‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 492 sur 864 · S PI A · texte numérisé non relu

S PI A

grand-chancelier dans le ministère de la Cabctl ( V. ce mot) , où il se montra l’un des plus dévoués aux mesures arbitraires auxquelles se laissa aller le roi. Cependant c’est à lui que l’Angleterre doit le fameux acte d 'Habeas corjius. Contraint de renoncer au pouvoir deux ans après, il fit une vive opposition à la cour, surtout à propos du bill du Test ( V. ce mot j , fut arrêté en 1677 et détenu pendant 13 mois à la Tour de Londres, devint néanmoins président d’un nouveau ministère en 1679 , mais subit une nouvelle disgrâce par le crédit du duc d’York (depuis Jacques II) , contre lequel il avait fait rendre le bill d'exclusion. Emprisonné à la Tour, 1681 , accusé de haute ti'ahison, il comparut devant un jury qui l’acquitta. .Impliqué enfin dans le complot de Rye-House, il se réfugia en Hollande, et y mourut. Shaftesbury était un orateur distingué, un politique habile, un audacieux chef de parti , mais aussi un des hommes les plus corrompus de son temps. V. Martyn, Mémoires sur la vie de Slwftesbury, Londres, 1837. B.

shaftesbury (Antoine ashley-cooper , comte de), écrivain philosophe, petit-fils du précédent, né à Londres en 1671 , m. à Naples en 1713 , se tint longtemps éloigné des affaires politiques par motif de santé , cultiva les belleslettres et les arts, et perfectionna ses connaissances par des voyages en France et en Italie. Député à la Chambre des Communes en 1694 , il se fit remarquer par son esprit libéral. Après un voyage en Hollande, 1698, il remplaça son père à la Chambre des Lords, 1699, et jouit de la confiance de Guillaume III. Depuis l’ avènement de la reine Anne, il vécut dans la retraite. Il a laissé des Recherches sur la vertu , où il considère la vertu dans ses rapports avec la religion ; une célèbre Lettre sur l’enthousiasme, écrite pour ridiculiser les prétendus prophètes des Cévennes, et trad. en français, La Haye, 1709, in-12; et divers écrits de philosophie morale, réunis sous le titre de Chnracteristilcs of men , manners , opinions, limes, 1713, 3 vol. in-8°, trad. en français, Genève, 1769. On y trouve beaucoup d’aigreur contre la religion chrétienne. B.

shaftesbury ou shaston , v. d’Angleterre (Dorset), à 40 kil. N.-N.-E. de Dorchester; 8,987 hab. Ville trèsancienne, qui avait une abbaye célèbre, fondée par Alfred le Grand. Ses manuf. de boutons de chemises ont disparu. Elle donne le titre de comte à la famille Ashley- Cooper. B.

SHAKSPEARE (William), le plus grand poëte dramatique de l’Angleterre, né à Stratford-sur-Avon (Warwick) le 23 avril 1564, m. à Newplace (Stratford) en 1616, le jour anniversaire de sa naissance. Son histoire est presque inconnue; d’après la tradition la plus accréditée, le père de Shakspeare, d’abord vlce-bailli et alderman de son village, se fit ensuite boucher et marchand de laines; des revers de fortune le forcèrent à rappeler de bonne heure des écoles publiques le jeune William, pour l’occuper aux travaux de son métier. A 18 ans, William épousa une femme plus âgée que lui de 8 ans, et qui le rendit père de 3 enfants ; cette union ne parait pas lui avoir donné le bonheur de la famille. D’une humeur indépendante, que ne modifièrent nullement les liens du ménage, ses plaisirs étaient généralement peu relevés, et le canton de Stratford a conservé le souvenir des assauts livrés par Shakspeare aux buveurs de Bidford. Intrépide chasseur, il respectait peu le gibier d’autrui; les gardes d’un gentilhomme le saisirent au moment où il venait de tuer un cerf; obligé de comparaître devant le seigneur offensé, il se vengea par une ballade satirique, et dut s’enfuir à Londres, 1586. La misère l’y suivit: d’abord réduit à garder, à la porte du théâtre de Southwark, les chevaux des spectateurs, et, selon d’autres, â se faire souffleur, il monta ensuite sur la scène, mais ne joua que des rôles secondaires, même dans ses propres pièces. On sait pourtant que, dans le personnage du spectre ( Hamlel |, il était effrayant. Shakspeare ne commença point par des œuvres dramatiques; il écrivit auparavant quelques poèmes maniérés et prétentieux, dans le goût italien , Tarquin et Lucrèce, Vénus et Adonis, et le Passionale Pilgrim • ces premiers essais lui valurent cependant le titre de poète à la langue de miel. En 1589 seulement, il aborda le théâtre, et, jusqu’en 1614, il donna chaque année une ou deux pièces; 36 sont regardées comme authentiques parmi celles qui nous sont parvenues sous son nom. On ne sait comment s’écoulèrent les 25 dernières années de la vie du porte; on ignore aussi quelle était sa religion; catholiques et protestants l’ont revendiqué. 11 eut de puissants protecteurs, entre autres lord Southampton. La reine Elisabeth lui avait voué une estime si haute, qu’elle lui permettait de retracer avec une vérité terrible l’histoire de Henri VIII , et de proclamer sur la scène les droits et les

