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jours prêt à punir, des gardiens hideux, l'avilissante peine du fouet pour la moindre faute , et la mort au moindre soupçon.
— Dans d'autres pays, elles sont moins prisonnières ; mais elles font tout le travail de la maison. Ainsi les femmes de la Côte-d'Or cultivent la terre et sont chargées de9 soins les plus pénibles, pendant que leurs maris passent le temps à boire et à fumer dans leurs cabanes (1).
— Les religions anciennes ne furent pas trèsfavorables aux femmes ; la religion de Mahomet s'efforça de les avilir : elle leur refusa une
(i) Chez les peuples anciens , outre qu'elles c'taient toute leur vie eu tutelle, les femmes devaient mener la vie la plus solitaire, et demeurer enfermées dans leurs appartemens, tandis que leurs maris allaient aux fêtes. — Le soudan d'Égypte Al-hakem fit, dans le onzième siècle, uue loi expresse pour défendre aux cordonniers de faire aucune chaussure de femmes, parce quV/ trouvait indécent de les voir sortir de leur maison. . — En France, le sort des femmes fut toujours plus heureux que chez les autres peuples. Nos ancêtres les admettaient à leurs conseils ; et elles font aujourd'hui l'ornement des cours et des sociétés , notre orgueil et notre bonheur. — Chez les Romains, l'autorité du père était si grande, qu'il pouvait obliger sa fille à répudier son mari , quoiqu'il eût eousenti au mariage et que ce mariage fut heureux.
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kme y et ne leur laissa point d'espoir d'une autre vie.
La religion chrétienne traita les femmes aussi généreusement que les hommes , et leur permit l'entrée dans les parvis éternels. Cependant nos vieux théologiens disputèrent long-temps sur la nature des femmes; un parti nombreux \es classait parmi les brutes, et leur ôtait aussi l'âme et la raison. Il fallut un concile pour arréter les progrès de cette hérésie; et lorsqu'on eut prouvé catholiquement que les femmes de notre continent étaient de nature humaine, douées d'une âme raisonnable , capables d embellir le ciel , de nouvelles sectes s'élevèrent encore contre cette doctrine reconnue. Des casuistes prétendirent que les femmes du Pérou et des autres contrées de l'Amérique étaient de petits animaux y à la vérité sédubans, mais sans âme à sauver et sans raison.
Ces décisions eurent de nombreux partisans, et les Européens se gardèrent de fréquenter les vierges du Pérou * avec qui ils n'auraient pu succomber qu'en se souillant d'un crime énorme, puisque ces jeunes, filles étaient dans la classe des bêtes. Mais enfin , pour obvier à ces péchés monstrueux que la faiblesse humaine rendait très-possibles, et peut-être convaincu
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parunedosède ce bon sens qui fut si rare en certains siècles, un pape fut assez galant pou* rendre aux Américaines leur rang de : femmes > douées d'une âme raisonnable , et de toutes les qualités qui constituent la nature humaine.
— Celui qui voudra jeter un coup d'œil sur les siècles passés, verra que les femmes ne sont k leur place que chez les peuples éclairés f généreux, et dans les siècles de lumières (i).
— En France , avant la révolution , les fem* mes n avaient aucun droit à l'héritage de leurs pères ; et, comme lès cadets» de famille , elles
(i) Quoique Jésus-Christ n'ait aucunement distingué les. femmes d'avec les hommes , les premiers chrétiens firent cette distinction, sans cependant abaisser les femmes à là condition des bètes. Entre autres choses , il était défendu aux femmes de faire entendre leur voix dans l'église catholique. Les protestans trouvèrent que les femmes* chantaient au moins aussi-bien que les hommes , et ils leur permirent d'élever aussi leurs chants jusqu'à l'Éternel. On reprocha aux protestans cette licence impie comme un grand crime. « Les » femmes chantent aux orgies des huguenots, dit Georges ii TApôtre; apprenez donc, prédicans, que saint Paul a dit: » Mulieres in ecctcsid taceant ; et que, dans le chapitre * » de l'apocalypfee, l'évêque de Tyathire es* menacé de la » damnation , pour avoir permis à une femme de parler à » l'église. »
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voyaient pour elles la misère , et tous les biens pour l'aine. Il est vrai qu on plaçait la plupart des cadets dans les ordres , et la plupart des demoiselles nobles dans les monastères; mais quels abbés faisaient ces cadets , et quelles re~ ligieuses étaient ces femmes ?... La religion devait-elle appuyer les plus révoltantes injustices? Les princes auraient-ils dû les souffrir si longtemps? et ne pouvait-on pas prévoir quels maux causeraient un jour à la religion et à l'état toutes ces tyrannies , toutes ces distinctions sans fondement, sans but plausible.
