‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 41 sur 864 · LAD · texte numérisé non relu

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docteur, alla dans les Pays-Bas auprès de Charles-Quint qui l'attacha à sa personne , se distingua par sa conduite au milieu d’une épidémie qui régna à Metz, voyagea en Italie et en Allemagne , et fut nommé comte palatin. On a de lui , entre autres ouvrages : Anatomica methodus , Paris, 1535, ir.-8°; Epitome Galeni operum, Bâle, 1551 et 1571 , 4 vol. in-fol. ; une traduction espagnole des œuvres de Dioscoride, Salamanque, 1563, in-fol., et Valence, 1636, in-fol. D— g.

LACURNE. V. Sainte-Palaye.

LACY. V. Lascy.

LACYDES, philosophe académicien, né àCyrène, fut éleve d’Arcésilas, écrivit des ouvrages sceptiques dont il ne nous est rien parvenu, et mourut vers l’an215 av. J.-C.

LADAK ou LEI, v. de l’empire chinois, capit. du Petit- Thibet, près de l’Indus, à 300 kil. N.-E. de Cachemire; 10,000 liab. Comm. de laine destinée à la fabrication des châles. — Gouvernée par un radjah tributaire du Dalaïlama; 34» 8' 21" lat. N., 75° 34' 22" long. E.

LADENBURG, Lupodunum des Romains, v. du grand duché de Bade, sur la rive dr. du Neckar, à 10 kil. E. de Manheim ; 2,500 hab. Murailles flanquées de tours. Les Français la brûlèrent en 1668. Culture et préparation du tabac.

LADIGNAC , brg (Haute-Vienne), arr. et à 12 kil. N.- O. de Saint-Yrieix; 542 hab. Hauts fourneaux; affineries. Terre à porcelaine.

LADIK , LADIKIÈH. V. Latakièh.

LADISLAS Ier, roi de Hongrie, né en 1041, m. en 1095, partagea d’abord le trône avec son frère Geysa , fut proclamé seul roi à sa mort en 1079 , repoussa les Tartares, rendit tributaires les Cumans, les Bulgares et les Serviens, réunit à ses Etats la Dalmatie et la Croatie, et fonda Gross- Wardein. Il préparait une expédition en Terre-Sainte , quand il mourut. Célèbre par sa justice et sa piété, il fut canonisé par Célestin IH en 1198. Fête , le 27 juin.

ladislas il, roi de Hongrie, succéda en 1200 à son père Eméric , et régna six mois.

ladislas ni , fils et successeur d’Etienne IV, 1272-90, aida l’empereur Rodolphe contre le roi de Bohême Ottokar, fut abandonné par lui dans une guerre contre les Tartares, vit la Hongrie horriblement ravagée , répudia sa femme pour en prendre une parmi ses ennemis, ne put obtenir la paix par cette faiblesse , fut fait prisonnier par les Cumans, et égorgé dans sa tente.

Ladislas îv, fils et successeur de Jagellon en Lithuanie et en Pologne , fut élu roi de Hongrie à la mort d’Albert d’Autriche , 1440 , triompha de la veuve de ce prince qui avait fait sacrer son fils , repoussa les Turcs , grâce à la valeur de. Jean Hunyade, jura une paix de 10 ans avec Amurat II , la rompit aussitôt , et perdit la bataille et la vie à Varna, 1444.

ladislas v, fils d’Albert d’Autriche , fut arraché de force à l’empereur Frédéric III son tuteur, et proclamé roi de Hongrie après la bataille de Varna, 1444. Jean Hunyade sauva de nouveau le pays menacé par les Turcs , 1453 ; mais Ladislas , qui le détestait, ayant fait périr, sous prétexte de conspiration, le fils aîné de ce héros, se rendit tellement odieux à ses sujets , qu’il fut obligé d’abandonner son royaume ; il se réfugia à Prague , où il mourut , empoisonné , dit-on , en 1458 , à l’âge de 19 ans. Il eut pour successeur Mathias Corvin , 2e fils de Jean Hunyade.

ladislas vi, fils de Casimir IV, roi de Pologne, succéda en 1471 à George Podiebrad sur le trône de Bohême, et en 1490 à Mathias Corvin sur celui de Hongrie. Confiant la défense du royaume à Etienne Zapoly, digne successeur de Hunyade , il travailla à pacifier la Hongrie , et rassembla les lois en un seul code, qu’il fit sanctionner par les Etats en 1514. Pour prévenir les troubles d’une élection à sa mort , il désigna pour successeur son fils aîné Louis , et mourut 2 mois après , 1516.

ladislas ou lancelot , roi de Naples, né en 1376, m. en 1414, succéda, en 1386, à son père Charles III de Durazzo, sous la régence de sa mère Marguerite, perdit un instant ses Etats, qui lui furent enlevés par Louis II d’Anjou, les recouvra en 1399, épousa Marie de Lusignan, fille du roi de Chypre, disputa la couronne impériale à Wenceslaset à Robert, occupa Rome en 1408, voulut conquérir la Toscane, mais fut vaincu par Louis d’Anjou à Roca- Secca, en 1411. Sa sœur, Jeanne n, lui succéda.

ladislas , nom de plusieurs rois de Pologne et de Bohême. V. Vladislas.

LADJYN (Mélik-al-Mançour-Housam-Eddyn), 11e sultan d’Egypte de la dynastie des Mamelouks Baharites, était , dit-on , un esclave allemand , acheté par Kélaoun, qui le fit mamelouk, puis gouverneur du château de Da-

mas. Ladjyn avait été plus tard condamné à mort par Kalil-Aschraf, fils de Kélaoun ; mais le cordon qui devait l’étrangler s’étant cassé dans les mains de l’exécuteur, il avait reçu sa grâce. Il assassina Kalil, s’enfuit après ce crime, revint sous la minorité de Nasser -Mohammed, capta la confiance du régent Ketbogha, lui persuada d’usurper le trône, devint son favori et lieutenant général en Egypte, et le contraignit bientôt d’abdiquer à son tour, 1296. Devenu sultan, il en parut digne d’abord par ses vertus et une sage administration ; mais ayant abandonné le gouvernement à un esclave, Mangou-Timour, qui opprima le peuple, il devint odieux, et périt assassiné par ses émirs, 1299.

L’ADMIRAL. V. Amiral ou Admirai, (l’).

LADOGA , lac de la Russie (le plus grand de l’Europe), entre les gvts de Viborg au N. et à l’Ü., de S1 - Pétersbourg au S., et d’Olonetz à l’E. ; 18,344 kil. carr. Il baigne Schlusselbourg, Serdebol, Novaïa-Ladoga, Kexholm, etc.; communique avec la mer Baltique par la Néva, avec le lac Onéga par la Svir, avec le lac Saïma par la Voxa, et avec le lac llmen par la Wolkov. Ses eaux sont d’une profondeur variable , très-poissonneuses, mais remplies d’écueils et de bancs, et agitées par de fréquentes tempêtes. La navigation y a été facilitée par un canal latéral, ouvrage de Pierre Ier. Sur ses bords, près de l’embouchure de la Wolkov, est la ville de Vieux-Ladoga , célèbre comme ayant été la résidence de Rurik. — Nouveau- Ladoga, située à 11 kil. de la précédente, à 105 kil. E. de S^Pétersbourg, a été fondée en 1704, et a 1,700 hab.

LADON, anc. riv. du Péloponèse , naissait près de Leucosium, et se jetait dans l’Àlphée, un peu au-dessous d’Hérée, sur les frontières de l’Arcadie et de la Triphylie. — Personnifié par la Fable , le Ladon est le père de Daphné et de Syrinx. Les roseaux pris sur ses bords servirent au dieu Pan pour faire sa flûte à sept tuyaux.

LADOUCETTE (le baron J.-Ch.-Fr. de), né à Nancy en 1772 , m. en 1848 , fut , sous le 1er empire français . préfet des Hautes- Alpes, de la Roër, et de la Moselle, et président de la Société des Antiquaires. Ce fut lui qui fit faire la route du mont Genèvre. Il a laissé : Archéologie du mont Séleucus (Saléon), 1806 ; Voyage entre Meuse et Rhin , 1818; Histoire, antiquités... des Hautes-Alpes, 1820; Fables en vers, 1826; des romans, contes, nouvelles, etc.

LADRERIES , LADRES. V. Lépreux.

LADRONES , nom espagnol des îles Mariannes.

LADVOCAT ( J.-Bapt. ), savant hébraïsaut, né à Vaucouleurs en 1709 , m. en 1765, venait de recevoir le bonnet de docteur, quand l’évêque de Toul le nomma à la cure de Domrémy, le destinant à l’une des premières places du diocèse ; mais la Sorbonne donna une chaire au jeune docteur en 1742. Il devint bibliothécaire de la Sorbonne, et, en 1751, le duc d’Orléans fonda en sa faveur une chaire pour expliquer l’Ecriture sainte , selon le texte hébreu. Doué d’un esprit pénétrant et d’une mémoire fidèle , il avait des connaissances étendues et très-variées. Ses principaux ouvrages sont : Dictionnaire géographique portatif, 1747, qu’il donna sous le nom de Vosgien (c.-à-d. né dans les Vosges), comme traduit de l’anglais; Dictionnaire historique portatif des grands hommes, 1752, 2 vol in-8°, abrégé de Moréri, rempli de fautes; Bibliothèque annuelle et universelle ; Dissertation historique et critique sur le naufrage de St Paul; Grammaire hébraïque, 1755, in-8°. D.

LADY, titre qui appartient de droit, en Angleterre, aux femmes des lords, des baronnets, des squires, aux filles de ducs et de comtes, et qu’on donne par courtoisie à toutes les femmes de la bonne société.

LÆDUS, nom latin du Loir.

LAEKEN ou LAKEN, faubourg oriental de Bruxelles, où se trouve un beau château royal , bâti en 1782, par l’architecte Montayer, sur les plans du duc Albert de Saxe- Teschen ; il y a une galerie de tableaux et un parc magnifique. Vaste cimetière.

