‹ Dictionnaire féodalChapitre 99 sur 158 · NID · texte numérisé non relu

NID

leur vie se consume dans le désespoir et les -douleurs.

La peinture de ces inhumanités n’avait trouvé que des cœurs de marbre jusqu’à Louis XVI. Ce fut ce prince qui abolit en France la traite des nègres (i); et aujoud’hui des écrivains, à la vérité couverts d infamie, osent prendre la plume pour faire l’apologie de ce commerce de chair humaine.... , comme ils font l’éloge des beaux siècles féodaux. On ne les nommera point : ce serait faire connaître des ouvrages qui ne méritent que le néant , et qui se hâtent d'y retomber. /

L’éloquent Raynal, dans ses immortelles dé* clamations , avait prédit qu’il viendrait un noir qui vengerait, sur les blancs, tous les outrages faits à ceux de sa couleur. Toussaint-Louverture tenait le livre ouvert à cette page, lorsqu’il conduisait ses compagnons à la vengeance.

NIDS. — Un paysan qui abattait un nid de caille , de perdrix, de faisan , etc. , ou qui en

(i) On sait, que, déjà depuis long-t<pnps , les nègres acquéraient la liberté en arrivant en France. — Un orateur du comité révolutionnaire , en parlant d’un nègre affranchi , le désignait sous le nom de ci-devant noir.

94 NOB

prenait les œufs , même dans sa propriété , était puni de cent livres d’amende. En cas de récidive , on doublait la peine ; et s’il retombait une troisième fois dans la même faute, il était fouetté publiquement , et condamné a un bannissement de cinq années (i). ( Voyez Chasse, Lacs , Pêche , Peines , etc . )

NOBLESSE. — (( La noblesse a été inventée » par les anciens, dit le comte d'Oxenstiern (2), » pour nourrir à bon marché l’ambition des )> particuliers. Les Romains l’ont employée à ;» la récompense de la vertu , et les princes » modernes en font souvent un trafic.

» C’est une grande épargne pour le coffre )) d’un prince , que le blason ; et le héraut- )) d’armes me paraît une espèce de trésor royal. » Charles*Quint , pour flatter l’orgueil naturel )> des Espagnols et épargner ses finances , fit » gober aux ricos homhres , comme ils s’appe- » lèrent autrefois , le titre d e grand d' Espagne. » La quantité des comtes d Italie, des marquis » de France, des barons d’Allemagne, et des » gentilshommes d’Angleterre , fait présumer

(0 Ordonnance de 1669, tit. 10.

(2) Pensées diverses , tome Ier, , page 10.

NOB 95

» qu'avec le temps on ne trouvera plus de ro- » turiers.

» J ai connu un grand prince, en Italie, qui » créait la noblesse par ces paroles : je te fais

» comte ou marquis , choisis , Jean- F (i).

» Cette cérémonie était courte , mais bien sou- » vent proportionnée au mérite.

» Tant que la noblesse a été la récompense » de la vertu , elle m’a paru une vanité raison- » nable ; mais depuis qu’on la vend comme » de la morue au marché , elle perd tout son » lustre. Au reste, tout homme qui l’acquiert » par un vrai mérite , me semble toujours pré- » férable à celui qui ne soutient pas celle qu’il » a héritée de ses ancêtres. Car l’éclat que l’on » tient de soi-même est incomparablement » au-dessus du vain orgueil d’une naissance » auguste. »

— Dans les anciennes lois françaises, quand il s’agissait de punir de grands crimes, les nobles étaient dégradés et perdaient l’honneur ;

(i) Fe j o conte , marcliese , quel che tu vuoi , becco-

f. Ce dernier mot équivaut à notre Jean avec un gros F .

Quelques-uns disent que ce prince appelait indifféremment celui qu’il faisait noble , beccof...,. ou becco-comuto (bec de cocu ).

NOB

9fi

les roturiers perdaient la vie , parce quils ri a™ vaient point d'honneur . Qu’était-ce donc que l’honneur, si un noble assassin le conservait après son crime , et s’il fallait qu’il montât sur i’échafaud pour le perdre (i) ?

