‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 449 sur 864 · SA I · texte numérisé non relu

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mée. Il devint, l’année suivante, chef de bataillon au 18e léger en 1840, au corps des zouaves en 1841, lieutenant-colonel du 53« de ligne en 1842, colonel du 32», puis du 53e en 1844. Son avancement était le prix de la valeur qu’il avait déployée à l’assaut de Constantine, à l’attaque du col de Mouzaïa, et à la prise de Mascara. Après avoir commandé les subdivisions de Milianah et d’Orléansville, il comprima l’insurrection du Dahra, 1845- 1847, réduisit Bou-Maza à se constituer prisonnier, fut récompensé par le grade de maréchal-de-camp en 1847, commanda la subdivision de Mostaganem après la révolution de février 1848, celle d'Alger en 1849, dirigea une expédition brillante dans la Kabylie de Bougie, fut élevé en 1850 au commandement supérieur de la division de Constantine, subjugua en 1851 la petite Kabylie après 26 combats heureux, puis, nommé général de division, fut mis à la tète de la 2e division de l’armée de Paris. Bientôt appelé au ministère de la guerre, il exécuta les mesures militaires qui devaient assurer le coup d'Etat du 2 décembre, et. lors du rétablissement de l’Empire en 1852, reçut le bâton de maréchal de France et le titre de grandécuyer de l’empereur. Son administration a été signalée par de nombreuses améliorations dans le service : reconstitution du cadre d'état-major général de l’armée, et rétablissement de la section de réserve pour les officiersgénéraux et les intendants militaires; augmentation de la solde des sous-officiers de toutes armes; amélioration du pain du soldat; réorganisation de la gendarmerie, de l’ar tillerie, du corps de santé de l’armée de terre, de l’école de cavalerie de Saumur; création d’une section de cavalerie à l'École impériale militaire de Sl-Cyr; formation du régiment des guides, de 2 nouveaux régiments de zouaves, de

10 nouveaux bataillons de chasseurs à pied, et d’un régiment de tirailleurs algériens, truand éclata la guerre avec 2a Kussie, 1854, Saint-Arnaud reçut le commandement en chef de l’armée d’Orient , fit une heureuse descente en Crimée, de concert avec lord Raglan, gagna la bataille de l’Alma, et, au moment d’attaquer Sébastopol, succomba à la maladie qui le minait depuis longtemps Son corps a été déposé aux Invalides, et son buste en bronze a été placé dans la cour du lycée Napoléon. Saint-Arnaud était un officier actif, infatigable, plein de bravoure, de résolution et de prévoyance, un tacticien habile, un administrateur intelligent, il a laissé des Lettres, Paris, 1855. 2 vol. in 8®, qui sont écrites avec beaucoup d'esprit et de naturel, et curieuses par leurs détails sur la conquête de l’Algérie.

SAJNT-AUBIN |Le marquis de). V. Legendre.

saint - auiîin, graveur au burin , né à Paris en 1736, m. en 1807, a gravé plusieurs belles estampes, beaucoup de portraits, et un grand nombre de vignettes, remarquables par le goût, l’esprit et la facilité

SAINT-AULA1KÉ. V. Sainte-Aulaire.

SAINT-BONNET. V. Toiras (Maréchal de).

SAINT-CHARLES (Jacob de). V. Jacob.

SAINT-CLOST ( Punit os de), ou P terre de St-Cloud, poëte du xme siècle, est auteur du célèbre Roman du Renard, poème allégorique et satirique, continué par Jacquemart Uiélée. La traduction française la plus ré cente a été publiée à Bruxelles en 1739, in-8», réimprimée sous le titre d’ Intrigues du cabinet des rats, Paris, 1786, et de nouveau par Méon, 1825.

SAINT-CYK iGouvion-). V. Gouvion.

SA1NT-CYRAN (Jean Duvergier de Hauranne, abbé de), né à Bayonne en 1581, m. en 1643, fit sa théologie à Louvain, où étudiait en même temps Jansénius. Ces deux jeunes ecclésiastiques se lièrent d’amitié et de doctrines, se revirent à Paris, à Bayonne, et convinrent des idées qui devaient faire la base d’un nouveau système sur la grâce. Pendant que Jansénius travaillait à l’4ur/ustinus , germe d’un long schisme dans l’Eglise, l’évêque de Poitiers résigna à Duvergier l’abbaye de Sl-Cyran, 1620. Le nouveau titulaire, à l’extérieur humble et au cœur superbe, sincèrement pieux, mais poussé par le génie de l’intrigue, revint â Paris, dirigea les consciences, et se fit de nombreux disciples dans toutes les classes de la société. 11 refusa un évêché, pour rester l'âme d'un parti qu’attaquèrent vivement les Jésuites. Saint-Cyran composa des livres et pour se défendie et pour propager son système; des plaintes furent portées à Richelieu, qui le fit enfermer à Vincennes, 1638. Le ministre étant mort, Saint-Cyran fut bientôt mis en liberté. Ecrivain médiocre,

11 n’a fait tant de bruit que par ses amis et.parses ennemis. Son zèle de sectaire l’a souvent égaré, et bien des choses sont répréhensibles dans ses ouvrages, dont les principaux sont: Question ravale et sa decision , 1609, n-12 , la Somme des fautes et faussetés contenues en la Somme

théologique du P. Garasse, 1626, in-4»; Petrus Aurelius, 1631, in-fol.; Vie de la Ste Vierge, 1664, in-12; Lettres spirituelles, etc. J. T.

SAINT-ELME (Ida), dite la Contemporaine, aventurière, née vers 1778, m. en 1845, eut une conduite déréglée, changea plusieurs fois de nom, et dut surtout sa notoriété au livre qu’elle publia sous le titre de Mémoires d'une contemporaine, Paris, 1827, récits mensongers, souvent scandaleux, sur l’époque de la Révolution et de l’Empire. Elle mourut à l’hospice des Ursuünes de Bruxelles.

