‹ Dictionnaire féodal ou recherches et anecdotesChapitre 33 sur 76 · BÉA · texte numérisé non relu

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l'agrandissement de la légende. Aujourd'hui, c'est un peu différent ; il faut être riche pour devenir saint; et si les pauvres gens ne sont plus serfs, ils sont encore bien proprement damnés.

Le Picard qui joui3sait, quoique dévot, d'une immense fortune, ne négligea rien pour avoir une sainte dans sa famille; il déclara aux gens de la cour de Rome qu il paierait tout ce qu on exigerait de lui , pourvu qu'on béatifiât sa sœur. Une si douce proposition ne pouvait être rejetée : elle ne le fut point. On s'occupa de la future bienheureuse. Mais comme il y avait moyen de tirer de bonnes sommes, le sacré collège s'y prit si bien, que toute la fortune du brave

Picard y passa Cette anecdote est de notre

siècle LePicard vit encore; mais il est ruiné,

et pour comble de désolation , sa sœur n'est pas béatifiée. Il est même probable qu'elle ne le sera point, si quelques parens de bonne voloïité ne consentent aussi à dépenser toute leur fortune pour cette œuvre pie. (Voyez Canonisation. )

BÉJAUNES(i).-. C'est le nom qu'on donnait,

(i) En termes de Fauconnerie, un bè jaune est un oiseau jf«ne et niais. Qn doune ce nom* au ligur?', à un jeun* fcouîine Vien niais et bien sot.

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dans l'ancienne université de Paris , aux étndîans nouveaux venus* Ils avaient , à leur tête, un intendant ou supérieur , qu'on appelait le chapelain r abbé des bé jaunes. Le jour des Innocens , cet abbé était obligé de remplir deux fonctions importantes. Il montait de grand matin,, sur un âne, et conduisait ses béjaunes en. procession par toute la ville. L'après-diner, il les rassemblait tous dans un même lieu ; et là , avec de grands seaux d'eau, il faisait sur eux une aspersion très-abondante. On appelait cette cérémonie le lavement ou la purification des béjaunes. C était une espèce de baptême , qui les faisait enfans de l'université- >

BÉNÉDICTION DU LIT NUPTIAL. — Anciennement , il n'était pas permis aux nouveaux mariés de s'aller mettre au lit , si le Curé n afaitpas procédé à la bénédiction du lit nuptial ; cette coutume avait été établie par les curés , à qui on devait , en retour , un petit droi* qu'on appelait les plats de noces , c'est-à-dire, leur diner en argent ou en nature (i).

(i) Sauvai dit que, de son temps encore, lorsqu'il y avait un mariage parmi le petit peuple , le curé était de droit invité au festin de noces ; qu'on le faisait toujours as-*

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Du temps de Ckarlemagne , tes abbesses se mêlaient elles-mêmes de bénir le lit nuptial; mais lorsqu'on eut remarqué qu'elles jouaient là uo pôle peu décent, o» en chargea eiclusivement les prêtres.

Cette cérémonie se faisait de nuit , quelquefois très-tard; et alors les gens de la noce, excités par le vin et par la circonstance , se laissaient aller à des paroles si indiscrètes , que les curés se retiraient toujours très-scandalisés.

En 1577, le curé de saint Étienne-du-Mont(i) se plaignit qu'une de ses paroissiennes l'avait fait attendre jusqu a minuit , et que la bénédiction du lit nuptial avait été troublée par des lubricités, tant en paroles qu en gestes. C'est depuis ce temps qu'on a béni les lits des époux en plein jour ; et il y a encore des provinces , où cette coutume s'observe toujours, aussi- bien que la redevance des plats de noces (2).

seoir au haut bout, et qu'on lui servait ce qu'il y avait de meilleur. ( Antiquités de Paris, ZiV. 77. )

(1) A Paris.