— En i57i , Charles V accorda la noblesse â tous les bourgeois de Paris (2) ; elle leur fut confirmée par Charles VI, Louis XI, François Ier et Henri II. Henri III restreignit ce privilège, en 1577, aux seuls prévôts des marchands et èchevins; il fut supprimé en *667, rétabli en 1707, supprimé de nouveau en 17 15, rétabli encore en 1716, et enfin aboli en 1789.

— H y a bien de la différence , disent les gentilshommes , entre un noble de naissance et un noble par lettres de noblesse, En ce cas, un noble de naissance doit mépriser le chef de sa famille, qui nécessairement a été anobli, ou bien qui a escroqué des titres.

— Dans nos siècles de barbarie, les nobles, comme on sait , se piquaient d’ignorance , et

(ï)Dans îes derniers siècles, les nobles, qui avaient commis de grands crimes, avaient le privilège d’être de'capitês, tandis qu’on pendait, qu’on brûlait, qu’on rouait les roturiers.

(2) Le président Ilénaut, an 1871-

N OB qij

souvent ne savaient pas signer leur nom ; ils vivaient sur leurs terres; et, s’ils étaient obligés de passer trois ou quatre jours à la ville , ils affectaient de paraître toujours bottés , afin qu’on ne les prît pas pour des vilains (i).

— François Ier. qui regardait une cour toute composée d’hommes , comme une année sans printemps , et comme un printemps sans roses , François Ier. fît venir les nobles à sa cour , plutôt pour s’entourer de leurs femmes, que pour se servir des maris.

Ce prince avait coutume de dire que, quand les nobles de son royaume arrivaient à la cour avec leurs dames, on les recevait comme autant de rois ; que le lendemain , on ne les considérait plus que comme autant de princes; et que le troisième jour on ne voyait plus en eux que des gentilshommes , et qu’ils étaient confondus dans la foule des courtisans.

On suppose qu’il ne parlait ainsi que pour rabattre un peu l’orgueil de la noblesse; et il leur faisait voir , à sa cour, qu’ils étaient plus petits auprès du roi , que les serfs auprès de leur seigneur.

Le roi d’Espagne, Philippe III, qui voulait

(i) Saint-Foix, tome Ier:

T, Il

également abaisser sa lière noblesse, saluait les paysans, et se taisait rendre tous les i espects imaginables par les grands de son royaume, ils étaient obligés de l’aborder à genoux; et il leur en donnait cette astucieuse excuse, que, comme il était de très— petite taille, ils pai allaient trop grands auprès de lui (i).

Dans l’île de Ceylan, les grands seigneurs

font marcher devant eux un domestique arme d’un grand fouet, qu’il fait claquer, pour avertir le peuple de se tenir à l’écart. Avant la révolution , nos grands seigneurs faisaient courir devant leur carosse des piqueurs ou des chiens, qui ouvraient le chemin, écartaient la foule et semblaient dire aux humbles piétons : « Si » vous ne vous sauvez pas, monseigneur va » vous écraser. » Quel bonheur les nobles trouvent-ils donc à paraître dans les rues , comme une bombe qui donne l’épouvante , ou comme une bête féroce qui met tout en fuite ?

Laroque observe , dans son Traité de la

Noblesse , que les évêques et autres prélats, étant continuellement occupés à combattre pour nous, contre le diable et ses anges ténébreux, devraient jouir de la noblesse person-

Curiosités de la littérature . tome IL

NOB

nelîe, aussi-bien et aussi dûment que tous ces officiers qui ont été anoblis sous plusieurs règnes, parce qu’ils combattaient pour la défense de la patrie (i)....

Si quelque prince s’avisait danoblir ceux qui luttent avec le diable, il faudrait donner des lettres de noblesse aux exorcistes, avant d’en donner aux évêques. On pourrait commencer par déclarer nobles dans l’histoire les capucins qui ont fait brûler le magicien Urbain Grandi er, et qui ont chassé la bande de diables, que ce brave sorcier avait envoyée dans le couvent des ursulines de Loudun (2). On trouve-

