‹ Dictionnaire féodalChapitre 98 sur 158 · N AU · texte numérisé non relu

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parti des écueils même, pour s’enrichir de quelques dépouillés; et les seigneurs qui possédaient un fleuve dans leur fief, comptaient le droit de naufrage à côté du droit de pêche.

On ne voit pas cependant que nos ancêtres aient immolé les étrangers que le naufrage jetait en France. C’est qu’ils étaient moins cruels que les Grecs tant vantés , et qu’ils avaient une religion moins sanguinaire ( depuis que Teutatès n’était plus dieu). Mais nos seigneurs n’en mettaient pas moins bien à profit leur droit de naufrage , puisqu’ils s’emparaient des biens , et qu’ils réduisaient en servitude les étrangers que le malheur semblait recommander à leur pitié.

Les premiers peuples qui ouvrirent leur coeur aux lumières de la philosophie , furent les premiers aussi qui supprimèrent le droit de naufrage; et ce n’est que depuis l’abolition de ce droit révoltant, que certains pays de l’Europe , en recevant avec protection les étrangers et le commerce, sont devenus florissans et riches. — - Le droit d’aubaine, aussi injuste que le droit de naufrage , mais moins cruel en apparence , subsista en France jusqu’à nos jours, et subsiste encore dans plusieurs états voisins. ( Voyez Aubaine . )

NEGRES. * — C’est le nom que l’on donne aux peuples noirs , et surtout à ces malheureux habit ans des diverses parties de l’Afrique , que les Européens achètent , pour le service de leurs colonies.

Les blancs auraient pu être pour ces peuples des dieux tutélaires, tant ils leur inspiraient de respect et d’admiration. Nos arts et nos connaissances sont pour eux des merveilles qu ils ne peuvent concevoir ; et je ne sais qui a pu leur persuader que leurs dieux les avaient faits pour être esclaves, ignorans et misérables.

Ils disent à ce sujet que lorsque le grand être, dont ils ont une idée confuse , eut créé le monde, il fit des hommes noirs et des hommes blancs. Les premiers étaient ses créatures favorites, les objets de sa complaisance : il les avait faits à son images. (On sait que les nègres font leurs dieux noirs et leur diable blanc. ) Le grand être fit venir devant lui les blancs et les noirs, et il leur dit :

e Mes chers enfans, je veux vous rendre heu- » reux; mais il faut que vous le méritiez. Parmi » les biens que je puis vous accorder, il y en » a de deux espèces; choisissez entre les riches-

» ses et les connaissances : voilà de For, d’un » coté ; voici de l’autre le talent de lire et d’é-

» cnre. ))

Les nègres avides se jetèrent sur l’or qui frappait leurs yeux. Les blancs , plus curieux , considérèrent le livre et la plume. Dieu fut fâché que ses créatures favorites eussent fait un si mauvais choix. 11 voulut les en punir, et il les condamna à être les esclaves des blancs.

D’après cette tradition , les nègres sont fermement persuadés qu’il n’y a que de l’or dans leur pays, et qu’aucun nègre ne saura jamais lire et écrire. Ils ont cependant quelques exemples du contraire (i).

Mais ces idées ne sont certainement pas naturelles aux nègres ; elles ne flattent pas assez leur amour-propre, et ces peuples savent trop bien qu’ils n’ont pas toujours été vendus, pour s’imaginer qu’ils sont destinés à l’être toujours. Quelques écrivains du dernier siècle ont pensé que les Jésuites missionnaires avaient donné aux noirs ces fausses notions de l’origine du monde; et ce sentiment est assez vraisemblable, puisqu’en cherchant à convertir les noirs , les missionnaires leur annonçaient en même temps qu’ils étaient destinés à être vendus, les exhortaient à bien servir leurs maîtres, et se conten*

(i) Anecdotes du royaume de Bénin, ioire des Voyages.

— Tiré àeYHis-

taient de dire à leurs chefs qu’il ne fallait point vendre les nègres aux hérétiques , sous peine de damnations multipliées ; mais qu’on pouvait en conscience les vendre honnêtement aux catholiques romains. Le missionnaire Mérolla excommunia même un prince nègre , parce qu’il avait vendu deux esclaves à des hérétiques hollandais (i).

Ce n’est pas que plusieurs missionnaires n’aient fait tous leurs efforts, pour abolir l’abominable traite des nègres. Mais quoique quelques-uns se soient montrés humains et véritables disciples de Jésus-Christ, nous savons tous que, dans les missionnaires, le nombre des méchans l’emporte considérablement sur celui des bons.

— Quand les Portugais passèrent en Afrique, ils y portèrent les titres et les dignités que l’on connaît en Europe; et il y eut, surtout dans le Congo, où ils s’établirent, beaucoup de nègres, ducs, comtes et marquis : titres qui donnèrent à quelques-uns le pouvoir de vendre leurs frè-

(i) Dans la fameuse conférence de Barthélemi de Las- Casas avec l’évêque D. Juan de Quévcdo, cet évêque déclara que les Africains et les Indiens lui paraissaient tous nés pour la servitude .

res, et qui n’empêchèrent pas quelques autres d’être vendus eux-mêmes (i).

— Leplus grand commerce de l’Afrique est la traite des nègres. Mais les habitans des côtes , ordinairement indolens et faibles, ne sont pas ceux que les marchands préfèrent. Et ces peuples, qui sans nous seraient heureux et tranquilles, se livrent à des guerres continuelles, pour faire des prisonniers et les vendre aux Européens ( qui les enlèveraient eux-mêmes, s’ils ne leur livraient ce qu’ils cherchent).

On a dit trop de choses sur ce commerce effroyable , pour qu’il soit nécessaire d’en faire ici ressortir l’horreur. On sait que ces malheureux esclaves, entassés pêle-mêle dans le vaisseau négrier , sont conduits, avec les traitemens les plus barbares , dans les colonies , comptés comme un troupeau de bétail, vendus à l’enchère , traînés par bandes aux travaux accablans, assimilés aux bêtes de somme, et que

(i)La religion avait servi de prétexte à l’esclavage des Américains; on la lia aussi à l’esclavage des nègres. Louis XIII se fit une peine extrême de la loi qui rendait esclaves les nègres de ses colonies : mais quand on lui eut bien mis dans l’esprit que c’était la voie la plus sûre pour les convertir, il y consentit. (Montesquieu, Esprit des Lois , Iw. XV ? ch. 4* )

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