TALE II
PHILADELPHIE, Philadelphia , v. de Lycie, à l’E. de Sardes , au pied du Traolus et sur le Cogamus , affluent de l’Hermus, était sujette aux tremblements de terre; aussi ne contenait-elle à l’époque de Strabon qu’un très- petit nombre d'habitants, qui, la plupart, passaient leur vie à la
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au N.-E. de la mer Morte, reçut son nom de Ptolémée Philadelphe , roi d’Egypte; c’est auj. Ammon | V . ce mot). " C. P.
PHILADELPHIE, v. des Etats-Unis et métropole de la Pensvlvanie, à 200 kilom. N.-E. de Washington, 135 O. -S. -O. d’Harrisburg, sur la Delaware et le Schuylkill, à 120 kil. de l’Atlantique; par 39° 57’ 2" iat. N., et 77° 90’ 40" long. O.; 45,520 hab. en 1790; 70,287 en 1800; 96,287 en 1810; 119,325 en 1820; 167,325 en 1830; 228,691 en 1840; 568,034 eu 1860. Elle a été la capitale des Etats-Unis jusqu’en 1800. Port vaste et sûr, le 4' de l’Union. Evêché catholique, évêché protestant, 6 temples de quaker-. Hôtel des monnaies, le seul des Etats-Unis. Cour suprême des Etats-Unis, et Circuit-Court. Université dite de Pensylvanie, fondée en 1755; Faculté de médecine, renommée en Amérique ; collège Girard, fondé en 1848 par un Français de ce nom pour les orphelins. Bibliothèque publique, avec muséum et collections diverses. Société d agriculture, Athénée, Académie des sciences naturelles, Institut Franklin pour l’encouragement des arts mécaniques; Académie de musique avec vaste salle d'opéra, haute école centrale; pénitentiaire, et chantier de construction de l’Etat; deux arsenaux, et chantiers de construction de l’Union. Société historique de Pensylvanie, hôpital de la marine de l’Union; hospice d’orphelins, composé de 7 bâtiments magnifiques. Bourse des mari chauds, nombreuses banques, caisses d’épargne, chambres d’assurances. La ville est divisée en 6 quartiers, et administrée par 1 matjor, 1 recorder , 15 aldermen, et un conseil municipal. Les rues sont larges, droites et bien bâties. On remarque la place de Washington, et un superbe aqueduc. Industrie trés-active : fabr. d’armes à feu, machines. Papiers de tenture, joaillerie, carrosserie, bronzes, tabacs, brasseries, scieries, savons, toiles, produits chimiques, distilleries, verreries, tanneries, imprimerie et librairie très-florissantes. Grand comm. avec l’Angleterre, la Chine les Indes, le Brésil et la France. Import. de vins, eaux-devie, fruits du Midi, fer, liège, huile, soies écrues, verdet. Exportation de grains, farines, fromages, bois de teinture, houille, etc. Chemins de fer hippiques. — Philadelphie fut fondée par W. Penn en 1682. Un célèbre traité avec les Indiens des Six-nations y fut conclu en 1749. Le ltr congrès de l’Union s'y tint en 1774, et l’indépendance y fut proclamée en 1776. Les Anglais la prirent en 1777. La fièvre jaune décima sa population en 1793 et 1797. B PHILÆ , île du Nil. V. Philé.
PHILAMMON, chantre de la Thrace, père de Thamyris et d’Eumolpus. Selon Plutarque, il remporta le prix de poésie et de musique aux premiers jeux Pythiques, et institua les chœurs dansants du temple de Deluhes ' PHILANDER. V. Philandrier.
PH1LANDKIER (Guillaume), en latin Phtlander, architecte et archéologue, né à Châtillon-sur-Seine en 1505, m. en 1565 , contribua par ses écrits et ses monuments à la renaissance de l’architecture en France. Il s’attacha à Georges d’Armagnac , évêque de Rodez , et bâtit dans cette ville le palais de l’Archevêché, la porte S'-Martial et termina la cathédrale. Il a publié : In Inslilutiones Quinliiani specime.n annotationum , Lyon, 1535, in-8° ; Annotations in Vitruvium, Rome, 1544, in-8» ; 2" édit, augmentée 1552, ouvrage encore très-estimé aujourd’hui. ° PHILARKTE, officier arménien au service de l’empereur grec Romain Diogène, le suivit dans son expédition contre les Turcs Seldjoukides , combattit pour lui contre Michel Parapinace, mais, après le triomphe de ce dernier prit le titre d’empereur, htse rendit indépendant. Plus tard il fit sa paix avec Nicéphore Botoniale, qui lui coûtera le duché d’Antioche. Il embrassa enfin l’islamisme, se soumit au sultan Malek-Schah , et mourut en 1086. i
PHIIBERT-DE-GRAND-LIEU (SAINT-), ch.-l. decant. ! (Loire-Infeneure), arr. et à 23 kil. S- O. de Nantes , près du lac de Grand-Lieu; 1,013 hab.
. ^ HILE , Pliilæ , île du Nil , à 4 kil. S. de Syène , à l’origine des cataractes et sur la frontière de l’Egypte et ds
l'Ethiopie , était célèbre dans la religion égyptienne comme renfermant le tombeau d'Osiris , au culte duquel elle était consacrée. Elle est auj. couverte de magnifiques ruinml des temples d'Osiris , d’Isis , de Typhon ; de colonnes, d’obélisques ornés d’un nombre infini de sculptures et d’inscriptions, entre autres, d’une inscription bilingue en hiéroglyphes et en grec, qui, trouvée en 1819, fut le point de départ des découvertes de Champollion, touchant l’écriture phonétique. Sur la pointe N. de l’ile, on rencontre aussi des ruines de murailles grecques et un arc de triomphe romain; quelques Barabras , habitants de l’ile, y ont adossé leurs huttes. Philé s’appelait dans l’ancienne Egypte Pilak , c.-à-d. frontière éloignée : les Arabes la nomment encore Pilak , Djezirel-el-Birbé ou île des Temples, Djézirel-el-Heiff , ou Anas-el-Wodjoud. C. P.
phile (Manuel ) , poète grec , né à Ephèse vers 1275, m. vers 1340, vint étudier à Constantinople sous George Pachymère , et passa toute sa vie à mendier la faveur des grands. On lui doit un poëme iambique rispî ijt/uov iîitTYiTc; [De animalium proprielale) , dont le fonds a été emprunté à Elien, et que De Pauw a publié, Utrecht, 1730, in-4°; on le trouve aussi dans les Poelœ bucolici et didactici de Didot , 1846. D’autres poèmes de Philé ont été édités , avec une version latine et des notes , par G. Wernsdorf, Leipzig, 1768, in-8°. M. Miller a découvert en Italie une Monoclie en 589 vers sur Jean Paléologue , frère de Michel. Philé écrivait en vers politiques ou mesurés, contenant un nombre déterminé de syllabes, sans égard à la prosodie. B.
PHILELPHE (François) , savant philologue, né en 1398 à Tolentino , ra. en 1481 , était gendre de Jean Chrysoloras, fils d’Emmanuel. 11 étudia à Padoue, et y professa même l’éloquence à 18 ans; il fut ensuite secrétaire de l’ambassade de Venise à Constantinople , et de là fut envoyé par Jean Paléologue auprès de l’empereur Sigismond, pour implorer le secours de ce prince contre les Turcs. Il revint en Italie en 1427 avec une riche moisson de manuscrits, qu’il avait recueillis en Grèce. Il professa les lettres anciennes dans les principales universités de l'Italie, la philosophie à Rome, et , en dernier lieu , la rhétorique à Florence. Il avait un tel amour-propre, qu’il ne pouvait souffrir qu’on lui égalât personne dans les lettres. Les querelles qu’il eut avec plusieurs érudits de son temps , entre autres le Poggio, ne l’ont pas rendu moins célèbre que son savoir. 11 était aussi l’ennemi des Médicis. Ses principaux ouvrages sont ; Satiræ , Milan, in-fol., 1476; l'pistolœ, libri xvi, Venise, in-fol., 1492 ; de Conviviis lib. n, Cologne, in-4°, 1537; Apophlhegmata , orationes et de legibus , Paris , in-4», 1503 ; des traductions latines de la Cyropédie , de la Rhétorique d’Aristote, de quelques Vies de Plutarque , de quelques Harangues de Lysias , etc. C. N.
philelphe (Mario) , fils aîné du précédent, né à Constantinople en 1426, m. en 1480, occupa un emploi à la cour de Jean Paléologue, puis à celle de René, roi de Provence. Appelé en 1451 à la chaire de belles-lettres à Gènes, il quitta cette place pour exercer la profession d’avocat à Turin, 1453, ensuite à Mantoue, 1459 Enfin il professa de nouveau les lettres à Venise, à Bologne et à Ancône. Il a laissé, entre autres ouvrages, des poésies latines et italiennes, des épigrammes, des tragédies, des comédies, des lettres, etc. N .
PHILÉMON, et BAUCIS, sa femme, tous deux Phrygiens, pauvres et vieux, donnèrent l’hospitalité à Jupiter et à Mercure, qui, sous la figure humaine, visitant la Phrygie, avaient été rebutés de tous les habitants du bourg près duquel demeuraient ces vieillards. Avant de s’éloigner, les dieux se firent connaître à leurs hôtes , et changèrent leur cabane en un temple , dont ils les firent ministres. Parvenus à un âge très-avancé, tous deux moururent ensemble, et furent métamorphosés, Philéinon en chêne, Baucis en tilleul. Il faut lire cettê charmante fable dans Ovide [Métamorphoses , liv. vin),- et dans La Fontaine. P.
philÉmon , poète comique grec , né à Soles en Cilicie vers 355 av. J.-C., fut le contemporain et le rival presque toujours heureux de Ménandre, avec lequel il est, mais à un rang inférieur, le plus grand poète de la comédie nouvelle. Il avait beaucoup de facilité et d’imagination, mais s’attachait plus à plaire au goût du moment qu’à celui des juges sérieux , ce qui explique la grande vogue qu’il eut de son vivant. Il reste de lui des fragments, qui ne sont pas sans mérite, mais trop peu nombreux pour que nous puissions l’apprécier par nous-mêmes. On les trouve réunis , avec ceux de Ménandre , à la suite de V Aristophane de la collection Didot. Les comiques latins ont fait beaucoup d’emprunts à Philéinon , aussi bien qu’à Diphile
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et à Ménandre. Philémon laissa un fils, qui suivit avec succès la même carrière que son père. P — T.
philémon, grammairien grec, du Ve siècle selon les uns, du xii* selon d'autres, a laissé un Lexique technologique, publié par Ch. Burney, Lond., 1812, in-8°. Fréd. Qsann en a donné une nouvelle édition , augmentée de plusieurs fragments, et avec notes, sous le titre de Philemonis qrammatici quœ supersunt , Berlin, 1821, in-8°.
PHILÈNES (Les), nom de deux frères carthaginois, qui se dévouèrent pour leur patrie. Carthage et Cyrène étaient convenues de faire partir, chacune de leur côté, deux hommes en même temps, pour fixer les limites du territoire des deux villes au lieu où ils se rencontreraient. Les Philènes, désignés à cet effet, arrivèrent à peu de distance de Cyrène; accusés de fraude, ils consentirent, pour se justifier, à être enterrés vifs sur la place. Leur tombeau devint la borne du territoire carthaginois. Deux autels leur furent élevés.
PH1LÉTAS de Cos, poëte grec alexandrin, précepteur de Ptolémée Philadelphe, avait fait des élégies vantées par les critiques romains, et dont il ne reste que d'insignifiants débris, recueillis par Kayser, Gœttingue, 1793, in-8«. F. Bach, De Phileta Coo, Breslau, 1828.
PHILÉTÈRE, Philœtcrus, eunuque paphlagonien, nommé gouverneur de Pergame par Lysimaque, se rendit indépendant, en 283 av. J.-C., et gouverna pendant 20 ans, mais sans prendre le titre de roi. I! laissa ses Etats à son neveu Eumène. 11 avait introduit, dans les mesures, un pied valant 35 centimètres 4 millimètres.
PHI LIA. V. Andania.
PHILIBERT-EMMANUEL, duc de Savoie. V. Emmanuel.
PHILIDOR ( François-André Danican , dit), compositeur de musique et célébré joueur d’échecs, né à Dreux en 1727, m. à Londres en 1795, travailla dans le genre de l’opéra et de l'opéra-comique. Ses nombreux ouvrages sont presque tous oubliés; les meilleurs sont des opéras-comiques : le Sorcier, le Maréchal ferrant, et Tom Jones. Sa musique manque de mélodie, d’expression et d’originalité; mais il était assez bon harmoniste. Il mit en musique l’ode de Dryden, intitulée la Fête d'Alexandre , et le Carmen sœcvlure d’Horace. 11 a publié une Analyse des échecs, Londres, 1749.
PH1L1PEAUX (Pierre), né à Ferrières en 1759, m. en 1794, était avocat à la Révolution. Député de la Sarthe à la Convention , il se rangea parmi les Montagnards les plus exaltés, vota la mort de Louis XVI, fit ou appuya les propositions les plus extravagantes. Envoyé dans les départements insurgés de l’Ouest , il fut ému des désastres de la guerre civile, s’éleva, à son retour, contre le Comité de salut public, et périt enveloppé dans la proscription des Dantonistes. On a imprimé, en 1795, les Mémoires historiques de Philipeaux sur la Vendée. in-8°. B.