LÆLIUS NÉPOS (Caïus), Romain célèbre par ses vertus et par son amitié pour Scipion l’Africain , l’accompagna en Espagne comme commandant de la flotte, et contribua à la prise de Carthagène et à la conquête de la péninsule ibérique. Envoyé en Afrique avec lui, il brûla le camp de Sypliax, et amena ce roi numide prisonnier à Rome. Préteur en Sicile en 197, il fut élevé au consulat en 190 av. J.-C., et fut chargé du gouvernement de l'Italie. C’est d’après les récits de Lælius que Polybe écrivit les campagnes de Scipion en Espagne.

lælius nepos , surnommé Sapiens, fils du précédent, fut l’ami de Scipion Emilien, prit part au siège de Carthage, fut préteur en Espagne, où il battit Viriathe, puis consul en 140 av. J.-C. Retiré à la campagne, il y vécut

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en sage, partageant ses loisirs entre l’étude et les travaux champêtres. Il fut lié avec Pacuvius et Térence. Cicéron a placé le nom de Lælius en tête de son dialogue sur l'amitié.

LÆNA, espèce de manteau de laine, commun aux Romains et aux Grecs. Ces derniers l’appelaient chlœna, yXaîva. La Læna était ample , mais courte , et s’attachait sur les épaules , de manière à laisser les bras libres. Les Romains ne la portaient qu’à la campagne ; on en faisait un vêtement d’hiver. C. D — y.

LAENNEC (René-Théophile-Hyacinthe), célèbre médecin, né en 1781 à Quimper, m. en 1826. Fils d’un avocat au parlement de Bretagne , il reçut une bonne éducation littéraire , étudia la médecine à Nantes sous son oncle Laennec, puis à Paris depuis 1800 sous Corvisart, devint médecin de l’hôpital Necker en 1816, médecin de la duchesse de Berry, succéda à Hallé en 1822 comme professeur au Collège de France , et fut nommé professeur de clinique médicale à la Faculté de Paris en 1823. Il se fit remarquer par son esprit observateur et son érudition; c’était un homme religieusement attaché à ses devoirs , doué de beaucoup de modestie , très-désintéressé ; il fit preuve d’une grande modération dans ses discussions avec Broussais. Il a fait faire de notables progrès à l’anatomie pathologique ; mais son plus beau titre de gloire est la découverte de l’auscultation. Son ouvrage sur ce sujet est intitulé : de V Auscultation médiate, ou Traité du Diagnostic des maladies des poumons et du coeur , Paris, 1819, 2 vol. in-8° ; 2e édit, beaucoup augmentée , Paris , 1826 , 2 vol. in-8°. Il est l’inventeur du Stéthoscope. On trouve divers travaux de lui dans le Journal de médecine, le Dictionnaire des sciences médicales, etc. D — G.

LAENSBERG (Mathieu), chanoine de Sl-Barthélemy de Liège vers l’an 1600, passe pour l’inventeur du fameux A hnanach de Liège , dont le plus ancien exemplaire connu est de 1636 ; mais on n’est pas assuré que ce soit le premier.

LAERTE , roi d’Ithaque , épousa Anticlée , dont il eut Ulysse. D’autres prétendent qu’Ulysse était né d’un commerce illégitime de sa mère avec Sisyphe, et que Laërte l’éleva néanmoins comme son fils.

LÆTITIA (Marie-Ramolino), née à Ajaccio le 25 août 1750 , d’une ancienne famille italienne, m. à Rome en 1836, épousa, à l’âge de 16 ans, Charles Bonaparte, et en eut 13 enfants, dont 8 seulement survécurent ( F. Bonaparte ). D’une beauté rare, d’un caractère énergique, elle accompagna souvent à cheval son mari et Paoli pendant la guerre de la Corse contre les Génois. Veuve en 1785, elle dirigea avec sagesse les affaires de sa maison et l’éducation de ses enfants , resta attachée au parti français malgré les instances de Paoli , vit ses propriétés dévastées, et dut enfin se réfugier à Marseille, 1793. Son existence y fut plus que modeste , et elle ne sortit de la misère qu’à la nomination de son fils , le général Bonaparte, à l’armée d’Italie. Appelée à Paris après le 18 brumaire , mise à la tête des établissements de bienfaisance sous l’Empire, elle ne s’enivra jamais de sa nouvelle position, ne prit aucune part aux intrigues de la cour, maintint l’union entre ses enfants, ne donna pas une seule fois prise à la critique , et , augmentant ses charités avec sa fortune, garda ses habitudes de dignité et de modestie. En 1814, elle se retira à Rome; quand Napoléon fut envoyé à Ste-Hélène, elle demanda en vain la permission de l’y suivre, et ne put lui faire passer qu’en secret quelques secours d’argent. Depuis la mort de l’Empereur, elle porta toujours le deuil. Ses dernières années s’écoulèrent dans les exercices de piété et de charité. B.

LÆTUS (Q.-Ælius) , préfet du prétoire sous l’empereur Commode. Ayant appris que ce prince avait résolu sa mort, i! le prévint en le faisant étrangler, 192 de J.- C. , et plaça sur le trône Pertinax , qu’il fit aussi égorger par les soldats trois mois après , 193. Didius Julianus ordonna de le tuer.

LÆVINUS (P.-Valérius), consul romain, fut vaincu par Pyrrhus à Héraclée , l’an 280 av. J.-C.

læ v in u s (Marcus-Valérius) , chargé, en qualité de proprêteur, de combattre Philippe , roi de Macédoine , qui avait attaqué l’Illyrie , reprit Oricum , envoya son lieutenant Navius délivrer Apollonie assiégée, 214 av. J.-C., et souleva les Etoliens contre Philippe, 213. Nommé consul, il chassa les Carthaginois de la Sicile , et y rétablit la domination romaine , 210.

LA FARE ( Charles-Auguste , marquis de) , né en 1624 à Valgorge (Ardèche) , m. en 1712, était, à 18 ans, mestre de camp du régiment de Languedoc. Il servit contre les Turcs dans l’armée autrichienne, 1664, et en Hollande sous Louis XIV, 1672, fut nommé l’un des capitaines des gardes !

de Monsieur en 1684, et remplit ensuite la même charge auprès du duc d’Orléans. Ami de Chaulieu, comme lui épicurien spirituel, il composa quelques poésies légères, où l’on trouve de l’aisance, du naturel et de la grâce dans l'expression et dans les sentiments, un mélange de réflexion et de volupté. Il écrivit des Mémoires sur Louis XIV, 1716, in-8°, suite d’observations historiques sur les grands événements, les hommes et le gouvernement de l’époque.

la fare (Henri, cardinal de), petit-fils du précédent, né en 1752 au château de Bessay, près Luçon, m. en 1829, était évêque de Nancy en 1787. Député du clergé aux Etats - Généraux de 1789, il y défendit les droits de son ordre, et s’opposa à toutes les réformes de la Révolution naissante. En 1791, il se retira en Autriche, servit les Bourbons pendant vingt ans comme secrétaire, rentra en France en 1814, fut nommé aumônier de la duchesse d’Angoulême, pair de France, archevêque de Sens en 1817, enfin cardinal en 1823.

LAFAYE (Antoine de), ministre protestant, né à Châteaudun dans le xvi« siècle, m. à Genève en 1618, fut l’ami de Théodore de Bèze, dont il partagea les doctrines. On a de lui : des traductions de l’Histoire des Juifs de Josèphe, in-fol., Genève, 1560, et de Tile-Live, Paris, iu-fol., 1582; Geneva liherala, ou Histoire de l'invasion du duc de Savoie, Genève, 1603, in 12, etc.

LA FAYETTE (Gilbert Motier de) , d’une noble et ancienne famille d’Auvergne, maréchal de France sous Charles VII, auquel il s’était attaché pendant la démence de Charles VI, battit les Anglais à Baugé, 1421, prit une part brillante à la délivrance d’Orléans, figura au sacre du roi, et mourut en 1464.

la Fayette (Louise Motier de), fille d'honneur de la reine Anne d’Autriche, se vit recherchée du roi Louis XIII à cause de sa beauté et de son esprit. Elle aima mieux renoncer au monde que de céder à la séduction, s’enferma, en 1637, au couvent de la Visitation sous le nom de sœur Angélique, et mourut en 1665. Mme de Genlis a fait un roman intitulé : Mademoiselle de La Fayette, 1812.

la Fayette ( Marie -Madeleine Pioche de la Vergne, comtesse de), née au Havre en 1633, m. en 1693, épousa le comte de La Fayette en 1655. Formée dans la société la plus lettrée de son temps, douée d’une imagination gracieuse, d’un goût pur et d’une sensibilité naturelle, elle fit une révolution dans le roman : aux aventures chimériques, aux faux sentiments et au style ampoulé des romans héroïques et des pastorales, elle substitua, dans Zayde, 1670, et la Princesse de Clèves , 1678, les événements ordinaires de la vie, l’histoire et le langage du cœur et des passions. Ses OEuures ont été publiées avec celles de M“" de Tencin et de Fontaines, Paris, 1814, 5 vol. in-8»; elles comprennent, outre les ouvrages précédents, la Comtesse de Tende, la Comtesse de Montpensier, et une Histoire d’Henriette d’Angleterre. On a aussi de courts et intéressants Mémoires de M“e de La Fayette, et une Correspondance inédite, fort curieuse au point de vue biographique et littéraire. G. L.

la Fayette (Marie -Paul -Joseph - Roeh-Ives - Gilbert de Motier, marquis de ), un des plus célèbres personnages de la Révolution française, né au château de Chavaniac, près de Brioude (Auvergne), en sept. 1757, m. à Paris, le 19 mai 1834, finit son éducation au collège du Plessis, à Paris. Orphelin dès son jeune âge, et possesseur d’une grande fortune, à 16 ans il épousa M11* de Noailles, préféra la carrière militaire aux honneurs de la cour, et se trouvait en garnison à Metz lors de l’insurrection des colonies anglaises d’Amérique. Plein d’enthousiasme pour leur cause, il équipe une frégate à ses frais, part, malgrél’opposition du gouvernement et celle de sa famille, et débarque à George-Town, en juin 1777. Les Américains étaient réduits à une armée de 2,000 hommes. La Fayette, âgé d’un peu moins de 20 ans, demande à servir à ses frais et comme volontaire; mais le Congrès le nomma major-général de l’armée. A sa première affaire, la bataille de Brandy wine, il fut blessé grièvement (11 sept.). Envoyé dans le Nord, avec le titre de général, il se distingua à la bataille de Monmouth, 1778. Sur des bruits sérieux de guerre entre la France et l’Angleterre, il revint à Paris, 1779, où il fut accueilli partout avec la plus grande faveur, et reçut une épée d’honneur au nom du peuple américain. Il obtint du cabinet de Versailles qu’un corps de 4,000 hommes serait envoyé aux insurgés, repartit aussitôt, 1780, fut chargé de défendre la Virginie, avec des troupes à peine suffisantes, contre Arnold et Cornivallis, et par suite de manœuvres habiles, de combats partiels, et en évitant toujours une bataille, força l’armée anglaise à capituler dans Yorlc-Totvn, 1781. Revenu de