tiAlNT-EVREMONT (Charles Marguetel de Saint- Denys, seigneur de), né en 1613 à Sl-I)enis-le-Guast, près de Coutances (Manche), m. en 1703. Cadet de famille, élevé par les Jésuites, il entra au service à l’âge de 16 ans, vécut d’abord de son épée, mais en soldat lettré, tour à tour lieutenant des gardes et lecteur du prince de Condé , tantôt se battant bravement à Rocroi, à Fribourg, à Nordlingen ; tantôt philosophant sous la tente, et préludant à sa renommée de merveilleux causeur. Entre deux campagnes, il se donna le passe-temps de railler la nouvelle Académie, avec ses décrets et ses réformes, dans une piquante satire dialoguée, la comédie des Académistes, 1644. Brouillé avec Condé, pour s’être permis de parler des défauts du prince, il s’aventura, avec sa plume et son épée, dans la Fronde, pour la cause royale, écrivit la Satire ménippée de cette Ligue nouvelle (Retraite du duc de Longueville), et gagna le brevet de maréchal-de-camp, avec une pension de 3,000 livres, ]652.%l’uis il alla servir en Flandre. Saint- Evremond s'abandonnait â ses libres allures de gentilhomme esprit-fort, et fréquentait la célèbre Ninon, dont plus tard il resta toujours l’ami ; bel-esprit, il i jouissait, dans les ruelles, du succès de ses madrigaux, qui ne valaient pas mieux que ceux de Voiture; épicurien, il professait aux petits soupers des Trois cotenuc cette morale complaisante qui fait de la sagesse l’art de ménager nos plaisirs, lorsqu’une lettre satirique sur la paix des Pyrénées et son négociateur Mazarin, lettre surprise par Louis XIV, vint tout à coup troubler une vie si riante et si pleine d’espérances. Pour éviter la Bastille, Saint- Evremond dut s’exiler, 1661, et son exil dura jusqu’à sa mort. L’Angleterre l’accueillit; après avoir oublié Versailles et Paris auprès de Charles II, de Guillaume III, et surtout de la duchesse de Mazarin, il eut l’honneur d’une sépulture dans l’abbaye de Westminster. Les écrits de Saint-Evremond ne furent publiés que furtivement de son vivant ; la plupart circulèrent manuscrits ; leur mérite devait survivre à l’attrait de la nouveauté et du mystère, surtout pour les Observations sur Sal/uste et Tacite, les Relierions sur la tragédie et la comédie, les Discours sur les belles-lettres, les Réflexions sur l'usage de la vie, — sur les divers génies du peuple romain ; le Parallèle de Turenne et de Condé; enfin pour ses Lettres , qui sont souvent de petits chefsd’œuvre de fine et élégante causerie. 11 rappelle parfois Voiture, avec moins d’afléterie; parfois Voltaire et Montesquieu, avec moins d’esprit, de sagacité ou de profondeur. Ses OEuvres ont été publiées à Londres, 1705, 3 vol. in-4°. En 1761, Dcleyre donna l'Esprit de Saint-Evremond, in-12. M. Hippeau a publié les OEuvres choisies de Sa int- Evremond , avec une introduction critique. G. L.

SAINT-FLORENTIN (Louis Phélypeadx, comte de), fils du marquis de La Vrillière, né eu 1705, m. en 1777, fut adjoint, en 1722, à son père, secrétaire d’Etat, pour les affaires administratives d un grand nombre de provinces, surtoutdes pays d’Etat. 11 y réunit, 1749, les aff aires de la maison du Roi et du clergé, puis le ministère de Paris, 1757, qui comprenait la police. Il fut créé duc de la Vrillière eu 1770. On l’accusait de prodigalité, de trop de complaisance pour le monarque, de mœurs faciles, et surtout d’abuser des lettres de cachet. Louis XVI le congédia en 1775. B.

SAINT-FOIX (Germain-François Poullain de), littérateur, né à Rennes en 1698, m. en 1776, fut d’abord mousquetaire, puis lieutenant de cavalerie, alla en Turquie, où il apprit l’arabe, et, de retour en France, se fit homme de lettres. D’un caractère caustique et querelleur, il fut le plus célèbre bretteur de son temps. Ecrivain fécond et spirituel, mais peu soumis aux règles consacrées, il donna au théâtre une vingtaine de comédies, dont une soûle, l'Oracle, petite piece en 1 acte en prose, 1740, dans laquelle il y a quelque grâce, s’est jouée assez longtemps au Théâtre-Français. On a de lui encore : Lettres de Nedim h ’oggia, ou Lettres turques, 1732, in-12, qui ont eu quelque vogue; Essais sur Paris, 1754, 2 vol. in-12, et 1763, 4 vol. in-12, que l’on consulte encore, bien que ce soit un ouvrage assez superficiel; Histoire de Tordre duSt-Esprit, do

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î! était historiographe, 1767, 2 vol. in-12. Ses OEuvres complétés ont été recueillies en 1778, 6 vol. in-8°. B.

SA1NT-GELA1S (Octavien de), poète, né à Cognac vers 1466, ni. en 1502, fut nommé évêque d’Angoulême en 1494. On a de lui des traductions en vers de l'Enéide de Virgile et des Fp lires d’Ovide, et divers poèmes, tels que la Chasse d’ Amours, 1509, in-fol.; le Séjour d’honneur, 1526, in-4°; le Trésor de la noblesse, in-4°, ouvrages presque oubliés, qui eurent une grande réputation.

saint-gei.ais (Jean de), frère du précédent, a écrit ;ne Histoire de France, depuis 1270 jusqu’à 1510, publiée par Th. Godefroy, Paris, 1622, in-4».

saint-gei.ais (Metlin de), poète et musicien, neveu d’Octavien, né à Angoulême en 1491, m. en 1558, entra dans les ordres sacrés, fut homme de cour, jouit de la faveur de François 1er, qui lui donna l’abbaye de Reclus (diocèse de Troyes), devint aumônier du Dauphin , et, en 1544, garde de la bibliothèque de Fontainebleau. Ami de Clément Marot, il écrivit des contes où il y a de la grâce et de la naïveté, des épigrammes , des sonnets, des madrigaux, etc. On lui attribue l’introduction, dans la poésie française, du sonnet et du madrigal, imités des Italiens. La Soithonisbe du Trissin, traduite par lui, fut représentée à Blois en 1559. Son Histoire de Genièvre, imitée d’Arioste, et terminée par Baïf, ne parut qu’en 1572. La meilleure édition de ses Poésies latines et françaises est celle de Paris, 1719, in-12. B.

SAINT-GEORGE (Le chevalier de), mulâtre, né en 1745 à la Guadeloupe, du fermier-général de Boulogne et d’une négresse, m. en 18ul, fut amené fort jeune en France, entra dans les mousquetaires, fut attaché a la personne du duc de Chartres (due d’Orléans), adopta les principes de la Révolution, et leva un corps de chasseurs à cheval, à la tête duquel il servit sous Dumouriez. Arrêté tomme suspect en l’Vd, il recouvra la liberté après le 9 thermidor. Une taille avantageuse, une belle figure, une force peu commune, la grâce et la vivacité de son esprit, la bonté et la générosité de son caractère, lui valurent de brillants succès dans le monde. Habile dans tous les arts d’agrément, danse, musique, équitation, il fut sans rival pour l’escrime ; il écrivit les partitions de quelques opérascomiques. B.

saint-george (Le chevalier de). F. Stdart (Jacques- Edouard).