PHIL1PON DE LA MADELEINE (Louis), littérateur, né à Lyon en 1734, m. en 1818, fut d’abord avocat du roi à la Chambre des comptes de Besançon , puis intendant des finances du comte d’Artois. Privé de cet emploi par la Révolution , il obtint , sous le Directoire , la place de bibliothécaire du ministère de l’Intérieur. On a de lui , outre des pièces de théâtre et des chansons : Géographie élémentaire de France, 2e édit., 1801, in- 12; Homonymes français, 3e édit., 1817, in-8°; Manuel épistolaire, 7e édit., 1820, in-12; Grammaire des gens du monde, 2e édit., 1807, in-12; Dirtionnaire portatif des poêles français, depuis 1050 jusqu'en 1804, 1805, in-18; Dictionnaire portatif des rimes, précédé d'un traité de versification française, 2e édit., 1806, in-18; Dictionnaire portatif de la langue française, 3e édit., 1819, in-18, etc. Tous ces ouvrages, compo*és avec esprit et bon sens, et particulièrement écrits pour la jeunesse, furent utiles en leur temps; ils ont été depuis surpassés par d’autres.
PHILIPPE 1er, roi de Macédoine, 609-576 av. J.-C.
piulihpe il, roi de Macédoine, 360-336 av. J.-C., né en 382, était le 3e fils d’Amyntas 11. Mêlé dans sa jeunesse aux troubles qui agitèrent son pays, emmené comme otage àThèbes, en 366, par Pélopidas, il fut élevé dans la maison d’Epaminondas, formé par ce grand homme à la science militaire, à la stratégie, à l’art de conduire les hommes ; il dut , eu outre, à son séjour en Béotie de connaître les divisions de la Grèce, et d’apprendre le secret de sa faiblesse. A la mort de Perdiccas 111 , son frère, tué dans un combat contre les lllyriens, 360, il se rendit secrètement à Edesse, s’empara de la régence pour sou neveu Ainyntas, menacé par deux prétendants et plusieurs ennemis antérieurs, acheta la retraite des lllyriens, l’inaction des Thraces, protecteurs de Pausauias, l’un des prétendants,
désintéressa les Athéniens qui soutenaient Argée, le second, par la promesse d’assurer l’indépendance d’Amphipolis, et leur renvoya ceux de leurs soldats qu’il trouva dans l’armée d’ Argée. Plus libre alors, il défit les Péo— niens, dont le roi Agis venait de mourir, battit les Illyriens, tua leur roi Bardyllis, et se fit céder le pays à l’E. du lac Lychnide. Proclamé roi par les Macédoniens reconnaissants, il réforma l’armée, la porta de 10,000 à 30,000 hommes, y introduisit une discipline rigoureuse, fit élever à sa cour les enfants des grands, en composa exclusivement ses gardes (hétèree, compagnons) et sa cavalerie, à laquelle, le premier, il apprit à former le coin , enfin créa ou organisa la phalange, et forma des corps de Peltastes, d’où sortirent les Doryphores et les Argyraspides. Son but principal fut dès lors de donner des rivages à la Macédoine, pour la mettre à l’abri des dangers créés par les colonies grecques des côtes, et lui faire une place au milieu des nations maritimes; de là, en 358, le siège d’Amphipolis; il détourna les Olynthiens de la secourir, en leur livrant Anthémonte; il en écarta les Athéniens, déjà sourds d’ailleurs à la voix de Démosthène, et bientôt occupés par la guerre Sociale, en leur promettant de la leur livrer ; il la prit , la traita avec barbarie selon Démosthène, avec modération selon Diodore, et la garda, ainsi que Pydna, alliée d’Athènes, dont il s’empara par trahison; puis il prit Potidée pour Olynthe, et renvoya saine et sauve la garnison athénienne qu’il y avait trouvée. Maître, par Amphipolis, des bois de construction de la Thrace, i1 conquit plus à l’E. Crénides, qu’il appela Philippes, 356, exploita dans le voisinage les mines d’or du mont Rangée, et en tira un revenu annuel de 1,000 talents (environ G millions), grandes ressources pour le politique qui n’estimait « aucune place imprenable, quand on y peut faire pénétrer un mulet chargé d’or. >• 11 eut alors l’habileté de s’arrêter, affecta de se consacrer à l’administration de son royaume, à l’organisation de son armée et de ses finances; mais son mariage avec Olympias, 357, lui donna à l'O. l'Epire pour alliée; et, en 356, se trouvant hors de Relia, sa nouvelle capitale, il apprit simultanément trois grandes nouvelles : celle d’une victoire décisive de Parménion sur les lllyriens; celle d’un succès aux jeux Olympiques, qui l’introduisait de fait dans la grande famille grecque; celle enfin de la naissance d’Alexandre, dont il confia l’éducation à Aristote. Affermi dans le N. et l’O., il s’étendit de nouveau vers la mer Egée, prit et rasa une alliée d’Athènes, Méthone, dont le siège, en 353, lui coûta l'oeil droit (V. Aster), et, au S., s'immisça, malgré deux défaites, dans les troubles de la Thessalie : il y tua l’allié de Lyeophron, Onomarque, chef des Phocidiens sacrilèges ( V. Guerre sacrée), s’empara de Magnésie et de Pagases, avant qu’elles ne pussent être secourues par Athènes, et, par ces conquêtes, s’assura à la fois d’excellents chevaux pour sa cavalerie, de nouvelles positions sur la mer Egée. — Il avait voulu poursuivre en Grèce les Phocidiens sacrilèges; mais il trouva les Thermopyles gardées par Nausiclès et les Athéniens, justement inquiets de ses progrès; force lui fut de rentrer en Macédoine; il en garda rancune à Athènes. Bientôt , en effet, il justifia la lre Phitippiquc de Démosthène, 352, en attaquant un fort athénien entre Périnthe et Byzance. Puis, après une inaction apparente, qu’il employa à s’acheter des partisans en Grèce, il menaça Olynthe, en prenant les villes voisines, Apollonie, 350, Stagyre, Géra, Myciberne et Torone, 349, l’attaqua elle-même sans que les 3 Olynthiennes provoquassent un secours d’Athènes assez prompt et assez efficace, acheta d’Eutycrate et Lasthènes la reddi tion de la place, la pilla, en vendit les habitants, et , célébrant à Dium, 347, sa victoire par des jeux magnifiques, y attira un grand nombre de Grecs, et les gagna par ses présents. Athènes seule s’efforça de former contre lui une coalition; il feignitdevouloirtraiter, joua trois ambassades athéniennes, entre lesquelles il détrôna Kersobleptès, roi de Chersonèse, conclut avec la seconde, à Phères, un traité de 7 ans, et, sans attendre la 3e, qui venait en faire modifier les clauses, se fit appeler par les Béotiens pour terminer la Guerre sacrée, franchit à l’improviste les Thermopyles, 346, rejeta Phalécos et ses Phocidiens dans le Péloponèse, fit condamner le peuple sacrilège par le Conseil amphictyonique, hérita de ses deux voix dans ce conseil, et se fit attribuer, avec l’intendance du temple de Delphes, la présidence des jeux Pythiques. Grec à ce douille titre, il le fit reconnaître par Athènes elle-même, malgré 1 irritation de cette république, et Démosthène fit maintenir la paix. Elle n’était pas sincère; Philippe menaça Sparte et Corinthe pour isoler les Athéniens, se fit défendre devant eux contre de nouvelles accusations de Démosthène , et
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s’établit definitivement dans la Thessalie , qu’il divisa, 344, en 4 districts, et dont il s’attribua tous les revenus. Il recommença la guerre directe par une tentative sur Mégare, 343, et , à la suite d’opérations en Epire contre les ennemis d’Alexandre, son beau-frère, par un coup de main sur Ambracie, que sauva Démosthène lui -même pendant que les Athéniens assiégeaient Magnésie. Il s’en vengea en leur prenant Ilalonèse, remonta en Thrace, y détruisit plusieurs colonies grecques de la côte, en établit dans l'intérieur en les peuplant de Grecs fugitifs ou achetés, parfois même de malfaiteurs ( Philippopolis | , et par là menaça la Chersonèse orientale, Byzance, les rivages de l’Euxin , colonies et greniers d’Athènes; elle répondit en envoyant dans l’Hellespont l’énergique Diopithe, qui envahit même la Macédoine, et qui fut défendu par Démosthéne contre les plaintes des partisans de Philippe. En même temps, elle sollicitait les secours des Perses. Philippe ne ménagea plus rien; en 341, il assiégea Sélymbrie et Périnthe; la 2« fut sauvée par les secours de Byzance, des Perses et d’Athènes, dont les vaisseaux capturèrent dans la mer Egée plusieurs bâtiments macédoniens, pendant que Phocion chassait les Macédoniens de l’Euhée, 340 ?, expédition dont la date n’est pas certaine, et que d’autres placent 10 ans plus tôt , 350? Philippe ne fut pas plus heureux devant Byzance, également sauvée par Phocion , 340-330. Irrité, il alla battre les Scythes du roi Athias, fut attaqué au retour par les Triballes, courut risque de la vie, et ne fut sauvé que par son fils Alexandre. Ses ports étaient encore bloqués : Eschine, qu'il avait peut-être gagné à l'époque de la lre ambassade, le sauva en lui faisant donner le commandement des forces amphictyoniques pour une nouvelle guerre Sacrée contre les Locriens d'Amphissa. Entré en Grèce, il laissa de côté la guerre Sacrée, prit Elatée, la fortifia, et marcha sur l’Attique, aussitôt soulevée par Démosthène et unie à la Béotie : il triompha de cette coalition , et en battit le général Lysiclès à Chéronée, 333, victoire décisive qui ruina la liberté de la Grèce. Rappelé à la modération par Démade, satisfait de sa prépondérance, et secret admirateur d’Athènes, il lui accorda une paix honorable, lui laissa la Chersonèse, Lemnos, Imbros, Samos, et lui donna Oropos enlevée aux Thébains; mais il traita très-durement ceux-ci, et releva contre eux Orchomènes et Platée. Convoquant ensuite à Corinthe l’assemblée générale des Grecs, il se fit nommer généralissime, pour attaquer l’Empire perse à leur tête. Enfin , avant de rentrer en Macédoine, il envahit le Péloponése (date incertaine; d’autres placent cette invasion en 344 ), ravagea la Laconie, agrandit Messène, Mégalopolis, Tégée, Argos. A l’O. , il ndt garnison dans Ambrreie, fit chasser ses ennemis de l’Acarnanie, et, à l’E., reçut Byzance dans son alliance. En 337, il envoya en Asie Parménion et Attale, avec l’intention de les suivre de prés. Mais de violents démêlés avaient troublé le palais ; Olympias, répudiée et outragée, s’était retirée en Epire; Philippe avait épousé Cléopâtre, nièce d'Attale, un de ses officiers, et donné sa propre fille à son beau-frère Alexandre : pendant les fêtes qui suivirent le second mariage, il fut assassiné à Edesse par un Macédonien de haute naissance, Pausanias, à qui il avait refusé justice, •et que l’on a cru l’instrument soit d’Olympias, soit des Perses et d’Athènes secrètement unis par Démosthène. Philippe avait alors 47 ans. Parfait général malgré ses infirmités (il était borgne et boiteux), politique habile et peu scrupuleux, génie prudent et opiniâtre à la fois, il avait fait de la Macédoine le premier Etat du monde grec; il pouvait se promettre en Asie les succès réservés à son fils. L’histoire lui reconnaît de grandes qualités, un esprit vif et sensé, mais aussi des vices honteux et des mœurs dissolues. Il reste de lui quelques Lettres écrites d un style noble et concis. V. Flathe, Histoire de Macédoine , en allemand, 1834; Brueckerner, Philippe et les Etats grecs, eu allemand, 1837; Olivier, Histoire de Philippe, 1740. A. C.
ritiLiPHE in , roi de Macédoine. V. arrhidée.
Philippe iv , roi de Macédoine, fils de Cassandre, lui succéda, 298, et mourut presque aussitôt d’une grave maladie, laissant le trône à son frère Antipater.