Dans le plus grand nombre des pays de l'Europe , les femmes sont encore déshéritées dès leur naissance. — Joignez à tous ces outrages, lès servitudes de tout genre auxquelles on les assujettit, la faiblesse de leur nature, les peines que leur cause une constitution sarts énergie , et convenons que la femme est née pour sou£< frir, comme elle est née pour aimer. — Et elles intéresseraient bien plus encore , dans un pays généreux comme le nôtre, si elles avaient l'âme assez forte, pour faire moins de fautes et d'inconséquences. ( Voyez Droits du Seigneur, Redevances, etc.)
FEMMES DE CORPS. — ( Voyez Serfs. )
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FÉODALITÉ (i). — Le gouvernement féodal, qui a causé des maux infinis, est aussi ancien que notre monarchie.
Les principaux d'entre les peuples de l'Europe trouvèrent si beau le sort des grands de la France, qui étaient véritablement de petits souverains , puissans et libres , quoique soumis au monarque, qu'ils se hâtèrent de les imiter; et peu de temps après l'invasion des Francs dans les Gaules , on voit la féodalité établie dans toute l'Europe.
Mais elle existait déjà chez les Germains et sans doute ailleurs , du temps de César. Les princes et les grands donnaient aux particulière de chaque nation un coin de terre à cultiver, et les obligeaient de changer de contrée , quand ils le jugeaient convenable (2).
Tacite nous apprend, dans son livre sur les mœurs des Germains , que les principaux seigneurs étaient toujours suivis de jeunes gens,
(i) Ce mot vient du latin feudum, ou feodum ( fief). C'est une corruption de fœdus ( alliance ) ; on supposait qu'il y avait quelque attachement, quelque alliance obligée, enfin des devoirs et des redevances pour le vassal envers ton, seigneur
{?.) De bcllo gall. , lib. FL
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qu'ils appelaient compagnons (1) ; que ces jeunes gens étaient obligés à défendre leur chef dans les batailles et à le servir ; que ces chefs leur donnaient des chevaux , des armes et des repasj et qu'ils leur partageaient les rapines de la guerre. *
Ainsi, ajoute Montesquieu, il y avait des vassaux chez les Germains ; mais il n y avait point de fiefs, parce que les princes , ne s'occupant que de guerres, n'avaient point de terres k donner; ou plutôt les fiefs étaient des chevaux de bataille, des armes , des repas. Il y avait de* vassaux, parce qu'ily avait des hommes Jidèles, qui étaient liés par leur parole, qui étaient engagés, pour la guerre, et qui faisaient à peu près le même service qu'on fit depuis pour les fiefs (2),
( 1 ) Comités , d'où, est venu le nom de comtes.