SAIKT-GftRAN (Le maréchal de). V. La Gdiche.

SAINT-GERMAIN (Claude-Louis, comte de), né en 1707 près de I.ons-le-Saulnier, m. en 1778, suivit d’abord la carrière de l'enseignement chez les Jésuites, l’abandonna bientôt pour entrer comme sous-lieutenant dans un régiment dont son père était colonel, et alla prendre du service en Autriche, où, distingué par le prince Eugène, il devint feld- maréchal -lieutenant. Rentré en France, nommé lieutenant-général par la protection du maréchal de Saxe, il se signala dans la guerre de Sept-Ans, rallia l’armée française après la défaite de Rosbaeh, protégea la retraite à Minden, et eut une grande part à la victoire de Corbach. S’étant fait des ennemis par son caractère ombrageux , il quitta de nouveau la France, demanda du service au Danemark, et y fut bientôt nommé feld-ma- Téchal-général, chargé de réorganiser l’armée. Sa sévérité déplut; il se retira en Alsace, où il s’occupait de travaux agricoles, quand la faillite d'un banquier de Hambourg le Tuina. Pensionné de 10,000 livres sur la cassette du roi , il fut appelé, par le crédit de Turgot, au ministère de la guerre, en 1775. Pendant son administration de deux années, il montra de grands talents, des vues droites et élevées, supprima la peine de mort contre les déserteurs, mais mécontenta la noblesse par ses réformes et son austérité, et blessa l’honneur français en essayant d’introduire dans l'armée la discipline allemande et les coups de plat de sabre. 11 dut donner sa démission, et reçut une pension de 40,000 livres. Il a laissé des Mémoires, Amst., 1779, in-H«, et une Correspondance avec Pàris-Duverney, Londres, 1789, 2 vol. in-8°. B.

saint-germain (le comte de), aventurier fameux du xviil® siècle, dont on ignore le véritable nom et l’origine, fut amené d’Allemagne en France, vers 1740, par le maréchal de Belle-lsle, et présenté à la cour. Il avait beaucoup d’esprit, un vaste savoir, de la faconde, prétendait avoir vécu dans les siècles reculés, parlait de Gharles-Quint et de François Ie' , comme s’il eût existé de leur temps, et se disait possesseur de tous les secrets possibles ; sa fortune mystérieuse consistait en pierreries et en argent comptant. Mnle de Pompadour et Louis XV l’admirent dans leur intimité. U mourut en 1784. On a conjecturé qu’il était fils d’un juif portugais, ou même fils naturel du roi de

Portugal, et que différents ministres l’employèrent comme espion. B.

SAINT-HILAIRE (Louis-Vincent- Joseph), né en 1766 à Ribemont (Aisne), m. en 1809, entra comme sous-lieutenant dans le régiment d’Aquitaine (infanterie), commanda en 1793 l’avant-garde de l’aile gauche au siège de Toulon, fut fait adjudant-général chef de brigade après la prise de la ville, se distingua sous Masséna aux batailles de Cairo et de Dégo, obtint le grade de général de division en 1800, fit avec éclat la campagne de 1805 en Allemagne, celles de 1807 en Pologne, de 1809 en Autriche, et fut tué à VVagram. Son corps fut déposé au Panthéon avec celui du maréchal Lannes. B.

SAINT-HILAIRE IGEOFFROyI. V. GEOFFROY.

SAINT-HUBERTI (Antoinette- Cécile Clavel, dite), cantatrice , née à Toul vers 1756 , assassinée près d# Londres en 1812 avec son mari le comte d’Antraigues, débuta à l’Académie royale de musique en 1777. Jamais jusqu’à elle l'expression des sentiments tendres et passionnés n’avait été portée si loin sur la scène française. Elle contribua au succès des opéras de Gluck, de l’iccini, et de Sacchini , et ramena le costume à la vérité historique. B.

SA1NT-HURUGE (le marquis de), né à Mâcon vers 1750, m. vers 1810, suivit d’abord la carrière militaire, voyagea ensuite dans diverses parties de l’Europe, dissipant son patrimoine, fut enfermé, à son retour en France, dans le château de Dijon , pour une affaire d’honneur, puis à Charenton sur la demande de sa famille, recouvra la liberté en 1784, alla se livrer à de nouveaux désordres en Angleterre, reparut à Paris en 1789, se fit orateur populaire et agent de Danton, prit part aux insurrections du 20 juin et du 10 août 1792, fut emprisonné au Luxembourg lors du procès des Dantonistes, en sortit au 9 thermidor, et acheva sa vie dans l’obscurité. B.

SAINT- HYACINTHE (Hyacinthe Cordonnier, dit Thémiseuil de ), littérateur, né à Orléans en 1684, m. en 1746, servit comme officier de cavalerie, fut fait prisonnier à lloehstædt et conduit en Hollande, 1704, passa une partie de sa vie dans ce pays, étudiant les langues anciennes, l’anglais, l’italien et l’espagnol , alla aussi à Londres, où

11 fut admis à la Société royale, et finit ses jours aux environs de Bréda. Il travailla au Journal littéraire, La Haye, 1713 et suiv., 24 vol. in-12, dont il fut un des fondateurs avec S'Gravesande, et à l 'Europe savante, iliid., 1718-20,

12 vol. On a de lui, entre autres opuscules : le Chef-d’œuvre

d'un inconnu, poème heureusement découvert, et mis au jour par le docteur Mathanasius, La Haye, 1714, in-12, ou Paris, ls07 , 2 vol. in-8°; c’est une chanson populaire, accompagnée d'un commentaire ironique, qui forme une critique de l’abus de l’érudition, plaisanterie beaucoup trop longue et d’un goût assez vulgaire; Lettre crilique sur la Hetiriade, Londres, 1728, in-8°. B.

SAINT-JEAN, nom d’une famille noble d’Angleterre, qui reconnaît pour chef Olivier Saint-Jean, de Btetsho (Oxford), créé baron par la reine Elisabeth. A cette famille appartient le fameux Bolingbroke ( V . ce mol).