Philippe v, roi de Macédoine (appelé le plus souvent Philippe 111 , à cause du peu d'importance des d ux précédents), né en 234 av. J.-C., roi de 220 à 178, était fils de Démétrius II , et neveu d’Antigone Doson , qui , chargé de la régence pendant sa minorité, s’empara du pouvoir, 232-220 II devint roi à l’âge de 14 ans, par la mort d'Antigone. Appelé en Grèce par Aratus, à qui il témoigna longtemps la plus grande déférence, il entra dans le Péloponése , où il évita de prendre parti dans les troubles
de Sparte , assembla à Corinthe les membres et les alliés de la ligue achéenne, se fit charger de l’exécution de leurs arrêts contre la ligue étolienne, et prononça à Egion un discours, dicté par Aratus, qui fit bien augurer de sa modération. 11 ne tarda pas à la démentir, 220-217, dans le cours de la Guerre des deux ligues , qu’il fut obligé d’interrompre pour revenir repousser de son royaume une menaçante invasion de Dardaniens : on le vit, en effet, ravager les campagnes d’Elis et de Triphylie, prendre Ambracie, brûler le temple de Thermos, renverser dans cette ville plus de 2,000 statues, enfin , après la prise de Thèbes en Phlhiotide, pénétrer dans la Laconie, où il battit deux fois le tyran Lycurgue. Il aurait dû au moins écraser les Etoliens et Sparte, pour prévenir les divisions de la Grèce en face de l’étranger : il leur accorda la paix, à la condition qu’ils lui laisseraient ses conquêtes , et qu’ils défendraient la patrie commune contre Rome. En 217, il céda aux suggestions de Démétrius de Pharos, qui , détrôné par les Romains, lui conseillait la conquête de l’Italie, équipa 100 vaisseaux pour les chasser de l'Ulyrie, laissa échapper l’occasion de jeter une armée en Italie au moment de la bataille de Cannes, 21G, et traita tardivement avec Annibal , 215. Il devait mettre en mer 200 vaisseaux, aider les Carthaginois à s’emparer de l’Italie, et en obtenir des secours pour établir sa domination sur toute la Grèce, les îles et les contrées voisines. Rome découvrit le traité, le révéla aux Grecs indignés, gagna les Etoliens, qui lui ouvrirent la Grèce centrale, mit à profit les lenteurs de Philippe, et l’attaqua la première au moment où il assiégeait Apollonie ; Valérius Lævinus le força de brûler luimême sg flotte à l’embouchure de l’Aoüs. Philippe, irrité de cet échec et plus encore des reproches d'Aratus, fit peut-être empoisonner ce censeur incommode, avec son fils , crime qui lui aliéna une partie de la ligue achéenne. Le sénat lui suscita en Grèce de nouveaux ennemis; il vainquit cependant les Etoliens en diverses rencontres, 211-205, et notamment à Larisse, 208, Sulpicius près de Corinthe, 209, les Messéniens dans le Péloponése; mais, attaqué par Attale de Pergame, qui lui enleva plusieurs villes, il traita séparément, 205, avec l’Etolie, et avec Rome au prix de la Parthénie. En retour, il voulut, de concert avec Antiochus le Grand, dépouiller Ptolémée Epiphane, 204, fut arrêté dans ce dessein par la protection que Rome étendit sur l’Egypte, fit néanmoins la guerre aux alliés du sénat et de Ptolémée, Rhodes, dont il triompha près de Milet, 203, et Attale, qui le battit plusieurs fois, mais sans pouvoir l’empêcher de prendre plusieurs villes de Thrace, 5 places de Mysie et Abydos. Engagé par Rome à ménager les alliés de la république, il continua ses attaques, irrita les Grecs par ses crimes et son despotisme, osa envoyer, avant Zama, 4,000 hommes à Annibal, et, ravageant l’Attique, y brûla le Lycée, y brisa un nombre considérable de statues. Le sénat lui déclara la guerre, 200, et l’attaqua sur quatre points (Eubéc , Péloponése, Thessalie, Macédoine); réduit à peu d'alliés (Béotiens, Thessaliens, Acarnaniens, Epirotes et Achéens), Philippe perdit Chalcis en Eubée, vit ses côte3 dévastées par une flotte romaine, fut battu par le consul Servilius au Lycus, à Athacus, à Octolophe, et rejeté en Macédoine, où le défaut de vivres empêcha seul le consul de s'établir. En 199, l’inaction du nouveau consul, Villius, permit à Philippe d’occuper sur les bords de l’Aoüs une position inexpugnable, d’où il couvrit l’Epire et la Thessalie; mais Flamininus l’en débusqua, 198, en tournant le camp royal par un sentier dont un traître lui révéla l’existence, le laissa piller et s’aliéner ainsi la Thessalie, gagna lui-même les peuples de la Grèce centrale, et, en juin 197, le vainquit à Cynoscéphales. Philippe traita, et consentit à n’avoir plus que 500 soldats, 5 vaisseaux de transport, sans bâtiments militaires, à payer immédiatement 500 talents (près de 3 millions) et 50 annuellement, à ne point faire de guerre sans le consentement du sénat , à rendre leur indépendance à la Thessalie et à l’Orestie, enfin à donner des otages, et, entre autres, son fils Démétrius. D’abord fidèle au traité, il fournit des auxiliaires à Flamininus pour sa guerre contre Nabis, tyran de Sparte, et plus tard aux légions d’Apollonie pour reprendre sur Antiochus le Grand, 192, plusieurs villes thessaliennes et débloquer Larisse. Bientôt il chercha en Thrace des compensations à ses pertes, occupa Ænos et Maronée, et, dénoncé par Eumène, obligé de comparaître devant les Romains, dépossédé de ses nouvelles conquêtes, il ne songea plus qu’à la guerre : tous les jours il se fit lire le traité avec Rome, pour entretenir son indignation; il se prépara de nouvelles ressources, en ouvrant des mines, établissant des impôts, développant le commerce, repeu-
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plant les villes maritimes et en fondant de nouvelles (Philippopolis sur les bords de l'Hèbre) ; il entama des négociations secrètes avec les Bastarnes du Danube, dans la pensée de les établir en Dardanie et de les jeter de ce point sur Rome. Mais le sénat avait un parti puissant dans îa Macédoine même; Démétrius, élevé à Rome, fut rendu à son père, et devint le chef de ce parti ; Persée, qui voulait régner, en profita pour calomnier Démétrius auprès de Philippe, 181, et faire périr son frère ; Philippe languit ensuite, consumé de regrets et de remords; il mourut, laissant ses préparatifs inachevés aux mains de Persée lui-même. Il avait manqué de suite dans ses desseins, de modération et de loyauté dans sa conduite ; mais il avait jugé la politique du sénat, et fait tous ses efforts pour y mettre obstacle ; il échoua en partie par sa faute, en partie par les divisions et la faiblesse de la Grèce. A. C.
Philippe, roi de Syrie, 95-80 av. J.-C. , était fils d’Antiochus VIII Grypus. A la mort de son frère aîné Séleucus VI, il partagea le trône avec son frère jumeau Antiochus XI (de là leur surnom de Philadelplies) , attaqua avec lui Antiochus IX de Cyzique, conquit la Cilicie , mais fut vaincu en Syrie par Antiochus X, fils du précédent, et son frère se noya dans l’Oronte, 95. De concert avec un 3e frère, Démétrius, que soutenait Ptolémée Soter II d'Egypte, il chassa Antiochus X, voulut régner seul, attaqua Damas pendant l'absence de Démétrius, fut battu par lui au retour, perdit Antioche sa capitale, et ne reprit l’avantage qu’avec le secours du général Parthe Mithridate Sinnacès, qui fit son adversaire prisonnier, 88. 11 se montra clément envers les partisans de Démétrius; toutefois, Damas ne reconnut pas son autorité, et se livra à un autre de ses frères (Antiochus XII Dionysos et Callinicus) ; mais il la prit, pendant que celui-ci combattait les Arabes et les Juifs. Il la traita si durement, qu'elle retourna à Antiochus XII, et, après la mort de ce prince, 85, se donna à Arétas, roi Arabe, au moment où Antiochus X de Cyzique reprena.t quelques parties de la Syrie. Lassés des démêlés des Séleucides, les Syriens offrirent la couronne à Tigrane, roi d’Arménie, et Philippe fut réduit à une condition privée, 80. Six ans après la réduction de la Syrie par Pompée, il fut appelé, en 58, par les filles de Ptolémée Aulètes à les défendre contre leur père , qu’elles avaient chassé et que Rome rétablissait. Il allait partir pour Alexandrie, quand il fut arrêté par Gabiuius, gouverneur de Syrie. Il mourut l’année suivante, 57. A. C.
Philippe de Judée, fils d’Hérode, fut accusé auprès de lui de crimes imaginaires par son frère Antipater, fut reconnu innocent, devint le préféré d’Hérode, alla après sa mort, 4 av. J.-C. défendre, à Rome, Archélaiis son autre frère, dont on contestait les droits au royaume de Judée, gagna en partie sa cause, reçut d’Auguste le titre de tétrarque avec la Trachonite, la Batanée, l'Auranitide, l’Iturée et quelques autres territoires. Il ne fut pas enveloppé dans la disgrâce d’ Archélaiis, détrôné en l'an 6 après J.-C., agrandit le bourg de Bethsaide, en fit une ville qu’il appela Julias (de Julie, fille d’Auguste), augmenta Panéas aux sources du Jourdain, l’appela Césarée , et mourut en 3.3, ne laissant nul enfant de Salomé, fille d’Hérode-Philippe et d’Ilérodiade. Sa tétrarchie fut, après lui, réunie à la province de Syrie. A. C.
Philippe, Lucius-Marcius-Philippus, consul l’an 662 de Rome, 91 av. J.-C., fit, avec les chevaliers, une vive opposition aux plans de Drusus et aux demandes des alliés ; il attaqua avec violence le sénat, provoqua ainsi une foudroyante réplique de Crassus, dernier discours de ce grand orateur, voulut en vain arrêter les suffrages le jour du vote, mais fut repoussé avec une grande violence par le viateur du tribun. 11 dut bientôt à un avis de Drusus lui-même d’échapper au complot formé contre sa vie par les conjurés italiens : service qui ne l'empêcha peut-être pas d’être le complice du meurtre de Drusus, bientôt assassiné par la faction des chevaliers. A. C.
Philippe (Marcus-Julius), dit l'Arabe, empereur romain, l’an 997-1002 de Rome, 244-219 de J.-C., né vers 204 près de Bostra, était fils d’un ancien chef de brigands , se distingua sans doute par ses services militaires, devint préfet du Prétoire, 243, après la mort du tuteur de Gordien III, Misitliée, qu’il avait peut-être empoisonné, excita contre Gordien, par une disette simulée, le mécontentement des soldats de Mésopotamie, se fit associer par eux à l’Empire, et bientôt succéda à l’empereur, massacré par les soldats. Il termina la guerre contre les Perses, en cédant à Sapor la Mésopotamie, prit le titre de Parlhicus Maximus, associa à, l’Empire son fils M. Julius Philippus, et vint à Antioche. pour y prendre part aux fêtes de Pâques; il était, eu effet, chrétien. Mais le patriarche
Babylas lui ferma l’église, jusqu’à ee qu’il eût expié ses crimes, et, en particulier, le meurtre de Gordien, au sujet duquel Origène lui écrivit une longue lettre de reproches. Il se soumit, confia à son frère Priscus le gouvernement de la Syrie, revint à Rome, et ne s’occupa plus qu’à réprimer les Barbares du Danube, les Goths , les Carpes, qu'il vainquit en Dacie, 245. Il prit les noms de Carpir.us Maximus, Germanicus Maximus, 247, célébra à Rome le millième anniversaire de la fondation de Rome, et vit commencer la longue période d’usurpateurs qui ne finit qu’en 268 : Jotapien vainquit Priscus en Syrie, et prit la pourpre; Décius, envoyé contre Marinus, que venaient de proclamer les légions de Moesie révoltées, fut porté par elles à l’empire. Philippe périt à Vérone en le combattant, 249, et les Prétoriens massacrèrent son fils. A. C.
Philippe , Aoarnanien, médecin d’Alexandre le Grand. Ce prince s’étant baigné tout couvert de sueur dans le Cydnus, à Tarse, fut saisi d'une fièvre violente, qui menaça ses jours. Philippe lui présenta une potion, et, malgré une lettre de Parménion, qui dénonçait ce médecin comme vendu à Darius, Alexandre l’avala, et guérit, 333 av. J.-C. O.
Philippe de Thessalonique, poëte grec, dont l’époque précise est inconnue; Vavasseur et Fabricius en font un contemporain d’Auguste; Reiske etjacobs le placent au temps de Nerva et de Trajan. On lui doit un recueil des pièces légères de 13 petits poètes , connu sous le nom de Deuxième Anthologie ou Anthologie de Philippe; et un certain nombre d’épigrammes de sa composition, insérées dans cette collection : les unes sont gracieuses et délicates ; les autres, vives et spirituelles; quelques-unes, pleines de force (sur Hipponax et sur Léonidas). 11 n’y a pas d’édition spéciale de son Anthologie; on la trouve dans les grandes éditions de l’Anthologie de Planude. A. C.
Philippe ( Saint) , un des 12 Apôtres, né à Bethsaïde (Galilée) , fut appelé auprès de J.-C. le jour qui suivit la vocation de S1 Pierre et de S1 André, et le suivit jusqu’au jardin des Oliviers. Après la descente du S>-Esprit, il alla prêcher l’Evangile en Phrygie, où il mourut vers l’an 80, dans un âge très- avancé. Fête, le 14 novembre dans l'Eglise grecque, le 1er mai dans l’Eglise latine.
Philippe (Saint), un des 7 premiers diacres de l'Eglise, prêcha à Samarie , et confondit par ses miracles Simon le Magicien. On croit qu’il mourut à Césarée vers l’an 70. Fête, le 6 juin.
PHILIPPE neri (Saint). V. néri.
