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FORAGE. — Le seigneur avait, pour sa part, le cinquième du vin, de la bière, du cidre et des liqueurs , que Ton faisait ou que Ton Tendait sur son fief. Ce droit s appelait droit de forage , dans la plupart de nos provinces ; droit daffeurage dans quelques-unes ; droit de gàmbage, dans quelques autres. (Voyez Droits féodaux.)
FORMARIAGE : — Mariage contracté par une personne de condition servile*, avec tme personne franche , ou par une personne franche avec une personne serve , d'une autre seigneurie, sans la permission du seigneur.
Lorsqu'il y avait un formariage dans son fief, le seigneur levait une grosse amende sur les parties contractantes. Dans plusieurs provinces, il se réservait le droit de cuissage, lors même que ce droit était presque partout aboli. Ordinairement encore le seigneur héritait de tous les biens des époux formariés, s'ils n'avaient point d'enfans mâles. — h
— Dans le dernier siècle , les droits seigneuriaux sur le formariage étaient abolis dans la plus grande partie de la France; et il était à peu près libre à chacun de se marier suivant son goût. Cependant levêquq de Verdun et quelques
autres seigneurs féodaux avaient encore conservé ces droits, sur les mariages qui se contractaient dans les villages de leur dépendance. La révolution anéantit ces restes du despotisme seigneurial*
FOUAGE. — Les seigneurs avaient des droits sur toutes les cheminées de leurs fiefe ; et chaque père de famille leur devait une rente personnelle , s'il voulait faire du feu pendant l'hiver. La rente était double dans une maison où l'on avait deux foyers ; triple, quand on allumait trois feux.
Ce droit, qui se nommait droit de fouage, se levait encore, au dernier siècle, dans la Normandie et dans plusieurs autres provinces.
FRANC- ALLEU. —Le franc-alleu était un héritage franc et libre de tout devoir , de tout hommage, de toute redevance; mais cependant soumis à la justice seigneuriale.
On appelait seigneurs ceux qui possédaient des fiefe ; on appelait serfs ceux qui étaient soumis aux servitudes, aux corvées, aux cens et aux autres redevance envers le seigneur ; on appelait hommes libres ceux qui, d'un côté, n'avaient pas de bénéfice sou fiefe, et qui, de l'autre , n'étaient pas soumis à la servitude de
la glèbe ; les terres qu'ils possédaient étaient ce qu'on appelait des terres allodiales (1) ou Jrancs-alleiix.
FRANCS-ARCHERS — En temps de guerre , chaque ville, bourg et vHlage étaient obligés d envoyer au roi des compagpies de francs-archers, plu$ ou moins nombreuses, suivant la population * des diverses contrées. Ces soldats étaient appelés francs-awhers , parce qu'en retournant chez eux , pendant la paix, ils étaient exemps de tailles et de subsides.
Les francs-archers avaient été établis par Charles VII; ils furent suprimés par Louis XI, qui aima mieux s'entourer 4e Suisses que à<e se faire garder par des Français.
FRANCS-BOURGEOIS .-—Dans le douzième, le treizième et le quatorzième siècles, il y avait à Paris , au faubourg saint Jacques, un quartier appelé les francs-mur eaux. Ceux qui y demçu-
(1) Montesquieu, Esprit des lois, liv. 3o, ch. 17. Il y avait deux sortes de franc-alleu , le noble et le roturier. Le franc-alleu noble avait quelquefois une justice; le francalleu roturier u en avait point , et e"tait soumis à la justice du seigneur. ( Voyez Alleux. )
raient étaient exempts de tailles, de subsides; et d'impôts ; ils n'allaient point à la guerre , ét n'étaient point obligés à loger les soldats. Ces franchises leur avaient été accordées, disaient-ils, par Louis- le-Gros ; mais comme ils égarèrent , quelque temps après, la chartre qui contenait leurs privilèges , ils les firent renouveler par Louis-le-Jeune. Ils ne payaient au roi que six deniers et un muids de vin par an.
— En i 35o, Jean Roussel et Alix sa femme bâtirent, dans la rue des Poulies, vingt-cjtlatre chambres contiguës , pour servir de logement a quarante-huit pauvres bourgeois. Ces bourgeois furent exempts de toutes taxes , à cause de leur indigence ; on ne les obligea pas même à entretenir les lanternes, ni à payer l'enlèvement des boues de leur rue, lorsqu'on établit ces mesures de police. On appella leur rue la rue des Francs-Bourgeois (i).
Ces francs-bourgeois jouissaient encore de leurs privilèges au dix- septième siècle; ils devinrent même si honnêtes gens, dit Sauvai (2), qu'on n'entendait parler que de leurs viols, de leurs brigandages, et des meurtres qu'ils corn-
ai) C'est la rue des Francs-Bourgeois du Marais, (a) Antiquités de Paris, liv. II et VIII .
