‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 659 sur 864 · kil. 11 existe ericore des traces assez nombreuses · texte numérisé non relu

kil. 11 existe ericore des traces assez nombreuses

mais en Italie surtout , des anciennes voies romaines. V. sur les voies romaines : Bergier, Histoire des grands chemins de l'Empire romain , 2 vol. in-4°, 1728; A. Nibby , Delle vie degli anlichi , dans le 4e vol. de son édition de Nardini , t. iv, Rome, 1818; id. , Analist délia caria de' dinlorni di Roma, Rome , 1837, 3 vol. in-8°;id., Viagyio anliquario ne’ conlorni di Roma , 1819 , 2 vol. in-4° ; Westphal, Agri Romani Tabula , 1827; W. Gell, Topography of Rome and vicinity, Londres, 1834; L. Canina, la Campagna di Roma, Rome, 1838 , cart. en 6 feuilles ; E. Desjardins , Essai sur la topographie du Latium , Paris , 1854 , in-4° et cartes, etc. C. D — y.

VOIGTLAND, Variscia , contrée de l’ancien Empire d’Allemagne, comprenait ce qu’on nomme auj. cercle de Zwickau (royaume de Saxe), bailliage de Weyda (Saxe- Weimar), cercle de Ziegenriiek (gouvernement prussien d’Erfurt), bailliage de Uonneb'urg (Saxe-Gotba), et possessions de la maison de Reuss.

voigtland (Cercle du), un des 5 cercles du royaume de Saxe avant 1835, ch.-l. Plauen; entre celui d’Erzebirge au N.-E., la Bohême au S.-E., la Bavière au S.-O., et la principauté de Reuss au N. -O. ; 60 kil. sur 40. 11 est auj. compris dans le cercle de Zwickau.

YOIOUSSA, ancien Aous, riv. de la Turquie d’Europe (Janina) , descend du Mezzovo, dans le livah de Janiua, coule au S.-E., puis au N.- O. , par Premiti et Tebelen , et se jette dans l’Adriatique , au N. du golfe d’Avlone , après avoir reçu l’Argyrocastron ; cours de 200 kil.

VOIRON, ch.-l. de canton (Isère), arr. et à 26 kil. N. -N. -O. de Grenoble, sur la Morge ; 6,860 hab. Environs très-pittoresques. Industrie active : fabr. de foulards , toiles de chanvre renommées, draps, linge de table, carton, papiers, liqueurs, chapeaux de paille, gants, etc.

VOISENON ( Claude-Henri Fusée , abbé de), littérateur, né au château de Voisenon près de Melun en 1708 , m. en 1775 , avait déjà fait de jolis vers et mené une conduite dissipée , quand il prit les ordres pour complaire à sa famille. Il devint grand-vicaire de Boulogne , refusa l’évêché en 1741 , et prit comme compensation l’abbaye du Jard. Homme du monde toujours aimable et spirituel, il partagea sa vie entre le théâtre et la cour, les ministres et les favorites , dont il fut tour à tour le poète pensionné. Des comédies où l’esprit disparait sous la froideur et l’afféterie (excepté la Coquetle fixée, 1746), quelques Poésies fugitives d’une grâce négligée , de fades opéras , des contes et des vers scandaleux, des Anecdotes littéraires, et des Fragments historiques qui n’ont rien de sérieux, tels furent les titres de Voisenon à l’amitié de Voltaire, à l’admiration du public, au choix de l’Académie Française, 1763, et à la faveur de Louis XV , qui fit de lui un historiographe pour ses petits-fils. On doit dire à son honneur qu’il consacra une partie de sa fortune à des actes d’une bienfaisance secrète. Ses OEuvres complètes furent publiées à Paris en 1781 , 5 vol. in-8°. On lui attribua à tort une grande part dans les pièces de Favart, son ami. G. L.

