de Blois, en i588; il y fut statué qu’on pourrait se lier par les derniers vœux monastiques, à l’âge de
seize ans On alla plus loin encore, dans ces
derniers siècles : La célèbre Angélique Arnauld fut abbesse à sa douzième année. On rencontre
(i) Saint-Foix, tome IL
aujourd’hui beaucoup de moines , devenus prêtres, qui ont prononce leurs vœux solennels a seize ans, dans les années qui précédèrent immédiatement la révolution; et, de nos jours, qui n’a entendu parler de cette Ires-jeune personne de condition, que l’on a liée par des vœux
perpétuels, en 1819 avant que sa raison fût
développée ?
— En 1 2 1 5 , le concile de Latran défendit d’inventer et d’établir de nouveaux ordres religieux. S’il y en avait vingt, avant cette défense, on en a inventé et il s’en est établi depuis plus de centcinquante, que l’on ne connaissait poi nt alors ( 1 ).
— L’église n’a pas fait, dans tous les temps, l’apologie des moines. On les voit souvent indigner les évêques, parleur vanité et par leur penchant à se mêler de toutes les affaires , sans la permission de leurs supérieurs (2). Les pères assemblés au concile de Calcédoine firent des lois contre les moines , pour arrêter les désordres qu’ils causaient dans l’église. Les canons de ce concile portent : que les moines seront désormais soumis aux évêques ; qu’ils ne se mêleront plus des affaires ecclésiastiques et civiles,
(1) Idem , ibidem .
(2) Jérome Acosta . Hist. des revenus ce clé s ru si iq ues-
s’ils n’en sont chargés positivement; qu'ils n’abandonneront plus leurs monastères, pour courir de côté et d'autre , scandaliser les villes, et troubler les familles paisibles, par leurs intrigues et leurs déclamations; qu’ils ne bâtiront point de nouvelles maisons, sans que l’évêque en soit informé, et qu’il le juge convenable ; qu’ils ne s’empareront pas des successions, au préjudice des héritiers légitimes; et qu’il est recommandé aux évêques de casser les testamens escroqués , etc.
Ces règlemens apportèrent quelque tranquillitédans le christianisme. On accoutumales moines au travail; et pendant plusieurs années, il y eut peu de troubles, à leur occasion.
Mais ils se multiplièrent tellement que, dans le neuvième siècle, on en trouvait à chaque pas, sur tous les points des provinces. Or , comme une partie de la nation habitait les monastères, et que le reste du peuple, à demi ruiné par ces moines, ne pouvait suffire encore à tous les besoins de l’état, on soumit les religieux à certaines redevances, qu’à la vérité ils ne payèrent pas très-long- temps. Ces redevances n’étaient pas les mêmes pour tous les monastères. Les uns devaient au roi des présens et le service militaire : d’autres ne devaient que des présens. D’autres enfin (et ceux-là payaient
sans regimber) ne devaient ni service militaire, ni présens aucuns, mais seulement des prières pour le roi et sa famille.
Les présens dont il s’agit se faisaient aux grandes fêtes. C’était ordinairement quelques pièces d’argent, ou un cheval. Les abbesses donnaient des habits, qu’elles faisaient faire par leurs religieuses. 11 était ordonné que chacun marquerait son nom , sur les chevaux et sur les habits que l’on présenterait au roi.
Ratbert, abbé de Corbie, écrivait en 847 a Charles-le-Chauve : « J’ai résolu de vous en- » voyer , pour les fêtes prochaines, non un pré- » sent d’or ou d’argent, mais un livre sur l’Eu- » charistie, qui, bien que petit parle volume, » est grand par le sujet qu’il traite. Je l’ai com- » posé, il y a long-temps, pour mon cher dis- » ciple, l’abbé Placide Varin. » Ce présent fut très-bien reçu ( i ) .
— L’auteur de Y apocalypse de Meliton , ou Révélation des mystères cénobitiques , calculait, il y a deux cents ans, qu’on aurait pu faire, avec les jésuites et les Cordeliers seulement, une bonne armée de plus de six cent mille hommes ,* et qu’au défaut de ceux-là, les souverains avaient
(1) L'abbé Bertou , Anecd. françaises.
encore à leur disposition quatre-vingt-seize ordres de moines, qui en faisaient bien des millions (i).
— On voit , dans l’histoire de Paris, qu’Eudes de Sully, ëvèque de cette ville, défendit, au commencement du treizième siècle, le jeu des échecs aux ecclésiastiques de son diocèse. Il ne paraît pas que les ecclésiastiques aient pratiqué en cette occasion, plus qu’en mille autres, la vertu d’obéissance; puisque du temps de François Ier. , dans la plupart des monastères, les moines jouaient aux dames ou aux échecs avant de se coucher , au lieu de lire la vie des saints ou l’Évangile, ainsi que la règle le prescrivait, et comme les supérieurs avaient bien soin de le recommander (sans s’obliger de leur part à le faire plus exactement). On peut même remarquer, dans le chapitre XXÏ1 de Gargantua , que les moines appelaient leur damier Y Évangile
de bois On remarque aussi , dans le chapitre
V du même livre, que les moines avaient inventé , pour leur usage , des flacons faits en forme de bréviaire , et qu’on les trouvait occupés à boire , quand on les croyait en oraison , comme dit l’interprète de Rabelais.