Philippe Ier, 4e roi Capétien, 1060-1108, né en 1053, était fils de Henri Ier et d’Anne de Russie; il fut sacré à Reims du vivant de son père, 1059, et devint roi sous la tutelle de Baudouin V, comte de Flandre , son oncle maternel. Baudouin administra loyalement le domaine ; à sa mort, 1067, Philippe voulut intervenir dans les luttes de ses fils, fut battu, en 1070, par Robert le Frison à Cassel, et obligé d'épouser, 1071, la belle-fille du vainqueur, Berthe, fille de Florent, comte de Hollande. Pour affaiblir la puissance de Guillaume le Conquérant, roi d’Angleterre, duc de Normandie, et prétendant à la suzeraineté sur la Bretagne, il s’unit au fils aîné de ce prince, Robert Courte -Heuse, qui ne put tenir contre son père, 1074- 1077 ; puis il fit échouer Guillaume au siège de Dol en Bretagne, et l’inquiéta du côté du Vexin , 1076. En 1087, les pillages commis par les gens de Mantes dans le comté d’Evreux, le refus de restituer le Vexin à la Normandie, une allusion grossière à l’embonpoint maladif de Guillaume, attirèrent sur Philippe Ier la colère du duc : Mantes fut pillée et brûlée; mais Guillaume y mourut; et, libre de ce côté, grâce aux discordes de ses trois fils, vainqueur, en 1089 , du comte de Blois et de Chartres qu’il fit prisonnier, Philippe s’abandonna sans contrainte à ses passions. Il répudia, 1091, Berthe, demanda en mariage Emma, fille de Roger de Sicile, n’attendit pas son arrivée, obéit à l’appel de Bertrade de Montfort, 3e femme de Foulques le Réchin, l'enleva dans l’église de Tours, et l’épousa. 11 encourut ainsi , 1095 , l'excommunication : Urbain II la lança, au concile de Clermont, contre le roi adultère et simoniaque à la fois. En guerre un instant, 1097 , avec Guillaume le Roux au sujet du Vexin, Philippe n’obtint de Pascal II l’absolution qu'après 10 années, 1105, et en s’humiliant complètement devant l'Eglise. Dès 1100, le besoin de réprimer les barons du domaine, encouragés dans leur rébellion par l’excommunication du suzerain, lui avait fait associer son fils Louis au trône, et le jeune prince se signala aussitôt contre les barons du N. de Paris. La haine de Bertrade contre Louis s’en accrut; elle l’empoisonna; il fut sauvé, mais conserva toujours une pâleur mortelle; les instances de son
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père l’amenèrent à se réconcilier avec sa marâtre, 1104, et Philippe lui accorda, en gage de réconciliation, Pontoise et le Vexin. Ce prince demeura étranger aux grands événements de son temps ( établissements des Normands en Sicile, conquête de l’Angleterre, guerres soutenues contre les Musulmans d’Espagne par des princes aquitains groupés autour du Cid , fondation du comté de Portugal par Henri de Bourgogne, élévation d’une dynastie bourguignonne en Castille, 1™ croisade, etc.) - Philippe a réuni trois territoires au domaine : le Gâtinais, 1066, le Yexin, 1076, le comté de Bourges, 11C0. Il est le premier qui, pour autoriser ses lois et chartes, les ait fait souscrire par ses grands officiers. De Bertlie il avait eu 4 enfants : Louis le Gros, Henri, Charles, Constance, mariée d’abord à Hugues de Troyes, puis à Bohémond d’Antioche; de Bertrade, 4: Philippe, comte de Mantes et sire de Mehun , Fleuri , Cécile, qui épousa successivement Tancrède , neveu de Bohémond, et Pons de Toulouse, comte de Tripoli, enfin Eustache, qui fut mariée à Jean d’Etampes. A. C.
philîppe il ou Philippe- AUGUSTE , ainsi nommé du mots de sa naissance (août, en latin Augustus } , 7e roi Capétien, 1180-1223, né en 1165, fils aîné de Louis VII et d’Alix ou Adélaïde de Champagne , reçut successivement les surnoms de Dieudonné , d’ Auguste et de Conquérant. Sacré, du vivant même de son père , il subit quelque temps les deux influences rivales de sa mère unie à ses 4 oncles (Henri de Champagne, Guillaume de Champagne, cardinal-archevêque de Reims , Thibaut de Chartres, Etienne de Sancerre), et de Philippe d’Alsace, comte de Flandre, son parrain , qui lui avait fait épouser sa nièce, Isabelle de Hainaut : descendante de Charlemagne par Charles de Lorraine, elle semblait lui apporter une seconde consécration de la royauté , et devait, à la mort du comte de Flandre, hériter de l’Artois et d’une partie de ses domaines. Après avoir rendu plusieurs édits contre les hérétiques, blasphémateurs, histrions et comédiens, il dégagea bientôt la royauté menacée par ces intrigues de famille : uni à Philippe d’Alsace, il rejeta la tutelle de sa mère et de ses 4 oncles , refusa ensuite de se laisser gouverner par le comte de Flandre, combattit hardiment la ligue formée par lui avec les princes de Champagne et Hugues III de Bourgogne, fut d’abord repoussé dans le Berry, 1181, mais, secouru par son beau-frère, Henri Court-Mantel , et par les Brabançons, ravagea les terres bourguignonnes et champenoises , réclama l’héritage de la femme du comte de Flandre, Eléonore de Vermandois , qui venait de mourir, 1182, et, grâce à la médiation de Henri II, roi d’Angleterre, arracha au comte l’Amiénois. Il l’attaqua de nouveau, 1184-85, dans la crainte qu’un 2e mariage du comte ne le privât de ses droits sur ses Etats , et le contraignit , avec l'aide de Henri II, à lui céder le Vermandois, moins Péronne et S'-Quentin, dont la réversibilité lui fut promise, ainsi que pour l’Artois. S’associant aussi aux efforts tentés de toutes parts pour maintenir la paix publique , il contraignit le sire de Èeaujeu , le comte de Châlons et le duc de Bourgogne , à respecter les biens de l’Eglise et à reconnaître la prérogative royale ; il autorisa au début, et soutint avec les milices communales , l’association dite des Capuchons ou des Chaperons blancs , spontanément formée pour détruire les Brabançons , Bouliers, Cottereaux , Aragonais, qui pillaient les marchands , infestaient le plat pays et torturaient les prêtres; 7,500 furent exterminés près de Châteaudun , 1184, et les nobles d’Auvergne en tuèrent plus de 3,000. De 1186 à 1189 , Philippe reprit la lutte de son père contre Henri II , lui réclamant le Vexin à la mort de Henri Court-Mantel qui l’avait reçu en dot; la lutte fut encore circonscrite dans le Vexin et dans le Berry, 1186; mais en excitant contre Henri son fils Richard , dont il reçut l'hommage, 1188, en bravant l’intervention du pape, il imposa à Henri II le traité d’Azai-sur-Cher, 1189, qui lui laissa ces 2 provinces. A la mort de Henri, il renouvela d’abord avec Richard un pacte d’amitié et d’alliance ; mais leur position réciproque et les différences de leur caractère devaient les mettre aux prises. La 3e Croisade ( Y. ce mot ) , sembla devoir retarder leur rupture : elle éclata cependant, une ire fois en Sicile, au sujet de la dot d’Alix, sœur de Philippe, que Richard avait dû épouser, une 2e fois en Palestine, où Philippe, arrivé le 1er, attendit Richard pour prendre Sl-Jcan-d’Acre , 1191. Fatigué de ces démêlés , gravement affaibli par le climat de l’Asie , il revint en Europe, avec l’intention de profiter de l’absence de son rival pour lui enlever ses provinces de France. En effet, il exploita l’ambition de Jean-sans-Terre , contribua peutêtre à faire pro'onger la captivité de Richard en Allemagne , et , malgré l’intervention du pape , envahit la Normandie ; mais il échoua devant Rouen, 1193, et bientôt
Richard délivré s’allia à deux reprises aux barons français contre leur roi : la 1rs ligue, 1194-97, fut marquée par le combat de Fréteval , 1194, où Philippe, vaincu, perdit son sceau et ses archives, et terminée par une paix qui lui valut Gisors , Vernon, Néauphle, Pacy, Longueville, lvry; la 2®, 1197-99, fut occupée par les guerres du Vexin , pendant lesquelles le roi faillit, à Gisors, périr dans l’Epte, dont le pont s’était rompu sous lui, et fit occuper le comté d’Auvergne abandonné par Richard à ses armes; une trêve de 5 ans , ménagée par le pape , termina la guerre. L’année précédente , Philippe avait soutenu en Allemagne, 1198, Philippe de Souabe contre Othon de Brunswick. — Délivré de Richard , il trouva dans le droit féodal le moyen d'enlever à Jean-sans-Terre ses provinces de France. Mais il ne put commencer la lutte qu'après avoir obtenu, en 1201, l'absolution d'innocent III, qui avait renouvelé, en 1200, l’excommunication lancée contre lui et l’interdit mis sur le royaume, dès 1197, par Célestin III, à cause de la répudiation d’Ingelburge de Danemark, 1193, et du mariage, 1196, avec Agnès de Méranie ( V . ces noms) , abandonnée seulement en 1201 et morte peu après. Allié d’Arthur de Bretagne , il en reçut l’hommage pour toutes les possessions anglaises en France, attaqua luimême la Normandie, 1202, et par Arthur le Poitou, et, après le meurtre du jeune prince , 1203 , par Jean-sans- Terre , cita celui-ci devant la Cour des Pairs , et le fit condamner par défaut à la confiscation de ses fiefs, 1203. Il se chargea d’exécuter l’arrêt, envahit la Normandie, 1204, l’Anjou, la Touraine, le Poitou, 1205, et imposa à Jean , 1206, un traité qui lui laissa les provinces conquises, et lui valut même le gouvernement de la Bretagne pendant la minorité d’Alix. De 1200 à 1204 , la 4e Croisade avait été prêchée par Foulques de Neuilly ; Philippe n’y prit aucune part. Il en agit de même par rapport à la Croisade contre les Albigeois, ne voulant ni entrer en lutte avec la papauté , ni se rendre odieux aux populations du Midi ; avant même que la guerre fût terminée , il recueillit les fruits de sa prudence, acceptant l’hommage de Simon de Montfort pour les pays conquis, et couvrant de sa protection Montpellier, 1216. Jusque-là il s’occupa exclusivement des affaires du Nord, en rattacha plus étroitement les provinces à la couronne, et créa en Bretagne une dynastie française en faisant épouser à Alix , 1209, Pierre Mauclerc. L’extension de sa puissance ou de son influence, la vigueur de son gouvernement, effrayèrent les barons des provinces conquises et les grands feudataires; Jean crut pouvoir recommencer la lutte avec le concours de l’Allemagne et de la féodalité française, 1212; mais Philippe triompha de son principal allié , Renaud de Boulogne, 1212, et, invité par Innocent III à s’emparer de l’Angleterre, fit avec joie, 1213, les préparatifs d’une expédition que Jean fit manquer en s’humiliant devant le pape; il se laissa détourner sur la Flandre, dont le comte, Ferrand, était l’allié de Jean et d'Othon IV, en dévasta les côtes, vengea l'incendie de sa flotte, détruite par Guillaume de Salisbury , en mettant à sac Dam et Lille , dont les habitants furent vendus comme serfs, et, par cette rigueur, précipita la formation de la coalition féodale et étrangère qui mit toutes ses conquêtes antérieures en péril. Jean débarqua à La Rochelle et attaqua les provinces du centre; Othon IV, son gendre, les comtes de Flandre, de Boulogne, de Hollande, les ducs de Limbourg, de Brabant, etc. , attaquèrent par le N. ; Philippe fit appel aux milices communales et paroissiales; avec elles il triompha à Bouvines, 1214, grande victoire qui , complétée par celle de la Roche-aux-Moines , où Louis de France battit Jeansans-Terre , consolida les conquêtes précédentes , révéla toute la force et l’élan de la nationalité française, et scella plus étroitement l’alliance du roi et des communes. A son tour, Philippe soutint les barons et l’Eglise d’Angleterre contre Jean, qui venait de violer la Grande-Charte , 1216, et accepta la couronne d’Angleterre pour son fils; la mort de Jean, les défaites de Lincoln et de Douvres, 1217, mirent bientôt fin à ce règne éphémère. Du moins, la minorité de Henri III en Angleterre ôtait à Philippe toute inquiétude de ce côté. Il passa en paix ses dernières années , surveillant les événements du Midi , laissant , 1219 , son fils Louis s’associer aux Croisés contre un retour offensif des Albigeois, mais refusant, pour ne pas compromettre la royauté dans une guerre ruineuse c-t odieuse, la cession que lui proposait Amaury de Montfort. — Philippe- Auguste a travaillé activement â fonder l’unité française. Il confirma l’alliance de la royauté avec l’Eglise et avec les Communes, dont 78 lui durent la confirmation de leurs chartes. Il régla l’administration judiciaire par son Teslx- ' ment ( ordonnance de 1190 , rendue avant son départ pour
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la Croisade), organisant une véritable hiérarchie de justices; au degré inférieur, les prévôts (on en trouve 45 en 1200, 73 en 1223) , magistrats nommés à vie, dont les fonctions consistaient à rendre la justice avec le concours d 'assesseurs hummes-libres, à maintenir par leurs sergents armés la police et le bon ordre, à percevoir les revenus et exiger les corvées, à convoquer les milices et les hommes du guet, à veiller aux travaux d’utilité dans les grandes villes ; au-dessus , les baillis , magistrats , d'abord inspecteurs, puis permanents, chargés de faire des tournées annuelles pour recueillir les plaintes contre les agents inférieurs, de tenir des assises mensuelles pour recevoir les appels des Cours prévôtales, de veiller à l’accomplissement des devoirs féodaux des seigneurs, de percevoir les Aides féodales, etc. ; au sommet enfin , dans le Testament, la Cour des Régents , et, après le retour de Philippe, la Cour du roi ( Curia palatii domini regis ) , recevant les appels des jugements des baillis, et tenant assises tous les 4 mois. Il supprima la dignité de sénéchal , devenue trop considérable, et n’en conserva que la grande maîtrise (ma joratus), investie seulement de l’autorité dans l’intérieur du palais; il accrut l’importance du chancelier , et organisa la Cour des Pairs ( V. ce mot). Il forma des corps de troupes mercenaires , les Routiers , les Ribauds ( V. ces mots ) , et régla qu’en cas de partage d’un fief, les cadets relèveraient directement du suzerain, non de leur aîné; double coup porté indirectement à la féodalité, dont le roi ne pouvait encore se dégager. En 1190, il organisa la /i//e ainée des rois , l’ Université , dont les statuts, rédigés, en 1215, par Robert de Courçon , légat d’innocent III , consacrèrent les importants privilèges (tenues d’assemblées, élection du recteur et des dignitaires, juridiction spéciale |. Enfin il s’efforça de modérer la puissance ecclésiastique, et de provoquer une entente préalable entre elle et la royauté sur les questions d’administration. De 1190 à 1212 , il fit faire une nouvelle enceinte de Paris ( V. ce mot) , fit paver les places et rues importantes, construire le Trésor des Charles pour la garde des archives , élever le château du Eouvre, continuer Notre-Dame de Paris, commencer les Halles et l’Hôtel-Dicu. Ainsi il a jeté les fondements de l’administration, fait de la royauté la protectrice de l'ordre public, de la justice générale , de l’intérêt commun, créé le Royaume par la réunion au domaine de la terre d’Auvergne, 1190, du comté d’Artois , 1199, du comté d’Evreux, 1200, du comté de Meulan , 1203, du duché de Normandie, 1204, des comtés de Touraine, Maine , Anjou, Poitou , 1205-1206 , des comtés de Vermandois et de Valois , 1214, du comté d’Alençon , 1216-1223, par acquisition des droits des héritiers du dernier comte Robert. — De là le nom de Charlemagne Capétien, qu’il avait ambitionné peut-être, et que lui ont donné quelques auteurs. V. Capefigue, Histoire de Phitijipe- Auguste, 1827-29, 4 vol. in-8». A. C.