I vertus de Catherine d’Aragon. Jacques I«r lui confia le i théâtre de Black-Friards; Shakspeare n’en garda que peu de temps la direction ; il se retira, à l’âge de 50 ans, dans sa ville natale, et y mourut deux ans après. Son corps fut inhumé d’abord dans l’église de Stratford; en 1740, un monument lui fut élevé dans l’abbaye de Westminster. La maison de Shakspeare fut longtemps pour les Anglais le but d’une sorte de pèlerinage; elle a été démolie par un acquéreur, qui ne voulut point en payer la taxe. D'un mûrier planté par le poëte, on a fait une foule d’objets que se disputent avec passion ses admirateurs. On s’accorde à ranger les pièces de Shakspeare dans l’ordre suivant : Henri VI, en 3 parties, 1589-91 ; le Songe d'une nuit d'été, 1592; les Méprises, 1593; la Grondeuse mise à la raison, 1594; Peine d'amour perdue, 1594; les Deux seigneurs de Vérone, 1595; Roméo et Juliette, 1595; Hamlet, 1596; le Roi Jean, 1596 ; Richard II, et Richard III, 1597 ; Henri IV, en 2 parties, 1597-98; le Marchand de Venise, 1598; Tout est bien qui finit bien, 1598 ; Henri V, 1599 ; Beaucoup de bruit pour rien, 1600; Comme vous voudrez, 1600; les Commères de Windsor, 1601 ; Henri VIII, 1601 ; Troilus et Cressida, 1602; Ruse contre ruse, 1603; Conte d’hiver, 1604; le Roi Lear, 1604; Cymbeline, 1605; Macbeth, 1606; Jules César, 1607 ; Antoine et Cléopâtre, 1608; Timon d’Athènes, 1609; Coriolan, 1610; Othello, 1611; la Tempête, 1612; le Jour des rois, 1614; Titus Andronicus, et Périclès, sont deux pièces contestées. Comme elles ne furent toutes imprimées qu’après la mort de l’auteur, il est vraisemblable qu’elles subirent quelques altérations entre les mains des copistes et des comédiens. — Shakspeare, plus heureux que Dante, n’eut pas besoin de se créer une langue pour traduire sa pensée; Marlowe, Ben Johnson, Peel, Spencer, et beaucoup d’auteurs dramatiques, que son génie supérieur a rejetés dans l’ombre, mais dout les ouvrages sont pleins de beautés poétiques , avaient déjà montré que l’idiome national pouvait tout exprimer, depuis les plus gracieuses idées jusqu’aux plus rudes conceptions. Le système dramatique qu’il s’est créé ne se rattache en rien aux systèmes de l’antiquité ; la tragédie est pour lui la représentation d’événements terribles ou singuliers , au milieu desquels viennent se heurter le sérieux et le comique, le pathétique et le burlesque. Personne n’a mieux que lui excité tour à tour l’attendrissement et l'horreur, l’émotion et l’effroi ; la mort et son cortège de terreurs, la misère en baillons, la faim, la folie, sont des moyens dramatiques devant lesquels ne recule pas son génie. Macbeth, Richard II, le Roi Lear, Hamlet, sont les plus sombres expressions de sa pensée dramatique. Mais au milieu de ces tragiques tableaux, et comme pour reposer l’âme du spectateur, Shakspeare produit les plus suaves images; ses types de femmes, Catherine d’Aragon, Ophélia, Cordélia, Juliette, Desdémone, Miranda, ont une délicatesse, une perfection idéale. Aux personnages gracieux ou terribles, se mêlent des types grossiers et burlesques, des fossoyeurs s’amusant avec des crânes de morts. Shakspeare procède avec une liberté qui ne connaît de règles que les inspirations de son génie ; les scènes se succèdent quelquefois sans lien apparent; l’auteur fait voyager son drame de contrée en contrée; ni l’espace ni le temps ne l’arrêtent; l’intérêt est la seule loi qu’il connaisse. C’est principalement le caractère de ses drames historiques; qu’il mette en scène des Grecs ou des Romains, il peint toujours des mœurs anglaises. — Dans la comédie, Shakspeare est loin d’atteindre à la même hauteur. Les Commères de Windsor sont son chef-d’œuvre en ce genre; s’il a du piquant dans quelques scènes, on ne saurait accorder, comme les Anglais le prétendent, qu’il possède la vigueur comique de Molière. — Le drame de Shakspeare est sorti quelquefois du monde réel, pour se jeter dans le monde J fantastique des esprits; la Tempête et le Songe d'une nuit d'été offrent de bien bizarres conceptions; mais on y trouve aussi tant de grâce et de vivacité d’imagination, qu’on regretterait de se montrer trop sévère.—La France : a été longtemps avant d’accepter la gloire de Shakspeare; il y a une telle opposition entre la manière capricieuse, heurtée, du poëte anglais, et la beauté régulière des œuvres françaises, qu’on avait besoin de se faire à ces fantaisies de l’artiste, avant de comprendre son génie. En Angleterre même, la gloire du poëte s’est parfois éclipsée: ses pièces, ressuscitées par Garrick après un long oubli, ne sont restées qu’en petit nombre au théâtre, et encore leur a-t-on fait subir de grandes mutilations; de nos jours enfin , on a été jusqu’à lui en contester l’honneur, et à attribuer tout son théâtre à Bacon. — La lre édition des Œuvres de Shakspeare, donnée par deux comédiens,