VOISIN ou VOYSIN (Daniel-François), ministre de Louis XIV, né à Paris en 1654 , m. en 1717. D’abord intendant du Hainaut, puis intendant de S'-Cyr, conseiller d’Etat en 1694 , il devint ministre de la guerre après Chamillart, 1709 , par le crédit de Mme de Maintenon, à laquelle il était tout dévoué , et , plus tard , chancelier, après le comte de Pontchartrain , 1714 , en conservant son premier portefeuille. Après avoir signé , et peut-être même suggéré les dispositions testamentaires du roi en faveur de ses fils naturels, il les fit connaître d’avance au duc d’Orléans, et le mit ainsi à portée d’en préparer l’annulation par le parlement de Paris, 1715; et, à ce prix, il obtint du Régent de garder sa place de chancelier, et d’entrer au conseil de régence : toutefois il se démit de ses fonctions de ministre de la guerre. G.

voisin (Catherine deshayes , veuve monvoisin, dite la ) , fameuse devineresse , avait été d’abord sage-femme à Paris, dans la première moitié du xvne siècle. Elle exploita très-fructueusement , comme sorcière , la crédulité publique , afficha un luxe scandaleux , et se trouva compromise dans l’affaire de la marquise de Brinvilliers ; arrêtée comme coupable de vendre clandestinement des poisons, qu’on nommait alors poudres de successions, elle fut condamnée par une chambre ardente, avec la Vigoureux etd'autres complices, et brûlée vive en place de Grève, 1680.

VOITEUR, ch.-l. de canton (Jura), arr. et à 12 kil. N.-E. de Lons-le-Saunier, près de la Seille; 865 hab. Exploit, de gypse. Fabr. de toiles de chanvre.

VOITURE (Vincent) , bel-esprit du xvne siècle , né en 1598 à Amiens, d’un fermier des vins qui fut échevin en 1593 , et qui a laissé son nom à une comïiinaison du jeu de piquet , m. en 1648 , eut pour condisciple à Paris le comte d’Avaux , qui devint son protecteur.. Des vers adressés aux grands commencèrent sa réputation et bientôt il devint l’un des esprits les plus goûtés à l’hôtel de Rambouillet. II obtint la charge de maître des cérémonies et d’introducteur des ambassadeurs chez Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, partagea la disgrâce de son maître, négocia pour lui avec Olivarès , voyagea, revint à Paris en 1636, et gagna Richelieu par une lettre assez belle sur la reprise de Corbie. En 1638 , il composa un sonnet sur Uranie , qui , opposé au sonnet sur Job par Benserade , divisa en deux camps la cour et la ville. Avant la fin de cette guerre de beaux-esprits , Voiture fut envoyé à Florence, et, peu après son retour, attaché comme maître de l’hôtel à la maison du roi. Membre de l’Académie Française dès sa création, en 1635, il a écrit des vers latins, français, espagnols, et italiens, et des Lettres où, s’ingéniant à trouver des tours heureux , il tombe souvent dans la pointe et l’affectation, tout en épurant la langue et le goût. Il était d’autant plus admiré, que ses œuvres étaient inédites : on les publia en 1650, in-4». Une meilleure édition est celle de 1713, 2 vol. in-12. Elles ont été rééditées par M. M. A.-Roux, avec lettres et pièces inédites, Paris, 1856, 1 vol. in-8“, et les Lettres, avec notes, par Ubiccini, Paris, 1855, 2 vol. in-12. Peu de vers de Voiture méritent aujourd’hui d’être lus, et ses meilleures Lettres sont fort au-dessous de leur renommée. J- T.

VOIVODE. V. Vayyode.

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VOIVRE (Pays de), Vabrensispagus, petit pays de l’anc. France (Lorraine), à l’E. de Sl-Mihiel.

VOLATERRÆ, auj. Volterra, v. d’Etrurie, une des 12 lucumonies; patrie du satirique Perse. Les Romains y battirent les Etrusques, en 29b av. J.- C.

