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COMTES — (du mot latin cônes, compagnon.) Les comtes furent ainsi nommés, parce que, dans l'origine, ils accompagnaient le roi, et partageaient avec lui les amendes judiciaires.
À la fin de la seconde race, les comtes étaient juges suprêmes et gouverneurs des provinces.
Quant Philippe IV réunit à la couronne la ville de Lyon , que les chanoines gouvernaient depuis long-temps , en manière de république féodale, pour dédommager l'évêque et le chapitre de cette ville, il leur accorda que tous leurs biens seraient tenus à titre de comté ; delà vient que ces chanoines étaient comtes de Lyon.
CONCORDATS. — Les papes ont toujours prétendu que les concordats ne sont faits que par provision et pour un temps, jusqu'à ce qu'ils puissent faire valoir leurs droits dans toute leur étendue (1)... Voilà qui explique l'inconcevable conduite du saint père, dans le nouveau concordat qu'il nous propose , après nous en avoir donné un tout autre, il y a seize ans.
Cette manière de penser et d'agir a toujours été très^avantagetise à la cour de Rome, qui a
( i) Jérôme Àcosta, Histoire des revenus ecclésiastiques i page io4-
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obtenu dans un temps ce qu'il était impossible d'obtenir dans un autre. Elle ne laisse pas de proposeras choses dans les termes de rigueur et selon ses prétentions ; mais elle permet aux princes de les modérer, selon les usages reçus dans leurs royaumes; et, quoiqu'on ne reçoive en France les concordats et les bulles, qu'avec certaines clauses et modifications, on ne les enregistre pas moins à Rome, dans toute leur étendue , et sans aucune .restriction , telles quelles ont été proposées par l'homme infaillible.
Ainsi le concordat que nous venons de rejeter est enregistré dans les archives du pape, aussi-bien que si nous l'avions reçu à bras ouverts, et aussi entier que si, on l'avait trouvé parfait dans tous ses points... (Voyez Élections,
Annales , Investiture % etfi.)
CONFESSION. On refusait anciennement les sacremens aux criminels^ et le condamné était obligé de mourir sans confession, ce qui parait le comble de la barbarie, dans des siècles ou un homme se croyait damné , s'il n'avait confesseur la permission (l'entrer en paradis. .
— Pierre de Craon ayant assassiné le connétà-
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ble de Clisson , en 1 5g5 , n'échappa au supplice que par la fuite la plus prompte. Cependant, le coup qu'il avait porté au connétable n'ayant pas été mortel, il obtint sa grâce au bout de deux ans, à la prière du roi d'Angleterre. Il avait eu dans sa fuite une si grande peur d'être pris , et de mourir sans confession , qu'il s'en resouvint lorsqu'il eût regagné les bonnes grâces de Charles VI; et, à force de sollicitations , il obtint enfin, en 1397, un éditqui abolissait la coutume de refuser des confesseurs aux criminels condamnés à mort (1).
Philippe de Maizière avait inutilement sollicité cet édit sous le règne de Charles V. Le conseil du roi n'avait rien voulu accorder ; et plusieurs écrivains ont approuvé cette conduite, sous le prétexte que le refus de la confession est une barrière de plus contre lè crime : comme si les scélérats s'attendaient à être pendus quand ils en prennent le chemin, et comme s 'il y avait
(1) Certains prêtres ou moines, ayant accusé faussement* le duc d'Orléans d'avoir cherché à envoûter Charles VI , son frère , par des maléfices et sortilèges , furent condamnés à mort. Ce furent les premiers criminels, en France , qui moururent confessés.
* Le président Hénaut. An
io4 CON moins de coupables dans les siècles où les peines sont horribles , que dans des siècles moins inhumains.
Dans ces temps misérables, l'exécution des criminels était un spectacle , qui se donnait souvent les jours de bonnes fêtes. On pendit à Paris, pendant les fêtes de Pâques de Tannée i3oi , à l'échelle de Sainte-Geneviève, une honnête dame , qui tenait une maison de filles publiques, avec des façons trop scandaleuses.
— En conduisant les condamnés au supplice, on leur faisait faire ordinairement une pause dans la cour des Filles-Dieu, devant un crucifix de bois, qu'on voyait encore ily a cent ans ; et, comme les moines leur refusaient la confession, les bonnes religieuses, plus compatissantes, faisaient pour eux quelques prières , leur donnaient de l'eau bénite, une croix à baiser, un verre de vin à boire, et trois morceaux de pain bénit. Cette collation s'appelait le dernier morceau du patient (i). Lorsqu'il mangeait avec
(i) Ceci ressemble fort, dit Sauvai, au petit repas , que les dames juives faisaient faire autrefois aux personnes condamnées à mort, et au vin de myrrhe, qu'on présenta à Jésus-Christ , lorsqu'il était sur la croix. ( Antiquités de Paris , liv. X. )
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un certain appétit , on avait quelque espoir que Dieu prendrait pitié de son âme (i).