SAINT-J EST (Antoine-Louis -Léon- 1 lorelle de), fameux révolutionnaire, né à Decize (Nièvre) en 1769, m. en 1794, adopta la Révolution avec enthousiasme , fut député de l’Aisne à la Convention , et y débuta par un discours où il prétendit que tout Français avait sur Louis XVI le droit que Brutus avait eu sur César. Séide de Robespierre, il contiibua à la chute des Girondins, parut souvent et avec avantage à la tribune, déploya une grande activité, eut des missions dans les départements et à l'armée, vota et fit exécuter avec la plus furieuse énergie les mesures les plus terribles, devint président de l’Assemblée, fit les rapports contre Danton, Hérault de Séchelles et Camille Desmoulins, et, membre du Comité de salut public , défendit Robespierre, le 9 thermidor, et monta , le 10, sur le même échafaud. Ce jeune exalté, beau de visage et d’une tournure distinguée, prit part aux actes glorieux ainsi qu'aux crimes de notre lre République. Son talent, plein d’un éclat énergique, n’eut pas le temps de mûrir. En d’autres circonstances, tout son feu se fût consumé dans la composition de poèmes de 3e ordre, tels qu’Onyanf , en 20 chants, 1789, 2 vol. in-8». On a encore de Saint-Just: Esprit ae la Révolution et de la constitution de France, 1791, in-8° ; des Rapports faits à la Convention; des Fragments sur les institutions républicaines, 1800, in-12; et un Éssni de constitution , imprimé dans ses Œuvres politiques. 1833-34, in-8®. J. T.

SAINT-LAMBERT (Jean-François, marquis de), poète, né en 1716 à Nancy (Lorraine!, m. en 1803, servit d’abord dans les gardes lorraines , puis , après la paix d’Aix-la-Chapelle, 1748, s’attacha à la cour du roi Sta-

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nislas. Ce fut à Nancy qu’il connut la marquise Duchâtelet , à laquelle il iuspira une vive passion. Après la mort de cette dame, il reprit du service, fit la campagne de Hanovre en 1756, renonça, l'année suivante, au métier des armes, et vint à Paris, où il se lia bientôt avec Duclos, Grimm , Diderot, et J.- J. Rousseau. Collaborateur de l’Encyclopédie, il excita l’enthousiasme du parti des philo sophes par la publication d’un poëme descriptif en 4 chants, lesSaisons, 1769,in-8°, qui lui valut son admission à l’Académie Française en 1770; ce poëme offre quelques beautés, mais il n’y a nulle invention, et le style en est d’une élégance froide et monotone. Saint-Lambert écrivit aussi des Poésies fugitives, un petit poëme intitulé le Mutin et le Soir, des Fables orientales, des Contes en prose, un Essai sur la vie et les ouvrages d’ Helvétius , des Mémoires sur la vie de Bolingbrohe, 1796, in-8°, et enfin les Principes des mœurs chez toutes les nations , ou Catéchisme universel, 1798-1801, 5 vol. in-8», ouvrage qui obtint le grand prix de morale en 1806, bien que l’auteur y soutienne les doctrines matérialistes et la morale de l’égoïsme. Pendant les orages révolutionnaires, Saint -Lambert s’était retiré près de Mme d’Houdetot , à Eaubonne, dans la vallée de Montmorency. B.

SAINT-LUC (Timoléon d’EspiNAY de), né vers 1580, m. en 1644 , gouverneur de Brouage , accompagna Sully dans son ambassade en Angleterre, entra ensuite dans la marine, se signala pendant la guerre contre La Rochelle, fut nommé vice-amiral, lieutenant-général en Guienne, et maréchal de France en 1628.

SAINT -MARC (Charles -Hugues Lefebvre de), littérateur, né à Paris en 1698, m. en 1769, après avoir fait de bonnes études, fut sous -lieutenant d’infanterie, et finit par se charger de quelques éducations particulières. Se livrant en même temps à la littérature, il donna des éditions avec notes, et assez estimées, de divers auteurs : Mémoires de Feuquières , 1736; Médecine des pauvres, par Hecquet, 1745; Histoire d'Angleterre, par Rapin-Thovras, 1745-49, 16 vol. in-4°; OEuvres de Boileuu, 1747, 5 vol. in-8°, où il se montre sévère, quelquefois jusqu’à l’injustice, envers ce poète; — de Pavillon , 1750; — de Chaulieu, 1751; Voyage de Chapelle et Bacltaumont , 1755; Poésies de Malherbe, 1757 ; — de Lalanne, de Montplatsir, de Sainl- Pavin et de Charleval, 1759. 4 part, en 2 vol. in-12. Il rédigea aussi un Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie, depuis la chute de l'Empire d'Occident, 1761-70, 6 vol. in-8°, et un supplément au Nécrologe de Port-Royal. B.

-* SAlNT-MAPél’IN (Louis-Claude de), dit le Philosophe inconnu, célèbre théosophe, né à Amboise en 1743, d’une famille noble, m. en 1803, fut destiné par ses parents à la magistrature, et étudia le droit; mais bientôt, préférant la profession des armes, il entra comme lieutenant dans le régiment de Foix en 1765. Il puisa de bonne heure dans l’Art de se connaître soi-même, du protestant J. Abbadie, les principes de philosophie et de religion qu’il professa toute sa vie, sans chercher à faire des prosélytes. Etant en garnison à Bordeaux, il se lia avec quelques mystiques; il s’attacha tour à tour aux doctrines de Martinez Pasqualis et de Swedenborg ; puis, quittant le service pour se livrer à la méditation, se créa un système à lui, qu’il appelait le Spiritualisme pur. Il publia, sous le voile de l’anonyme : Des erreurs et de la vérité, Edimbourg (Lyon), 1775, in-8° ; Tuüleau naturel des rapports qui existent entre Dieu , l'homme et l'univers, ibid., 1782, in-8°; i Homme de désir, 1790, in-8°; le Nouvel homme, 1796, in-8°; De l'esprit des choses, ou Coup d'œil philosophique sur la nature des êtres, 1800, 2 vol. in-8° ; le Ministère de l homme-esprit, 1802, etc. OEuvres posthumes, Tours, 1807, 2 vol. in-8°. Il est assez difficile de comprendre toute cette philosophie d'illuminé, écrite en style énigmatique. V. Moreau, le Philosophe inconnu , ou Béflexions sur les idées de Saint- Martin, Paris, 1850, in-12; Caro, Essai sur la vie et la doctrine de Suint-Martin, 1852, in-8»; Mattel-, Saint-Martin et ses écrits, son maître Martinez et leurs groupes, Paris, 1862, in-8». B.

