‹ Dictionnaire féodal ou recherches et anecdotesChapitre 51 sur 76 · CRI · texte numérisé non relu

CRI

— Voici , au sujet des cris de morts , deux anecdotes qui feront connaître la délicatesse d 1 esprit de nos pères , et les gracieux usages du quinzième siècle. Le fondeur Jean Maugue voulut essayer, en 1478, une grosse bombarde, qui se creva : il en fut tué, et son corps vola en pièces, sous les murs de Paris. On recueillit, du mieux qu'on put, les membres de ce malheureux , et un crieur de mort fit dans tous les carrefours cette proclamation : « Priez pour » l'âme de Jean Maugue, qui nouvellement est » allé de vie à trépas , entre le ciel et la terre , » au service du roi notre sire. »

La même année, un certain Laurent Garnier ayant été pendu , on fit crier dans toutes les rues : « Bonnes gens, dites vos patenôtres, » pour lame de feu Laurent Garnier , en son » vivant demeurant à Provins, qu'on a nouvel- » lemeni trouvé mort , sous un chêne. . . . Dites en » vos patenôtres, que Dieu bonne merci lui » fasse (i). » En même temps que le crieur faisait son office , on portait derrière lui le corps du défunt, afin de donner aux curieux le plaisir de voir pour qui on leur commandait de prier.

— Chez lés Turcs , quand le bourreau a quel*-

(i) Sauvai. Livre XL V

CRO i23

qu'un à pendre, il promène lepatientdans toutes les rues; et, comme il a le privilège de faire du premier mur qui lui convient un lieu patibulaire, il menace les gens riches de l'attacher à leurs fenêtres, pour rejouir les passans ; les riches ne se sauvent de cette espèce d'ignominie, qu'en donnant de l'argent au bourreau. Quand celuici juge que son patient lui a suffisamment rapporté, il l'accroche enfin aux fenêtres de quelque juif qui ahne toujours mieux voir la figure d'un pendu, que desserrer la bourse (i).

CROISADES. — Les pèlerinages étaient à la mode en France, au commencement du onzième siècle; les princes même passaient le carême à visiter les lieux de dévotion. Le pèlerinage de Jérusalem devint surtout très-fréquent, vers Tan m>35; et comme les discordes seigneuriales , qui désolaient alors la France * laissaient peu de sûreté aux citoyens qui n'étaient pas d'humeur à se battre tous les jours, beaucoup de personnes endossaiént l'habit de pèlerin; et, sous cette égide alors ââéréé, allaient chercher un sol moins malheureux.

(i) Mœurs des Turcs. —État de l'empire Ottoman. — Cousin de Mahomet, Tome L

i*4 CRO

Quelques pèlerins dévots, qui avaient fait le voyage de Jérusalem^ firent a leur retour une si triste relation de 1 état affreux des chrétiens d'Orient, qu'on résolut d'aller exterminer les infidèles , conquérir la Terre-Sainte, et délivrer le tombeau de Jésus-Christ. Le pape Urbain II encouragea ces bonnes dispositions; et dans un concile, tenu à Germon t en Àuvergne (i), il déclara que ïe. voyage à la Terre- Sainte, pour la délivrance de Jérusalem, tiendrait lieu de toutes les pénitences qu'on pour*rait avoir méritées. Il accorda en même temps des indulgences plénières, c'est^dire, la rémission de toutes les peines canoniques présentes et futures, à quiconque ferait ainsi le service de Dieu (a) ; car c'est le nom qu'on donnait à cette guerre sacrée. ,

Ce fut ce pardon extraordinaire qui, attira tant de gens aux croisades» Il n'y avait point de pécheur qui ne préférât ce voyage iawx austérités et à l'humiliation de Ift^penitence publique , dont : JLa pratique était encore alors exacte et sévère. Les no^j^rtout,, À^ii Jcç.

(-i)-LW hh)^ -

(a) Fleury. Mœurs des chrétiens § 64. — Aprits lehardouin . liu. 1. . ,

CRO î 2 5

indulgences étaient plus nécessaires, trouvèrent bien doux de changer les jeûnes et les pénitences de l'église , en un voyage d'agrément.

On fit donc payer aux serfs doubles dîmes»

On ordonna à tous les paysans en état de porter les armes de se préparer à marcher. Les ecclésiastiques donnèrent pendant une année le vingtième de leurs revenus.

On s'embarqua enfin pour la Palestine. Les historiens font monter à six millions, les pèlerins de la première croisade. Cette armée était réduite à cinq cent mille fantassins et cent trente mille cavaliers, lorsqu'elle arriva dans l'Asie Mineure ; et il n'y avait plus que vingt et un mille soldats chrétiens , lorsqu'on assiégea Jérusalem.

Quelques-uns ont pensé que des milliers de serfs , las de l'affreuse destinée qu'ils avaient en France , désertèrent chez les Musulmans , où ils ne pouvaient être pis que sous leurs seigneurs.

On sait ce que les croisades produisirent. Les pèlerins rapportèrent de la Terre-Sainte la lèpre et d'autres maladies que l'Europe ne connaissait point, les vices qu'ils avaient contractés dans leur patrie, et les vices qu'ils contractèrent chez les Ottomans , etc. Mais , si elles changèrent la discipline de l'église , si elles ap-

Page 1