(2) On conte qu'un rémouleur s'étant marié à Saint-Mcdard ( à Paris )» lorsque le prêtre vint bénir le lit, il n'en trouva point et en parut tout inquiet: — Bénissez ce coin, lui dit le nouveau marié, il y aura tantôt de la paille.

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BENEFICES. — Les Francs donnaient Je nom de terres saliques , aux terres dont ils S étaient emparés par le choit de conquête ; elles étaient héréditaires. — Ils appelaient bénéfices militaires , les fonds qu'ils tenaient de la libéralité du prince ; ils n'en jouissaient que personnellement et pendant leur vie. Telle est l'origine du nom de bénéfices, qu'on appliqua bientôt aux biens du clergé (i); et le clergé reçut tant de richesses en France, qu'il faut que, dans les trois races, on lui ait donné plusieurs fois tous les biens du royaume (2). Cependant les premières lois de l'église ne permettaient, pas aux chrétiens de posséder des fonds (5). —Mais si la piété fit fonder des églises et des abbayes sous la première race , l'esprit militaire fit donner ces églises et ces abbayes aux gens de guerre , qui les partagèrent à leurs enfans. C'est pour des donations

(1) Plusieurs écrivains placent l'origine des bénéfices ecclésiastiques à la lin du dixième siècle. Ils existaient auparavant. — Au commencement du sixième siècle , le pape Symninque accordait déjà des bénéfices à vie .mx clercs etmoines qui l'avaient mérité. ( Concil. Gall., tome /, ad annurn )

(2) Montesquieu. Esprit des Lois, liv. 3i , chap. 10»

(3) Jérôme Acosta, Histoire des revenus ta lésiastiques-, et tout le Nouveau Testament,

de cette sorte que les moines d^nmercn t Chai k s- Martel. •

Pépin , Gharlemagne , et quelques autres rois de la seconde race rendirent aux ecclésiastiques les bénéfices et les terres de l'église. — Pen de temps après , les Normands arrivent, pillent et ravagent , persécutent surtout les prêtres et les moines, cherchent les abbayes, regardent où ils trouveront quelque lieu religieux ; car ils attribuaient aux ecclésiastiques la destruction de leurs idoles , et toutes les violences de Charlemagne. — Dans cet état de choses , combien le clergé perdit-il de biens! à peine y avait-il des ecclésiastiques pour les redemander. 11 resta donc encore à la piété de la troisième race assez de fondations à faire et de terres à donner (i).

Ceux qui ont vu le dernier siècle savent combien étaient immenses les richesses de 1 église, et quelles fortunes éclatantes apportaient les bénéfices. — Mais ces grands biens devaient être la propriété de la nation, et non la dot de particuliers privilégiés. S'ils n'eussent été donnés qu'avec modération et comme des récompenses au vrai mérite , on aurait moins crié contre ces

(i) Montesquieu. Esprit des Lois , liv. 3i , chap. 10.

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distributions. Ce qui a déplu , c 1 est qu un noble, s'il était chevalier de Malthe , et cadet de famille , pouvait obtenir trois cent mille francs de rentes sur les biens de 1 église , sans avoir rien fait pour en mériter la millième part; c'est qu'un évêque ignorant et sans mœurs était cent fois plus riche qu'un bon curé de village ; c'est que les bénéfices se donnaient plus à l'intrigue qu'au talent et à la probité.

Les papes s'étaient saisis , il y a sept ou haït siècles , d'un droit qu'ils ont perdu et qu'ils espèrent bien reprendre un jour. C'est le droit de nommer à tous les bénéfices du monde chrétien; et quoique personne n'eut écrit, avant l'établissement de ce droit» singulier , que le seul évêque de Rome puisse avoir une juridiction universelle , les papes n'en soutinrent pas moins que leur autorité absolue sur les biens ecclésiastiques était de droit divin (i).

Avant la pragmatique de saint Louis , le pape était en possession de pourvoir, <Tautorité absolue, à tous les bénéfices du royaume (2).