Philip uk ni , dit le Hardi, 10e roi Capétien, 1270-85, né en 1245, 2e fils de Louis IX et de Marguerite de Provence , fut reconnu roi, à 25 ans, sur la côte d’Airique après la mort de son père devant Tunis, reçut, en danger de mort lui-même , le serment des grands vassaux , confirma dans leur autorité les régents de France établis par Louis IX ( Mathieu de Vendôme, abbé deS'-Denis, et Simon de Clermont de Nesle) , et fixa à 14 ans la majorité de son fils Louis. Rétabli, disposant d’une forte armée par l’arrivée de Charles d’Anjou, son oncle, il battit les Maures, leur imposa un traité onéreux qui sauva l’honneur des Croisés en stipulant la liberté du culte catholique dans Tunis, s’embarqua malgré l’opposition d’Edouard d’Angleterre, et ramena, en Sicile d’abord, où il perdit encore 5,000 de ses sujets, puis en Calabre, où sa femme Isabelle périt d’une chute de cheval, enfin en France, de nombreux cercueils et les faibles débris d’une armée réduite de 30,000 hommes. Héritier du Poitou et du comté de Toulouse, 1271, par la mort d'Alphonse de Poitiers, son oncle; du Perche et d’Alençon, 1283, par celle de Pierre, 5e fils de S1 Louis ; maître, par achat, des comtés de Nemours, 1274, et de Chartres, 1284, il maintint avec énergie la prépondérance royale. Il attaqua, 1272, et contraignit à capituler dans son château de Eoix le comte Roger -Bernard, qui s’était emparé du château royal de Sompuy, se fit céder le haut-comté de Foix, et, par cet acte de vigueur, prévint pour tout son règne toute rébellion féodale. Edouard ]w vint lui prêter hominagï à Paris, 1273, et lui soumit, 1274, sa contestation avec le vicomte de Béarn, contre qui Philippe 111 prononça. Une moitié d’Avignon et le Comtat- Venaissin lui étaient revenus par le comte de Poitiers : il les céda, 1274, au pape Grégoire X. Il remit également à Edouard , 1279, l’Agénois, qu’il avait saisi en 1272. Remarié à Marie de Brabant, 1274 , il punit de
la peine capitale les Insinuations du grand-chambellan Pierre de la Brosse contre la nouvelle reine, au sujet de la mort de Louis, son fils aîné, 1276 , et, depuis ce moment, se donna tout entier aux affaires du Midi. Les guerres civiles de la Navarre, partagée entre Jacques Ier d’Aragon , Alphonse X de Castille et la jeune Jeanne de Navarre, fille de Henri de Champagne, lui fournirent un prétexte pour y intervenir ; il prépara la réunion de la Navarre et de la Champagne au domaine, en mariant, 1275, Jeanne à son fils Philippe le Bel, fit occuper la Navarre par le sénéchal de Toulouse, qui compromit ses succès en touchant aux lois du pays, et par Robert d’Artois, qui enleva Pampetune et rétablit les privilèges nationaux, 1276. En Castille, il voulut soutenir contre Sanche le Brave, héritier désigné du trône, les droits de ses neveux, les infants de La Cerda; mais, faute de préparatifs suffisants, il échoua, 1276, au passage des Pyrénées, et, sous la médiation de Jean XXI , dut signer une double trêve. Les Vêpres siciliennes, 1282, le mirent aux prises avec Pierre 111 d’Aragon, instigateur du massacre, adversaire de Charles d’Anjou, et allié d’Alphonse X de Castille; il envoya d’abord en Calabre, sous les ordres de Pierre d’Alençon, son frère, une armée que les hésitations de Charles d’Anjou rendirent inutile ; plus tard, il accepta pour son 2e fils, Charles de Valois, l’investiture du royaume d’Aragon, offerte par Martin IV, occupa Perpignan, enleva et détruisit Elne, ne put avec Jacques de Majorque, frère et ennemi de Pierre III , forcer le col de Panissar, mais franchit celui de la Mançana, et soumit une partie de la Catalogne, Girone même, après une longue résistance, 1285. Une épidémie le força de rentrer en France; les Aragonais lui enlevèrent tous ses bagages dans les gorges de Panissar; il fut, à grand’peine, transporté dans une litière à Perpignan, et il y mourut. 11 avait continué la politique de S1 Louis, conservé le droit exclusif d’établir des marchés dans les bourgs, des communes dans les villes, maintenu la jurisprudence des appels, fait rédiger, 1274, les statuts des avocats des justices royales, et obligé Edouard 1er d’Angleterre à dater ses chartes de Guyenne de l’avénement du suzerain et non du sien propre ; enfin il fit doublement de la royauté la loi vivante : 1° en conférant, 1272, à un orfèvre de Paris, son argentier Raoul, la noblesse jusqu’alors inhérente à la propriété féodale, et proclamant, 1280, que « nul seigneur ne peut faire chevalier un vilain sans l’autorité du roi ; ” 2° en formulant l’inaliénabilité du domaine et la non-transmissibilité des apanages aux collatéraux, 1271. De sa lre femme, Isabelle d’Aragon , épousée en 1262, il avait eu 4 enfants : Louis mort jeune; Philippe IV ; Charles de Val'ois, tige de la branche royale de ce nom et d’une maison d’Alençon ; Bobert, mort jeune; de la 2e, Marie de Brabant, 3 | Louis d'Evreux, tige de la maison de ce nom , plus tard maison royale de Navarre; Marguerite, mariée à Edouard Ier d’Angleterre, 1299; Blanche, mariée à Rodolphe d’Autriche, fils de l’empereur Albert Ier) . A. C.
PHILIPPE IV, le Bel, 11e Capétien, roi de France et dt Navarre, 1285-1314, double titre qui ne fut porté alors que par lui et ses trois fils; 2e fils de Philippe 111 et d Isabelle d’Aragon, il naquit à Fontainebleau en 1268. Décidé à dégager d’abord la France des embarras lointains causés par les guerres du Midi, il sut cependant temporiser, pour ne point sacrifier précipitamment les intérêts des princes de Valois et d’Anjou, opposa habilement à l’Aragon, 1288- 1289, le roi de Castille, Sanche IV, gagné par l’abandon des infants de La Cerda, et le roi de Majorque , commis contre son frère à la défense des frontières françaises du Sud. Plus tard, il fit consentir son frère Charles de Valois à l’échange de ses droits illusoires sur l’Aragon contre l’apanage de l’Anjou et du Maine , dot de la fille de Charles de Provence et Naples, épousée par lui; il put alors terminer toutes ces guerres par les traités de larascon, 1291, et d’Anagni, 1295, qui laissèrent la Sicile à l’Aragon et Naples à Charles le Boiteux. Maître absolu d un domaine considérable, successivement accru, par son avènement , de la Navarre , de la Champagne et de la Brie (dot de sa femme): par le mariage de son 2e fils, 1294, de la Franche-Comté ; par la mort de Hugues de Lusignan, dont il dépouilla les héritiers légitimes, de la Marche et de l’Angoumois, 1308-1309; enfin de Viviers et Lyon, peu à peu soustraits, 1292-1313, à la suzeraineté de I Empire, il voulut réunir la Guyenne restée au pouvoir des Anglais. Il prit prétexte d’une rixe de matelots anglais et normands dans Bayonne, 1292, pour citer devant les Pairs Edouard Ier, occupé contre les Gallois. Sur son refus de comparaître, il fit piller Douvres par une flotte française, 1293, confisqua la Guyenne 1294, et la fit oc-
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cuper par Charles de Valois et le connétable Raoul de | Nesle, 1294-95, sauf Bordeaux et Baronne, soutint les Ecossais contre l'Angleterre , et, avec Robert d'Artois, alla battre à Fumes , 1297 , Guy de Dampierre , comte de Flandre, allié d’Edouard. Mais il céda, 1299, aux instances ‘ âe Bonifaee VIII, et, sous sa médiation, signa le traité de Montreuil : il donnait en mariage à Edouard 1er sa sœur Marguerite, au fils d'Edouard sa fille Isabelle avec la Guyenne pour dot, à la condition que le prince reconnaîtrait la suzeraineté de la France. Il eut ensuite à Vaucouleurs, 1299, avec Albert 1er d’Autriche, une entrevue pour la fixation de leurs limites respectives. Libre alors d’agir vigoureusement contre Guy de Dampierre , dont il détenait la fille, il fit envahir la Flandre par Charles de Valois, qui , vainqueur prés de Bruges, décida Guy à se livrer au roi de France, 1300. Philippe réunit le comté au domaine, alla le visiter, et fut reçu avec magnificence à Bruges, où la reine ne vit pas sans dépit “ 600 reines » dans les riches marchandes; bientôt, il fit écraser le pays d’impôts par son gouverneur Jacques de Chàtillon. De là, en 1302, la révolte de la Flandre sous Pierre Kœnig, le massacre des Français, et la victoire remportée à Courtrai par les bourgeois flamands sur l’imprudente cavalerie française aux ordres du bouillant Robert d’Artois et de Robert de Nesle : tous deux y périrent, et 4,000 éperons dorés furent suspendus dans la cathédrale de Courtrai. Philippe le Bel, un instant retardé, 1303, par sa lutte contre Bonifaee, vengea doublement ce désastre, 1304, faisant battre à Ziericksée la flotte flamande par une flotte génoise à sa solde , écrasant en personne les communes à Mons-en-Puelle. Mais, témoin ■< qu’il pleuvait des Flamands, » il signa avec Robert, fils de Guy, le traité d’Athies, 1305, reconnut l'indépendance de la Flandre, sauf le lien féodal, et garda Lille, Douai, ürchies et Valenciennes. Tant de guerres et les besoins d’une administration trèscoûteuse épuisaient le trésor. Philippe le remplissait par les expédients les plus irréguliers ou les plus violents, frappant de confiscations répétées les Juifs, Lombards, marchands Italiens, 1291, contraignant les nobles et bourgeois d’envoyer au trésor leur vaisselle d’or et d’argent, 1294, établissant des mallôles, 1292-1296, faisant acheter leur liberté aux serfs de la couronne, 1298, enfin altérant les monnaies, 1295, et en fixant arbitrairement la valeur. A bout de ressources, il attaqua les privilèges ecclésiastiques, et voulut forcer les clercs à contribuer, 1296. Boniface ,VI1I s’opposa à cette mesure, et, après un avertissement inutile, lança la bulle Clericis laicos , qui défendait aux laïques, sous peine d’excommunication, d’attenter aux immunités des clercs. Philippe, en représailles, défendit de porter de l’argent à Rome, pour priver le pape de ses revenus de France. Mais il avait guerre en Guyenne et en Flandre; Bonifaee, en Romagne; un compromis rapprocha les deux princes. Bonifaee canonisa S1 Louis, 1297. La lutte recommença après le Jubilé de 1300, pendant lequel l’affluence des pèlerins à Rome abusa peut-être Bonifaee sur sa puissance. Philippe, d’ailleurs, voulait faire prévaloir la doctrine que « les clercs doivent servir par des subsides le pays qu’ils ne peuvent servir par les armes. >■ Il réclama des droits féodaux revendiqués au nom de l’Eglise de France par le pape; celui-ci soutint des évêques contre le roi, créa un évêché à Pamiers, et y nomma Bernard Saisset, dont il fit son légat. Bravé en face par Saisset, dont il connaissait d’ailleurs les intrigues pour soulever le midi, Philippe le fit arrêter, 1301, et juger par un tribunal séculier; il publia ensuite, en la falsifiant, la bulle Ausculta, / ïli , par laquelle le pape réclamait contre le traitement de son légat et revendiquait la suprématie; ilia déféra, 1302, aux Etats-Généraux, assemblés alors pour la lre fois, la fit brûler, y répondit avec une grande violence, laissa les légistes demander la convocation d’un concile pour déposer le pape, défendit aux prélats d’obéir à son appel, et saisit le temporel des infracteurs. Attaqué de nouveau par la bulle Unam sanctam, 1303, puis excommunié, il obtint d’une autre assemblée d’Etats- Généraux la condamnation de la conduite de Bonifaee, et fit instruire contre lui. Colonna et Nogaret, en l’insultant dans Anagni, signifièrent la sentence au Pontife, qui mourut quelques jours plus tard. Aussi hostile à Benoit XI, 1303-1305 1 qui tenta en vain une transaction et mourut empoisonné après l’excommunication de Nogaret, de Colonna et de leurs soutiens, il consomma l’abaissement du Saint-Siège, en y faisant parvenir Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, pape sous le nom de Clément V. Dès lors, maître absolu, il multiplia les persécutions contre les Juifs, 1306, 1311, etc., et contre les Lombards, 1311, les altérations des monnaies, 1306-1311-1313, dont la lr* dé-
termina une sédition dans laquelle il faillit périr, prétendit, mais en vain, faire obtenir à son frère Charles de Valois la couronne impériale, 1308, obligea Clément V à résider dans Avignon, 1308, à révoquer la bulle Clericis lafeos, à donner à la bulle Unam sanctam une interprétation inoflensive, et, à défaut de la condamnation de la mémoire de Bonifaee, lui arracha, 1312, dans un intérêt à la fois monarchique et financier, la suppression des Templiers. Partout arrêtés en France, 1307, abandonnés au roi par les Etats-Généraux de Tours, 1308, ils avaient été en grand nombre livrés au supplice, 1309, et furent complètement détruits, 1314, par le supplice de leur grandmaître, à la s.'.ite d’un long procès instruit sous la pression du chancelier Nogaret. Philippe termina son régné de la manière la plus sombre, faisant brûler des spirituels, bèguards, fraticelti, 1312, écorcher vifs, 1314, Philippe et Gautier d’Aulnay, complices des désordres de ses brus, dont l’une, Marguerite de Bourgogne, fut plus tard, 1315, étranglée au Château-Gaillard ; enfin multipliant les exactions, dîmes, maltôtes. De là une ligue des nobles et des communes de 7 provinces; il recula, abandonna l’impôt sur la vente de toutes les marchandises, et, conférant avec les députés de 40 bonnes villes (Etats-Généraux de 1314), leur promit de ne plus faire que de bonne monnaie. Il mourut peu de temps après, flétri du surnom de faux monnayeur. La haine des peuples contre sa mémoire fut telle, que Louis X dut envoyer un commissaire spécial en plusieurs diocèses d’Aquitaine, pour forcer les églises à accorder au roi mort les prières d’usage.