VOLCANALES, Volcanaiia, fête de Vulcain, dans l’anc. Rome. Elle revenait tous les ans le 10 des calendes de septembre (23 août). On immolait à Yulcain un veau roux et un verrat, et le peuple jetait dans le feu des animaux, pour acheter ainsi son propre salut. C. D — y.

VOLCANIQUE (Archipel), groupe d’iles de la Polynésie, comprend les iles de Soufre, Alexandre, S1 Augustin, Peel, etc. Il a été exploré par Beeehey.

VOLCANO, anc. Niera ou Vulcania, une des îles Lipari, la plus méridionale; 12 kil. sur 7. Inhabitée. Sol montagneux. Elle renferme un volcan qui vomit continuellement de la fumée.

VOLCE.E paludes, nom latin du lac Balaton.

VOLCES, Volcæ, peuple de la Gaule (Narbonaise lre), se divisait en Volces Tectosages, ch.-l. Toulouse, et Volces Arécomiques, ch.-l. Nimes. Leur pays correspondait à la plus grande partie du Languedoc.

VÛLÉRO (Publilius), centurion romain, après avoir refusé le service militaire et soulevé les plébéiens contre les consuls, fut nommé tribun du peuple l’an 281 de Rome, 472 av. J.-C., et proposa alors une loi d’après laquelle les tribuns seraient désormais élus dans les comices par tribus, où les plébéiens étaient tout puissants, et non plus dans les comices par centuries, qui dépendaient des patriciens par les auspices. Les grands s’opposèrent toute une année à cette proposition; mais Voléro ayant été réélu tribun avec Lætorius pour collègue, celui-ci proposa de plus que les tribus nommassent les édiles, et pussent faire des plébiscites touchant les affaires publiques. Le violent Appius Claudius étant consul, le jour du vote fut une bataille ; le peuple triomphant vota la loi de Voléro. A. G.

VOLGA, anc. Rha, fleuve de la Russie d’Europe, prend sa source dans le district d’Otchakov (gouvernement de Tver), coule del’O. à l’E. depuis sa source jusqu’à Kazan, se dirige du N.-E. au S.- O. depuis cette ville jusqu’à Sarepta, enfin tourne au S.-E., et entre dans la mer Caspienne par 70 embouchures. La Vasousa, l’Oka, la Soura, la Tvizil, la Sarpa à droite, et, à gauche, la Tvertza, la Mologda, la Schneksna, la Vetlouga, la Kama, la Samara, sont ses principaux affluents. Son cours est d’environ 3,800 kil., par Soubtzoff, Tver, Ribinsk, Iaroslav, Kostroma, Nijni-Nowogorod, Kazan, Simbirsk, Saratov, et Astrakhan. Le Volga, parsemé d’iles dans tout son cours, est navigable sur une étendue de 3,250 kil. Il s’ensable tous les jours. Ses eaux sont très-poissonneuses, et fournissent surtout du saumon. Différents canaux, qui relient ses affluents à ceux de la Néva, établissent une ligne de communication entre la mer Caspienne et la mer Baltique. Au moyen d’autres canaux, le Volga communique par la Dwina avec la mer Blanche , et par le Don avec la mer Noire.

VOLGSK, v. de la Russie d’Europe, gvt et à 137 kil. N.-E. de Saratov, sur la rive dr. du Volga; 23,073 hab. Industrie agricole.

VOLHYNIE, en polonais Wolhynslr, gvt de la Russie d’Europe, au S. -O., entre ceux de Minsk et de Grodno au N., de Kiev à l’E., de Podolie au S., les Etats autrichiens au S.-O., et le royaume de Pologne à l’O. ; 70,658 kil. carr. ; 350 kil. sur 255; 1,528,328 hab. Ch.-l., Jitomir. Quelques ramifications des Karpathes pénétrent dans le S.; le N. est occupé en partie par les marais du Pripet. Sol fertile en céréales, plantes oléagineuses, légumes, fruits, tabac, lin, chanvre. Elève de bétail. De vastes forêts fournissent la résine, la poix et le goudron, et servent de retraite aux animaux à riches fourrures et aux animaux féroces (loups, lynx, ours, etc.). Mines de fer; carrières de gypse et de salpêtre. Fabr. de toiles, lainages, cuirs, papiers, soieries, porcelaine, poteries. La Volhynie, auj. divisée en 12 cercles, appartint à la Pologne avant 1793; on la partageait en Haute-Volhynie ou palatinat de Lusuc, et Basse-Volhynie ou palatinat de Kiovie.