I Hemminge et Condell, 1623, in-fol., est peu satisfaisante

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sous le rapport de la pureté du texte. D’autres ont été publiées, avec des améliorations successives, par Rowe, 1709; Pope, 1725, très-médiocre; Warburton, 1744, qui en essayant d’épurer le texte, s’est livré à des conjectures très-hasardées et rarement heureuses; Johnson, 1705, avec de bonnes observations critiques ; Steevens , 1773 ; Malone, 1790; Reed, 1803,21 vol. in-8° : ces trois derniers éditeurs ont fait des corrections presque toujours judicieuses, et d’excellentes notes pour éclaircir les passages obscurs; Dodsley, 1800, espèce d’édition variorum, avec un glossaire, l’une des meilleures et peut-être la meilleure du grand poète; et Knight, 1842-44, 12 vol. in-8°. Collier a publié, vers 1850, de nouvelles leçons du texte de Shakspeare, d’après un très-ancien manuscrit. Il existe une traduction allemande de Shakspeare par A.-G. Scblegel, L. Tieck, H. et Abraham Woss, J. -B. Benda , et Wolf de Budissin , Stuttgard , 1828, 10 vol. in-18. Une traduction française de Letourneur, 1776-82, 20 vol. in-8», a été révisée par MM. Guizot, De Barante et A. Pichot, 1821, 13 vol. in-8°, et par M. Francisque Michel, 1840, 3 vol. gr. in-8° : cette dernière édition contient une Vie de Shakspeare par Woodsworth, et des Remarques sur la vie et les ouvrages de Shakspeare par Thomas Campbell. Une autre traduction française a été donnée par Benjamin Laroche. Dans les Essais sur Shakspeare de Paul Duport, 1828, le tragique anglais est singulièrement défiguré. V. Drake, Shakspeare and liis limes, 2 vol. in-4°; M. Villemain, Shakspeare, dans les Etudes de littérature ancienne et étrangère, 1854, in-12 ; J. Halliwell, Vie de Shakspeare, Londres, 1847, in-8». A. R.