(2) Esprit des lois, liv 3a, ch. 3 — Quelques écrivains, comme Saint-Foix , ont soutenu que Porigine des fiefs ne remontait qu'à la fin de la seconde race ; que nos anciens rois ne donnaient pas de bénéfices , à condition d'être toujours prêts à marcher en guerre; que le système de Montesquieu était insoutenable, parce que tout Français, dès qu'il avait atteint pn certain âge , était obligé de servir , et qu'il n'était pas naturel que l'on gratifiât quelqu'un, pour l'enga-* ger à remplir un devoir indispensable, etc. Mais s'il y a ici
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— On trouve une preuve de l'existence des usages féodaux , dans^la loi salique (i) et dans la distinction quelle établît entre les amendes. Celui qui tuait un antrustion, c'est-à-dire un Jidèle, vassal ou convive du roi, payait «ix cents s#us d'or et pour le meurtre d'un sim—
un système absurde, c'est celui de Saint -Foi x et des écrivains qui ont pensé comme lui. Chez des peuples barbares, comme les Germains , il y avait peu de devoirs indispensables. On voit, dans César et dans Tacite , que les Germains n'aimaient que la vie militaire ; que quand leur pays était enpair , ils passaient au service d'un pays voisin, pour avoir le plaisir de se battre ; que les princes et les grands leur faisaient des présens et des caresses pour se les attacher. Et sous la première race , quand la France était partagée entre plusieurs rois , il était si facile aux mécontens de passer au service du prince voisin , que les cbefs devaient nécessairement s'efforcer de conserver leurs fidèles. Ceux qui liront sans prévention les deux derniers livres de Y Esprit des lois verront que , bien qu'il ait la faiblesse d'admirer les lois féodales , Montesquieu ne s'est pas plus trompé que sur le reste dans l'histoire de la féodalité î Que l'on considère d'ailleurs les bénéfices donnés aux militaires par Charles-Martel , la conduite de Charleraagne envers les prélats et les grands ; qu'on étudie les commencemens de notre histoire et nos premières lois , on verra que la féodalité remonte plus haut que la fin de la seconde race, (i) Titres 44, 64 et 66.
pie particulier , on n'en payait que deux cents.
Si le fidèle était un Romain, on payait trois cents sous pour se racheter du meurtre. On n en donnait que cent pour la mort d'un Romain, de condition ordinaire , et quarante-cinq pour la mort d un serf.
11 est dit , dans les lois des Bourguignons, que quand ces peuples s'établirent dans les Gaules ( et l'on sait qu'ils y étaient déjà puissans, dans le cinquième siècle) , ils reçurent les deux tiers des terres et le tiers des serfs (1). La servitude de la glèbe était donc établie dans cette partie delà Gaule, avant l'entrée des Bourguignons (2), comme elle l'était ailleurs avant l'entrée des Francs.
Qu'on lise l'auteur anonyme de la vie de liOuis-le-Débonnaire (3) , on y verra que Charlemagne donnait aux comtes et aux autres grands ■ 1 ■ 1 -
(1) Les Francs avaient reçu la même chose, en entrant dans les Gaules, sous la conduite de Pharamond. {Histoire de V esprit révolutionnaire des nobles en France, ch. i er . , fome P\)
(2) Montesquieu. Esprit des lois, lis>. 3o, ch. 10. — Gette loi distingue formellement les nobles , les ingénus et les serfs.
(3) Collection de Duchesne , tome //, page 89, 285, 287 , etc.
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officiers de la nation de véritables fiefs , c'està-dire des terres dont ils étaient .seigneurs, où ils levaient des impôts , où ils avaient des serfesoumis à des redevances, etc. , à condition que ces comtes garderaient les frontières, et seraient toujours prêts à marcher à la guerre. On. y remarquera encore que Louis-le?Débonnaîre se plaignait d être extrêmement pauvre , parce que Charlemagne donnait presque tous ses do~ maines aux seigneurs.
Montesquieu a démontré par des preuves ir-r récusables (i) que, sous la première et la se*r conde races , les rois , les ecclésiastiques et les seigneurs levaient des tributs réglés, chacun sur les serfs de ses domaines , et que les princes donnaient à leurs Jidèles ou à leurs vassaux, des domaines, des biens fiscaux, des bénéfices, qui, à la vérité , ne devinrent fiefs héréditaires que vers la fin de la première ou le commence-* ment de la seconde race.
(i) Esprit des lois, liv. 3o , ch. i5 et 16. — Lois des Allemands, ch. 22. Lois des Bavarois, titre /"., ch. 14. — Capitulaires de Charlemagne, liv. 5, ch. 3o3. — Marculfe, liv. F r .,Jormule 1 4. — Grégoire de Tour.*. Liv, IX de V Histoire des Francs , ch. 38. — Annales de Metz y an 7 47 , etc.
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Grégoire de Tours rapporté (/u>. IX) un traité fait à Andely, où les princes s'engagent à maintenir les fidèles et les églises, dans les biens qu'ils tiennent des rfcis leurs prédécesseurs; ils permettent encore aux princesses de disposer des choses qu'elles ont reçues du fisc.