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nouveau en France, avec toute la confiance du Congrès, il avait déterminé l’Espagne à se joindre à la France pour une expédition combinée contre les colonies anglaises; déjà il allait s’embarquer avec 8,000 hommes, lorsqu’il apprit que l’Angleterre venait de reconnaître l’indépendance de ses anciennes colonies, 1783. Alors la réputation de La Fayette fut immense : Louis XVI et Marie-Antoinette, le roi de Prusse Frédéric et Joseph II, donnèrent des marques d’estime au jeune marquis de haute noblesse, qui ne craignait pas de montrer des sentiments républicains. Sa popularité, son zèle à demander la réforme des abus, le firent appeler par le roi à l’Assemblée des notables, 1787 ; il fut un de ceux qui provoquèrent la réunion des Etats-Généraux, 1789, où le députa la noblesse d’Auvergne. Vice-président de l’Assemblée à l’époque du 14 juillet, il fut proclamé commandant de la garde bourgeoise, improvisée de la veille, et qu’il appela garde nationale. Aux journées de 5 et 6 octobre, il essaya d’empêcher le peuple de Paris de se porter sur Versailles, et finit par le suivre, avec la garde nationale, afin de diriger le mouvement. Sa présence empêcha de grands malheurs, et préserva la famille royale des atteintes d’une plèbe furieuse. Le Roi, en 1790, appela la garde nationale à faire le service près de lui ; La Fayette se trouva donc compromis lors de la fuite de Varennes (21 juin 1791). Après le retour, il combattit, dans l’Assemblée, le parti qui voulait la déchéance de Louis XVI, et lorsque les démagogues ameutèrent la foule au Champ-de-Mars, pour signer une pétition dans ce sens, il fit déployer le drapeau rouge et disperser les factieux par la force (17 j uill. 1791). En sept. 1791, quand le Roi eut accepté la Constitution, La Fayette donna sa démission de commandant de la garde nationale, puis au moment de la coalition de Pilniz, fut nommé général en chef de l’armée du centre. Il fit une tentative vaine pour faire punir les auteurs de la journée du 20 juin (F. ce mot), en venant lui-même dénoncer les jacobins à l’Assemblée; tenta, sans plus de succès, quelques ouvertures à la Cour, et repartit à son armée, où, cinq semaines après, il apprit la ruine de la royauté au 10 août. 11 ne voulut pas encore désespérer d'arracher la France aux jacobins; mais destitué, décrété d’accusation , il chercha un asile en pays neutre, fut arrêté près de Namur ; subit en Prusse , puis en Autriche , la plus dure captivité, qu’il supporta avec autant de fermeté que de noblesse. Détenu dans la citadelle d’Olmiitz, il ne dut la liberté qu’à un article spécial du traité de Campo-Formio, 1797. Rentré en France après le 18 brumaire seulement, il vota contre le consulat à vie, et vécut dans la retraite durant tout l’Empire. En 1814, La Fayette essaya de se rallier aux Bourbons. Pendant les Cent-Jours, envoyé à la chambre des représentants par le département de Seine-et-Marne, il prit une part active aux mesures qui contraignirent Napoléon à sa deuxième abdication. Rentré de nouveau dans la vie privée, il .«devint député, de 1818 à 1823, siégea constamment avec l’opposition, et, considérant les Bourbons comme radicalement absolutistes , il se crut obligé de seconder tous les projets ayant pour but leur renversement. N’ayaut point été réélu aux élections de 1824, il fit un voyage en Amérique, où il reçut partout un accueil enthousiaste. Le gouvernement de l’Union, en reconnaissance de ses sacrifices pour la guerre de l’indépendance, lui fit présent d’un domaine choisi parmi les terres les plus fertiles, et d’une somme de 200,000 dollars. Rentré à la Chambre des députés en 1827, La Fayette reprit sa ligne de conduite. A la révolution de 1830, on le porta, par acclamation, au commandement des gardes nationales ; chef du gouvernement provisoire , ce fut lui qui répondit à l’envoyé porteur du retrait des fameuses ordonnances, les mots devenus célèbres : « Il n’est plus temps. » Lorsque Louis-Philippe accepta la couronne, on prétend, mais sans uue parfaite certitude, que La Fayette, en l’embrassant, s’écria : « Voilà la meilleure des républiques. » Cependant trois semaines après il donnait sa démission de commandant des gardes nationales, et ne cessa de voter avec l’opposition. Mirabeau jugeait La Fayette « un caractère moins grand que singulier, plus roide que véritablement fort; généreux, noble, mais se nourrissant d'hypothèses, vivant d’illusions sans vouloir tenir compte des faits. » Tous les partis ont reconnu ■ honnêteté de La Fayette; cependant sa mort ne produisit qu’une médiocre sensation en France; il en fut autrement en Amérique : le Congrès prit le deuil pendant 30 jours, les citoyens furent invités à en faire autant, le Président de l’Union prononça, dans le Congrès, l’éloge du général, et l’on rendit à sa mémoire les mêmes honneurs militaires qui avaient été rendus à celle de Was-

hington. La famille de La Fayette a publié : Mémoires, correspondance, et manuscrits du général La Fayette, Paris, 1837-38, 6 vol. in-8°. On y trouve beaucoup de notes intéressantes et curieuses sur la Révolution, et particulièrement les événements auxquels La Fayette prit part; mais de Mémoires proprement dits , écrits de sa main , il n’y en a qu’un fragment peu éteudu qui se rapporte à sa jeunesse,

LA FÈRE, V. Fère (i.a).

LA FERTÉ. V. Ferté (la).

LA FEUILLADE. V. Feuillade (la).

LAFFEMAS (Barthélemy de) , valet de chambre de Henri IV, et contrôleur-général du commerce, né en 1545 à Beausemblant (Dauphiné), m. vers 1612, a publié divers ouvrages dont le but était d’indiquer les sources de prospérité de la France, les abus du gouvernement, les moyens d’améliorer l’agriculture et le commerce. Ce sont : les Trésors et richesses pour mettre l'Etal en splendeur, Paris, 1598, in-8"; Remontrances sur l'abus des charlatans, pipeurs et enchanteurs, 1601, in-8°; Preuve du plant et profit des meuriers (mûriers), 1603 ; Lettres et exemples de la feue royne mère comme elle faisoit travailler aux manufactures,... avec la preuve certaine de faire les soyes en ce royaume, pièce insérée dans les Archives curieuses de l’histoire de France, lrc série, t. ix; Histoire du commerce de France, 1606, in-12.

laefemas (Isaac de), fils du précédent, né en 1589, m. vers 1650, fut d’abord avocat au parlement, puis maître des requêtes, conseiller d’Etat et lieutenant civil en 1638. Dévoué au cardinal de Richelieu, il a laissé, comme Lauhardemont, une mémoire exécrée. Pendant la Fronde, il soutint Mazarin.

LAFFITTE (CHATEAU-). V. Ciiateau-Laffitte.

Laffitte (Jacques), l’un des plus honorables financiers, et des esprits les plus libéraux à la fois et les plus modérés de la lre moitié du xix' siècle, né en 1767 à Bayonne, m. en 1844. Son père était un charpentier arrivé à l’aisance par le travail et l’économie. Le jeune Laffitte quitta de bonne heure la maison paternelle pour se rendre à Paris. Une physionomie intelligente, une parole expressive, un caractère liant, une heureuse humeur, semblaient le destiner à une prompte fortune. Entré comme teneur de livres chez le banquier Perrégaux, en 1783, il montra aussitôt une capacité rare pour les affaires, et, au bout de quelques années, devint associé de son patron et le vrai directeur de la maison. Perrégaux, en mourant, le nomma son exécuteur testamentaire et son successeur. Laffitte devint ensuite régent de la Banque de France, 1809, juge au tribunal de commerce de Paris, 1813, président de la chambre de commerce, enfin gouverneur de la Banque, 1814, dont il refusa le riche traitement avec une noble générosité. Cette même année les étrangers coalisés entraient dans Paris, le trésor était vide, et le gouvernement provisoire, ne sachant comment payer l’armée qui allait se retirer au delà de la Loire, voulut puiser dans la caisse de la Banque, en imposant à cet établissement un emprunt forcé qui aurait compromis le crédit public. Laffitte, pour maintenir intact le dépôt qui en était la sauvegarde, avança au gouvernement, sans garantie, deux millions de ses propres deniers. A la lre rentrée des Bourbons, il fut le banquier de la famille royale, dont il reçut en dépôt des sommes considérables, et qui n’eut jamais qu'à se louer de son extrême désintéressement. Nommé membre de la Chambre des représentants pendant les Cent^Jours, il reçut de Napoléon partant pour l’exil un dépôt sur parole de 4 millions de francs, qui servirent plus tard à satisfaire aux clauses du testament de l’Empereur. Après l’invasion de 1815, il fut seul à proposer et à signer une souscription pour la contribution extraordinaire imposée à la ville de Paris. Député de la Seine eu 1816, il prit place dans l’opposition, fut réélu en 1817 par les 20 sections électorales de Paris, et se montra le défenseur de toutes les libertés attaquées. En 1818, lors d’une crise commerciale, Laffitte fit 5 millions d’avances pour rassurer le crédit. En même temps sa libéralité, trop magnifique peut-être, venait en aide à des négociants malheureux, à des officiers sans ressources, à des villes que l’Etat ne pouvait secourir, et même à des particuliers illustres, à qui ces services étaient rendus avec la plus noble délicatesse. Il prit une part capitale à la fondation de la caisse d’Epargne de Paris, et se sépara de l’opposition pour appuyer la conversion des rentes 5 0/0 en 3 0/0, 1824. Pendant les dernières années de la Restauration, sa demeure devint le rendez-vous de ceux pour qui la révolution anglaise de 1688 était un précédent historique plein d’enseignements et de présages; il se fit le centre du parti orléaniste, séduisit les ambitieux, les habiles, où ceux