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mettaient de temps en temps , pour obliger les passans à leur donner l'aumône. Tellement qu'on les supprima , et que les uns allèrent aux galères, les autres aux petites-maisons.
FRANCS-FIEFS. —On appelait/ram>/fc/, un fief possédé par un roturier, avec concession et dispense du roi, contre la régie commune, qui ne permettait pas aux roturiers de tenir des fiefe.
Tout roturier qui possédait un héritage-fief était obligé d'en payer le droit de franc-fief : ce droit appartenait au roi seul. On le payait J a première année de la possession , et ensuite de vingt ans en vingt ans.
Les bourgeois de Paris, les gens de la maison du roi, et le haut clergé de France étaient exempts du droit de franc-fief, pour les fiefs qu'ils acquéraient par succession ou autrement.
Le mari roturier était obligé de payer le droit de franc-fief, pour les héritages féodaux de sa femme noble , parce que la femme suit la condition de son mari (i).
Le droit de franc-fief fut établi dans le trei-
(i ) Baquet. Du droit de franc-fief, ch. 3 , 5 , 9 et i5. — Recueil d'arrêts de Lestang, etc.
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zième siècle ; et, dans les premiers temps, le roturier qui ne payait pas très-exactement ce droit, perdait ses biens. Mais dans le siècle dernier, on confisquait pi oins brusquement pour un retard, et on donnait au roturier quelques Jours après le terme.
FRANCS-HOMMES. — Il est beaucoup parlé des francs - hommes , dans les monumeas du moyen âge. Ce n'étaient pas tout -à -fait des hommes libres , mais des hoipmes affranchis des servitudes ordinaires, auxquelles les roturiers étaient assujettis.
Ils devaient cette franchise à quelque fief qu'ils possédaient, et dont ils payaient au roi le droit de franc-fief.
Au reste , les francs-hommes roturiers étaient comme les serfs, attachés à la glèbe, puisqu'ils n étaient francs que lorsqu'ils demeuraient sur leur fief, et qu'ils devenaient hommes de corps du premier seigneur dans les ^prres de qui ils allaient s'établir (i).
(i) Toutes ces choses sont peu intéressantes. On les a pendant mises ici , dans le dessein de compléter cet ouvrage autant que possible. Mais tous ces francs-fiefs , ces francs-alleux , ces francs-hommes sont un chaos où Ton a peine à
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FRANCHISES. — La féodalité accordait peu de franchises; aussi les foires franches de Champagne étaient -elles fameuses dans toute la France.
Et Ton ne doit pas s'étonner que l'industrie et le commerce aient fait si peu de progrès dans les douze premiers siècles de notre monarchie, lorsque Ton considère que les arts même étaient asservis, et que les seigneurs, outre les droits d'aubaine et de naufrage, avaient encore le droit de cinquième sur tout ce qui se vendait dans leurs terres ; et il ri y avait point de terre sans seigneur.
Les états et les métiers divers étaient soumis à des règles peu favorables aux talens. Pour être maîtres, il fallait des privilèges; et le nombre en était limité. Ainsi, les compagnons perruquiers ne parvenaient point, parce qu'ils ne pouvaient déployer leur imagination sous un maître attaché à la routine ; et l'on remarque que les têtes françaises portèrent les cheveux plats pendant des siècles entiers. — Les choses vont autrement aujourd'hui ; et nous n'en va-
comprendre quelque chose. II a fallu s'endormir sur une foule de jurisconsultes qui se contredisent à chaque pas, pour en donner une idée intelligible, et Tonne sait pas si Ton a réussi.
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Ions pas moins que nos ancêtres, quoiqu'on nous tonde tous les mois, avec des variations plus ou moins gracieuses.
Le cloître de Notre-Dame , et quelques autres quartiers de Paris jouissaient anciennement du droit de franchise; les compagnons cordonniers pouvaient y exercer leur métier sans dépendre d'un maître : ils firent seuls ces grandes révolutions, qui changèrent si agréablement et tant de fois la chaussure de nos ancêtres. C'est à eux qu'on dut les souliers longs de deux pieds et demi, et les souliers larges de .neuf pouces.
Quelques ports avaient dans certains temps le droit de franchise : alors le commerce y répandait ses bienfaits , tandis que les autres villes étaient misérables. Mais les seigneurs s'opposèrent constamment aux franchises, qui donnaient au peuple une idée de cette liberté si bienfaisante et si douce , et qui auraient pu accélérer la chute de l'esclavage.
— Les ambassadeurs catholiques jouissaient à Rome du droit de franchise, pour leur hôtel , et pour le quartier où ils demeuraient : ce qui leur donnait l'occasion de faire quelque bien. Le pape Innocent XI abolit ces privilèges en 1687 , et excommunia ceux qui prétendraient les conserver. Lanathème avait-il besoin de fi-
gurer dans une pareille affaire? Màis enfin, puisque c'est la seule arme que les papes manient avec quelque adresse , il est bien naturel qu'ils s'en escriment, pour leurs petites affaires, comme pour les plus hauts intérêts de l'e'glise.
