BAI
paysans, s'ils n'avaient point eu de baillis, que les malheureux villageois regardaient comme la bête noire,
— Plusieurs villes de la Suisse sont gouvernées par des baillis; et, si l'on en croit les voyageurs et les historiens, ces gouverneurs ne sont pas plus aimés en Suisse que les baillis seigneuriaux ne l étaient en France. On les flatte cependant, et avec assez de bassesse, parce qu'on les craint à l'excès. Hélène-Maria Williams, dans le voyage qu'elle fit en Suisse , pendant notre dernière révolution, 'raconte ainsi l'installation du bailli de Bellinzone (1), qui se renouvelle tous les deux ans :
(c La matinée de ce fameux jour est employée » à disposer, à ranger ceux deshabitans et des » grands officiers de l'état qui doivent aller à
(0 Bellinzone est une ville d'Italie, sur le Tesin, dans le duché de Milan. Elle appartenait autrefois au duc de Milan ; dans le quinzième siècle, elle fut vendue, en même temps que BolJenz et Riviera, aux cantons d'Uri et d'L'nderwald , pour une somme de 2400 florins Le duc de Milan , jaloux de ravoir ces trois villes , en offrit aux Suisses le prix qu'ils les avaient payées ; ét comme on ne voulut pas les lui vendre , il les prit.... Mais, au commencement du sèizième siècle , le district de Bellinzone fut rendu aux Suisses et leur resta .
» la rencontré du nouveau proconsul, pour » l'amener en cérémonie dans son gouverne- » ment. L'après-midi , l'auguste cortège ar- » rive, monté sur des coursiers fougueux, et » précédé par des trompettes.
» Lorsque le bailli approche de la ville, il » est salué par le canon des trois châteaux ; et » le lendemain, après la messe, il est installe » avec éclat.
» Ces baillis volent si ouvertement, dans leur » petit empire , que le peuple les considère » plutôt comme des collecteurs de taxes, en- » voyés pour les piller légalement, que lomme » les distributeurs de la justice, et les conser- » vateurs de la paix et des propriétés. »
Cependant les poètes de la ville célèbrent , par des sonnets, leur glorieuse entrée. On les met au-dessus d'Alexandre et de tous les héros de la Grèce ; on dit que la sainte Vierge les conduit par la main, et leur prodigue les plus tendres caresses... Et ces poésies ne sont pas là des satires, puisque les corps civils et ecclésiastiques les offrent sérieusement, et que les baillis s'en accomodent (f)
(i) Nouveau voyage en Suisse d'IIélène-Maria Williams, trad. de M. Say.
BAN. — On appelait ban, la convocation que le roi faisait de la noblesse ( à raison des fiefs quelle tenait de lui), et l'appel que les seigneurs faisaient à leurs vassaux , lorsqu'il fallait se rassembler pour la guerre , ou pour quelque affaire importante ( 1 ) .
Ce mot a donné lieu à celui de bannière, sous laquelle les vassaux devaient se ranger , et au titre de banneret, que Ton appliquait à tout seigneur qui avait un nombre suffisant de vassaux pour lever bannière (2).
Le vassal du roi, qui était puissant et riche, ne courait pas grand dommage en manquant à lappel; mais le vassal du seigneur payait de grosses amendes, quand il riy avait pas pis.
BANALITÉ. — Tout seigneur avait le droit de bâtir un four, un moulin , un pressoir, et
(1) Ban signifie publication. On dit encore les bans de mariage. Mais lorsqu'on écrit , tous les jours , la publication des bans , c'est comme si on disait la publication des publications. 's" ; *
(2) Monjoie Sàint-Deriis était le cri généra! des Français, lorsqu'ils allaient à la charge. Mais chaque seigneur banneret axait aussi son cri particulier , pour appeler ses Yas«aux sous sa bannière. u .