VOLKHOFF, riv. de la Russie d’Europe, naît au la Ilmen, et afflue au lac Ladoga; cours de 180 kil., tout entier navigable.

VOLKMARSEN, v. de la Hesse-Cassel (Basse-Hesse), sur la Twiste, à 11 kil. N.- O. de Wolfhagen; 2,800 hab. Anc. château d eKugelburg, en ruines. Immenses tourbières.

VOLKONSKI. V. IVolkonski.

VOLLORE-VILLE , Lovolautrium , Volotrense castrum , brg (Puy-de-Dôme), arr. et à 13 kil. S.-E. de Thiers; 401 hab. — Près de là est Vollore-Montagne ; 800 hab.

VOLMUNSTER, ch.-l. de cant. (Moselle), arr. et à 30 kil. E. de Sarreguemines ; 523 hab.

VOLNAY, vge (Côte-d’Or), arr. et à 6 kil. S.-O. de Beaune; 612 hab. Excellent vin rouge, recueilli dans les crûs des Santenots, des Cailierets, des Champans, des Angles, de la Chapelle, de la Bouche d’Ür, et de CLevrey.

VOLNEY ( Constantin- François Chassebœuf, comte de), né à Craon (Mayenne) en 1757, m. en 1820, était fils d’un avocat, termina ses études à Angers, et, à peine âgé de 17 ans, se rendit à Paris pour étudier la médecine. Mais un goût irrésistible l’entraîna vers les travaux d’érudition; il adressa à l’Académie française un Mémoire sur la chronologie d’Hérodote, dont Larcher fit une critique fort sévère, et qui lui valut, avec l’amitié du baron d’Holbach, son admission dans le cercle littéraire de Mme Helvétius. Ayant fait un petit héritage, il le consacra à un voyage en Orient, 1782, et, partit le havre-sac sur le dos. Il demeura 8 mois enfermé dans un couvent du Liban, chez les Druzes, pour apprendre l’arabe, et. employa 4 années à visiter l’Egypte et la Syrie. Il en publia la relation en 1787, sous le titre de Voyage en Egypte et en Syrie , 2 vol. Cet ouvrage, qui est demeuré son chef-d'œuvre, se distingue par l’esprit d'observation , beaucoup d’exactitude, et un vrai talent de style ; •< c’est, dit Daunou, un modèle de la manière dont chaque partie de la terre devrait être étudiée et décrite. » Le succès de ce livre, qui fut très-grand, celui d’une brochure intitulée Considérations sur la guerre actuelle des Turcs, 1788, enfin la vogue qu’obtint en Bretagne une feuille politique, la Sentinelle, dont il fut le rédacteur, firent nommer Volney député aux Etats-Généraux de 1789 parle tiers-état de la sénéchaussée d’Anjou. Partisan des principes de la Révolution, il souleva le 1er, dans l’Assemblée constituante, la discussion sur les biens du clergé , et fit rendre un décret en vertu duquel la France ne devait entreprendre aucune guerre pour l’agrandissement de son territoire. En 1791, il publia les Ruines, ou Considérations sur les révolutions des Empires , 1 vol., ouvrage prétentieux, déclamatoire, froid, ennuyeux, antireligieux, et auj. à peu près oublié, bien que l’esprit de parti lui ait fait pendant longtemps une réputation exagérée. L’année suivante , de grands projets d’amélioration agricole amenèrent Volney en Corse, où il avait reçu le poste de directeur-général du commerce et de l’agriculture; il se proposait d’acclimater les végétaux de l’Amérique dans un domaine qu’il avait acheté et qu’il appelait ses Petites Indes; mais la révolution qu’opéra Paoli, en détachant la Corse de la domination française, ruina ses plans. Accusé de royalisme et emprisonné pendant la Terreur, il recouvra la liberté au 9 thermidor. On le nomma bientôt professeur d’histoire à l’Ecole normale ; cette école ayant été supprimée, 1795, il s’embarqua pour les Etats-Unis, où il fut bien accueilli , comme ami de Franklin et de Washington. Nommé, à son retour, membre de l’Institut, il s’associa au 18 brumaire, mais refusa de partager le Consulat avec