Philippe le Bel a surtout ruiné le pouvoir féodal et ecclésiastique, en y substituant le pouvoir public, appuyé sur la lettre du droit romain et sur l’interprétation arbitraire et tyrannique des légistes. Il s’entoura de chevaliers ès-lois (Marigny, Latilli , Flotte, Presles, Plasian , Nogaret), créateurs d’un système de gouvernement qui étendit, exagéra, et par suite compromit les institutions monarchiques. Comme mesures fiscales, il ajouta aux revenus domaniaux, aux subsides, droits d’aubaine, de relief, etc., aux confiscations, aux produits des altérations de monnaies : 1° des impôts directs : tailles du 100e, puis du 50e de la valeur des biens-fonds, maltôtes ou impôts indûment perçus sur les villes qui souvent s’en étaient rachetées; 2° des impôts indirects : gabelle, 1286, haut-passage ou traite-foraine (impôt des douanes ) , taxe sur la vente des marchandises , vente do chartes aux communes, et de lettres de noblesse aux bourgeois. Comme gouvernement, il créa la division des pouvoirs, séparant ia Cour du roi en : 1° Conseil étroit, occupé des iois et des questions politiques, et assisté de 3 clercs du secret (origine des secrétaires d’Etat) chargés de tenir note des délibérations; 2» Parlement , cour judiciaire fixée à Paris ( V. Parlement) ; 3° Chambre des comptes ( V. ce mot), commission de juridiction financière qui ne fut organisée complètement que sous Philippe V. L’administration financière, distincte de cette juridiction , se composa d’un trésorier -général (Enguerraml de Marigny ) , et d’un clerc du trésor. Dans les provinces , les baillis cumulèrent longtemps encore les fonctions administratives, financières, judiciaires et militaires; toutefois, on trouve déjà des trésoriers ou receveurs spéciaux du domaine, des collecteurs des gabelles, des gruyers et des rerdiers (agents forestiers). Comme centralisation, il enleva aux seigneurs, 1313, le droit de battre monnaie, renouvela les dispositions de Louis IX sur les grands-baillis (S*-Quentin, Sens, Mâcon, St-Pierre-le-Moustier), et sur les baillis qui, nommés désormais par le Grand-conseil, ne pouvaient exercer leurs fonctions dans les pays où ils étaient nés, multiplia les précautions contre les prévarications judiciaires, enfin créa un système de responsabilité pour les agents du roi. Le tiers-état lui sut gré de ces améliorations, achetées souvent au prix de la violence et de la perfidie. De là le recours régulier à cet ordre dévoué et la constitution des Etats-Généraux , qui eut des conséquences que Philippe IV n’avait pu soupçonner. — De sa femme, Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, Brie et Bigorre , épousée en 1284, il eut 4 fils (Louis X, Philippe V, Charles IV, Robert, mort jeune| , et 3 filles (Marguerite; Isabelle, promise, 1299, mariée, 1308 , à Edouard II d’Angleterre; Blanche). A. C.
Philippe v, le Long, 14e Capétien, roi de France et de Navarre, 1316-1322, 2e fils de Philippe le Bel et de Jeanne de Navarre, né en 1294. Comte de Poitiers sous Philippe le Bel et Louis X , il fut régent du royaume depuis la mort de celui-ci (5 juin 1316) jusqu'à la naissance de Jean Ier le Posthume (15 nov. 1316), et pendant les 5 jours que vécut et régna cet enfant ( 15-19 nov. 1316). Il
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se déclara ensuite roi, malgré les protestations d’Eudes IV, due de Bourgogne, défenseur des droits de Jeanne de France, fille de Louis X, malgré celles de son propre frère, Charles le Bel , comte de la Marche, se fit sacrer à Reims (9 janv. 1317), puis convoqua (2 févr.) les Etats- Généraux, qui approuvèrent son couronnement; par une interprétation nouvelle de l’ancienne loi territoriale des Franks Saliens, il fut déclaré que les femmes ne succèdent pas à la couronne de France. La bourgeoisie, qui l’avait soutenu, obtint de lui des capitaines de ville et des armes déposées en lieu sûr pour être délivrées en cas de besoin ; les barons lui rendirent hommage ; le Dauphin de Viennois, 1316, l’héritier de Flandre, 1317 , furent fiancés à ses filles, et, pour en obtenir une autre avec la comté de Bourgogne (que Philippe V tenait de sa femme Jeanne), le duc de Bourgogne abandonna les droits de Jeanne de France, réduite, en échange de ses renonciations sur la Navarre et la Champagne, à 5,000 livres comptant et 50,000 sous parisis de rente. Philippe V rentra dans les voies administratives ouvertes par son père, et rappela les légistes proscrits sous Louis X , Latilli , Prestes, etc. Avec eux, il régularisa, 1313, l’organisation du Grand conseil ou Conseil étroit (conseil d'Etat), précisa les fonctions, la composition , la police des séances du Parlement, 1319, compléta (avril 1320) la constitution de la Chambre des comptes, centralisa toutes les recettes à Paris, y préposa le souverain établi au-dessus des trésoriers , sorte de surintendant assisté de deux trésoriers semestriels et du clerc du trésor, détermina le mode de formation du budget, enfin conçut le projet prématuré d'établir dans le royaume une mesure uniforme pour les denrées, un même poids et un même titre pour les monnaies, 1321. S’attaquant de ce côté à la féodalité, il mit provisoirement sous sa main, 1317, toutes les monnaies seigneuriales, supprima les garnisons des châteaux qui n’étaient pas aux frontières, enleva aux seigneurs, comme droits royaux , ceux d'aubaine, main-morte, épave, etc., et organisa l’armée avec une comptabilité régulière, chargeant le grandmaître des arbalétriers de dresser un état des troupes, les faisant payer par le clerc des arbalétriers , confiant aux maréchaux la confection du rôle de la cavalerie, elle-même soldée par un trésorier spécial. Enfin , il re nouvela, 1317-1318, la déclaration de l’inaliénabilité et de l’imprescriptibilité du domaine, dont il assura d’ailleurs la bonne administration par des mesures minutieuses, et statua « que les donations ne pourraient être laites qu’en conseil, et les lettres de grâces accordées que sur la relation de ceux de l’étroit conseil. » De 1317 à 1320, il resta avec les Flamands dans une situation neutre entre la paix et la guerre, et enfin imposa la paix à Robert , 1320. Cette année fut troublée par un effroyable soulèvement de Pastoureaux , qui, recrutés de Ribauds et de Routiers, dévastèrent la France du N au S., et ne furent en partie exterminés que par le sénéchal de Carcassonne. Fuis des perquisitions furent dirigées contre les Lépreux, généralement accusés de magie; on répandit le bruit qu’ils empoisonnaient les fontaines. Le besoin d’argent amena le roi à persécuter aussi les Juifs; la saisie de leurs biens à Paris seulement lui rapporta 150,000 livres. En mourant, il ne laissa, de sa femme Jeanne de Bourgogne, épousée en 1306, réléguée, en 1314, sur soupçon d’adultère, à Dourdan, et rappelée ensuite auprès de lui, que des filles (Jeanne, comtesse de Bourgogne et d’Artois, grand’mère de Philippe Ier du Rouvre, dernier duc de la lre maison de Bourgogne ; Marguerite, comtesse de Flandre, mère de Louis Ili de Mâle, dernier comte de Flandre, etc ). A. C.
PHiLirrE vi de Valois, chef de la 2® branche des Capétiens, né en 1293, roi de 1328 à 1350, petit-fils de Philippe 111 le Hardi, et fils de Charles de Valois et de Marguerite de Sicile, fut d’abord régent (31 janvier-l«r avril 1328) en attendant les couches de la veuve de Charles IV, Jeanne d'Evreux , qui mit au monde une fille , puis eut deux compétiteurs au trône, Edouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel et neveu des trois derniers rois par sa mère Isabelle de France, et Philippe d’Evreux, petit-fils de Philippe 111 et époux de Jeanne de France, fille de Louis le Hutin. Par une application de la loi salique, soutenue de la décision des barons, des notables de Paris et de ceux des bonnes villes , il prit la couronne. Il désintéressa, en leur restituant la Navarre, Philippe et Jeanne d’Evreux , en retour de renonciations formelles (signées en 1333 seulement) sur la Champagne, la Brie et toute la succession de Louis le Hutin, — Vrai roi de la noblesse , qu’il dispensa de payer ses dettes , et à qui , dans le Midi , il rendit le droit de guerre privée , fils du
chef de^ la reaction fcodale tentée dès l’avénement de Louis X contre la forte royauté des derniers Capétiens, il célébra son avènement par des fêtes et des tournois. Sur l’appel de Louis de Nevers, comte de Flandre, naguère emprisonné par les Brugeois, il attaqua et prit Cassel, 1323, fit un épouvantable massacre des Flamands de Zanekin, prit Bruges, et rétablit Louis de Nevers. Entouré d une cour de rois (David Bruce d’Ecosse, Jayme de Majorque , Jean de Bohême, Philippe de Navarre), chef des maisons françaises de Naples et de Hongrie, dominateur de la papauté captive à Avignon, il somma Edouard III de venir lui faire hommage pour la Guyenne et le Ponthieu , et reçut son serment de fidélité à Amiens , 1329. Il conçut alors des projets gigantesques : à la prière du roi de Chypre, Hugues IV, il médita, 1331, une croisade, s’y prépara en persécutant les juifs, 1332, et en rendant, 1331 , au duc de Bourbon le comté de Clermont (cédé précédemment à Charles le Bel), et prit même, 1336, la croix à Avignon : là il voulait que le pape le sacrât empereur, rétablît le royaume d’Arles pour un de ses fils, et donnât à son frère Charles d’Alençon la couronne d'Italie. La Guerre de cent ans mit fin à tous ces rêves ; elle eut pour cause réelle une question de position territoriale I Guyenne, Ecosse et Flandre ), pour cause apparente une question d’intérêts dynastiques ( prétentions d’Edouard III à la couronne de France), envenimée par les conseils d’un proscrit, Robert d’Artois ( V . ce mot). Les hostilités fréquentes en Guyenne entretenaient l’irritation des deux rois, respectivement mécontents, d’ailleurs, Edouard des secours fournis par Philippe VI à l'Ecosse, Philippe de l'union de l’Angleterre et des communes de Flandre. Cette union était basée sur des intérêts commerciaux; il la resserra, en voulant y porter atteinte; à son instigation, Louis de Nevers fit arrêter les Anglais qui commerçaient dans ses Etats; menacées dans leurs matières premières (les laines d’Angleterre), les communes s’insurgèrent, chassèrent le comte , et leur chef, le brasseur de Gand, J. Artevelde, persuada à Edouard de prendre le titre et les ai mes de roi de France , pour lever les derniers scrupules qui empêchaient les Flamands d’attaquer le roi de France, leur suzerain. La guerre éclata aussitôt, 1337. En Guyenne , le connétable Raoul de Brienne prit à grand’peine quelques châteaux ; en Flandre, le siège et la destruction de Cadsand ouvrirent à Edouard la route de la Picardie. Mais les princes d’Empire, ses alliés, hésitèrent; Benoît XII lui fit signer un armistice jusqu’au 24 juin 1338, et l’empereur Louis V, qui le nomma son vicaire dans les provinces rhénanes, ne lui fournit aucun secours. Philippe VI essaya en vain de réconcilier le comte de Flandre et Artevelde, s’assura la neutralité momentanée de l’empereur, obtint quelques succès en Guyenne ( prise de Bourg, Blaye ; siège de Bordeaux, 1339) , et, prenant l’offensive dans le N., fit piller Southampton par une flotte génoise et normande. Il vint lui-même tenir tête à Edouard, qui ravageait le Cambrésis, le Vermandois et la Thiérache, mais fut détourné d’attaquer, et par les conseils des barons, et par les prédictions menaçantes du grand astronome, Robert de Naples, son cousin. Edouard tepassa la frontière sans avoir obtenu aucun succès. Son allié Guillaume de Hainaut fut attaqué par Jean, duc de Normandie, fils de Philippe VI; mais ce prince échoua au siège du Quesnoy (premier usage des bombardes). Philippe avait lancé dans la mer du Nord 140 vaisseaux normands, provençaux et génois, pour prévenir un nouveau débarquement d'Edouard ; celui-ci les attaqua dans le port de l’Ecluse ( 24 juin 1340), et les anéantit presque tous. Mais il échoua devant Tournai, défendue par le connétable et couverte par l’armée de Philippe, et Robert d'Artois ne put prendre S1 -Orner. Une trêve de 6 mois fut signée à Espléchin (25 septembre 1340), sous la médiation de la douairière de Hainaut, Jeanne de Valois, sœur de Philippe VI et belle-mère d’Edouard III ; elle fut successivement prorogée jusqu’au 24 juin 1342 et au 29 septembre 1346. Pendant la trêve, Philippe VI gagna Louis V, qui retira à Edouard le vicariat de l’Empire (juin 1341 ). La succession de Bretagne, disputée entre Jeanne de Penthièvre et Jean de Montfort, mit de nouveau les deux rois aux prises. Philippe cita devant les pairs Montfort, qui s’était mis en possession du duché, fit adjuger la Bretagne à Jeanne, qu’il avait mariée à son neveu Charles de Blois , et envoya son propre fils prendre Nantes avec ce prince. Montfort, qui avait fait hommage à Edouard, y fut pris , mais sa femme continua la guerre (bientôt dite Guerre des deux Jeanne), et, par sa résistance dans Hennebont, donna le temps à Edouard d’arriver ; ses échecs devant Vannes ( où périt Robert d’Artois), Rennes et Nantes,