— On sait que les églises étaient jadis des lieux de franchise pour les criminels et pour les malheureux. (Voyez Asiles , Aubaine, Naufrages, etc. )
FREDUM. — ( Voyez Justices. )
. GABELLE. — On croit que Philippe-le-Long fut le premier de nos rois qui mit un impôt sur le sel ; mais cet impôt n'était ni général , ni perpétuel, ni considérable. Philippe de Valois établit la gabelle en France, vers le milieu du quatorzième siècle. Il ttt porter tout le sel dans des greniers, se réserva le droit de le vendre , et le chargea d'un gros impôt , qu'il rendit universel. C'est de là que le roi d'Angleterre , Édouard III prit occasion de nommer Philippe de Valois X auteur de la loi salique.
Les pays du nord sont privés de la chaleur nécessaire pour faire le sel; et ceux du midi ,
254 CrAB comme l'Espagne, font un sel trop corrosif, qui mange et détruit les chairs , au lieu de les nourrir et de les conserver : la France seule se trouve dans un climat tempéré propre à faire le sel. Aussi est-ce une des grandes richesses de ce royaume; et le cardinal de Richelieu, dans son testament politique ( s'il est de lui ) , dit que ce qu'il avait connu de surintendans les plus intelligens , égalaient le produit de l'impôt du sel levé sur les salines , à celui que les Indes rapportaient au roi d'Espagne (i).
Nos rois sentirent très-bien quelles sommes ils pouvaient tirer de la gabelle ; et ils continuèrent de lever l'impôt sur le sel, qui fut mis en ferme par Henri II. Mais les fermiers commiijfnt tant d'exacïtions, et vendirent si chérie sel du roi, qu'il s'éleva des troubles dans h Guyenne, et qu'il fallut mettre à mort bien des malheureux , parce qu'ils ne pouvaient pas manger leur soupe sans la saler , et qu ils n avaient pas assez d'argent pour acheter une poignée de sel (2)..
lit™.
(1) Le président Hénaut. Abrégé chronologique.— • ■ ')
Mézerai. Histoire de France.
{1) Les gabelles avaient été supprimées parla révolution.
GEN a55
Dans les dernières années du règne de Bonaparte, on a vu le prix du sel bien plus élevé que celui de la viande ; et s'il ne s est point fait de séditions, c'est que la misère était un peu moins grande que du temps de Henri II (i).
GÉNÉALOGIE. — Un gentilhomme espagnol, ignorant et vain, comme ils le sont presque tous, fit faire sa généalogie. Il la voulait bien ample, et il était convenu de la payer d'autant plus cher, qu'elle sfcrait plus longue. Le généalogiste travailla donc généreusement, et fit de
Elles sont revenues bien vite: mais c'est un des impôts dont il faut se plaindre le moins , lorsqu'il est modéré.
(i) « La juridiction du grenier à sel avait été érigée , dit » Sauvai , pour juger les contestations et les différens qui » surviennent au sujet des gabelles , et pour la distribution » du sel de sa majesté. Elle était composée de deux prési- » dens , trois contrôleurs , deux lieutenans * deux avocats du n roi , deux procureurs du roi , trois greffiers , trois kuissîers » audiencicrs, six huissiers de gabelle , boit procureurs^ » trente mesureurs de sel , soixante porteurs , dix courtiers, » etc : tous gens qui salaient leur pot sans rien payer. — » Le grenier à sel de Paris , et le siège de cette juridiction » étaient auprès de Saiot-Germain-rÀuxerrdis. — On ven- » dait le sel au public , les lundi , mercredi y et samedi-' • {Antiquités de Paris , liv. VIIL )
2 56 GEN son homme le plus ancien noble de la terre , puisqu'il lui donna près de trois cents aïeux, et une noblesse d'environ six mille ans.
Quand il crut s être élevé assez haut, il termina la généalogie commandée , par un nom espagnol, orné de titres pompeux, avec ces mots à côté : Ici commença le monde.
Le gentilhomme trouva sa généalogie parfaite, la paya , et défia toute la terre de lui montrer un homme plus noble que lui. Sa femme, qui était un peu moins sotte, lui demanda s'il ne savait donc pas l'histoire de la création du monde , et s'il ne descendait pas d'Adam et de Noé. — Adam n'était pas gentilhomme , répondit-il ; quant à ce Noé que vous dites, je crois bien qu'il est de m.i famille; voyez ici le . comte Noé de VAvca : — Déluge universel..... (i).
GENTILSHOMMES. — Dès la fin de la première race, les serfs qui cultivaient les terres furent appelés vilains , villani , parce qu'ils demeuraient aux champs (2) ; les nobles furent
(1) Bartholom. Ruidera tfacetiarum moles hisp. Se ville j 1728, in 12.
(2) In villis. 1