saint-martin ( Jean-Antoinel, savant orientaliste et clironologiste , né à Paris en 1791, d’un marchand tailleur, m. en 1832, suivit les cours du collège des Quatre- Nations, étudia avec passion l’histoire et la géographie, et, pour apporter de nouvelles lumières dans ces deux sciences, apprit 1 arménien, l’arabe, le persan, le turc, le syriaque, le zend, et le géorgien. Membre de l’Académie celtique en 1800, il en devint secrétaire en 1814, quand elle fut reconstituée sous le nom de Société des antiquaires de France. En 1H1H-19, il publia des Mémoires sur l'histoire et la géographie de l’Arménie, 2 vol. in-8°, qui le firent entrer à l’Académie des Inscriptions en 1820. Cette même année, il donna des Recherches sur l'époque de la mort d’Alexandre

et sur la chronologie des Ptolémées. L’un des fondateurs de la Société asiatique en 1822, chargé de la direction du journal mensuel de cette Société , administrateur de la bibliothèque de l’Arsenal en 1824, inspecteur des types orientaux à l’imprimerie royale en 1825, il fit paraître un Choix des Fables de Varlan, texte arménien et traduction française, traduisit encore de l’arménien la Relation d’un voyage fait en Europe et dans l’océan Atlantique à la fin du xve siècle par Martyre, évêque d'Arjenzan , 1827, se mit à la tête d’un journal quotidien, l'Universel, rédigé dans un sens absolutiste, fut attaché au ministère des affaires étrangères pour classer les pièces diplomatiques écrites en langues orientales, et contribua, dit-on, par les notes qu’il rédigea, à déterminer l’expédition contre Alger. La révolution de 1830 lui enleva toutes ses places. Outre les ouvrages déjà cités, et un grand nombre de Mémoires ou Notices insérés dans le recueil de l’Académie des Inscriptions, dans le Journal des savants, le Journal asiatique et la Biographie universelle de Michaud, Saint-Martin a annoté les 13 premiers vol. d’une nouvelle édition de l’Histoire du Bas-Empire par Lebeau, 1829-33, et a beaucoup amélioré cet ouvrage. Depuis sa mort, on a publié de lui : Recherches sur l'histoire et la géographie de la Més'ene et de la Characène, 1838; une traduction de l’Histoire d'Arménie du patriarche Jean VI, 1841, in-8° ; Fragments d'une histoire des Arsacides, 1850, 2 vol. in-8°. B.

SAINT-MAURIS (Jean de), jurisconsulte, né à Dole vers la fin du xive siècle, m. en 1555, professa le droit dans sa ville natale. Il était beau-frère de Perrenot de Granvelle, chancelier de Charles-Quint. En 1544, il fut nommé ambassadeur en France, pour surveiller l'exécution du traité de Crespy. Les Mémoires de cette ambassade sont en manuscrit à la bibliothèque de Besançon. B.

SAINT-NON (Jean-Claude Richard, abbé de), né à Paris en 1727, d’un receveur-généra' les finances, m. en 1791, embrassa l’état ecclésiastique, acquit une charge de conseiller-clerc au parlement, fut exilé à Poitiers pour son opposition à la bulle Unigenitus, se démit de ses fonctions, et alla voyager en Italie avec Robert et Fragonard. Il grava lui-même les dessins qu’il avait recueillis, publia une suite de Vues de Rome, en 60 planches, et, après un nouveau voyage, donna un Voyage pittoresque de hsaples et de Sicile, 1777-86, 5 vol. in-fol. et 417 planches dessinées par divers artistes sous la direction de Denon, ouvrage intéressant, curieux, et bien exécuté; 2e édit., augmentée par Charrin, Paris, 1828 et suiv., 4 vol. in-8°, et atlas in-fol. de 558 pl. On a encore de Saint-Non un Recueil de griffonis, mies, paysages, fragments antiques, gravés par luimême en 294 planches. B-

SAINT- PA VIN (Denis Sanguin de), poète, né à Paris vers 1600, m. en 1670, était fils d’un président au parlement, et parent du chancelier Séguier. Il fut pourvu de l’abbaye de Livry, dont il fit un lieu de plaisir, et où il se livra au libertinage d’esprit et de mœurs. Il se convertit vers la fin de sa vie. On a de lui des sonnets, des épigrammes, des épîtres et des rondeaux, qui n’ont guère plus de valeur que des vers de société. Ils furent publiés dans le recueil intitulé Poésies choisies de MM. Corneille, Boisrobert , etc., Paris, 1655, puis dans le Recueil des plus belles pièces des portes français, 1692, 6 vol. in-12. Saint- Marc a édité ensemble Saint-Pavin et Charleval, 1759. B.

SAINT-PIERRE (Eustache de), bourgeois de Calais, s’offrit, selon Froissart, avec Jean d’Aire, Jacques et Pierre de Wissant, et deux autres citoyens dont T histoire n’a pas gardé les noms, pour le salut de toute la ville, réduite à se rendre au roi d’Angleterre Edouard III, 1347. Il se rendit au camp de ce prince, pieds nus, en chemise, la corde au cou, et lui remit les clefs de la place. Les 6 bourgeois ne durent leur salut qu’aux prières de la reine Philippine de Hainaut. Bréquigny (Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. 37) a contesté le trait de dévouement d’Eustaehe de Saint-Pierre. Quoi qu’il en soit, Eustache devint fidèle sujet des Anglais, et fut comblé de faveurs par Edouard 111. 11 mourut en 1371. B.

saint-pierre (Charles-Irénée Castf.i., abbé de 1 , publiciste-utopiste et philanthrope, né en 1658 à Sl-Pierre- Eglise, près de Barfleur (Basse-Normandie), m. eu 1743, était fils d’un bailli du Cotentin, gouverneur de Valognes, et cousin-germain du maréchal de Villars. Il entra dans les ordres, devint, en 1702, aumônier de la duchesse d’Orléans, qui lui fit donner l’abbaye de Tiron, et suivit le cardinal de Polignac au congrès d’IJtrecht en 1712, où, témoin des difficultés que l’on avait à conclure la paix, il conçut un projet de rendre la paix perpétuelle. En 1718, ayant porté un jugement sévère sur le gouvernement de Louis XIV, il fut exclu de l’Académie française, où il

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avait été admis en 1695. Il passa toute sa vie à faire des projets de réforme, croyait à la perfectibilité humaine, fréquentant les grands pour tâcher de s’en faire aimer, et de les rendre favorables à ses projets. L’un des plus ardents apôtres de l’humanité, il était très-bientaisant : toutes ses spéculations ont été qualifiées avec justesse par le ministre Dubois les rêves d’un homme de bien. Il vit du moins adopter un de ses projets dans quelques provinces, celui qui remplaçait la taille arbitraire par la taille tarifée. La langue française lui doit les mots bienfaisance et gloriole. On a de lui : Projet de paix perpétuelle , Utrecht, 1713, 3 vol. in-12; Mémoire pour perfectionner la police contre les duels, 1715, in-4°; Discours sur la Polysynodie, Amsterdam, 1718, in-4°; c’est dans ce discours qu’il jugea le gouvernement de Louis XIV ; Mémoire pour les pauvres mendiants, 1724, in-8°; Projet pour perfectionner Véducalion, 1728, in-12; Projet pour perfectionner l'orthograplie des langues d'Europe, 1730, in-8°; Annales politiques, 1757, 2 vol. in-Ho, etc. Le recueil de ses principaux opuscules a été publié sous le titre à’Ouvrages de politique et de morale, 1738-41, 18 vol. in-12. B.