Du temps des maires du palais, quelque fiefs étaient déjà héréditaires. Charles-Martel donna, aux guerriers qui l'avaient bien servi , des abbayes et d autres biens ecclésiastiques. Ces guerriers possédèrent ces biens en fiefs et les laissèrent à leurs héritiers, puisque Charlemagne trouva entre les mains des gens de guerre tous les biens que Charles-Martel avait ôtés aux ecclésiastiques. Le nombre des fiefe héréditaires était très-grand , quand les Normands vinrent tout bouleverser. Mais le mot feodum n'ayant commencé d'être en usage que vers le règne de Charles-le-Simple r beaucoup de gens ont cru que l'origine des fiefs ne remontait qu'à l'origine du nom.
— Dansle commencement de la première race,
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libres. Il y eut dans la suite tant de serfs, qu'au commencement de la troisième race , tous les laboureurs et presque tous les habitans des villes se trouvèrent serfs; et au lieu que dans le
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commencement de la première , il y avait dans les villes à peu près la même administration que chez les Romains , des corps de bourgeois sie, un sénat, des cours de judicature, on ne trouve guère , vers le commencement de la troisième, qu'un seigneur et des serfe (i). Un pareil changement ne s'est sûrement pas opéré dans un demi-siècle.
11 est donc constant qu'il y eut des liefe héréditaires sous la seconde race et même à la fin de la première. Au commencement de la troisième, toute la France était divisée en une infinité de petites seigneuries, que l'on a comparées avec raison à une infinité de petits états despotiques. Chaque province , chaque district, chaque vil-
(i) Montesquieu Esprit des lois, liv. 3o, ch. 1 1. — ■ Ces droits de se choisir des juges, dont jouissaient les Gaulois du temps des Romains, et qui s'éteignirent en France sous la première race , prouvent encore que la féodalité s'était établie en même temps que la monarchie. On a vu, au mot Communes , que, sous les deux premières races, les grands seigneurs et les principaux o> clergé assistaient seuls aux assemblées de la nation ; que le peuple était compté pour rien , et que ce fut Louis-le «Gros qui le premier établit les communes dans les villes et dans les bourgades. Or, si le peuple n'avait aucuns droits sous la première race , les grands qui avaient tous les droits étaient nécessairement seigneurs féodaux.
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Jage avait ses lois et ses coutumes particulières, outre les lois des dîmes et des droits féodaux , que tous les seigneurs avaient reçues et modifiées à leur gré.
— Le régime féodal a été entièrement aboli, le 4 août 1789, article I er . des lois de ce jour. ( Voyez le reste du Dictionnaire. )
FÊTES. — On voit , dans les capitulaires de Charleraagne, le nombre des fêtes que le peuple était déjà obligé de chômer; et Ton remarque qu'on avait alors plus de dévotion qu'aujourd'hui : car on fêtait Noël pendant quatre jours et Pâques pendant huit. On observait encore la Circoncision, TÉpiphanie, la Purification, les trois jours des Rogations , la Pentecôte , saint Jean-Baptiste , saint Pierre et saint Paul , saint Martin , saint André , etc. , et l'octave de la plupart de ces fêtes.
Le concile deMayence ordonna en outre que l'on chômerait à l'avenir la Pentecôte pendant huit jours , aussi-bien que Pâques ; que l'on fêterait l'Assomption , saint Michel , saint Rémi le saint de la paroisse , la dédicace de l'église , et les saints dont on aurait des reliques. — Depuis, la liste des fêtes s'allongea toujours; et, dans ces derniers siècles , il était presque im-
possible de les compter. Le Concordat de 1801 les a réduites , en France att nombre de quatre.
— Chaque profession, chaque compagnie s'é* tait donné des patrons (1); et ce patronnage avait ordinairement une cause ridicule. Ainsi les meuniers avaient la modestie de fêter le bon Larron; et les ivrognes prétendaient que saint Martin se chômait pour eœfc, parce qu'anciennement on donnait à boire dans chaque église^ le jour de la fête de saint Martin.