Bonaparte; il entra au sénat conservateur, dont il devint vice-président. Ennemi du despotisme autant que des excès populaires, il s’opposa au Concordat, à l'expédition de SVDomingue, à la création de l’Empire; néanmoins il reçut, en 1808, avectous les sénateurs, le titre de comte, auquel il dut, (lisait-il, s'accoutumer. Il signa l’acte de déchéance de Napoléon, en 1814. Volney a fait d’immenses travaux sur la chronologie, l’histoire, et les langues orientales, dont il voulait simplifier l’étude au moyen d’un alphabet unique en caractères européens; on a fait de son système une heureuse application dans le grand ouvrage de la Description de l'Egypte. Ecrivain, il se proposa toujours* dans ses conceptions originales, d’une part un but d’utilité pratique , de l’autre , disciple à vues étroites des philosophes du xvme siècle , une attaque aux croyances religieuses. Ses ÛEuvres complètes ont été publiées en 1 821— 22, 8 vol. in-8°, et ses OEuvres choisies, en 1827, 6 vol. in-32. On y remarque, outre les ouvrages déjà cités : la Loi naturelle , ou Catéchisme du citoyen, 1793; de la Simplification des langues orientales, 1795 ; Tableau du climat et du sol des Etats-Unis d’ Amérique, 1803 ; la Chronologie d' Hérodote, 1808; Recherches nouvelles sur l’histoire ancienne, 1814; l’Alphabet européen appliqué aux langues asiatiques, 1819; Discours sur l’étude philosophique des langues, 1819; l’Hebreu simplifié, 1820. Volney fonda par son testament un prix à l’Institut pour le meilleur travail sur les langues orientales. Son Eloge fut composé par M. de Pastoret pour l’Académie française, et par M. Daru pour la Chambre des Dairs. V. RI. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. vu.

VOLO, v. de la Turquie d’Europe (Janina), port de commerce sur le golfe de Volo (golfe Pélasgique ou Pagasé-

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tique des anciens), dans l’Archipel, à 62 kil. 5.-S.-E. de Larisse; 4,000 hab. Archevêché grec. Climat malsain. Comm. actif. Export, de blé, huile, laine, soie, tabac, peaux, fruits secs, etc. Cette ville est bâtie sur l’emplacement de l’anc. Pégase, ou d ’Iolcos.

VOLOGDA, v. de la Russie d’Europe (Grande-Russie), ch.-l. du gvt de son nom , sur la Vologda , à 730 kil. S.-E. de S^l’étersbourg ; par59° 13' 35" lat. N., et37°33‘ 23" long. E.; 13,000 hab. Archevêché grec ; cour d’appel ; séminaire, gymnase, bibliothèque. Fabr. de cuirs, toiles, draps, couleurs, pains d’épice. Commerce assez actif avec Arkhangel et la Sibérie. Fondée par les Novogorodiens au Xe ou xte siècle, Vologda, qui fut pendant quelque temps soumise, il est vrai, à la principauté de Rostov, ne fut défit! tivement unie à la Russie qu’en 1390. — Le gouvernement de Vologda, entre ceux de Novogorod et d’Olonetz à l’O., d’Iaroslav, de Kostroma, et de Viatka au S., de Perm à l’E., et d’Arkhangel au N., est l’un des plus grands de la Russie; 395,334 kil.carr.; entre 58° et 64° lat. N., 36° et 57° long. E.; 1,150 kil. sur 550 ; 951,593 hab. Il est divisé en 10 districts. Climat très-froid ; hiver de 8 mois. Sol montagneux à l’E., où courent les monts Ourals ou Poyas, plat partout ailleurs, et que la rigueur du climat permet à peine tle cultiver. Immenses forêts, où la chasse des animaux à fourrure est active. Quelques marais; nombreux lacs et cours d’eau (laSoukhona, la Vitchegda, la Petchora, etc.). Dans la région N. -O. s’étend le Bielozero, et dans le N. le steppe de la Petchora. Sources salées ; mines de fer et de cuivre. Forges. Corderies, fabr. de gros draps. Tapis d'écorces de tilleul. Peu de commerce.