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l’hiver, et les exhortations des légats du pape, amenèrent pour 3 ans (19 janvier 1343-29 septembre 1346) la trêve de Malestroit. Elle fut rompue à la suite du meurtre d’Olivier de Clisson, que Philippe VI fit arrêter dans un tournoi et décapiter (janvier 1344) avec 14 cheval. ers bretons et normands pour intelligences avec Edouard III. Ce prince se porta leur vengeur, et obtint en Guyenne, 1344- 45 ) quelques succès, balancés par ceux du fils de Philippe (prise d’Angoulême et de Sl-Jean-d’Angely ; siège d’ Aiguillon). La mort de JeandeMontfort et celle d’Artevekle, 1345, lui fermaient la Bretagne et la Flandre; sur les conseils de Geofl'roi d'Harcourt, il envahit la Normandie par le Cotentin, 1346, pendant que les troupes françaises étaient en Guyenne, pilla Bailleur, Valognes, Cherbourg, Sl-Lô, Caen, Louviers, Pont-de - l’Arche , Verneuil et tous les bourgs des environs de Paris. Philippe fit couper les ponts derrière Edouard, marcha contre lui avec 60,000 hommes, mais ne l’atteignit qu’au-delà de la Somme; la lionne position des Anglais, l’impétuosité de la chevalerie française, l’imprudence de Philippe qui rendit inutile le concours des archers génois, amenèrent le désastre de Crécy (26 août 1346 ), où périrent 11 princes (dont Jean de Bohème), 80 bannerets, 1,200 chevaliers, 30,000 soldats. Philippe fut entraîné de force hors du champ de bataille, d’abord à Broyé, puis à Amiens, où il rassembla les débris de ses troupes. Il ne put que tardivement reformer une armée pour secourir Calais contre Edouard 111 et le prince de Galles. Vivement pressée pendant 11 mois (3 septembre 1346-3 août 1347 ), abandonnée par Philippe après une courte apparition en vue du camp d’Edouard, elle se rendit, et devint ville anglaise pour 211 ans. Le contre-coup de ces événements se faisait sentir en Ecosse (défaite de Nevil’-Cross ) et en Bretagne (défaite et captivité de Charles de Blois à la Roche-Derrien, 1347). Les deux rivaux étaient épuisés : l’intervention de Clément VI décida une nouvelle trêve ( 28 septembre 1347 ) . La France n’en jouit pas : elle fut décimée par la peste noire ou peste de Florence, 1348. Le fléau fut imputé aux juifs ; ils furent cruellement persécutés, 1348-1350 , le roi sévit contre les blasphémateurs, et les flagellants ajoutèrent leurs excès à ces misères. Philippe laissa le royaume épuisé. Mais il avait augmenté le domaine : par son avènement, 1328, des comtés de Valois, Chartres, Anjou et Maine, apanages de sa maison ; par la transaction avec Jeanne et Philippe d’Evreux, 1328-1333, de la Champagne et de la Brie; par achat à Jayine II de Majorque, 1349 , des seigneuries de Montpellier et de Lattes ; enfin , par double cession d'Humbert II du Viennois, 1343 et 1349, moyennant 20,000 florins, du Dauphiné, dont les fils aînés de France portèrent désormais le titre ( dauphins ) et prirent les armes. — En matière d’administration , malgré une importante décision des Etats- Généraux , 1338, portant que “ les rois ne lèveront aucuns deniers extraordinaires sur le peuple sans l’octroi des trois Etats, et qu’ils en prêteront serment à leur sacre, » la fiscalité suivit les errements du règne de Philippe IV (altérations des monnaies, 1329, 1.330 , 1335, 1342 , 1343, etc. ; taxe arbitraire des denrées et des salaires par les baillis et sénéchaux ; confiscations; proscriptions des marchands et banquiers italiens, 1328, 1348; attribution exclusive des régales au roi) ; la gabelle, établie sous Philippe le Bel et supprimée après lui , fut rétablie à perpétuité , et aggravée, 1343, par la création de greniers à sel , où devaient s’approvisionner les marchands , au prix fixé par le roi. Philippe VI conserva à la couronne le droit exclusif de battre monnaie, et ajouta, par l’ordonnance de 1340, aux droits de la Chambre des comptes ( pouvoir d’accorder des grâces , d'autoriser les villes à s’imposer, de rappeler les bannis, d’anoblir les bourgeois, d’altérer les monnaies, 1341 , etc. ). 11 modifia l’organisation du Parlement , en faisant siéger les conseillers-rapporteurs (roturiers) sur les bancs élevés à côté des conseillers-jugeurs (barons) , qui s’éloignèrent bientôt; il prépara la séparation entre les fonctions judiciaires et les fonctions militaires à tous les degrés ; enfin, à la suite du plaidoyer de P. de Cugnières contre la juridiction ecclésiastique, il institua l’appel comme d'abus , qui permettait d’en appeler au roi des sentences épiscopales et de recourir à lui contre les abus des clercs : il en donna le jugement au Parlement. Philippe VI avait eu de sa lre femme, Jeanne de Bourgogne, épousée en 1313 , 6 enfants (Jean le Bon, son successeur; 3 fils morts en bas âge ; Philippe de France, duc d'Orléans, de Touraine , de Valois, qui transigea plus tard au sujet de son apanage avec Charles V, son neveu , et dont le fils naturel , Louis d’Orléans , fut évêque de Beauvais; enfin Marie de France, mariée, 1332, à Jean de Brabant, duc de Limbourg) ; de sa 2e femme,
Blanche de Navarre, épousée en 1349, une fille (Jeanne, dite Blanche de France, promise à Jean d’Aragon, et morte avant le mariage). A. C.
Philippe ier de Rouvre , dernier duc de Bourgogne de la branche Capétienne issue de Robert, frère de Henri 1er tira son surnom du château de Rouvre près de Dijon , où il naquit en 1345, et où il mourut en 1361. Fils de Philippe de Bourgogne (mort au siège d’Aiguillon, 1346, sans avoir porté la couronne ducale) , et de Jeanne d’Auvergne et de Boulogne (qui épousa en secondes noces, 1360, Jean II le Bon) , il hérita, dès 1347, de sa grand’mère paternelle Jeanne de France (fille aînée de Philippe V le Long) , la Comté-Palatine de Bourgogne (Franche-Comté) et l’Artois , succéda en 1350 à son grand-père Eudes IV, dont il recueillit toute la succession (duché de Bourgogne, comtés d’Auxonne et de Chàlon, sirerie de Salins), y joignit, du chef de sa mère , les comtés d’Auvergne et de Boulogne , et fut placé sous la tutelle de Jean le Bon jusqu’à la bataille de Poitiers, 1356, puis sous celle de sa mère jusqu’en 1360. Cette régence fut troublée par une invasion d’Anglais, qui brûlèrent Châtillon-sur-Seine, et saccagèrent Tonnerre, Auxerre, Flavigny. Fiancé dès 1356 à sa cousine, Marguerite de Flandre , fille et unique héritière de Louis III de Mâle, dernier comte de Flandre, marié et majeur en 1360 , il mourut l’année suivante. Il ne laissait pas d’enfant : le duché de Bourgogne, les comtés d’Auxonne, Châlon , la sireiùe de Salins , furent réunis à la couronne ; les comtés d’Auvergne et de Boulogne retournèrent à l’oncle de la mère de Philippe de Rouvre, Jean d’Auvergne, dont la petite-fille les transmit à la maison de La Tour ; les comtés de Bourgogne et d’Artois passèrent à la grand’tante de Philippe, Marguerite, veuve de Louis Ier de Flandre; sa petite-fille , Marguerite de Flandre, veuve de Philippe de Rouvre, en rapporta du reste l’expectative au duché de Bourgogne , par son mariage (en secondes noces) avec Philippe II le Hardi, chef de la maison de Bourgogne-Valois. A. C.
Philippe il le Hardi, 1er duc de la maison de Bourgogne-Valois, 4e fils du roi de France Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg, né à Pontoise en 1342, mort en 1404, avait, à peine âgé de 15 ans, mérité, à la bataille de Poitiers, 1356, son surnom de Hardi; il fut blessé et fait prisonnier avec son père en le défendant. De retour en France , Jean lui donna le duché de Touraine (octobre 1360) , puis la lieutenance-générale de la Bourgogne, héritage de Philippe de Rouvre ( 27 juin 1363 ) , et bientôt la possession héréditaire de ce duché (6 septembre 1363). Soutien de Charles V, il chassa du pays Chartrain les compagnies d’Anglais, Navarrais et Gascons qu’y entretenait Charles le Mauvais , roi de Navarre , rejeta au delà du Rhin le comte de Montbéliard qui avait pénétré en Bourgogne , enleva pour le roi La Charité-sur-Loire à une Compagnie , et écarta du Charolais les compagnies de l’Archiprctre, Arnauld de Cervoles. Lieutenant du roi dans les diocèses de Reims , Châlons , Troyes , Laon , Soissons , 1366, il dut à l’intervention de Charles V, 1369, la main de la veuve de Philippe de Rouvre, Marguerite de Flandre. Opposé aux Anglais en Artois, il usa, sans combat, les troupes du duc de Lancastre , débarqué à Calais, 1369; mais il se fatigua de cette guerre sans gloire, et rentra avec sa femme en Bourgogne. Là , pressé par les besoins d’argent qu’augmentait sa fastueuse prodigalité , il fut obligé d’établir la gabelle et de créer des greniers à sel. Ayant repris un commandement en Poitou , il aida La Rochelle à se défaire des Anglais, et, en 1374, ménagea à Bruges une trêve d’un an avec l’Angleterre. En 1376 , il fit à Avignon un voyage pour dissuader Grégoire XI d’aller mourir à Rome, comme s’il eût prévu le grand-schisme. A la mort d’Edouard III, 1377 , il rentra dans l’Artois, emporta Ardres , Mardick , Gravelines; il enleva également à Charles le Mauvais plusieurs places de la Normandie, 1377 , et intervint en Flandre entre son beau-père Louis de Mâle et les communes. Nommé par Charles V capitaine-général des gens d’armes et des arbalétriers , il dut aller défendre Troyes attaquée par Buckingham, suivit du côté de la Bretagne les ennemis épuisés, et, rappelé du Mans, reçut, de Charles V mourant, l’administration des finances, la garde et la tutelle du jeune Charles VI (16 septembre 1380). Ambitieux, généreux, affable, magnifique, maître de vastes Etats, estimé comme capitaine et comme conseiller, il parut le vrai chef du gouvernement. Moins cupide que ses frères, il s’associa toutefois à leurs dilapidations , à leurs exactions , et avec eux accorda à l’insurrection du peuple la grande ordonnance ( 16 novembre 1380 ) qui supprimait tous les aides, fouages , subsides, gabelles, etc., établis depuis Philippe IV. Les
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gens d’armes , mal ou point payés , ravagèrent alors les terres des 4 oncles du roi; de là l'irritation de Philippe contre le duc d’Anjou, dont la cupidité causait tous ces maux. Leurs démêlés furent à grand'peine apaisés par les barons, qui les décidèrent à se constituer, avec Berry et Bourbon, en conseil de régence, sous la présidence du duc d’Anjou , et à se partager les provinces de France. Philippe eut le gouvernement de la Picardie et de la Normandie. 