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que sa bonne foi persuadait. Quand les fameuses ordonnances de Juillet 1830 parurent, Laffitte, par un effort de loyauté, se rendit encore aux Tuileries avec Gérard, Casimir Périer, Lobau, et Mauguin ; on demanda un minis tcre populaire et le retrait des ordonnances. La demande fut transmise au roi , qui était à Sl-Cloud , et qui refusa ; Laffitte alors, après un jour d’incertitude, se jette dans l’insurrection, et propose un gouvernement provisoire ; au retrait tardif des ordonnances, il fait la fameuse réponse : « Il est trop tard ! » lance une proclamation en faveur du duc d’Orléans, préside au palais Bourbon une assemblée de quarante -quatre députés qui décernent au duc la lieutenance-générale du royaume , le décide à se présenter hardiment à l’hôtel de ville , et, le rapprochant du général La Fayette au moment où l’on parlait de faire une république, termine la révolution de Juillet par une royauté bourgeoise et constitutionnelle qui est presque sou œuvre. Après avoir été une lre fois ministre sans portefeuille , il accepte le portefeuille des finances et la présidence du conseil. A partir de ce moment, la destinée de Laffitte s’assombrit : les moyens dont une monarchie a besoin pour se soutenir lui parurent moins conformes qu’il ne l’avait cru à ses principes et à ses espérances. Déjà le général La Fayette avait été écarté après le procès des ministres de Charles X. Une émeute, qui fut suivie du pii lage de l’archevêché, 14 février 1831, lui ouvrit à luimême les yeux en lui montrant une lutte déclarée là où il avait cru préparer une conciliation. Cependant sa maison de banque, qui ne cessait pas d’être ouverte à toutes les détresses , et qu’il avait dû négliger pour la politique , menaçait ruine ; le roi , pour la soutenir, acheta de Laffitte la forêt de Breteuil , et autorisa son ministre à emprunter 13 millions à la Banque; mais, malgré la promesse qu’il lui en avait faite , il rendit publiques , par l’enregistrement , ces nécessités dont le secret pouvait seul sauver Laffitte de la ruine. Cette défiance était déjà un avertissement. Une dépêche et des notes sur la politique européenne , qu’on ne lui communiqua point , quoique président du conseil , lui firent sentir qu’on ne le croyait plus nécessaire. 11 se retira, en mars 1831, prit place sur les bancs de l’opposition, s’occupa de la liquidation de sa maison qui dura plusieurs années Vendit son hôtel de la rue d’Artois, nommée rue Laffitte depuis 1830 , en souvenir de la part qu’il avait prise à cette révolution, et en redevint propriétaire par une souscription nationale qui le lui rendit ; il reconstitua une nouvelle maison de banque qui prospéra sous le nom de Banque sociale , et rêva d’anciens projets financiers pleins de grandeur et d'avenir, mais qu’il n’eut pas le temps d’exécuter. La considération publique et le profond respect des esprits élevés l’accompagnèrent dans sa retraite , et la popularité même revint pour escorter son convoi par une manifestation imposante. Il mourut à 77 ans , ne laissant qu’une fille, qui avait épousé le prince de la Moskowa, fils du maréchal Ney. Laffitte a écrit des Mémoires encore inédits, qui répandront sans doute des lumières nouvelles sur son rôle avant et après la Révolution de Juillet. M — l.

LAFITAU (Joseph-François) , jésuite , né à Bordeaux , m. en 1740 , fut employé aux missions du Canada. On a de lui : Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des premiers temps, Paris, 1723 , 2 vol. in-4°, et Rouen, 1724, 4 vol. in-12; Histoire des découvertes et des conquêtes des Portugais dans le Nouveau Monde, Paris, 1733 , 2 vol. in-4°.

Lafitau (Pierre-François), jésuite, évêque deSisteron, né à Bordeaux en 1685 , m. en 1764 , fut un des partisans les plus outrés de la constitution Unigenitus. Il était chargé des affaires de France à Rome, lorsque Dubois, qui briguait le cardinalat, le chargea d’appuyer sa candidature près du pape, obtint pour lui-même de Sa Sainteté qu’elle le fit proposer pour un évêché en France, et daignât le sacrer elle-même à Rome, en 1719. On a de lui: une Histoire de la constitution Unigenitus, Paris, 1737 et 1738, 2 vol. in-12 , qui offre plus de légèreté dans le style que d’exactitude sévère dans les faits, mais qui ne manque pas Aune certaine modération; la Vie et les mystères de la üte Vierge, Paris, 1759, 2 vol. in-12 C. N.

LA F O -N I Pierre), célèbre acteur tragique, né à la Linde (Périgord), en 1773, m. en 1846. Sa famille le destinait à la profession de médecin, et il étudia pendant quelque temps à Montpellier ; mais son goût pour le théâtre, manifesté dès le collège, finit par l’emporter : il s’engagea dans une troupe ambulante, puis vint à Paris, suivit pendant quelque temps les leçons de Dugazon , au Conservatoire, et débuta en 1800 au Théâtre-Français, par le rôle d’Achille à' Iphigénie en Aulide, où il obtint le succès le plus brillant. U conserva la faveur du public pendant toute sa carrière théâtrale, qu’il termina en 1829. Lafon était doué divine

taille avantageuse, d’une belle figure, d’un organe sonore, d’une sensibilité communicative, mais il portait dans ses rôles un sentiment , peut-être exagéré, de la dignité théâtrale. 11 s’essaya aussi avec succès dans la haute comédie.

LAFOND (Charles-Philippe), célèbre violoniste , né à Paris en 1776 , m. en 1839. Élève de Boucher, puis de Rode , il parcourut les principales villes de l’Europe , et partout fut accueilli avec une grande faveur. Son talent se distinguait par l’élégance , la grâce , une exécution facile , et qui l’avait fait surnommer le Violoniste des dames ; mais il manquait de verve , de force et de brillant.

LA FONTAINE (Jean de), le premier des fabulistes français, et peut-être de tous les fabulistes, né à Château- Thierry (Champagne) le 8 juillet 1621, m. à Paris en 1695, était fils d’un maître des eaux et forêts, et fut élevé au collège de Reims. Doué d’une imagination très-vive, quelques livres ascétiques qu’il lut au sortir du collège firent sur lui une impression telle , qu’il se crut une vocation pour l’état ecclésiastique , et entra au séminaire. Bientôt il se repentit de la décision qu’il avait prise, et après une année, revint dans le monde. Il s’y fit remarquer par ses distractions, son indolence, et un vif penchant pour les plaisirs. Un an à peine s’était écoulé depuis qu’il avait renoncé au séminaire, et il menait dans la maison paternelle une vie presque désœuvx’ée, lorsqu’un officier, en garnison à Ch âteau- Thierry , déclama un jour devant lui l’ode de Malherbe sur la tentative d’assassinat commise sur Henri IV , en 1605 : cette ode produisit sur La Fontaine un effet extraordinaire ; il se passionna pour Malherbe, puis pour la littérature ; et le génie poétique s’éveillant en lui , il essaya d’imiter les poètes, objet de son admiration. Mais son goût courait risque de s’égarer par l’imitation de mauvais modèles, lorsqu’un ami lui fit comprendre qu’il fallait lire et relire Homère, Virgile, Horace, Térence, et Quintilien. Alors il se mit à étudier les anciens, et donna une imitation en vers de l'Eunuque, comédie de Térence. Cette étude ne lui fit pas négliger celle des auteurs modernes, parmi lesquels

11 préférait surtout Marot , Rabelais et Voituie. La Fontaine passa quatre années à ne s’occuper que de plaisir et de poésie. Lorsqu’il eut atteint l’âge de vingt-six ans, son père voulut l’établir, lui transmit sa charge, et le maria. Mais La Fontaine était l’homme le moins capable de supporter un lien quelconque, et l’esprit le moins propre aux affaires. Il rencontra peu de sympathie entre le caractère de sa femme et le sien, l’hymen lui parut un esclavage, et peu à peu il s’éloigna du toit conjugal; il finit par se fixer tout à fait à Paris, fut présenté au surintendant Fouquet , qui se l’attacha comme poète , avec une pension de 1,000 livres, à condition d’en acquitter chaque quartier par une pièce de vers. La Fontaine mena chez le Surintendant la vie la plus conforme à son humeur et à ses goûts. Cette situation dura sept années ; alors arriva la disgrâce de Fouquet. La Fontaine demeura fidèle à son protecteur tombé, plaida sa cause dans une très-belle élégie ( la vi°), 1661, et dans une Ode au roi, 1663. En 1664 et 1671, La Fontaine donna des Contes et des Nouvelles en vers, où les lois de la morale sont souvent offensées ; et en 1668,c.-à-d. à l’âge de 47 ans, il commença de publier l’ouvrage sur lequel repose sa réputation , un recueil de Fables, toutes imitées de divers auteurs anciens ou modernes, mais d’une manière si originale, qu’elles ont valu au poète le nom d'inimitable. Elles sont au nombre de 239 , réunies en

12 livres. Il donna d’abord les 6 premiers livres ; les 6 derniers ne parurent que de 1678 à 1694. <• La Fontaine a porté, dit Chamfort, la peinture des mœurs dans l’apologue, et l’apologue dans le champ de la poésie ; il a fait de son livre

Une ample comédie à cent actes divers.