Les femmes de mauvaise vie soutiennent aussi que le jour de la Madelaine a été chômé > à la poursuite de leurs devancières , du temps qu'elles Composaient un corps et qu'ellesravaient
leurs coutumes.
— Les artisans et les marchands du quartier des halles fêtaient encore, il n y a pas long^ temps, la mi-carême. Ce jout-lày on obligeait leâ jeunes gens qui faisaient quelque apprentissage d aller baiser la figure de la truie qui file / sculptée sur une maison du marché aux poirées* On donnait une grande pompe à cette cérémo A nie ; et le reste de la journée se passait en go+
(1) Sauvai. Antiquités de Paris, liv. XL
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daille, comme dit madame la comtesse de Genlis (t):
— Anciennement, on devait passer en prières , dans les églises, la nuit qui précède Noèl. Mais, comme dit Sauvai, on y allait plus pour des rendez-vous d'amour, et pour le réveillon , que pour autre chose.
C'est à cause des désordres de cette nuit-là, qu'on dit encore des enfans anonymes : Ce sont enfans de la messe de minuit, qui cherchent leur père à tâtons.
— La fête la plus en usage et la plus scandaleuse, était la. fête des fous, qui se célébrait le jour de saint Étienne , le jour de Noël, le jour des Rois , le jour de Pâques même ; mais principalement à la Circoncision.
Les écoliers de l'université choisissaient un d'entre eux, qu'ils nommaient le seigneur de la fête, et quelquefois le roi, Vévéque, V archevêque ou le pape des fous. Ils le revêtaient d'habits pontificaux, le confirmaient et le sacraient avec les cérémonies d'usage. Ils allaient ensuite le prendre en procession , et le conduisaient à î'é-
(1) Dans le roman des Parvenus . — Godaillé est uu mot populaire qui rime avec ripaille et mangeaille, et qui a autant de force et de dignité que ces deux mots. T. I. i5
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glise. Là, ce pape des fouscélëbrait l'office divin , et donnait la bénédiction au peuple. On lui servait ensuite, dans l'église même, un grand dîner, pendant lequel on chantait, on dansait, on s'enivrait , on se battait, et presque toujours jusqu'à l'effusion du sang.
Tous les élèves des facultés de droit , de théologie et de belles-lettres , se mêlaient indistinctement à cette fête, qu'ils regardaient comme très-sainte; ils avaient d'ailleurs leurs privilèges , et ils déclaraient excommunié quiconque penserait à leur interdire la fête des fous.
Pendant l'office , les clercs étaient assis dans les hautes stalles des chanoines; et , à ces mots du magnificat, deposuit potentes de sede, et exalta vit hum îles , que l'on répétait pendant un quart d'heure , on applaudissait avec un bruit effroyable , parce qu'en effet les petits occupaient la place des grands. Après l'office , chacun se masquait, et l'on conduisait par la ville, comme en triomphe, le pape des fous dans une charrette. Cette farce impie se terminait par des chansons licencieuses , des extravagances outrées, des farces indécentes, qui amusaient le peuple et les clercs.
La fête des fous se célébrait dans la plupart des églises du royaume , et surtout dans les ca-
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thédrales ; mais c'était à Paris qu'elle était plus soignée, Eudes de Sully, archevêque de Paris en 11 98, s'efforça d'abolir ces facéties scandaleuses : il obtint de Pierre de Capoue , légat du pape, un mandement exprès là-dessus. Les efforts de l'évêque et le mandement du légat ne purent rien produire : la fête des fous se célébrait encore dans toute la France, au quinzième siècle ; et une lettre circulaire que la faculté de théologie écrivit, en i444> aux évêques du royaume , pour la suppression de ces extravagances, nous apprend qu'alors les prêtres et les clercs assistaient à l'office divin avec la dernière indécence. Les uns étaient vêtus en bouffons, et faisaient plus de grimaces que de prières ; les autres , habillés en femmes, avaient auprès d'eux des galans , masqués d'une manière monstrueuse. Toute leur occupation, pendant la messe, c'était de tenir des propos lascifs, de chanter des chansons infâmes, de faire des gestes lubriques, de manger des soupes grasses sur l'autel, et de jouer aux dés a côté du prêtre célébrant.