vologda , riv. de la Russie d’Europe, passe à Vologda, à 31 kil. au-dessous de laquelle elle se jette dans la Soukhona ; cours de 120 kil.

VOLOGÈSE 1er, roi des Parthes, fils et successeur de Vonone II , régna de l’an 50 à 80 ou 90, s’attacha ses frères Pacorus et Tiridate, en donnant à l’un la Médie et à l’autre l’Arménie, défendit le dernier contre les Romains , et , malgré les efforts de Corbulon . les força de le reconnaître pour roi d'Arménie. Après avoir repoussé lesDahes et les Saces qui avaient envahi ses Etats, il se disposait à chasser les Alains de la Médie et de l’Arménie, quand il mourut, laissant le trône à Artaban IV, son fils.

vologèse il, roi des Parthes, fils et successeur de Chosroès, 121-148, ne releva pas la puissance des Arsacides, ébranlée par les guerres civiles , supporta toutes sortes d’affronts que lui firent les Romains, et acheta la retraite des Alains qui envahissaient ses Etats.

vologèse ni, fils et successeur du précédent, 148-190, profita du règne paisible d’Antonin le Pieux pour envahir en 161 le royaume d’Arménie, massacrer les garnisons romaines, et mettre Chosroès à la place du roi Sohême ; mais les lieutenants de Mare-Aurèle le battirent, et il ne se maintint qu’avec peine contre les révoltes de ses propres sujets.

vologèse iv, successeur du précédent , 191-208, feignit d’embrasser le parti de Pescennius Niger pour envahir la Mésopotamie; mais Septime-Sévère, vainqueur de son rival, chassa Vologèse des pays envahis, et le refoula jusque dans le cœur de ses Etats.

vologèse v, fils du précédent, disputa le trône à son frère Artaban V, et , le partageant ensuite avec lui , reçut la Susiane, la Perside et les autres contrées méridionales de la monarchie , 212. Les Perses , conduits par Artaxerce 1er, chef des Sassanides, se révoltèrent, et, après une guerre désastreuse, Vologèse perdit la vie dans le Kerman , 219 ou 220.

VOLOGESIA ou VOLOGESOCERTA , v. de l’anc. Babylonie, au N. -O. de Babylone,sur un canal de l’Euphrate; auj. Meschelied-llosseïn.

VOLOKOLAMSK, v. de la Russie d’Europe, gvt et à 100 kil. O.-N.-O. de Moscou; 3,000 hab. Ch.-l. de district.

VOLONNE, ch.-l. de canton ( Basses-Alpes ), arr. et à 20 kil. S.-E. de Sisteron , près de la rive g. de la Durance; 932 hab.

VOLONS, Volones, esclaves de l’anc. Rome qui, après la bataille de Cannes, s’engagèrent et formèrent 2 légions. Le Trésor public les acheta, et ils furent affranchis après 2 ans de service. C. D — y.

VOLOTSCHOK (VYSCHINI-), v. de la Russie d’Europe, gvt et à 134 kil. N.-O. de Tvcr; 6,500 hab.