(1) Depuis la fin du i5e. siècle, jusqu à la fin du 16e., tous les hommes d armes , c’est-à-dire, ceux qui composaient les compagnies d’ordonnance, étaient nobles , par cela meme qu ils suivaient uniquement la profession des armes. Bn ly^o, Louis XV porta un édit célèbre, qui donnait la noblesse à tous ceux qui parviendraient au grade d’officiers

généraux , ou qui seraient capitaines et fils ou petits-fils de capitaines,

(2) Si vous etes un peu philosophe, voyez les aventures d Urbain Grandier et des ursulines de Loudun , dans Y Histoire de la Magie en France , par M. J. Ga ri net, ou dans 1 Histoire des fantômes et des démons qui se sont montrés parmi les hommes . de Mad. Gabrielle de P. ; ou dans 1 Histoire des Diables de Loudun, par Saint-Aubin- ^“Calviniste. — Si vous n’aimez pas la philosophie , voyez

rait encore, dans le siècle qui court, bien des exorcistes à anoblir, si l’on permettait aux exorcistes de faire publiquement leurs pasquinades, et de lutter en pleine rue avec le diable.

Vers le milieu du quatorzième siècle, les

excès et les violences que les nobles exerçaient avec impunité, dans les campagnes, donnèrent enfin aux paysans ce courage du désespoir qui fait braver tous les périls, et qui montre la mort comme le remède d’une loule de maux insupportables. Ils se révoltèrent contre leurs seigneurs ; et plusieurs moines , qui gémissaient opprimés comme les vilains, imaginèrent des confréries pour associer les révoltés, contre ces tyrans, qui avaient comblé la mesure de l’opposition et du despotisme. Cette guerre s’appela guerre de la jacquerie; elle fut terrible. Les roturiers, en se confédérant, avait juré d’exterminer toute la noblesse française; et bientôt une armée de cent mille paysans forcenés parcourut le territoire septentrional du royaume. Le feu de la croisade populaire s’étendit de

dans la Réalité de la Magie et des Apparitions , ou Contrepoison du Dictionnaire infernal ,par M. l’abbé Simonnet , fhistoire très-facétieusement et très-dévotement détaillée de ce malheureux Urbain Grandier et de ses insignes maléfices.

NOB

proche en proche , et gagna la surface de vingt provinces. Le massacre sonna sa cloche lugubre à toutes les heures du jour. On n’écouta ni les cris de l’innocence , ni les gémissement de la pudeur (i). Tout subit les atteintes de la brutalité et de la vengeance. Il périt , dans cette guerre sanglante , un grand nombre de T comtes et de barons. La caste entière allait être anéantie , si les gentilshommes, revenus de leur premier effroi, n’avaient appelé à leur secours la noblesse de toutes les nations étrangères. On vit alors arriver en France, par pelotons et par escouades , les gentilshommes de la Flandre, du Hainaut, du Brabant, de la Bohème , et des autres contrées où le bruit de la jacquerie était parvenu. Mais malgré ce grand fracas, les combats restèrent long- temps douteux; et ces querelles ne se seraient pas terminées sitôt, si Charles-le-Manvais ne se fut

(i) Les paysans tuaient les seigneurs; et, en même, temps ils violaient les filles et les femmes de la noblesse , afm qu'il n’y eut plus de nobles. Les moines mendians de leur parti , vu l’intention , leur donnaient absolution entière de ces péchés de luxure .

— Pendant l’a révolution , un orateur proposa , dit-on , un moyen infaillible de détruire la noblesse béréditaire : c’était de défendre aux nobles de faire des enfaris mâiès......

NOB

arme aussi contre les paysans, pour venger le meurtre de deux gentilshommes, dont il avait fait ses favoris. Charles -le -Mauvais fit passer au fil de l’epée tous les paysans qui lui tombèrent dans les mains, il en extermina des milliers, au moyen des gibets, des bûchers et des potences. Il épuisa bientôt leurs forces, et l’effroi des supplices ralentit en eux l’ardeur de la vengeance.

Dès lors la scène changea; la noblesse française et étrangère tint la campagne ; les comtes et les barons devinrent à leur tour des forcenés, qui, le fer et la torche à la main, portèrent dans les chaumières le ravage et la mort. A leur approche, on se fortifiait dans les villages et les hameaux. Les églises prirent la forme de citadelles. On signala l’apparition de cette milice dorée, du haut des clochers, avec le cornet , la trompe ou la cloche. Le villageois isolé se défendit dans son habitation, et ne mourut jamais sans avoir fait des prodiges de valeur.