saint-pierre I Jacques-Henri-Bernardin de), célèbre écrivain, né au Havre en 1737, m. en 1814, appartenait à une famille qui prétendait descendre d’Eustache de Saint- Pierre. Sa vie fut aventureuse : à douze ans, il rêve la destinée de Robinson Crusoé, et fait un voyage à la Martinique; à 18, élève des Jésuites de Caen, il veut être missionnaire et martyr. Il entra en 1757 à l’Ecole des ponts et chaussées, et, en 1760, partit pour Dusseidrrf avec un brevet d’officier-ingénieur. Destitué pour insubordination, il promena à travers le monde sa mélancolie sauvage, son esprit inquiet, et ses utopies philanthropiques de république platonicienne, tantôt misérable, donnant des leçons de mathématiques à Paris, puis journaliste à Amsterdam, tantôt sur le chemin de la fortune, capitaine au service de la Russie et presque favori de Catherine II, puis défenseur de la Pologne et amant d’une princesse polonaise. De 1767 àl770, il fut ingénieur à l’ile deFrance. En 1771, on le retrouve dans le salon de Mlle de l’Espinasse avec les encyclopédistes, et, dès lors, il a embrassé ia carrière des lettres. Mais il n’était pas fait pour les succès de salon et de coterie littéraire. Il publia, en 1773, un Voyage à l’ile de France, qui eut quelque succès; mais aigri par la pauvreté et par les tracasseries du monde, il voulut vivre dans la retraite, n’ayant d’autre intimité que celle de J. -J. Rousseau, dont il recueillait avec enthousiasme le déisme, les rêves, et toute la chaleur de cœur. Cette vie, ce maître, ces impressions, lui inspirèrent un livre qui fut presque une révolution, les Etudes de la nature, 1784, 5 vol. : l’originalité de cet ouvrage, qui laissait de côté les lois et les divisions de la science et refaisait la science par le sentiment, les raisonnements éloquents par lesquels l’auteur prouvait la Providence, les tableaux enchanteurs où il peignait les beautés de la création, la poésie et la grâce des détails, un style simple et animé, qui rappelait la douceur harmonieuse de Fénelon et l’ingénieuse abondance de Plutarque, donnèrent à Bernardin une brillante renommée. Un succès plus grand encore était réservé à un autre ouvrage, Paul et Virginie, 1788, 1 vol., roman du genre le plus pur, conception neuve, tout à fait originale, églogue ravissante et sublime élégie , “ qu’on admire avec le cœur et qu’on applaudit en pleurant; » c’est, au sein d’une nature riche et imposante, une simple et heureuse création, qui résume toute l’âme, tout l’idéal religieux, moral et poétique de l’auteur; elle émeut vivement, tout en n’intéressant qu’à l’innocence. Bientôt Bernardin salua avec bonheur l’aurore de la Révolution, et publia alors les Vœux d’un solitaire, 1789, 1 vol., dont le but était de concilier les idées nouvelles avec les anciennes. A cette époque, B. de St-Pierre commença d’arriver à la fortune et aux honneurs : en 1792, Louis XVI le nomma intendant du Jardin des Plantes; en 1794, on lui confia la chaire de morale à l’Ecole normale, où il eut peu de succès; en 1795, il entra à l’Institut; un peu plus tard, il fut logé au Louvre, richement pensionné par Napoléon Ier et Joseph Bonaparte; il passa sa vie à Essonne, dans une ile délicieuse, au milieu des affections domestiques; il aurait dû être heureux, si l’homme avait été à la hauteur de l'écrivain. Outre les ouvrages déjà mentionnés, on a de lui : l’Arcadie, sorte de poème en prose, inachevé, description de la république parfaite que concevait l’auteur; la Chaumière indienne, 1791, proclamée par Chénier le meilleur, le plus moral et le plus court des romans ; les Harmonies de la nature, 1796, 3 vol., qui sont, comme les Etudes, l’œuvre d’un poète, et non d’un naturaliste; le Café de Surate, conte satirique à la

façon de Voltaire; des Récits de voyage; un Essai sur J. -J. Rousseau, narration très- intéressante , etc. Ses OEuvres complètes ont été publiées par Aimé Martin, avec une notice sur sa vie et ses ouvrages, Paris, 1818-20, 12 vol. in-8° ; sa Correspondance a été ajoutée en 1826, 4 vol. in -8°. V. M. Patin, Eloge de Bernardin de Saint-Pierre, 1816. G. L.

SAINT-POL ( Waleran de Luxembourg-Ligny, comte de), né en 1355 au château de Saint- Pol, fils de Guy de Luxembourg, et de Mahaut, fille de Guy V de Saint-Pol, m. en 1415, entra au service du roi de France Charles V, tomba entre les mains des Anglais, et, pendant sa captivité, épousa Mathilde de Courtenay, sœur utérine de Richard II. Charles VI le chargea de négocier la paix à Londres en 1396, et le nomma gouverneur de Gênes, 1397. Pendant la démence du roi, le duc de Bourgogne, dont il était partisan dévoué, lui fit donner la grande-maîtrise des eaux et forêts, puis, en 1410, le gouvernement de Paris, et, en 1412, la place de connétable. Saint-Pol établit à Paris la milice des Ecorcheurs, et battit plusieurs fois les Armagnacs en Normandie. Il dut quitter Paris avec le parti bourguignon en 1413 , et alla mourir au château d’Ivoy. B.

saint-pol (Jean de luxembourg-ligny, comte de), neveu du précédent, se montra très-attaché aux Anglais et aux ducs de Bourgogne, gouverna Paris au nom de Henri V, 1418-20, fit Jeanne d’Arc prisonnière à Compïègne, 1430, la livra aux Anglais moyennant 10,000 liv. , refusa de signer le traité d’Arras, 1435, et allait être attaqué par Charles VII, quand il mourut, 1440. B.

saint-pol (Louis de Luxembourg, comte de), né en 1418, m. en 1475, neveu du précédent, qui l’éleva dans la haine de la France, se rapprocha néanmoins de Charles VII, contracta amitié avec le Dauphin, et combattit les Anglais en Flandre et en Normandie. Sous Louis XI, il entra dans la ligue du Bien public, 1465, commanda l’avant-garde du comte de Charolais au combat de Montlhéry, obtint au traité de Conflans le titre de connétable, épousa bientôt Louise de Savoie, sœur de la reine, et se fit encore donner le comté de Guines et la seigneurie de Novion. Malgré des marques apparentes d’hostilité envers le duc de Bourgogne (prise de S*- Quentin, 1470), il avait des intelligences secrètes avec lui ; lors de l’invasion du roi d’Angleterre Edouard IV en France, 1475, sa conduite ne fut pas moins équivoque. Aux conférences de Picquigny, Edouard livra à Louis XI la correspondance du connétable , qui fut condamné à mort par le parlement de Paris, et décapité sur la place de l’Hôtel-de-Ville. B.

