‹ Dictionnaire féodal ou recherches et anecdotesChapitre 54 sur 76 · DI M · texte numérisé non relu

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pies, des serpens ailés qui mangeraient le sein de leurs femmes (i).

Une grande famine qui survint sembla propre à confirmer heureusement cette première menace. Le synode assemblé à Francfort (2) publia un capitulaire, dans lequel il annonçait qu'on avait trouvé un grand nombre d'épis de blé vides; que ces épis avaient été dévorés par le diable ; et que des personnes dignes de foi avaient entendu en l'air plusieurs voix de démons, qui déclaraient qu'ils n'avaient mangé la moisson que parce qu'on ne payait pas les dîmes aux ecclésiastiques. C'est pourquoi il fut ordonné, sous des peines sévères, qne tout le monde les paierait à l'avenir (3).

Si Ton est surpris de voir le diable prendre si chaudement les intérêts de notre clergé, on

(1) M. Garinet. Histoire de la magie en France, seconde race; après Mably , liv. II, observ. 5 surVHist. de France.

(2) L'an 794 > sous Charlemagne.

(3) Capitulaires , de V édition de Baluze , art. 23 , page 267. — Montesquieu. Esprit des lois, liv. 3i , çhap. 12. — Dictionnaire infernal , tome /".,/?• 3 15 , au mot impertinences. — Saint-Foix , Essais historiques , tome II, etc.

ne doit pas l'être moins de voir un prince tel que Charle magne , employer l'imposture et les plus ridicules superstitions, pour obliger son peuple à payer un impôt aussi onéreux qu'injuste. Jésus-Christ n'a point ravi le bien du pauvre ; et si saint Pierre ordonnait aux premiers fidèles de donner ce qu'ils possédaient à l'église , c'est qu'il ne suivait déjà plus les traces de son maître.

— Il y avait plusieurs sortes de dîmes ecclésiastiques. Les grosses dîmes se percevaient sur les fruits qui forment le revenu le plus considérable d'une paroisse, comme le froment, le seigle, l'orge, l'avoine, le vin, etc. Les dîmes vertes et menues se levaient sur les pois , les fèves les lentilles, lejin, le chanvre, le sainfoin, etc. Les dîmes de chômage se percevaient sur les cochons, les veaux, les poulets, les moutons, etc. Les dîmes navales étaient celles qui se percevaient sur les terres nouvellement défrichées. Le curé les levait d'abord y et ensuite le seigneur. Les dîmes féodales suivaient la même division que les dîmes ecclésiastiques.

— Les dîmes ne furent abolies en France que dans notre dernière révolution. Le peuple les paya constamment; et le clergé, dont l'opulence devint bientôt si prodigieuse, ne fut sou-

mis qu'une ou deux fois à un impôt momentané ; encore était-ce pour les frais de ces croisades que les prêtres avaient excitées.

En 1 188, on apprit que Saladin s était emparé de Jérusalem. Philippe- Auguste assembla aussitôt un concile au parlement de Paris (r) ; on se décida à une croisade, où le roi d'Angleterre, Richard I er ., promit de seconder le roi de France. A cause du besoin pressant, Philippe- Auguste obtint que les prêtres paieraient la dime cette année-là. On appela cet impôt extraordinaire , la dune saladine. L église la cite souvent comme un trait de patriotisme.

Quelques années après, dans un nécessité à peu près pareille, le même Philippe-Auguste demanda quelque argent au fastyeux clergé de Reims, pour subvenir aux frais d'une nouvelle guerre. Ce clergé répondit qu'il était obligé d'aider le roi de ses prières , et non de son argent. Philippe ne répliqua rien. Mais , au bout de quelques jours, les seigneurs de la suite du roi ayant fait du dégât dans les terres de l'église de Reims, le clergé s'en plaignit. Le roi pria les seigneurs de ne plus piller les biens ecclé-

(i) Talon. De V autorité des rois, après Rigord, de gestis Philippi Aug. , anno 1 188.

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siastiques ; et les vexations ne cessèrent point. Le clergé envoya de nouveaux députés : « De » quoi vous plaignez-vous, leur dit Philippe, » je vous ai protégé de mes prières, comme » vous me servez des vôtres..... (i) »

— 11 était permis, par un règlement de i643j et par des édits antérieurs; d'affermer les cures et les dîmes. Mais pour être fermier d'un curé , dans ces derniers siècles , il fallait être engagé dans les ordres; au lieu que, vers le douzième siècle, un prêtre pouvait louer les revenus de sa cure à une femme. Les curés de Normandie laissaient même leur église en héritage, ou la donnaient en dot à leur fille , qui avait le droit de lever les dîmes et de faire valoir l'autel , par par des prêtres qui lui en payaient la rente.

En i ^4^> Saint-Eustache de Paris était affermé; et en 14 16, Nicolas Flamel fit unlegs testamentaire au curé de Saint-Jacques de la Boucherie, à condition quil dirait ou ferait dire par son fermier ou son commis , certaines prières pour le repos de son âme.

— Outre la dîme ecclésiastique, il fallait aussi donner au seigneur le dixième des trou-

Ci) Guillaume le Breton. Philippidos , lib. I. — Talon', Autorité des lois. — L'abbé Bertou, Anecd. françaises.

peaux et des fruits de la terre. On appelait ce droit la dîme féodale; et, outre celles-là , les vilains en payaient quelquefois une troisième. C'était la dîme ecclésiastique inféodée. Ainsi Philippe-Auguste accorda des dîmes ecclésiastiques à plusieurs seigneurs, qui lavaient bien servi dans les massacres des Albigeois.

— On a déjà remarqué que ceux qui ne payaient pas les dîmes étaient excommuniés par les conciles; et que , depuis plus de vingt-cinq ans , nous marchions à grands pas dans le chemin de la damnation éternelle. C'est sans doute pour nous remettre dans la bonne voie , que de pieux et bénins personnages ont voulu rétablir les dîmes en France. Malheureusement , on n'a pas compris leurs bienveillantes intentions ; et on ne s'est pas pressé de se ruiner pour leur plaisir. Voici, entre mille, un trait tout récent, qui montrera, le désintéressement des amis de la dlme.

Le curé d'un gros bourg de la Basse-Champagne, ayant travaillé pendant six mois un grand sermon sur le rétablissement des dîmes , prouva en chaire, à ses paroissiens, qu'ils devaient se soumettre sur-le-champ à ce droit , si injus^ tement proscrit, et lui payer , dans le plus court délai, les vingt-cinq années d'arrérages.

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