Enfin le carnage cessa dans les campagnes ; l’autorité et les forces du dauphin ( depuis Charles V) ramenèrent la paix et quelque sûreté individuelle. Les gentilshommes étrangers regagnèrent leur patrie ; les nobles rebâtirent leurs châteaux, les paysans leurs chaumières,

NOB

et les choses reprirent leur ancienne allure (i).

— Plusieurs historiens assurent qu’il resta près de cent mille Français sur le champ de bataille, à la fameuse journée de Fontenay ( en 841 ). Presque tous les guerriers venus de la Champagne y périrent; ce qui a donné lieu de fixer à cette époque la coutume de la province de Champagne, par laquelle le ventre anoblit ; c’est-à-dire , que la mère anoblit les enfans , quoique le père soit roturier.

Il paraît certain que ce privilège, qui ne subsiste plus , a été accordé aux femmes nobles , pour rétablir le corps de la noblesse, qui fut presque anéanti, d’abord à la journée de Fontenay, ensuite en Afrique, sous le règne de saint Louis , et enfin aux Fossés-de-Jaulnes , auprès de Bray. Cette concession ne peut qu’être infiniment honorable à la Champagne, sous quelque règne qu’on la place ; mais est-il bien sùr qu’on doive la fixer sous celui de Charles-îe- Chauve (2) ?...

(1) Voyez X Histoire de l’esprit révolutionnaire des nobles en France , liv IJ^ , ch. 6. — Mczerai , Ixegne du roi Jean. — VelJy , ibidem , etc.

(2) L’abbé Bertou , Anec. françaises. — Mais, pour que îc fils, qui tirait sa noblesse du ventre de sa mère , fût réputé véritablement noble, il fallait qu’il renonçât au tout,

NOB

— 11 y a, dans le royaume de Bénin, trois ordres de noblesse ; ils se distinguent des roturiers par un collier de corail qu’ils reçoivent du roi, et qu’ils ne quittent point. S’il leur arrive de le perdre, ou de se le laisser voler, ils sont punis de mort. Nyendal raconte , dans son voyage , qu’il vit trancher la tête à un grand du royaume de Bénin, a qui l’on avait volé son collier. Le voleur, qui fut découvert , subit le même suplice ; trois autres personnes périrent de même , parce qu’elles avaient eu quelque connaissance du voleur, et ne s étaient pas empressées de le faire connaître. Ce collier et cette noblesse entraînent une foule de risques ; et cependant on cherche à être noble dans le royaume de Bénin , aussi avidement qu’en

— Un grand seigneur se trouvait en Hollande sans argent et sans moyen de s’en procurer. 11 s’adressa aux bourguemestres d’une certaine ville , et leur demanda de 1 ém-

ou à une très-grande partie de la succession de son père , et qu’il achetât en outre des lettres de noblesse. Cela sc pratiquait surtout dans les derniers siècles ; et l’on peut dire encore , à l’honneur des Champenois , que peu d’entre eux s’empressaient de paver si cher des parchemins.

me

ploi. — A quoi êtes-vous propre , lui dirent ceux-ci ; quelle est votre industrie et quels sont vos talens? — Je suis gentilhomme, répondit le noble, et voici mes titres. — Hé bien î répliquèrent les bourguemestres , portez vos titres à la banque.

— Au commencement de notre dernière révolution , un grand seigneur , revenu de l’orgueil nobiliaire , et réfléchissant sur le ridicule de ses titres, voulut se les rendre plus ridicules encore, en les donnant à ses domestiques. Son palfrenier fut chevalier , parce que ce terme vient de cheval. Il nomma son cocher duc , parce que ce mot signifie conducteur. Il fit de ses laquais des comtes , parce que les premiers comtes étaient des hommes qui accompagnaient les princes. Et comme le titre de marquis fut inventé pour ceux qui gardaient les entrées et les frontières , il le donna à son portier. (Voyez Droits féodaux y Privilèges , Redevances, Hommages y etc.)

NOÇAGES. — Les seigneurs avaient autrefois , dans plusieurs provinces , le droit de se faire inviter aux noces de leurs vassaux , huit jours avant la célébration du mariage, et d’amener avec eux au festin un lévrier et deux chiens courans, qu’il fallait régaler aussi-bien

Page 1