SAINT-PREST ( Jean-Yves de), diplomate, m. en 1720, directeur des. archives aux affaires étrangères , fut l’un des fondateurs et le chef de l’Académie politique créée dans ce ministère en 1710. On a de lui : Histoire des traités faits entre les diverses puissances de C Europe depuis le règne de Henri IV jusqu'à la paix de Nimègue en 1676, Amst., 1726, 2 vol. in - fol. , travail utile et complet sur la matière.

SAINT- PR1EST (François -Emmanuel Guignard, comte de), né à Grenoble en 1735, m. en 1821, entra fort jeune dans la Maison militaire du roi, commença ses campagnes en 1760, servit en Allemagne sous les maréchaux de Broglie et de Soubise, et en Espagne avec le prince de Beauvau, fut ensuite ministre plénipotentiaire à Lisbonne, ambassadeur à Constantinople de 1768 à 1783, conçut, rédigea et envoya en France le projet d’une expédition en Egypte, qui, dit-on, ne fut pas inutile plus tard au Directoire et au général Bonaparte. On le chargea pendant quelque temps de l’ambassade de Hollande. Au début de la Révolution, après la prise delà Bastille, il fut appelé au ministère de l’Intérieur, et, dans les journées des 5 et 6 oct., donna à Louis XVI le conseil de repousser la force par la force. Il quitta le ministère en décembre 1790, émigra, sollicita des secours pour les Bourbons en Prusse, en Suède, en Russie, en Autriche, et accompagna Louis XVIII à Vérone, à Blakenbourg, à Mittau. Il demanda en vain la permission de rentrer en France, ne revint qu’en 1814, et fut créé pair de France. On a de lui : Examen des assemblées provinciales, Paris, 1787, in-8». Il a laissé, dit-on, des Mémoires manuscrits. B.

Saint-priest (Guillaume-Emmanuel de), fils aîné du précédent , né à Constantinople en 1776 , m. en 1814, émigra avec son père, combattit dans l’armée de Condé contre la France, prit ensuite du service en Russie, se distingua à la bataille d’Austerlitz, perdit une jambe dans la campagne de 1806 , fit la guerre contre les Turcs en 1810, reparut dans les dernières guerres contre Napoléon Ier en Russie, en Allemagne et en France, et mourut des blessures qu’il avait reçues en attaquant

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Reims. — Il eut deux frères : Armand-Emmanuel-Charles, qui épousa en Russie une princesse Galitzin, fut gouverneur de Kherson, de la Podolie et d’Odessa, pair de France en ‘1821; et Louis-Antoine-Emmanuel, qui était, en 1830, aide-de-camp du duc d’Angoulême. B.

saint- priest ( Alexis, comte de], fils d’Armand de Saint- Priest, né à Sl-Pétersbourg en 1805, m. à Moscou en 1851, fit ses études au collège français d’Odessa, vint en France après la Restauration des Bourbons, fut nommé gentilhomme de la chambre de Charles X, remplit, sous Louis-Philippe Ier, diverses missions au Brésil, en Portugal et en Danemark, et entra à la Chambre des pairs. On a de lui : Histoire de la royauté, 1842; Histoire de la suppression de l'ordre des Jésuites, 1844; Histoire de la conquête de Naples par Charles d'Anjou, 1847, 4 vol. in-8° , ouvrage qui lui ouvrit les portes de l’Académie française; Etudes diplomatiques et littéraires, recueil d’articles publiés dans différentes Revues. V. De Barante, Notice sur le cointe de Saint- H ri est. B.

SAINT-RÉAL (César Vicitard, abbé de), historien, né à Chambéry en 1839, d’une famille distinguée dans la magistrature de Savoie, m. en 1692, fut envoyé jeune à Paris, où il étudia chez les Jésuites. Distingué par son esprit, il brilla dans le monde, s’attacha à la belle Mancini, duchesse de Mazarin, qu’il suivit à Londres, et contribua, avec Saint-Evremond, à l’éclat de ses réunions. Puis il entra dans les ordres sacrés, fut nommé historiographe de Savoie, eut quelques négociations à conduire pour le duc, et soutint des controverses contre le fameux Amauld, dont les partisans l’accusèrent de socinianisme. Ses ouvrages, tous estimés pour l’élégance et la pureté du style, sont ; de l'Usage de l’histoire, Paris, 1671; Don Carlos, nouvelle historique, 1672, in-12; Histoire de la conjuration des Espagnols contre la République de Venise, 1674, qui n’est guère qu’un roman ; Discours sur la valeur, 1688, in-12; la Conjuration des Gracques, 1674; Traité de la critique, 1691 ; une traduction des Lettres de Cicéron à Alticus, avec des remarques, etc. La meilleure édition de ses OEuvres complètes a été publiée à Paris, 1757, 8 vol. in-12; ses OEuvres choisies , Paris , 1819, 1 vol. in-8°. B.