SHAKVILLE, littérateur et homme d’Etat anglais, né en 1536, voyagea en France et en Italie, et se fit distinguer de la reine Elisabeth, qui l’appela à son conseil et lui confia des ambassades et des affaires d’Etat. Il figura dans le procès de Marie Stuart, et ce fut lui qui lut à cette reine la sentence de mort. Il prit également part au procès contre le comte d’Essex. Depuis 1587, il porta le titre de lord Buclnirst. On a de lui : Gordobuc, la lre tragédie anglaise écrite en vers blancs ; le Miroir des magistrats, histoire de tous les grands hommes malheureux, depuis la conquête normande jusqu’au XVe siècle, à laquelle ont travaillé plusieurs auteurs.

SHANE’S CASTLE. V. Antrim.

, SHANG-HAI, v. murée de Chine (prov. de Kiang-sou), a 270 kil. E.-S.-E. de Nankin, et à l'une des embouchures du fleuve Bleu ; 5 kil. de tour, et 200,000 hab. Port ou- T^tau •c,ommerce européen en vertu du traité de Nankin, 184-. 11 s y fait, annuellement, 800 millions d’affaires, environ, par 600 navires. Exportation de thés noir et vert, soies grèges et moulinées, cocons, bourres et tissus de soie, nankins, laines, cotons, rhubarbe, alun, porcelaine, éventails, etc. — Importation de tissus de coton, draps, soieries, plomb, fer, étain, quincaillerie, indigo, riz, sucre, bois de construction, etc. Ou remarque à Shang-haï un magnifique établissement d’enfants trouvés, fondé en 1710. jj’

SHANNON , Senus, fleuve d’Irlande, sort de la montagne de Cuilcagh dans le comté de Cavan, coule au S., sur 390 kil., par Carrick, Asthlone, Killaloe, Jamestown, Limerick et Kilrush , au-dessous de laquelle il tombe dans l’océan Atlantique, sur la côte O. de l’Irlande, entre les caps Loop et Kerry, séparant le Connaught du Leinster, le comté de Clare de ceux de Tipperary, de Limerick et de Kerry. Dans son cours, presque entièrement navigable, il forme les lacs Baffin , Ree et Derg, reçoit à l’O. la Boyle, la buck, la Fergus, à l’E. et au S. l’Inny, la Brosna, la Mulkema et la Maig, et communique par deux canaux avec la mer d’Irlande. Navigation active. Ses eaux, très-poissonneuses, nourrissent de beaux brochets. Le Shannon donne le titre de comte à la famille Boyle.

SHARK-BAY. V. Chiens marins (haie des), vcio l^ac(lues)i archevêque de Sl-Andrew’s, né en 1618 dans le comté de Banff, m. en 1679, avait été d'abord zélé presbytérien. L’ambition le poussa à entrer dans 1 Eglise anglicane ; mais son élévation souleva contre lui bien des haines. Chargé d’organiser le gouvernement de lEcosse, il causa par ses rigueurs la révolte de 1666 échappa, en 1668, aux coups d’un prédicant, mais fut égorge, dix ans plus tard, sur un grand chemin , par neuf autres fanatiques.

Sharp | Abraham), mathématicien, né en 1651 à Lit Dort on ( Yorkshire), m. en 1742, quitta le commerce p 1 enseignement à Liverpool , puis vint à Londres, oi aida r lamsteed dans ses travaux. 11 a publié: Oeomt tmproved, 1717, ni-4°, où il donne les meilleures métho connues pour le calcul des sinus, des sécantes et des t

gentes naturelles, et en fait l’application à la détermination du rapport de la circonférence au diamètre ; on y trouve aussi des tables étendues et exactes des divers segments du cercle, avec leur usage pour la résolution d’un grand nombre de problèmes, et un curieux Traité sur les polyèdres.

| Sharp (William), graveur anglais de 1er ordre, né en ! 1749, m. en 1824, se livra aux rêveries mystiques de la J secte de Swedenborg. On cite comme ses chefs-d’œuvre : les Docteurs de l'Eglise discutant sur T Immaculée Conception, d’après le Guide ; le Roi Lear au milieu de la tempête, d’après West; Ste Cécile, d’après le Dominiquin; les Enfants dans la fore't , la Pythonisse d' Endor , d’après Salvator Rosa; le Portrait de Hunier, d’après Reynolds, etc.

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