(1) Jérôme Acosta, protonotaire apostolique : Histoire V origine de et du progrès des revenus ecclésiastiques. - (2) Talon. Autorité des rois dans l'administration de l'église.

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—Ce qu'il y a de plus admirable, c'est que les papes donnaient souvent le mente bénéfice à plusieurs personnes ; et quand on leur reprochait cette conduite* inconcevable , ils répondaient qne leur autorité n'était pas limitée , et qu'ils pouvaient faire ce qui leur plaisait 9 puisqu'ils n'avaient point «de supérieur sur la terre... Cette prétention a donné lieu à une infinité de procès, dit Jérôme Acosta : Mais tout le monde est bien reçu à Borne pour son urgent; et la cour du pape donnerait le même bénéfice dix fois par jour , plutôt que de renvoyer celui qui paie bien les parchemins.... Cependant, quoiqu'on accorde un bénéfice à plusieurs personnes, il est toujours certain qu'il n'y en a qu'une qui en puisse jouir

— D'Aubigné avait conseillé à Henri IV d* réunir* à la couronne tous les bénéfices ecclésiastiques *et l'excédant des richesses du clergé, par une bonne et sainte reformation dans l'église et dans l'état, lorsque ce prince était incertain s'il devait se faire catholique ou demeurer huguenot; moyennant quoi, dit cet historien, Henri IV aurait pu entretenir trois armées , chacune de cent mille hommes et de cent canons , fournir ses garnisons , payer ses officiers , ôter au peuple le tiers des tailles , et

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mettre dans le trésor un million chaque anlîee (i). Mais les trahisons qu'il avait a craindre , la force de la ligue , l'impossibilité de réduire les fanatiques portèrent ce prince à se soumettre au pape ; et les bénéfices demeurèrent au clergé.

Cependant, comme c'était une coutume autorisée que de donner aux Laïcs des prieurés, des abbayes, des évêchés mêmes, dont ils jouissaient sous le nom d'un ecclésiastique confident , Henri IV fit quelquefois participer à ces bénéfices les réformés , qui l'avaient servi fidèlement (2). 11 est vrai que bien souvent les ecclésiastiques confidens rompaient la foi aux huguenots , sous prétexte qu'ils avaient affaire à des hérétiques , et abusaient de la confidence pour s'approprier les bénéfices , dont les réformés auraient dû jouir sous leurs noms (5).

On lit dans le journal des choses mémofables advenues sous le règne de Henri III (4) , qu'en janvier i586, le clergé, la ligue et le nonce

(1) D'Aubigné, Tome ITI, /iV. 3, ch. 2%.

(2) Benoit , Histoire de Védit de Nantes, t. I er ., liv. 4.

(3) Remarques sur le chapitre V de la Confession catholique du sieur de Sancy.

(4) Tome I er ., année i586, page 86-

du pape importunèrent le roi , le pressant de faire publier et recevoir dans son royaume les décrets et ordonnances du concile de Trente ; et que , Henri III ayant refusé de le faire , le clergé se divisa en deux factions, dont Tune favorisait le roi , et l'autre le pape, ce Mais le roi » n'en donna pas moins, comme devant, les bé- » néfîces aux seigneurs , aux gentilshommes et w aux dames , pour en jouir par œconomat , » sans en parler au pape. »

BIENS ECCLÉSIASTIQUES. — On a observé plus haut que la religion chrétienne , dans sa pureté primitive, n'avait point de biens. Constantin-le-Grand fut le premier ejui donna des fonds de terre à l'église.

Julien révoqua les privilèges accordés par Constantin, et ôta aux chrétiens leurs terres les plus considérables , en leur rappelant qu'ils devaient vivre dans la modestie et ne point rechercher le luxe. C'est un des plus grands crimes de cet empereur.

Valentinien répara ejuelejues-uns des édits de Julien ; il ne rétablit pourtant pas tous les privilèges accordés par Constantin ; et les empereurs ejui lui succédèrent furent encore moins généreux.

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