Son caractère distinctif est une étonnante aptitude à se rendre présent à l’action qu’il nous montre ; de donner à chacun de ses personnages un caractère particulier dont l’unité se conserve dans la variété de ses fables, et le fait reconnaître partout. » Le style est toujours simple, naturel , élégant, gracieux, quelquefois sublime, quand le sujet l’exige, et empreint d’une sensibilité vraie; « il est peutêtre ce que l’histoire littéraire de tous les siècles offre de plus étonnant. Nul auteur n’a mieux possédé cette sou plesse de l’âme et de l’imagination qui suit tous les mouve ments de son sujet. » Parmi les œuvres de La Fontaine, on remarque encore trois poèmes mythologiques : Psyché , Adonis, 1669, Pliilémon et Baucis, 1685, dans lesquels on retrouve la brillante imagination et la magie de style du poète. Psyché, roman imité d’Apulée, est en prose mêlée de vers, et se divise en 2 livres. Outre l'Eunuque , La Fon-

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taine a composé encore 4 ou 5 petites comédies et 2 opéras, qui n’ajoutent rien à sa gloire. — La Fontaine fut lié avec les hommes les plus illustres de son temps, non-seulement les gens de lettres, mais aussi les gens du monde. Ses talents supérieurs, et la douceur de son caractère, qui eut toujours quelque chose de la simplicité et de la candeur d’un enfant, le faisaient chérir et rechercher. Par suite de son incapacité pour les affaires, il avait quitté sa charge de maître des eaux et forêts, et son insouciance pour tout ce qui tenait aux intérêts matériels, jointe à son peu de conduite, avait fini par anéantir presque complètement sa petite fortune. Ses amis lui firent alors obtenir la charge de gentilhomme servant de la duchesse douairière d’Orléans; mais cette princesse étant morte en 1672, il allait retomber dans une position précaire, lorsque Mme de La Sablière, femme aussi distinguée par les qualités du cœur que par les dons de l’esprit, retira le grand enfant chez elle. Pendant vingt ans elle lui épargna les tracas et les soucis de la vie matérielle. La Fontaine eut la douleur de lui survivre. Bien qu’alors âgé de 72 ans, la tutelle et l’appui d’un ami lui étaient devenus désormais indispensables; il trouva l’une et l’autre dans M. d’Hervart, conseiller au parlement de Paris, qu’il avait connu chez sa bienfaitrice. Cet homme bon et généreux s’empressa de se rendre auprès de La Fontaine : « Venez loger chez moi , lui dit-il. — J’y allais, » répondit le poëte avec une admirable bonhomie. Pendant les dernières années de sa vie, La Fontaine, outre l’hospitalité de M. d'Hervart, n’eut d’autre fortune que les bienfaits de ses protecteurs, les princes de Conti et de Vendôme, le duc de Bourgogne, et il sollicita vainement ceux de Louis XIV. L’âge amena un changement notable dans son caractère et dans ses mœurs : jeune, il avait mené une vie fon-Missipée ; vieux, il se repentit des erreurs de sa jeunesse, et les expia en pratiquant les exercices de la plus austère piété. La Fontaine a joui de sa réputation de son vivant ; néanmoins, il était plus que sexagénaire quand il se présenta à l’Académie Française, où il fut reçu en 1684. Chamfort a résumé, sur La Fontaine, un jugement que l’on peut regarder comme l’écho de l’opinion générale : » Il offrit , dit-il , le singulier contraste d’un conteur tVop libre et d’un excellent moraliste; reçut en partage l’esprit le plus fin qui fut jamais, et devint en tout le modèle de la simplicité ; posséda le génie de l’observation , même de la satire, et ne passa jamais que pour un bon homme ; déroba, sous l’air d’une négligence quelquefois réelle, les artifices de la composition la plus savante; fit ressembler l’art au naturel , souvent même à l’instinct ; cacha son génie par son génie même ; tourna au profit de son talent l’opposition de son esprit et de son âme, et fut dans le siècle des grands écrivains, sinon le premier, du moins le plus étonnant. » Les éditions des OEuvres complètes de La Fontaine sont peu nombreuses, mais celles des Fables sont innombrables ; parmi les premières nous citerons celles en 6 vol. in-8°, Paris, 1814, et en 2 vol. gr. in-8°, Paris, 1817 ; parmi les secondes, Fables de La Fontaine, avec un commentaire littéraire et grammatical, par Ch. Nodier, Paris, 1818, 2 vol. in-8°; de Walckenaër, avec notes, Paris, 1827, 2 vol. in-8°; de Orapelet, édition dite parisienne, avec notes et 75 vignettes sur bois, Paris, 1830, 2 vol. in-32; de Colincamp, avec notes philologiques, Paris, 1863, in-12. V. les Eloges de La Fontaine, par Chamfort et par La Harpe; Walckenaër, Histoire.de la vie et des ouvrages de La Fontaine , Paris, 1824, 3e édit., 1 vol. in-8°; Taine, La Fontaine et ses Fables, Paris, 1861, 3e édition, in-12, etc. C. D — y.

Lafontaine (Henri- Jules- Auguste), romancier allemand, né en 1759 à Brunswick, d’une famille de réfugiés protestants français, m. en 1831, fut aumônier de régiment, puis pasteur à Halle. Il a écrit plus de 80 romans ; mais ce sont, sous des noms divers, les mêmes caractères et les mêmes événements, avec de bien légères nuances. Pour Lafontaine, les hommes sont bons, doux, sensibles; de là l’abandon où sont tombées ses compositions, tant lues autrefois, et dont le style d’ailleurs a plus d’une qualité remarquable. Ses principaux ouvrages sont: l’Homme singulier; i Arcadie; les Histoires de famille, véritable cours d’ éducation ; Vie d’un pauvre ministre de village ; le Journal de Charles ; Blanche et Mina; Raphaël; Charles et Emma; Emilie ; Walter ; la Famille de Halden, etc. Les œuvres de Lafontaine ont été imitées et traduites plusieurs fois en français. L — Y.

LA FORCE (Jacques Nompar de Caumont, duc de), marquis de Castelnau, né vers 1559, m. en 1652, échappa au massacre de la Sl-Barthélemy en contrefaisant le mort, couché prés de son père et de son frère, que les assassins frappèrent au hasard, se cacha dans sa famille jusqu'au moment où Henri IV se mit à la tête des protestants, et

fut un de ses plus dévoués compagnons. Sous Louis XIII, il défendit Montauban contre les troupes royales, 1621, revint bientôt au parti du roi, obtint sa grâce et le bâton de maréchal. Eu 1630, il prit part à l’expédition d’Italie, enleva Saluces au duc de Savoie, et vainquit les Espagnols à Carignan. Il se signala aussi pendant la guerre de Trente Ans : chargé d’opérer en Lorraine contre les Espagnols et les Impériaux, il investit Lunéville, s’empara de La Motte et de Spire, et battit le général autrichien Colloredo, qui fut fait prisonnier. Sa terre de La Force, en Périgord, fut érigée en duché-pairie, en 1637. Il s’y retira fort mécontent de Mazarin , et se déclara, en 1652. pour le prince de Condé.

la force (Armand, duc de), fils du précédent, servit avec distinction en Italie, en Allemagne et en Flandre, contribua puissamment à la reprise de Corbie en 1636, fut nommé maréchal de France en 1652, et mourut en 1675. Il a laissé des Mémoires, publiés, avec ceux de son père, en 1842, Paris, 4 vol. in-8°.

la force (Charlotte-Rose de caumont de), petitefille de Jacques de La Force, née en 1650, m. en 1724, s’est rendue célèbre par son esprit et ses connaissances, aussi bien que par la légèreté de sa conduite. Elle a laissé quelques poésies et des romans historiques, entre autres : Histoire secrète du duc de Bourgogne, 1694; Histoire secrèle de Marie de Bourgogne, 1712; Histoire de Marguerite de Valois, 1696; Histoire secrète de Catherine de Bourgogne , duchesse de Bar, 1703 ; Gustave Wasa, 1698 ; les Fées , contes des contes, 1692, ouvrage d’éducation.

la force ( Henri- Jacques nompar, duc de), né en 1675, m. en 1726, membre de l’Académie française en 1715, vice-président du conseil des finances en 1716, se compromit en faisant l’agiotage à l’époque de Law.

la force (Louis- Joseph, duc de), petit-fils du maréchal de Tourville, né en 1768, m. en 1838, fut aide de camp du comte de Provence (depuis Louis XVUIj pendant l’émigration, servit dans l’armée de Condé, rentra en France en 1809, devint membre du Corps législatif, signa en 1814 la déchéance de Napoléon Ier, rejoignit le duc d’Angoulême à Nîmes, fut emprisonné pendant les Cent-Jours, et entra à la Chambre des pairs lors de la lre Restauration. — Son frère, né en 1772, m. en 1854, avait été membre du Corps législatif sous Napoléon Ier, député de 1825 à 1827 et pair de France en 1839.

la force (piganiol de). V. piganiol.

la force, ch.-l. de cant. (Dordogne), arr. et à 11 ldi. O. de Bergerac ; 210 hab.

LA FOREST (Pierre de), archevêque de Rouen et cardinal, né en 1314 près du Mans, m. en 1361, fut successivement chancelier des duchés de Normandie et d’Aquitaine, chancelier de France, évêque de Par.s, et prit une part active à l’administration des affaires publiques sous Philippe de Valois et Jean le Bon.

LA FORGE (Louis de), médecin, né à Saumur, publia en 1664 le Traité de l'homme, de Descartes, avec des notes intéressantes. Il a écrit lui-même uu Traité de l’âme et de son union avec le corps, d’après les principes de Descaries, en latin, 1666.

LAFOSSE (Charles de), peintre, né à Paris en 1640, m. en 1716, étudia son art dans l’école de Lebrun, et se rendit ensuite en Italie, où il prit pour modèles Paul Véronèse et le Titien. De retour à Paris, il exécuta à Sl-Eustaclie plusieurs fresques qui ont été détruites lo-rs de la reconstruction du portail de cette église, et peignit le dôme et le chœur de l’église de l’Assomption. Appelé en Angleterre, il fit, dans l’hôtel de lord Montaigu, deux

frands plafonds, T Apothéose d’Isis et l’ Assemblée des dieux .

lais les offres de Charles II ne purent le retenir : il espéraitsuccéder à Lebrun comme premier peintre de Louis XI V . Ce titre ne lui fut pas accordé. Il entra à l’Académie de peinture en 1683, fut chargé de quelques tableaux pour Trianon et Marly, et peignit divers sujets dans la chapelle et dans les salles du Trône et de Diane à Versailles. Son ouvrage capital est le dôme des Invalides, où 38 figures disposées en cinq groupes et les évangélistes des pendentifs lui appartiennent. Le musée du Louvre possède de lui l’ Enlèvement de Proserpine, le Mariage de la Vierge, et Moïse sauvé des eaux . Les tableaux de Lafosse sont bien composés, sa manière large, ses effets de lumière parfaitement entendus, son coloris brillant et vigoureux; mais le dessin en est souvent lourd.

la fosse (Antoine d’aubigny de), poëte dramatique, né à Paris vers 1653, m. en 1708, fut successivement secrétaire d’uu envoyé français à Florence, du marquis de Créqui, et du duc d’Aumont; il consacra ses loisirs a l’étude de l’antiquité et à la composition de quatre trage-

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dies: Polyxène, Thésée, Corésus et Callirhoé, et Manlius Capitolinus. Péniblement versifiées , ces pièces portent l’empreinte du travail ; mais des beautés mâles ont fait revivre la dernière, où Talma sut révéler des traits inaperçus. Le théâtre de La Fosse a été publié en 1747, 2 vol. in-12. J- T.

lafosse (Etienne- Guillaume) , médecin vétérinaire, maré»hal des écuries du roi, m. en 1765, a publié : Traité sur le véritable siège de la morve des chevaux, in-8°, Paris, 1749; Observations et découvertes faites sur les chevaux, Paris, 1754, in-8°.

lafosse (Philippe-Etienne), fils du précédent, l’a surpassé encore comme médecin vétérinaire. On a de lui : Guide du maréchal, Paris, 1766; Cours d' Hippialrique , 1774 ; Dictionnaire raisonné d’ Hippiatrique , cavalerie, manège et maréchallerie, 1785, 2 vol. in-4°, ou Bruxelles, 1786,4 vol. in-4°; Manuel d' Hippiatrique, 5« édit., 1813, in-12.