D'autres faisaient des feux de joie dans le chœur, avec de vieilles savates, et sautaient à l'entour , en poussant de grands éclats de rire. Après l'office , ils allaient se promener par la
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ville, dans des charrettes ; et la journée ne se terminait pas sans qu'on se fût battu. Voilà ces temps de bénédiction que nous devons regretter , ces saints usages dont le retour ferait grand bien , dans le siècle où nous sommes!...
— Mais la fête des fous n'était pas la seule , où les étudians se distinguassent. Ils célébraient aussi pieusement la plupart de leurs fêtes. En i525, le 'jour de saint Nicolas ( patron des jeunes gens), les écoliers, avec les chapelains, les chantres et les enfans de chœur de l'université, parcoururent, déguisés, toutes les rues de Paris, -conduisant au milieu d eux une femme à cheval, escortée de gens habillés en diables et en docteurs. François I". s'en plaignit / il lui fut répondu que c'était l'habitude d'aller ainsi chanterle salut à Saint-Nicolas-des-Champs, mais qu'on le ferait à l'avenir avec plus de bienséance
— Autrefois encore , dans plusieurs églises , les paroissiens se déguisaient, le jour de la Fête- Dieu, sous les costumes de Jésus-Christ, des apôtres, de Moïse, d'Abraham et d'Isaac, d'Adam et Eve, etc. ; mais avec des cérémonies si honteuses, que le parlement s'en scandalisa enfin, en 1 571 , et condamna à une amende de
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deux cents livres ceux qui profaneraient ainsi désormais le jour de la Fête-Dieu.
Cependant nous voyons encore aujourd'hui, dans plusieurs villes , et particulièrement dans celles de Dijon et de Paris , un grand nombre d'enfans assister aux processions de la Fête- Dieu, en saint Jean-Baptiste, en Madeleine, etc.
— Avant la suppression des droits féodaux, la ville d'Autun, en Bourgogne , fêtait saint Lazare , son patron, d'une façon assez singulière, et dont l'origine n'est pas bien connue;
Le 29 juillet , jour de la fête , après les offi^ ces solennels , les chanoines de la cathédrale , revêtus de leurs soutanes, de leurs surplis, avec leurs aumusses et un grand bouquet au côté , montaient a cheval , accompagnés du^baschœur et d'une grande troupe de bourgeois armés de fusils. Cette cavalcade était précédée par un cavalier armé de toutes pièces , selon l'usage de l'ancien temps , et tenant une lance à la main. Le chapitre faisait ainsi procession^ nellement le tour de la ville eh dehors, reve* nait à l'hôtel de ville, déposait le cavalier art mé sur le perron; et aussitôt tout le cortège sè -dissipait. *■ • />' -M • f »'T» , i
De ce moment, commençait, sur la grande place de l'hôtel de ville, et sous les yeux de
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l'homme armé, un simulacre de combat ou de siège. Une partie des bourgeois attaquait un fort construit en fascines et en gabions sur cette même place , et défendu par des citadins qui semblaient s y être retranchés. On se tirait bien des coups de fiisils chargés à poudre; on montait à l'assaut,- on était repoussé ; et Ton pense bien qu'avec de mauvaises armes et beaucoup de gens ivres, tout cela ne se passait pas sans accidens.
Cependant, à sept heures du soir, les défendeurs du fort arboraient le drapeau blanc et se rendaient; les assaillans entraient par une brèche qu'on avait eu soin de pratiquer ; le fort •était démoli , et les débris étaient employés à un grand feu de joie.
Mais , â l'instant de la reddition .du fort, le chapitre delà cathédrale devenait seigneur de la vilte pendant trois jours , et percevait, dufxaotcet espace de- temps, tous les droits seigneuriaux. Ces droits étaient considérables : on- ne pouvait rien vendre autrefois sans faire la part du seigneur ; c'était le cinquième, ou le quart du prix de l ? objet vendu. Les roturiers d'Autun remettaient toutes les ventes qu'ils avaient à faire, aux trois jours de la seigneurie des chanoines ; et, comme ceux-ci ne devaient