SAINT-SIMON (Louis deRouvroy, duc de), né en 1675, de Claude de Saint-Simon, ancien favori de Louis XIII, et de Charlotte de l’Aubespine, sa seconde femme, m. en 1755, fut tenu sur les fonts baptismaux par Louis XIV et Marie-Thérèse, 1677, porta d’abord le titre de vidame de Chartres, connut dès l’enfance lejeune duc de Chartres, qui fut depuis le Régent, et pour qui il conçut la plus vive affection, entra à 16 ans dans les Mousquetaires gris, parut avec distinction au siège de Namur, 1692, reçut une compagnie au régiment de Royal-Roussillon , perdit presque aussitôt son père, 1693, lui succéda dans ses gouvernements de Blaye et de Senlis et son titre de duc et pair, se distingua à la bataille de Nerwinde, acheta ensuite un régiment de cavalerie, devint mestre-de-camp , et commença, pn juillet 1694, servant dans l’armée du maréchal de Lorges , les Mémoires célèbres auxquels il travailla 60 années, et dont il soumit le plan à l’abbé de Raneé. 11 épousa en 1699 la petite-nièce de Turenne, Mlle de Durfort, fille du maréchal de Lorges. Mortifié, en 1702, de n’être pas compris dans une promotion de brigadiers de cavalerie, il quitta le service, au grand mécontentement de Louis XIV, qu’irritaient son austérité frondeuse et la liberté avec laquelle il attaquait la position faite aux princes légitimés. Il fut deux fois désigné pour l’ambassade de Rome; mais quoiqu’il eût contribué à rapprocher le duc d’Orléans de la duchesse, et travaillé au mariage du duc de Berry avec une princesse d’Orléans, il resta à la cour sans position officielle, écoutant, observant, méditant avec l'hevreuse et Beauvilliers des plans de réformes, et en grande faveur auprès du duc de Bourgogne. A la mort de ce prince, il défendit le duc d’Orléans contre d’odieuses imputations d’empoisonnement. 11 aida aussi, en 1715, à lui faire déférer la régence, fut lui-même appelé au conseil de régence, et , favori du prince dont il fuyait les orgies, conseilla la banqueroute ou la convocation immédiate des Etats-Généraux, sur qui retomberait la responsabilité des difficultés financières. Il s’opposa au système de Law, refusa de tremper dans les spéculations qui enrichirent tant de grands seigneurs, montra contre le parlement une hostilité souvent violente, s’efforça vainement de maintenir le Régent dans la politique de l’union avec l’Espagne, et, après l’accession de cette puissance au traité de la quadruple alliance, accepta avec joie, 1721, l’ambassade d’Espagne, pendant laquelle il négocia le mariage de l’infante avec Louis XV, et celui du prince des Asturies avec une fille du Iiégeut. 11 perdit, à la mort du Régent, toute

son influence, fut invité, en 1726, à résider moins continuellement à Versailles, et se retira dans ses terres. Seigneur accompli , esprit impétueux et droit , mais nourri de chimères, cœur fier et orgueilleux , Saint-Simon sembla souvent ■■ ne voir dans la nation que la noblesse, dans la noblesse que la pairie, dans la pairie que lui-même. »* De là ces nombreux procès de préséance, ces Mémoires continuels sur les rangs, dont il se complaît à détailler les motifs. Toutefois il dut à ce sentiment de hauteur souvent exagéré une grande élévation morale : assez austère dans ses mœurs et dans sa religion pour avoir été soupçonné de jansénisme, il flétrit avec énergie les actions basses et immorales , atteignant d’un trait acéré mêmeles plus hautes têtes. Mais ses haines contre les princes légitimés, par exemple, en le rendant injuste pour Mme do Maintenon , ne l’ont pas empêché de faire l’éloge des grandes qualités du comte de Toulouse; si la passion le rend souvent partial , jamais elle ne lui fait méconnaître les vertus de ses ennemis. Dans ses Mémoires, on trouve “ le style de cour dans un homme de génie, le style sans frein dans un homme plein d’honneur et de vertu , une âme mise à nu. »■ Versé dans la connaissance de la politique, des finances et de la guerre, initié à tout le •• manège >* des courtisans , mêlé aux événements les plusdivers, tout à la fois moraliste profond, observateur pénétrant , et peintre de génie, Saint-Simon excelle dans le» grands tableaux ( la cour d’Espagne au moment de la mort de Charles II; la mort de Monseigneur; la séance du Parlement tenue contre les princes légitimés), dans les portraits , dans les crayons même : partout l’empreinte de l’énergie, l’impétuosité de la passion, et, jusque dans l’incorrection du style, l’effrayante propriété de l'expression. Les jugements de Saint-Simon doivent être acceptés avecdéfiance, contrôlés par les autres témoignages du temps; mais ses Mémoires, plus complets, plus variés, plus intéressants, plus entraînants que nul autre ouvrage, placent le lecteur dans la société même qu'il décrit : à défaut de la vérité de détail , de l’impartialité sur tel ou tel personnage, ils offrent la vérité morale, la fidélité générale. Il les avait écrits avec la volonté qu’ils ne fussent publiés que longtemps après lui ; le pouvoir en empêcha longtemps la révélation; Voltaire, Duclos et Marmontel en eurent connaissance; mais ce ne fut qu’en 1788 que parut un 1er abrégé en 3 vol. iD-80, suivis, 1789, de 4 vol. dfr suppléments. Soulavie en donna une nouvelle édition, avec additions, notes, etc., Strasbourg, 1791. Ce n’étaient que des fragments. La lre édition complète fut donnée à Paris, 1829-1831, par le duc de Saint-Simon , descendant de l’auteur, 21 vol. in-8° ; elle a été reproduite, en 1842, en 40 vol. in-12. Deux autres éditions ont été publiée» depuis : l’une, par M. de La Bédollière, Paris, 1856, 20 vol. in-H°; l’autre, révisée sur le texte original par M. Chéruel, Paris, 1856-58, 20 vol. in-8°. V. l 'Eloge de Saint- Simon , par MM. E. Poitou et Lefèvre de Pontalis. A. C.

saint-simon ( Maximilien-Henri, marquis de ), né vers 1720 , m. en 1799, entra de bonne heure au service, fut aide-de-camp du prince de Conti dans les guerres d’Italie, puis se livra à son goût pour les voyages et la littérature. On a de lui : Des jacinthes, de leur anatomie, reproduction et culture, Amst., 1768, in-4» ; Histoire de la guerre des Alpes, ou Campagne de 1744, ïbid., 1769, in-fol.; Hisloirl de la guerre des Balaves et des Romains, 1770, in-fol.; l’Observateur véridique sur les troubles actuels de la France, Londres, 1788, in-8°; Essai sur le despotisme et les révolutions de la Russie, 1794, in-8°, etc. B.

saint-simon (Claude-Henri, comte de), économiste et chef de secte, de la famille de l’auteur des Mémoires, né à Paris en 1760, m. en 1825, suivit d’abord la carrière militaire, partit en 1779 pour la guerre d’Amérique, où il servit sous Bouillé et Washington, fut fait prisonnier avec le comte de Grasse en 1782, et, de retour en France, devint colonel du régiment d’Aquitaine, 1783. 11 quitta la carrière des armes en 1789 pour se jeter dans des spéculations sur l’achat des biens nationaux, opération qui lui fut très-lucrative. Désormais il ne s’occupa plus que d’idées philosophiques et économiques, consacra 10 années à se mettre au courant des diverses branches de la science, à voyager en Allemagne, en Angleterre, en Suisse et en Italie, à nouer des relations avec les savants les plus renommés, et, en 1807, exposa, dans une Introduclioti aux travaux scientifiques du xix° siècle, 2 vol. in-4°, les idéesfondamentales d’un système qu’il avait conçu pour la réorganisation des sciences et la reconstitution de l’ordre social. 11 les développa dans une suite d’ouvrages : De la réorganisation de la société européenne, 1814, in-H°, où il fut aidé par Aug. Thierry, son élève et son fils adoptif;

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