LAFRESNAYE (Vauquelin de). V. Vauquelin.

LA GALISSONNIÈRE ( Le marquis de ) , lieutenant général des armées navales de France, né en 1693 à Rochefort, m. en 1756, étudia à Paris sous la direction de Rollin, entra dans la marine en 1710, et fut nommé en 1745 gouverneur du Canada, où il fit chérir son administration. Chargé en 1756 du commandement de l’escadre de la Méditerranée, il remporta une victoire sur l’amiral anglais Byng devant Minorque, et contribua puissamment par là à la conquête de cette île et de Port-Mahon. Il pouvait espérer de nouveaux succès, quand la mort vint le frapper la même année.

LAG ANUM. Pâte de fleur de farine de froment, allongée en rubans très-minces, et qui chez les anc. Romains, se servait cuite avec une sauce au poivre. C’était un mets économique, à l’usage des gens peu riches. C. D — y.

LA GARDE (Antoine Escalin des Aimars, baron de), né d’une famille obscure à La Garde en Dauphiné vers 1498, m. en 1578, connu d’abord sous le nom de capitaine Paulin, s’éleva par son courage, son intelligence et sa bonne conduite, des derniers rangs de l’armée aux grades les plus importants, et se signala sur terre comme sur mer. François Ier, à qui il fut présenté par Langey Du Bellay , lui confia plusieurs missions importantes. Ce fut lui qui conclut le traité d’alliance offensive et défensive entre ce prince et Venise, et qui, envoyé comme ambassadeur à Soliman II, décida ce sultan à s’unir à la France contre Charles-Quint. A son retour, nommé général des galères, il fit faire de grands progrès à la construction et à la manoeuvre des navires. Il se signala par sa violence à l’égard des Vaudois de Cabrières et de Mérindol. Pendant les guerres de religion, il combattit à Jarnac et à Montcontour, et au siège de La Rochelle.

LA GARDIE (Pontus de), né en Gascogne, m. en 1585, prit du service en Danemark, et commanda les lansquenets dans la guerre de 1563-70 contre la Suède, fait prisonnier, il entra au service d’Eric XIV, roi de Suède, contribua à le renverser, servit activement Jean III dans la guerre et les négociations, combattit glorieusement les Russes en 1580, devint sénateur, feld-maréchal, baron, gendre du roi et chef d’une famille illustre en Suède.

la gardie (Jacques de), fils du précédent, né en 1583, m. en 1652 , général des Suédois sous le roi Charles IX, fit heureusement la guerre contre les Russes , vit Gustave-Adolphe se former sous lui à l’art militaire, fut tuteur de la reine Christine, et président du département de la guerre.

da gardie (Magnus- Gabriel de), fils du précédent, né en 1622 à Revel, m. en 1682. Son imagination brillante et ses rares qualités séduisirent Christine de Suède, qui, sans l'opposition d’Oxenstiern, l’eût épousé. Elle l’envoya en ambassade en France, en 1642, avec une suite de 250 personnes; au retour, elle lui fit épouser sa cousine Euphrosine, sœur du roi Charles X, sous qui il conserva son crédit. Tuteur de Charles XI et grand-chancelier, il continua, avec Tott et Sparre, l’ancien système politique de la Suède en conservant l’alliance de Louis XIV ; mais le traité de 1672 ayant amené des revers , le parti allemand, conduit par Biœrnklow, le renversa. Un décret de 1680 réclama les domaines royaux qui avaient été aliénés, et Magnus, qui avait gouverné 20 ans et construit sur ses terres 3 châteaux et 16 églises, mourut pauvre. Protecteur des arts, des lettres et des sciences, il avait chez lui une imprimerie ; il fit recueillir les monuments de l'histoire de la Suède, dota la bibliothèque d’Upsal de précieux mss. (il était chancelier de cette université), et pensionna l’historien Mézerai. A. G.

LAGÉNIE. V. Leinster.

LAGERBRING (Sven), historien suédois, né en 1707,

m. en 1788, professeur d’histoire à l’université de Lund (Scanie), puis conseiller de la chancellerie et membre de l’académie de Stockholm, a publié une Histoire générale de Suède, jusqu’en 1457, en 4 vol. in-4°, 1769; un Abrégé jusqu’aux temps modernes, traduit en français, Paris, 1788, in-12 ; une Statistique de la Suède, et plusieurs dissertations, comme de Statu rei litterariœ in Sueciâ per tempora unionis Calmariensis, in-4°. A. G.

LAGHMAN, prov. d’Afghanistan. V. Loghman.

LAGIIOUAT, v. d’Algérie, à 360 kil. S. d’Alger, par 34° lat. N. et 0» 50’ long. E. Prise par le général Marey, en 1844.

LAGIDES. V. Lagus.

LAGIE, nom primitif de l’île de Délos.

LAGNIEU, ch.-l. de cant. (Ain), arr. et à 48 kil. N. -O. de Belley ; 2,518 hab. Fabr. de chapeaux de paille imitant ceux d’Italie. Comm. de fil, chanvre, blé. Récolte de vins rouges. — Au xme siècle, cette ville appartenait à la maison de Coligny; elle passa aux ducs de Nemours en 1571.

LAGNY, Laliniacum, ch.-l. de cant. (Seine-et-Marne), arr. et à 17 kil. 8.- O. de Meaux, sur la rive g. de la Marne, station du chemin de fer de Paris à Strasbourg ; 3,219 hab. Exploitation de plâtre ; fort marché aux grains; comm. de volailles , fruits, fromages de Brie, etc. Bel hospice. Autrefois place forte, brûlée par les Anglais en 1358; saccagée par le maréchal de Lorges à la suite d’une révolte en 1544; prise par le duc de Parme en 1590. 11 y eut une riche abbaye de bénédictins.

lagny (Thomas fantet de), mathématicien, né à Lyon en 1660, m. à Paris en 1734, abandonna l’étude du droit pour celle des mathématiques. Il fut reçu à l’Académie des sciences en 1695, devint professeur d’hydrographie à Rochefort, puis, eu 1716 , sous-directeur de la banque générale. Lagny s’est plus appliqué aux principes des mathématiques qu’à leur développement. Ses ouvrages renferment des vues ingénieuses, et on y remarque surtout ses méthodes d’approximation et d’abréviation. Il a laissé : Méthodes nouvelles et abrégées pour l’extraction et l'approximation des racines, Paris, 1691-92, in-4° ; Nouveaux éléments d'arithmétique et d’algèbre, ibid., 1697, in-12; la Cubature de la sphère, La Rochelle, 1702, in-12; Arithmétique nouvelle, (binaire), Rochefort, 1703, in-4°. V.

LAGOA(Baie de). V. Lorenzo-Marquez.

LAGONEGRO, v. du roy. d’Italie (prov. de Potenza), près d’un lac de même nom, à 17 kil. N.-E. de Policastro, au pied des Apennins; 5,718 hab. Toiles et chapellerie. Les Napolitains y furent battus par les Français en 1806.

LAGOR, ch.-l. de canton (Basses-Pyrénées), arr. et à 17 kil. S.-E. d’Orthez, près du Gave de Pau; 437 hab.

LAGÜS, Lacobriga, ville forte de Portugal (Algarves), port sur l’océan Atlantique, à 164 kil. S. de Lisbonne; par 37° 7' 48" lat. N., et 11° 7" long. O. ; 7,000 habit. Commerce de poissons, fruits et vins. Elle fut, dit-on, fondée par les Carthaginois.

lagos, anc. Bistonis palus, baie de la Turquie d’Europe (Andrinople), dans le sandjak deGallipoli; par 41° lat. N. et 22° 45" long. E.

lagos, riv. d’Afrique (Guinée Supérieure). Près de son embouchure, dans la baie du même nom formée par l’Atlantique, il se faisait, avant l’abolition delà traite desnègres, un grand commerce d’esclaves.

lagos ou aouani, v. de la Guinée Supérieure (Nigritie), dans une petite île du Lagos, près de la Côte des Esclaves; 5,000 hab. Occupée par l’Angleterre le 7 août 1861. Pays fertile en coton et en huile de palme.

lagos, v. du Mexique, dép. et à 7*4 kil. S.-E. d’Aguas- Calientes ; 2,000 hab. Foire célèbre. Mines d’argent aux environs.

LAGRANGE (Joseph de), poète dramatique, connu sous le som de Lagrange-Chancel, né à Périgueux en 1676, m. en 1758. Enfant précoce, il composa une comédie à 9 ans, fut appelé à la cour, où le roi parut désireux de le voir, et entra page chez la princesse de Conti. Racine l’encouragea, et, en 1694, à 17 ans, il donna une tragédie d' Adlierbal, fort applaudie. U entra dans les mousquetaires, pour vivre à Paris et se livrer à son goût pour le théâtre ; il donna les tragédies d'Oreste et Pylade, 1697 ; Mèlèagre, 1699; Alhénais, 1699 ; Amasis, 1701 ; Alceste, 1708 ; Ino et Mélicerte, 1713; Erigone, Cassius, et les opéras de Méduse, Cassandre, Orphée, Pyrame et Thisbé. Aucun de ces ouvrages ne s’élève au-dessus du médiocre, soit pour la conception, soit pour le style. Ayant eu le malheur de composer contre le Régeut Philippe d’Orléans des odes sanglantes, qu il fit courir manuscrites sous le titre de Philippiques , Lagrange fut emprisonné aux îles Ste-Marguerite ; il s’en échappa pour errer en Italie, en Espagne et en Hollande,

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et ne rentra en France qu’à la mort du Régent. Il donna, en 1758, une édition de ses œuvres, 5 vol. in-12. J. T.