— On payait autrefois une confession, comme on paie aujourd'hui une messe. Cela se pratique encore dans plusieurs églises, particulièrement chez les schismatiques grecs. Avant de recevoir un sacrement, on le marchande, et le prêtre le vend le plus cher qu'il peut.
— Outre les prêtres, qui avaient droit de confesser tousleurs paroissiens, plusieurs moines en obtenaient le privilège ; et comme ils confessaient à bon compte, ils avaient nécessairement la vogue. Les curés s'en plaignirent, et ces disputes firent naître bien des ouvrages sur les intrigues des privilégiés.
On les accusait de ne pas même vouloir céder aux prêtres paroissiaux la quinzaine de Pâques, d'enlever aux curés toutes leurs pratiques, de ne faire à la campagne que des prônes sur lès moissons et des sermons sur les vendanges,
(i) Jacques d'Armagnac, duc de Nemours', eut la tète tranchée , en i477> P our cr » me de lèze-majeslé. Avant d'aller à l'échafaud, il se confessa auprès des halles, et tandis qu'il se confessait, on servit à ses commissaires du pam
blanc , des poires , et douze pintes de vin Ce qui dut
faire grand bien et profit à ce pauvre duc.
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parce que c'était le temps où les paysans se confessaient plus volontiers, et payaient plus facilement, étant sans le sou tout le reste de Tannée.
Mais les moines privilégiés n'en allaient pas moins leur train ; ils écoutaient les confessions des bonnes femmes et enflaient leur bourse , i la barbe du curé de la paroisse. Les curés s'en courroucèrent ; et voici deux anecdotes qui le prouvent bien. Elles se trouvent dans un livre édifiant, intitulé : Traité du pouvoir que les privilégiés ont d entendre les confessions , pages 4 7 et 92.
« Aux fêtes de Pâques de Tannée 1 64 1 , un gentilhomme s étant présenté à la sainte table, pour y recevoir le corps de Jésus -Christ, le prêtre qui donnait la sainte communion lui demanda à qui il s'était confessé. — A un religieux, répondit le g entilho m n.e, bien étonné de cette demande , pendant une telle cérémonie Mais le prêtre lui répliqua qu'il avait mal
fait ; et, passant outre, refusa de le communier, au grand scandale de tous les assistans. »
Le second trait est bien pis que le premier.
Il est de la même année 1641. « Une personne qui se sentait mourir., se confessa à un moine privilégié, qui n'était pas de sa paroisse , et fit
CON IG7 demander en grande hâte les derniers sacremens. Le curé arriva aussitôt, pour administrer au moribond l'extrême-onction et l'eucharistie. Mais, avant de le communier , il lui demanda qui avait entendu sa confession , et quand il l'eût appris, il remporta ses sacremens, et. fut assez cruel pour laisser mourir cette personne sans viatique (i). u — Le siècle où nous vivons pourrait fournir bien des traits d'une intolérance à peu près semblable.
CONFISCATION. — On a long-temps reproché aux Français et à la plupart des peuples de l'Europe , un préjugé qui n'est pas encore bien éteint. C'est qu'on rejette sur les fils les crimes de leurs pères; c'est qu'un scélérat déshonoré tous ceux qui portent sou nom.. Cependant ,
(i) L'auteur du livre où ces deux anecdotes se trouvent rapportées était un moine privilégié. Les deux anecdotes n'en sont pas moins vraies. Mais , comme dit un grave curé théologien ( dans les remarques amiables sur le traité du pouvoir qu'ont les priviégiés d'entendre les. confessions ), ces gcns-là ne devaient pas se confesser à des moines î « Et les moines devaient moins convoiter le friand morceau » de la confession des séculiers. Mais c'est pour eux la source » d'eau vive et d'eau de vie ; c'est là le pot aux roses où » ils trouvent une vie grasse et commode. » (Remarque 74)»
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combien ne voit-on pas de fripons dont les pères étaient honnêtes, et combien d'hommes estimables ont eu pour pères de malhonnêtes gens.
— L'origine de ce préjugé est peut-être dans les confiscations et dans les cruautés des despotes.
Le calife Haroun fit pendre les quarante Barmécides, pour le crime vrai ou prétendu d'un seul. Le peuple, qui ne voyait que les potences, regarda sans doute les quarante Barmécides comme autant de coupables...
De pareils traits ne seraient pas rares dans les premiers siècles de nos histoires. Toute une famille expiait les fautes de son chef, particulièrement dans les affaires d état. Plus tard, on extermina moins, mais on confisqua tous les biens du vassal accusé , au profit du roi ou du seigneur suzerain. Ainsi, lorsqu'un homme était soupçonné d avoir trempé dans un complot contre son seigneur ou contre son roi, on ne se contentait pas de l'ôter à sa famille , on plongeait encore dans la misère sa femme qui n'avait point connu ses projets coupables, ses enfans à la mamelle, et ses parens qui , en paix avec leur conscience, ne devaient pas s'attendre à la destinée des criminels.
— Lorsqu'un homme était condamné à mort pour crimes de sacrilège, de lèze-majesté, de