VOLPATO (Jean), graveur, né à Bassano en 1733, m. en 1802, se forma sans maître, et exécuta des estampes remarquables par la précision, l’effet et l’énergie. Il a fondé une brillante école à Rome. On a de lui : Principes du dessin, tirés des meilleures statues antiques , Rome, 1786, in-fo!. et atlas.

VOLPI (Jean-Antoine), né à Padoue en 1686, m. en 1768, fonda dans sa ville natale, en 1717, avec son frère l’abbé Gaëtano, un grand établissement d’imprimerie et de librairie, et fut successivement professeur de philosophie, 1727, et d'éloquence latine, 1735, à l’Université. On lui doit des éditions estimées d’un grand nombre de classiques, dont il revit les textes, et qu’il enrichit de notes, de préfaces et de commentaires; les plus remarquables sont celles de Catulle, Tibulle, Properce, Lucrèce, Dante, Pétrarque, Politien. On a aussi un recueil de ses vers latins, Padoue, 1725, in-4°. Gaetano a publié le catalogue de la Libreria de' Votpi , Padoue, 1756 in-8°.

VOLPIANO, v. du roy. d’Italie, prov. et à 20 kil. N.-N.-E. de Turin; 4,000 hab.

VOLSK, v. de la Russie d’Europe, gvt et à 130 kil. N.-E. de Saratov, sur le Volga; 5,000 hab. Ecole des sciences, dite les Propylées. Tanneries , briqueteries, fabr. d’armes.

VOLSQUES, Voici , peuple de l’Italie ancienne (partie S.-E. du Latium) , de la race osque, entre les Marses et les Ilerniques au N., les Rutules et les Latins à l’O., la mer Tyrrhénienne au S., et la Campanie à l’E.; v. princip.: Antium , Anxur, Vélitres, Arpinum, Priveruum. Une partie des Volsques, soumise par Tarquin le Superbe, s’affranchit lors de l’expulsion des rois de Rome. Le patricien Marcius leur prit Corioles ; de là vint son nom de Coriolan, l’an 260 de Rome, 493 av. J.-C. C’est chez eux que Coriolan exilé se réfugia, et ils l’aidèrent à se venger de sa patrie, 487. Toujours unis aux Eques et aux autres ennemis des Romains, obligés par la prise d’Antium, 469, et d’Anxur, 406, de mettre bas les armes, ils secouèrent encore le joug à la faveur de l’invasion gauloise, 390, durent l’accepter de nouveau après la délivrance de Rome, prirent part à l’insurrection des Latins en 341, fuvent domptés en 338, et, depuis cette époque, disparurent comme nation.

VOLTA (Alexandre), célèbre physicien, né à Côme (Milanais) en 1745, d’une famille noble, m. en 1827, fut professeur aux écoles de sa patrie, puis occupa pendant 30 ans une chaire à l’université de Pavie. Ses travaux ont porté presque exclusivement sur l’électricité. Dès l’âge de 18 ans, il était en correspondance avec l’abbé Nollet sur ce sujet. Il a enrichi la science de plusieurs instruments : Vélectrophore , 1775; le condensateur électrique , 1782 ; l’eudiomelre, la lampe perpétuelle à gaz hydrogène, 1 ’électroscope , etc. II s’est aussi occupé de la bouteille de Leyde, de la distribution de l’électricité à la surface des corps conducteurs, et de l’électricité atmosphérique. Mais la découverte qui a immortalisé son nom est celle de la pile électrique, 1794. Les contractions musculaires , dans l’expérience de Galvani, furent attribuées par Volta au développement de l’électricité produit par le simple contact des métaux. La théorie du contact est généralement abandonnée aujourd’hui ; mais Volta avait bien saisi le point capital de l’expérience , en plaçant aux points de contact de deux corps hétérogènes le siège du principal développement d’électricité. Il fut ainsi conduit à la construction de la pile à colonne, qu’il donna en 1800. Il fut comblé d’honneurs par Napoléon Ier, qui le décora des ordres de la Légion d’honneur et de la Couronne de Fer, le fit nommer député de l’Université de Pavie à la consulte de Lyon, l’éleva à la dignité de comte, et à celle de sénateur du royaume d’Italie. En 1802, Volta devint associé étranger de l’Institut de France. La collection complète de ses OEuvres a été publiée à Florence. 1816, 5 vol. in-8». V.