Àagrange (N.), traducteur, né en 1738 à Paris, m. en 1775, fut précepteur des enfants du baron d’Holbach. On a de lui plusieurs traductions estimées : les Antiquités de la Grèce, par Lambert Bos, Paris, 1769; le poëme de Naturel rerum de Lucrèce, 1768, 2 vol. in-8°, réimprimé en 2 vol. in-12, Paris, 1833; les OEuvres de Sénèque le Philosophe, Paris, 1778, 7 vol. in-12, ouvrage posthume, terminé et publié par Naigeon, réimprimé en 1819, Paris, 14 vol. in-12.

lagrange (Joseph , comte) , né à Lectoure en 1763 , m. en 1836, partit comme volontaire en 1794, franchit rapidement les premiers grades, devint général de brigade pendant la campagne d’Egypte et de Syrie, où il se signala à El-Arisch, Sl-Jean-d’Acre et Héliopolis , fut nommé, à son retour en France, général de division et inspecteur général de la gendarmerie , dirigea une expédition aux Antilles en 1805, fit avec gloire la campagne de Prusse en 1807, accepta les fonctions de chef d’état-major et de ministre de la guerre du roi Jérôme en Westphalie , servit encore an Espagne , où il contribua à la victoire de Tudela, 1808, et prit part enfin aux campagnes de Russie et de France. La Restauration le nomma inspecteur général de la gendarmerie en 1817, et pair de France. Il fut mis en disponibilité en 1830. B.

Lagrange (Joseph-Louis), l’un des plus grands géomètres des temps modernes, né à Turin le 25 janv. 1736, de parents d’origine française, m. à Paris le 10 avril 1813. Son goût pour l'analyse se manifesta à la lecture qu’il fit, à 17 ans, d’un Mémoire de Halley sur la supériorité des méthodes analytiques. Dès ce moment, il entra dans la carrière qu’il devait illustrer, et, âgé seulement de 18 ans, signala ses premiers pas par un travail adressé à Fagnano, où il donne une série pour les différentielles et les intégrales d’un ordre quelconque. Euler, dans l’ouvrage intitulé Methodus inveniendi, avait résolu, par des méthodes particulières, des problèmes se rattachant à la méthode connue auj. sous le nom de calcul des variations; reconnaissant que ses procédés manquaient de généralité, il fit appel aux savants de l’Europe, et leur demanda une solution indépendante de considérations géométriques. Lagrange, qui n’avait que 19 ans, résolut la question, communiqua sa méthode à Euler, qui ne dédaigna pas de la commenter, et lui donna plus tard le nom sous lequel elle est actuellement connue. Lagrange était alors professeur à l’école d’artillerie de Turin. Il généralisa ensuite le principe mécanique de la moindre action. En 1759 parut le 1er vol. des Mémoires de l’Académie de Turin, qui venait d’être fondée ; il se composait principalement de Mémoires de Lagrange , parmi lesquels on a remarqué surtout des recherches sur la question, très-difficile alors, de la propagation du son. En 1764, il obtint le prix proposé par l’Académie des Sciences de Paris pour la théorie de la libration de la lune, et, en 1766, pour la théorie des satellites de Jupiter. Dans le premier de ces travaux, il montra toute la généralité du principe des vitesses virtuelles, et sa liaison avec les autres principes de la mécanique. Vers cette époque, Lagrange quitta le Piémont, pour remplacer Euler comme directeur à l’Académie de Berlin. Mais, à la mort du grand Frédéric, poussé par son désir secret, et sollicité par Mirabeau, il se rendit en France, malgré les offres des cours de Naples, de Toscane et de Sardaigne, 1787. L’année suivante , il publia la Mécanique analytique , où il développe les conséquences des principes les plus généraux, celui des vitesses virtuelles et celui de Dalembert, et ne fait dépendre ainsi les progrès de la mécanique rationnelle que de ceux de l’analyse. Pendant la Révolution, il prit part à l’établissement du système métrique , et fut quelque temps un des trois administrateurs de la Monnaie. Lorsqu'un décret de la Convention força à sortir de France tous ceux qui étaient nés en pays étranger, un arreté du comité de salut public mit Lagrange en réquisition, sur les instances de Guyton-Morveau, afin de le conserver à la France. Il fut ensuite professeur à l’Ecole normale et à l’Ecole polytechnique, lorsqu’on fonda ces deux institutions; ses leçons, données en 1795, se trouvent dans le Journal de l'Ecole polytechnique, cah. 7-8. C’est pour les élèves de l’Ecole polytechnique qu’il développa ses idées sur le calcul différentiel dans la Théorie des fonctions analytiques et les Leçons sur le calcul des fondions. Il y abandonne les idées d’infiuiment petits, et fait sortir la notion des dérivées de celle du développement en série des fonctions, suivant les puissances de l’accroissement de la variable. Ses idées à ce sujet n’ont pas prévalu; mais quelques notations de lui ont subsisté. Lorsqu’on fonda l’Institut et le Bureau des Longitudes , Lagrange fut appelé un des pre-

miers à en faire partie. Sa célébrité était si grande et son mérite si bien apprécié en France, qu’à l’époque où l’armée française entra à Turin, le Directoire donna l’ordre au commissaire civil, d’Eymar, d’aller complimenter le père du célèbre géomètre. Plus tard, Lagrange fut sénateur, grand-officier de la Légion d’honneur, comte de l’Empire, etc. Après sa mort , ses restes furent portés au Panthéon. Voici ses principaux ouvrages : Essai d'une nouvelle méthode pour résoudre le problème des trois corps, in-4°, 1772 ; Sur différentes questions d'analyse relatives à la théorie des intégrales particulières, in-4°, 1779 ; Mémoire sur la théorie des variations des éléments des planètes, in-4°, 1808 ; Mémoire sur la théorie générale de la variation des constantes arbitraires dans tous les problèmes de la mécanique, in-4°, 1809 ; Traité de la résolution des équations numériques de tous les degrés, ouvrage enrichi de plusieurs notes très-importantes , et où se trouve exposée la méthode pour la détermination des racines incommensurables, méthode fondée sur la théorie des fractions continues , 3® édit., in-4°, annotée par M. Poinsot; Leçons sur le calcul des fonctions, in-4°, dernière édit., revue par M. Serret; Théorie des fonctions analytiques, in-4°, 1847, revue par M. Serret; Mécanique analytique, 3e édit., annotée par M. Bertrand, 2 vol. in-4°, 1855. Lagrange a écrit des Additions à l'Algèbre d’Euler, dans la traduction publiée en 1774, 2 vol. in-8°, réimpr. en 1796. On a encore de lui un très-grand nombre de Mémoires insérés parmi ceux des académies de Turin, de Berlin, de Paris, dans la Connaissance des temps et le Journal de l'Ecole polytechnique. Il a laissé plusieurs manuscrits, dont Carnot, ministre de l’intérieur en 1815, fit l’acquisi tion, pour les donner à l’Académie des Sciences. Son Eloge, par Delambre, se trouve dans les Mémoires de l’Institut. V.

LA GRASSE. V. Grasse (la).

LAGRENÉE (Louis-Jean-François ) , peintre, né à Paris en 1724, m. en 1805, élève de Carie Vanloo, remporta le grand prix de peinture , et passa quelques années en Italie comme pensionnaire du gouvernement. Admis à l’Académie en 1755 , il fut appelé en Russie par Catherine II , et nommé directeur de l’Académie de Sl-Pétersbourg. En 1781, on le mit à la tête de l’Académie Française de Rome. Pendant la Révolution, il devint professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, et conservateur honoraire du Musée. Ses tableaux sont aux Gobelins , à Versailles, et dans des collections particulières; on distingue Sara et Âgar, la Chaste Susanne, le Sacrifice de Polyiè ne, les Grâces lulinées par les Amours, Cérès enseignant l'agriculture, l'Enlèvement de Déjanire, Alexandre consolant la famille de Darius, le Désespoir d’Armide, la Mort du dauphin. Lagrenée a été surnommé l'Albane français , pour la fraîcheur de son coloris, la grâce et le moelleux de ses contours ; mais il a de la mollesse et de la manière. B.

lagrenée (Jean- Jacques), frère et élève du précédent, m. en 1821 à Paris, entra à l’Académie en 1775. Il s’appliqua à imiter l’art antique, et exerça une heureuse influence sur les produits de la manufacture de Sèvres , à laquelle il fut attaché. Ses travaux dans la peinture sur verre et sur émail eurent un grand succès. Il inventa enfin un procédé pour faire sur marbre , en incrustations , toutes sortes de dessins. On cite avec éloge la table re présentant Napoléon couronné par la Victoire. B.

LA GUAYRA. V. Guayra (la).

LA GUICHE (famille de), ancienne maison de Bourgogne, a produit plusieurs hommes remarquables ; Pierre de La Guiche, né en 1464, m. en 1544, ambassadeur sous Charles VIH , Louis XH et François Ier, remplit avec succès plusieurs missions importantes ; — Philibert de La Guiche, petit-fils de Pierre, bailli et capitaine de Mâcon dès sa jeunesse, refusa, en 1572, de massacrer les protestants de cette ville, fut nommé, en 1578, grand-maître de l’artillerie, en 1595 gouverneur de Lyon, et mourut en 1607; — Jean-François de La Guiche, comte de la Palice, seigneur de Sl-Géran , neveu de Philibert, fut fait, en 1619, maréchal de France par Louis XHI , fit les sièges de Montauban et de Montpellier, et mourut en 1632 ; — Bernard de La Guiche, petit-fils du précédent, comte de S‘-Géran et de La Palice, soutint un long procès pour prouver sa naissance, le gagna en 1666, et mourut sans enfant mâle, en 1696. Avec lui s’éteignit la branche de La Guiche-Sl-Géran ; mais il existe encore une famille de La Guiche, issue de Philibert. L — h.

LAGUILLE (Louis), jésuite, né à Autun en 1658, m. à Pont-à-Mousson en 1742, est auteur d’un ouvrage estimé, V Histoire de l’Alsace depuis J. César jusqu'au mariage de Louis XV, Strasb., 1727, 3 part, in-fol.

LA GUIOLE. V. Güiole (la).

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LAGUNA (La). V. Carmen, au Supplément.

laguna (sa n- antonio de la), v. du Brésil ( prov. de Sle-Catherine),surune langue de terre entre l’océan Atlantique et un lac, à 80 kil. S. de Nossa-Senhora-do-Desterro.

laguna ( san-christoval de la), v. de l’île de Ténériffe, sur la côte N.-E.; 9,000 hab. Evêché.