11 mena le roi comprimer le soulèvement de Rouen, révoltée de concert avec Paris et Gand. Au retour, il fallut transiger avec les Mnillolins pour rentrer dans Paris, 1382, et l’on ne put triompher de leur hostilité qu'en s'en défaisant par trahison. Chef du gouvernement par le départ du duc d’An jou pour Naples, Philippe montra une grande sévérité contre les chefs des mouvements populaires, et, dans son propre intérêt, tourna l’activité du roi du côté des Flandres, le mena au secours de Louis de Mâle , vaincu par les Gantois à Beverhout (2 mai 1382 ) , préluda par le succès de Commines (H novembre) à la grande victoire de Roscbecque, où périt Philippe Artevelde ( 29 novembre ) , reçut la soumission des principales villes, ne put, au retour, empêcher Charles VI de brûler Courtrai , en représailles du désastre de 1302, mais en fit transporter à Dijon la magnifique horloge. Il dirigea encore, 1383, la réaction contre la nouvelle insurrection des Parisiens, et abolit leurs franchises en même temps que celles de Rouen, Reims, Troyes, Châlons et Orléans. Après avoir fait visiter au roi le Sud de son royaume, il le ramena contre les Flamands soutenus par les Anglais; mais la mort du comte de Flandre fut suivie ( 2fi janvier 1384) d’une trêve, qui permit à Philippe île se mettre en possession de son héritage. Bien qu'il laissât à sa femme Marguerite l’administration de ses nouveaux Etats, il fut alors un des plus puissants souverains de l'Europe; il ajouta à cette puissance, en mariant scs enfants à ceux d’Albert de Bavière , régent de Hainaut, Hollande et Zélande , et en faisant épouser au roi la nièce de ce prince, Isabeau de Bavière, 1385. Son influence à la cour était prépondérante depuis la mort, 1384, du duc d’Anjou. Il prépara une invasion en Angleterre , en fut détourné par une nouvelle révolte des Gantois sous Aokerman , reprit Dam dont ils s’étaient emparés, et signa avec eux un traité ( 18 décemhre 1385) ; il continua alors ses préparatifs , 1386, mais il était trop tard, les vents devinrent contraires , et l’expédition manqua. Il contribua à apaiser le premier différend du roi et du duc de Bretagne au sujet de la captivité de Clisson Ecarté du gouvernement par les Marmousets ( V. ce mol), il se retira dans son duché, y consolida ses institutions récentes (Chambres des comptes à Dijon et à Lille , 1386) , et acheta , en 1390 , le comté de Charolais au comte d’Armagnac. Après l’attentat de Craon , il alla rejoindre Charles VI , en marche contre la Bretagne. La démence du roi fit retomber le gouvernement dans ses mains (août 1392). Il débuta par de violentes mesures contre Clisson et les Marmousets. En lutte avec le jeune duc Louis d’Orléans, son neveu ( V. ce nom) , il s’associa aux insinuations de sa femme contre lui, et sut lui rendre hostiles le Parlement et le peuple de Paris, inaugurant l’alliance de sa maisonet des classes populaires. Il fità Avignon, 1395, un inutile voyage, pour engager Benoit NUI à mettre fin au schisme par une abdication volontaire, et, imploré à Lyon par les ambassadeurs de Sigismond de Hongrie, envoya, 1396, son fils Jean de Nevers à la Croi-ade de Nicopolis. Il crut ensuite, en mariant Isabelle de France à Richard II, resserrer l’alliance avec l’Angleterre; mais la déposition et la mort de Richard déjouèrent ses espérances, 1399; il échoua aussi à rattacher à la France la Guyenne, irritée de l’usurpation des Lancastres , mais plus effrayée encore de la mauvaise administration de la France. Il lui fallut se rapprocher de Henri IV, et renouveler avec lui la trêve signée sous Richard De là de graves démêlés avec Louis d’Orléans, qui se fortifia de l’alliance du duc de Gueldre ; la guerre civde faillit ensanglanter Paris; les deux princes se réconcilièrent encore (janvier 1402 ) ; mais une absence de Philippe, qui alla à Arras marier son 2e fils avec la fille du comte de Sl-Pol, lui fit perdre le pouvoir (18 avril 1402 1 ; il le reconquit en s’appuyant sur la bourgeoisie irritée des déprédations de Louis d Orléans , et sa puissance sembla doublée par la régence de Bretagne que lui laissa la veuve de Jean V, remariée à Henri IV d’Angleterre. Toutefois, la fin de sa vie fut remplie par de nouvelles luttes avec son neveu. Vaincu par lui dans l’affaire du schisme ( V. Louis d’OalÉans ) , il reprit l’autorité à propos des levées d’argent commandées par Benoît XIII , et les interdit ( 19 décembre 1403), à la grande satisfaction du clergé; mais il ne put empêcher Louis de défier le roi d’Angleterre , et , pour les
besoins de la guerre, dut laisser rétablir les subsides, après avoir essayé de les remplacer par des expédients qui firent révolter Reims. II fit ensuite un ' oyage en Belgique pour y installer dans le Brabant et le Limbourg son fils Antoine, tomba malade à Bruxelles, et mourut à Halle ( 27 avril 1404 ). Son corps fut transporté dans laChartreuse de Dijon qu’il avait fondée en 1384, et le mausolée qui lui fut élevé, œuvre de Claux Sluter et de Claux de Vouzone ou Vuerne, fait auj. partie du musée de Dijon, l’rince actif et remuant, d’une prodigalité si excessive que, maître des plus riches provinces de l'Europe, il mourut insolvable, et qu’on dut emprunter pour faire ses funérailles, il avait servi utilement la France sous Charles V , il la ruina sous Charles VI, en faisant de la royauté l’instrument de son ambition et de ses intérêts. Il avait eu 5 fils ( Jean-sans-l’cur ; Charles et Louis , morts jeunes; Antoine de Bourgogne, tige des ducs de Brabant; l’hilippe de Bourgogne, tige des comtes de Nevers et de Kethel), et 4 filles I Marguerite , mariée à Guillaume I F de Bavière, comte de Hainaut , Hollande et Zélande , et mère de Jacqueline, par qui ces fiefs viendront à la Bourgogne; Marie, mariée à Amédéc VIII de Savoie; Catherine, mariée à Léopold 111, duc d’Autriche; Bonne, morte jeune |. A. C.
l’ini.irt’E lit, te lion, 3e duc de la maison de Bourgogne-^Valois, fils de Jean-sans-Peur et de Marguerite de Bavière, né à Dijon en 1396, m. en 1467, fut élevé par sa mère à Gand, et devint duc de Bourgogne, en 1419, par l’assassinat de son père au pont de Montereau. Le sentiment filial étouffa chez lui le sentiment national ; son conseil et Isabeau l'entraînèrent vers Henri V, en haine du dauphin. Il reçut à Lille les députés de Paris et du Parlement, qui lui prêtèrent serment comme au lieutenant du roi Charles VI , eut avec Henri V une entrevue i Arras, et hâta la conclusion du traité de Troyes, 142J. Dans sa. marche, il avait pris Roye; au retour, il emporta Montereau et Melun , entra dans Paris aux côtés du roi anglais, y pressa l'instruction du procès contre les meurtriers de soit père, poursuivit les Dauphinois en Picardie, assiégea Xaintrailles dans Sl-Riquier, et, par la victoire de Monsen-Vimeu, 1421, amena la reddition de la ville. A la mort de Henri V, 1422, il refusa la régence, mais signa à Amiens, 1423, avec Bedford, Richemonû , devenus ses beaux-frères, et avec le duc de Bretagne, un traité d’alliance, dont le premier résultat fut la victoire de Crevant (31 juillet 1423). Bedford iui abandonna, en 1424, Mâcon, Auxerre, Bar-sur-Seine, pour le mieux attacher à la cause anglaise. Mais ce don ne put prévaloir contre l’irritation causée à Philippe par le mariage de Glocester avec Jacqueline de Bavière, du vivant même de son mari , le duc Philippe de Brabant. Pendant 3 ans, 1425 1428, il fit la guerre à Glocester et à Jacqueline, chassa le 1er du Hainaut, poursuivit la 2e en Hollande, et lui imposa enfin un traité qui réservait tous ses droits et lui donnait, à titre d'avoué, le gouvernement du Hainaut, de la Hollande et de la Zélande. H acheta, 1428, les comtés do Namur et de Zutphen , et commença à pencher du côté de la France, à laquelle s'étaient ralliés Richemond , 1425, et le duc de Bretagne, 1426. Aussi accueillit-il l’offre que lui fit Orléans, assiégée par les Anglais, de se mettre en dépôt dans ses mains; mais Bedford s’y opposa, ■> ne voulant battre les buissons pour qu’un autre eût les oisillons. •> De là, plus de froid entre eux, et l’ordre peut-être donné par Philippe à ses officiers de ne pas disputer Reims au roi,
1429. Déjà il avait accueilli des ouvertures de Richemond ; et, après le sacre, il reçut à Arras des envoyés de Charles VII. Mais rappelé par Bedford et investi de la lieutenance-générale, il rentra dans Paris; fier de la popularité de sa maison dans cette ville, il y tint des assemblées qui réveillèrent chez lui les souvenirs amers de la mort du duc Jean. Aussi il recommença les hostilités, prit Gournai , Choisi, Saintine, et enfin alla attaquer Compiègne. Jeanne Parc fut prise ( mai 1430 1 dans une sortie; mais la ville ne put être emportée ; Germigny, Chappe, résistèrent également. Il signa (sept. 1431) une trêve de deux ans avec la France, fournit des secours à Antoine de Yaudeinont qui disputait la Lorraine à René d Anjou, fit ce prince prisonnier à la bataille de Bar ou de Bulligneville (juillet 1431), et ne lui rendit la liberté, 1436, qu’au prix de Neufchàtel en Lorraine, de Clermont en Argonue, et de 8,000 écus d'or. A la mort du duc de Brabant,
1430, il avait recueilli le Lothier, le Brabant, le Liinbourg, Anvers et le marquisat d’Empire; il obligea Jacqueline, sa veuve, à le reconnaître pour son héritier dans ses Etats personnels (Hainaut, Hollande, Zélande), et à ne point se remarier sans son consentement, fit arrêter, 1433, le Zélandais Borselen , qu’elle avait néanmoins épousé, et, à
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la mort de Jacqueline, 1436, réunit les 3 comtés à ses Etats. Comme il avait des motifs de mécontentement contre les Anglais, qui pillaient ses terres ou s’associaient sous main aux révoltés de Gand et de Liège, il signa , en 1435, le traité d'Arras | V. ce moi), aida L'isle-Adain et Richemond à rentrer dans Paris, et n’échoua devant Calais (mai 1436) que par l'indocilité des Flamands. Malgré des révoltes à Bruges, Anvers, Gand, il continua d’envoyer des secours à Charles VII , 1437, aida à reprendre Bordeaux, appuya à Bourges, 1439, la promulgation de la Pragvwtigue-Sanction , puis obtint de l'Angleterre une trêve marchande en faveur des Pays-Bas, refusa, en 1440, de fournir des secours au dauphin révolté contre son père ( V . Praguerie), obtint la délivrance du due d'Orléans, captif en Angleterre depuis 25 années, paya lui-même sa rançon (200,000 écus), et lui fit épouser sa nièce, Marie de Clèves. En 1443, il alla porter secours à sa tante Elisabeth de Gorlilz, duchesse de Luxembourg, contre ses vassaux révoltés, prit pour elle Luxembourg, Thiouville et quelques autres places , obtint la cession de ses droits moyennant 10,000 livres tournois, et, à la mort de la princesse, 1451, hérita de ses domaines. On l'appelait le premier duc de la chrétienté, et il prenait le titre de duc par la grâce de Dieu. Sa magnificence, ses prodigalités, l'obligèrent à augmenter les charges de ses sujets; il établit la gabelle dans les Pays-Bas; Gand se révolta, 1452, et il fallut les victoires de Kuppelmonde, 1452, et de Gavres, 1453, pour la dompter. Il acheva de se ruiner, après la prise de Constantinople, 1453, en donnant le festival de Lilie , pendant lequel se produisit le voeu du faisan. La croisade fut longtemps sa principale préoccupation; il fit plusieurs voyages en Allemagne pour entraîner les princes et l’empereur. Il accueillit, en 1456, le dauphin, en lutte avec son père, et lui assigna à Gand un revenu considérable ; Louis l’en récompensa en jetant du trouble dans sa famille ; le comte de Charolais, en lutte avec les Croï , favoris de son père, faillit se retirer à son tour auprès de Charles VIL Rappelé à ses idées de croisade par une ambassade qui vint solliciter son alliance contre le Turc au nom de la Perse, de l'Arménie, de la Tartarie et de Trébizonde, 1461, Philippe entretint, à ce sujet, des rapports avec Pie IL Mais la mort de Charles VII détourna ses idées de l’Orient; il envoya le comte de Charolais saluer Louis XI à Genappe, le conduisit à Reims, puis à Paris, fit à Reims les fonctions de 1er pair, recevant les clefs de la ville, donnant tous les ordres pour le sacre, conférant au roi la chevalerie; mais il ne put en obtenir la clémence dont il lui demandait de couvrir ses ennemis de la cour de Charles VII. 11 laissa les Croï négocier avec Louis XI le rachat des villes de la Somme moyennant le prix convenu ; mais il ne souffrit pas que Louis XI étendit sa gabelle aux Etats de Bourgogne. Irrité des menées de Louis à Liège, il fit arrêter le bâtard de Rnbempré, chargé d'enlever le comte de Charolais, et se laissa entraîner par celui-ci à la guerre. 11 lui en céda la direction (12 avril 1465), ainsi que l’administration de ses Etats, et , après l'issue de la ligue du Bien public, et les traités de Conflans et de Sl-Maur, il le chargea de punir Liège et Iliuant soulevées par le roi de France. Il mourut à Bruges, au centre de ses Etats pacifiés. Les Flamands lui avaient donné le surnom de Bon duc , parce qu’il était né et avait beaucoup vécu parmi eux , les foulant moins d’ailleurs que ses prédécesseurs. Il avait créé, le 10 janv. 1430, en l'honneur soit d'Isabelle, sa 3e femme, soit d’une dame de Bruges, l’ordre célèbre de la Toison d’Or. Prince populaire, bon chevalier, ennemi généreux , comparé par Erasme aux plus grands princes de l’antiquité, il fut un protecteur des arts et du commerce, organisa des manufactures de tapisseries uniques alors eu Europe, fonda, 1421 , l’université de Dole, fit rédiger, 1459, les coutumes de la Franche-Comté et celles du duché de Bourgogne. Avant 1431, il avait établi deux Chambres d’appel à Dijon et à Dole; mais, sur les plaintes des intéressés, il les supprima, 1431, et rétablit à Beaune la cour de ses audiences des appels. De ses 3 femmes ( Michelle de France, sœur de Charles VII , épousée en 1409, Bonne d’Artois en 1424, et Isabelle de Portugal , en 1429), il ne laissait qu’un fils, enfant de la dernière, Charles le Téméraire; mais il avait eu 16 bâtards. A. C.