{ i ) Paragraphe 12 des extraits du Ie1. livre.
MON 8i
MONI FOIRE, — Lettres d’un évêque, ou de tout autre prélat ayant juridiction, pour obliger, sous peine des censures ecclésiastiques, tous ceux qui ont connaissance d’un crime ou d’un fait quelconque, dont on cherche l’éclaircissement, de venir en faire la révélation.
Lorsqu’on avait lancé un monitoire, la peur de l’excommunication était si grande, que le fils se hâtait d’aller dénoncer son père, le père son fils, la fille sa mère, l’ami son ami, le frère sa sœur, et réciproquement. La plupart des confesseurs se croyaient même obligés de révéler le secret de leurs pénitens; et la confession, qui est proposée aux catholiques comme un moyen de salut, causa quelquefois la mort de ceux qui s’y confièrent (i).
C est aussi parce qu’on doit tout révéler aux inquisiteurs, sous peine des plus grandes excommunications , que tant d’Espagnols ont été conduits au bûcher, par les révélations de leurs familles. On peut dire en passant que les excommunications et les monitoires n’ont été nulle part aussi fréquemment employés qu’en
(i)Oq sait qu’un bourgeois de Paris fut pendu, parce i qu’il s’était accusé , à confesse, d’avoir eu l’envie de tuer
François 1er. , et parce que le prêtre avait révélé cette confession.
Espagne; et la raison en est simple : il faut à ce peuple des aulo-da-fé ; il faut donc aux inquisiteurs des sorciers et des hérétiques. A force de révélations , données d'un mouvement généreux , ou arrachées par la crainte des anathèmes, on trouve aisément de quoi remplir les prisons, et garnir les échafauds quand le jour
de la fête est venu (i).
donne aussi le nom de monitoires , ou
de lettres monitoriales, aux excommunications majeures du saint père. Les monitoires des évêques étaient devenus si fréquens, que les états d’Orléans furent obligés , en 1 56o , d’en restreindre l’abus, et de défendre d’en donner , sinon pour crime et scandale public. Mais comme les prélats voyaient le scandale partout où ils jugeaient à propos de reprendre , ces dispositions ne leur lièrent aucunement les mains. On avait supplié également les papes de moins ■ lancer de lettres monitoriales; mais ces princes, qui se rient de la vaine puissance des rois , pouvaient-ils prendre des prières en considération ?
Sixte V lança un monitoire contre Henri 111,
(0 Lorsqu’un monitoire n’avait pas eu l’effet qu’on en pouvait espérer , on le renouvelait ; et ce second momtoire, plus terrible que le premier, se nommait Réaggrave. (Voyez Réaggrave.)
€t déclara excommunies , heretiques, damnés à tout jamais , ceux qui serviraient à l’avenir le roi anathématisé.
Nicolas Sfondrate, qui fut pape quelques mois, sous le nom de Grégoire XIV, se déclara pareillement pour les ligueurs; il envoya en France un nonce apostolique, avec une petite armée , et des lettres monitoriales contre Henri IV et les Français de son parti . Ce monitoire excommuniait les ecclesiastiques, les nobles et les sujets qui demeureraient fidèles au roi, et accoidait pi esque des indulgences plénières à ceux qui abandonneraient la cause royale pour se ranger sous les saints étendards du nonce, ou
bien sous les bannières de la ligue, car c’était tout un.
Mais le roi assembla a Chartres les principaux évêques de la France, qui déclarèrent, dans un mandement général, que les bulles monitoriales de Grégoire XIV étaient nulles, injustes, séditieuses, antichrétiennes, et données à la sollicitation des ennemis de la France. Consé-
quemment elles furent déchirées et ne produisirent aucun effet. Depuis lors, les foudres de Home allèrent toujours en vieillissant; elles
sont aujourd’hui passées de mode.
L abbé Charles F aye , conseiller au parlement de Paris, fait ces réflexions, h propos du moni-
toire que le pape lança contre Henri IV (i), u Quand Pierre de la Lune, qui fut anti-pape
» sous le nom de benoît XIII, s’avisa de lancer » des bulles monitoriales contre Charles \I, » c’était bon alors , parce qu’on songeait plus à » trembler qu’à examiner.
» Mais nos rois voyant que depuis, et en » conséquence de ces excommunications ma- » jeures, qui profitaient bien au saint siège , » les papes allaient de jour en jour à une hau- )) tesse et présomption si grandes, qu’ils ne » craignaient point d’user leur glaive, et en » frappaient à tort et à travers contre toutes » sortes de princes, rois, empereurs et répu- » bliques , pour servir à leur intérêt privé et » passion particulière , et pour étendre leur » domination sur eux; nos rois se doutèrent » bien que, si telles choses étaient souffertes, les » papes s’enhardiraient avec le temps de mettre » le royaume de France en pareils troubles » qu’ils avaient fait l’Allemagne, l’Italie et au- )) très pays de la chrétienté. Ils firent donc un » accord avec le pape , lequel accord fut achevé
( i ) Discours des raisons, par lesquelles le clergé, assemblé à Chartres , a déclaré les bulles monitoriales de Grégoire XI J, contre ceux qui sont demeurés en la fidélité du roi, milles et injustes, iàgi.