LAGUS, Macédonien obscur, père de Ptolémée Soter Ier, 360 av. J.-C., a donné son nom aux descendants de ce prince, appelés de lui les Lagides. Sa femme, séduite, dit-on, par le roi Philippe, donna le jour à cet enfant, que Lagus éleva comme son fils, et qui devait fonder plus tard le royaume grec d’Egypte.

LAHARPE (Jean-François de ), très-célèbre critique, né à Paris en 1739, m. en 1903, était issu de parents nobles du pays de Vaux, mais fort pauvres. Il les perdit dès l’âge de 9 ans, et ne trouva d’asile que chez des sœurs de charité, qui le gardèrent pendant six mois. Son intelligence précoce intéressa en sa faveur, et il fut admis comme boursier, au collège d’Harcourt , où il fit les plus brillantes études. Lancé dans le monde littéraire, il y débuta par des Héroldes, et, peu d’années après, donna le Comte de Warwick, tragédie en 5 actes, 1763, son premier et son meilleur ouvrage de théâtre. Elle obtint un succès éclatant, et valut la célébrité au jeune poète de 23 ans, et l’amitié de Voltaire, auquel il avait dédié ta pièce. Laharpe se crut alors appelé à conquérir un rang distingué sur la scène française, et donna coup sur coi’p trois tragédies en 5 actes, qui ne reçurent que le plus froid accueil, Timoléon , 1764; Pharamond , 1765; Gustave , 1766. Ces chutes le découragèrent; il entreprit d'autres travaux, une traduction de Suétone, 2 vol. in-8°, 1770, faite un peu trop à la hâte; des traductions en vers de quelques chants de la Jérusalem délivrée, et de la Pliarsale, et s’occupa surtout de concourir pour les prix académiques ( Eloges de Fénelon, 1771 ; de Racine, 1772; de Câlinât, 1775; Conseils à un jeune poète, discours en vers, 1775.) Il remporta 11 prix en 10 ans, dont 8 à l’Académie Française, qui l’admit dans son sein en 1776. Un an auparavant, il avait reparu au théâtre avec une nouvelle ardeur, où il fit jouer successivement Menzicoff, 1775; 1er Barmécides, 1778; Jeanne de Naples, 1781; les Brames, Philoctète, 1783; Coriolan , 1781; Virginie, 1786. Cette liste de tragédies n’est guère qu’un nécrologe, à l’exception de Philoctète, en 3 actes, imité de Sophocle, et de Coriolan, qui obtinrent assez de succès. Laharpe est le disciple, ou plutôt l’écolier de Voltaire ; il s'efforce de l’imiter en tout, tragédies, discours ou épîtres en vers, satires, et il n’arrive jamais qu’à produire un calque sec, froid, roide, inanimé, et d’une élégance vulgaire ; sa critique même est une imitation dont on trouve le modèle dans plusieurs dissertations de son maître ; mais dans ce genre, comme il a rencontré sa vocation, il a beaucoup réussi ; le Mercure de France, dont il eut le privilège pendant plusieurs années , lui fournit l’occasion de montrer son talent pour juger les autres. Il avait le goût trèsjuste et très-fin, sentait vivement les beautés et les défauts de toute espèce d'écrits, et en parlait avec une chaleur, une sensibilité qu’il n’eut jamais dans ses compositions littéraires. Pendant 40 ans, il tint le sceptre de la critique avec une incontestable supériorité, malheureusement gâtée souvent par une dureté et une morgue qui lui firent beaucoup d’ennemis. Néanmoins, la réputation qu’il acquit dans ses fonctions d’Aristarque , lui valut d’être choisi, en 1774, pour correspondant littéraire du grandduc de Russie (depuis, Paul 1er), n entreprit, en 1780, un Abrégé de l'histoire des voyages de l’abbé Prévost, en 24 vol. in-8°, et porta dans ce recueil son esprit sage et méthodique. Laharpe embrassa les principes de la Révolution avec une ardeur qui, en 1792, alla jusqu’à l’exaltation, et qu’il manifesta jusqu’à composer une ode ultra-révolutionnaire qu’il récita en public. L’année précédente, il avait fait jouer Métanie, drame en 3 actes en vers, composé, dès 1770, contre les vœux religieux, et qui, bien que très-médiocre, sans intérêt, sans action, avait été vantée et préconisée comme un chef-d’œuvre par les philosophes. Ayant été incarcéré pendant la Terreur, le malheur produisit un changement subit dans ses idées : il chercha et trouva des consolations dans la religion, abjura ses erreurs, et se déclara l’un des adversaires du parti philosophique, don. il avait jusqu’alors approuvé et suivi les doctrines. Sorti de prison après le 9 thermidor, il reprit des leçons de littérature qu’il avait commencées, en 1786, au Lycée, société littéraire qui existe encore à Paris sous le nom (V Athénée. Il les fit pendant 12 ans, avec un succès soutenu. De ces leçons réunies, il forma l’ouvrage sur lequel repose sa réputation de critique, et qu’il a intitulé, du lieu où il les a faites, Lycée, ou Cours de littérature

ancienne et moderne. C’est l’histoire raisonnée de tous les arts de l’esprit et de l’imagination , chez les anciens et en France, depuis Homère jusqu’à la fin du xvme siècle. Un ouvrage de ce genre, et d’aussi longue haleine, n’avait encore été publié dans aucun pays. La partie consacrée aux anciens est superficielle, souvent insuffisante et peu exacte ; dans la partie moderne, quelques chapitres sur la littérature légère sont trop développés, et, quand l’auteur aborde ses contemporains, il ne conserve pas toujours une impartialité rigoureuse ; enfin , le point de vue général est un peu étroit. Malgré ces défauts, le Lycée, par la sûreté des doctrines, la sagesse des théories, l’habileté des analyses, n’en reste pas moins une œuvre très-remarquable de critique littéraire. Il fut publié de 1799 à 1805 en 12 vol. in -8°, et , depuis , on en a fait de nombreuses éditions dans tous les formats ; une des meilleures est celle de Lefèvre, 15 vol. in-8°, Paris, 1816. Auger en a donné un abrégé en 8 vol. in-12, Paris, 1813. Petitot a réuni les OEuvres choisies et posthumes de La Harpe, 4 vol. in-8°, Paris, 1806 , en retranchant toutes les pièces qui n’étaient plus conformes aux opinions de l’auteur depuis sa conversion. 11 y a une collection des OEuvres littéraires, faite par Saint- Surin, 16 vol. in-8°, Paris, 1821. Enfin La Harpe luimême , pressé par le besoin , a publié sa Correspondance littéraire adressée à S. A. I.le grand-duc de Russie, depuis 1774 jusqu’à 1789..., 4 vol. in-8°, Paris, 1804; et, en 1807, l’éditeur a donné 2 autres volumes qui vont jusqu’à 1791. La publication de cette espèce de gazette, où les jugements sont d’autant moins mesurés qu’elle n’était pas destinée à voir le jour, excita un grand scandale; cependant, si l’on doit en blâmer le ton, il faut convenir que presque tous les brefs jugements qu’elle contient sont devenus ceux de la postérité. On a encore, parmi les œuvres posthumes de La Harpe , un Commentaire sur le Théâtre de Voltaire, composé en 1760, 1 vol. in-8°, Paris, 1814, qui ne contient qu’un examen du style ; et un Commentaire sur le Théâtre de Racine, travail plus complet, écrit en 1795- 96, et joint à une édition des œuvres de Racine en 7 vol. in-8°, Paris, 1807. C. D — Y.

laharpe (Frédéric-César), né à Rolle (pays de Vaud) en 1754, m. en 1838, quitta, par esprit d’indépendance, sa position d’avocat et sa patrie, pour se rendre à S'-Pétersbourg, en 1782, comme précepteur dans une famille noble. Il fut chargé ensuite de l’éducation des grands-ducs Alexandre et Constantin , revint, en 1795 , en Suisse avec le titre de colonel, s’établit à Genève, et prit une part active à la révolution de 1798. Elu membre du sénat, il devint un des directeurs de la République helvétique ; un coup d’Etat dont il fut la victime le força de nouveau à s’expatrier en 1800 ; il résida presque toujours en France, et parvint, en 1814, parla protection de l’empereur de Russie Alexandre Ier, à faire maintenir l’indépendance du canton de Vaux, qui s’était séparé de celui de Berne depuis 1803.

LA HAYE, en allemand Haag, en hollandais S'Gravenhaag, en latin moderne Haga comités , v. capit. du royaume de Hollande et de la prov. de Hollande-Mérid'onale, à 53 kil. S. -O. d’Amsterdam, à 3 kil. de la mer du Nord, sur une branche du canal entre Leyde et Rotterdam ; par 52» 4’ 20” lat. N., et 1» 58’ 16” long. E. ; 38,000 hab. en 1796, 42,000 en 1815, 87,801 en 1867. Résidence habituelle du roi et de la cour; siège des Chambres et des administrations générales du royaume. C’est une des plu-s belles villes de l'Europe ; elle est coupée de nombreux canaux , offre des places magnifiques et plantées d’arbres , de belles rues , droites et pavées en briques , entre autres la Prinzengrachl. On y remarque : le palais du roi; celui des Etats-Généraux; la Bourse; le Binnenhnf , monument gothique, près d’une belle pièce d’eau dite le Vivier, débris de l’anc. palais des comtes de Hollande, où furent détenus Grotius et Barneveldt; ie Maurilsliuis , ou anc. palais du prince Maurice de Nassau, qui renferme une riche galerie de tableaux, et un musée d’objets rares des Indes, de la Chine et du Japon, le plus considérable de ce genre qu’il y ait en Europe ; une fonderie de canons , établie en 1668 ; l’église S'-Jaeques, surmontée d’une tour hexagone avec beau carillon ; le Kloosterkerk , anc. cloître de dominicains ; la promenade du Voorliout , bordée de riches hôtels. Nombreux établissements scientifiques et littéraires, école de musique, académie de peinture, société de poésie. Importante bibliothèque, aver cabinet de médailles; théâtre où l'on joue alternativement eu hollandais et en français. Imprimerie royale ; construction de navires, fonderies de fer et de cuivre, fabr. de laiton pour doublage des navires; pêche du hareng; meubles, carrosserie, distilleries, etc. — La Haye n’était, au ix* siècle.

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