VOLTAIRE (François-Marie Arodet de), né à Paris, le 21 novembre 1694, m. dans la même ville le 30 mai 1778, était d’une eomplexion si faible, qu'on ne put le baptiser que neuf mois après sa naissance. Son père , François Arouet , était trésorier de la Chambre des comptes et ancien notaire au Châtelet; sa mère, Marguerite d’Aumart , d’une famille noble du Poitou. L’abbé de Châteauueuf, parrain du jeune Arouet, lui donna les premières leçons d’irréligion , et le présenta à Ninon de Lenclos, sur le testament de laquelle il fut inscrit pour 2,000 livres destinées à monter sa bibliothèque, au duc de Sully, au marquis de La Fare, à l’abbé de Chaulieu , à l’abbé Courtin , tous membres de cette société du Temple, où se rendaient aussi le grand-prieur de Vendôme et le prince de Conti. Elève des Jésuites au collège Louis-le- Grand, Arouet avait compté parmi ses maîtres le P. Purée, qui fut son professeur de rhétorique, et le P. Lejay, qui annonçait en lui le coryphée du déisme. Il débuta dans les lettres et dans le monde sous les auspices des épicuriens beaux-esprits du Temple, et prit parmi eux les habitudes de grand seigneur et l’exemple d’une impiété frivole 1 et gracieuse. Son père, qui n’aimait pas les vers, l’envoya

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comme page, à la suite du marquis de Châteauneuf, en Hollande, mais fut bientôt obligé de le reprendre, à la suite de l’éclat que produisit une intrigue d’amour. Le page, de retour, devint pour quelques mois clerc de procureur. Envoyé à la campagne, chez M. de Caumartin , intendant des finances, ami de son père, avec l’ordre d’y réfléchir et de choisir enfin un état , il en revint avec le projet d’un poëme épique sur Henri IV, et des souvenirs du régne et de la cour de Louis XIV, recueillis dans les conversations de M. de Caumartin le père. Une satire sur Louis XIV, publiée l’année de la mort de ce roi , et faussement attribuée au jeune Arouet, le fit mettre à la Bastille; il en sortit avec son poëme épique fort avancé, une ébauche de tragédie dont le sujet était OEdipe , et cent louis que le Régent lui donna pour compenser une captivité imméritée. ■< Je remercie Votre Altesse, dit-il, de vouloir se « charger encore de ma nourriture; mais je la prie à l’a- « venir de ne plus se charger de mon logement. » C’est alors que par une mode suivie de quelques poètes, do prendre un nom d’emprunt , il prit celui de Voltaire, anagramme de Arouel l. j. (le jeune), car il eut un frère aîné. On sait qu’alors l'i et le j étaient comme la même lettre, ainsi que l'u et le «.Voltaire commença l’œuvre de sa célébrité par la tragédie d 'OEdipe, 1718. Le théâtre devait être le point d’appui de sa popularité ; il introduisait dans le genre tragique plus d’une nouveauté : d’abord, une plus grande simplicité d’action, un dialogue plus coui’t, point de conversations amoureuses et galantes ; puis des effets nouveaux de spectacle, le goût de l’appareil et des couleurs locales, les maximes nombreuses, les sentences philosophiques, les allusions, qui trop souvent trahissaient la présence du poète et troublaient l’illusion, mais qui changeaient le théâtre en tribune, et donnaient un corps à toutes les idées nouvelles que le siècle prêtait au poète, et que le poète renvoyait au siècle transformées par l’éloquence. OEdipe avait déjà tous les caractères qui furent ceux de la tragédie vollairienne. Artémire, 1722 , tragédie sifflée, vint se placer entre un court exil de Voltaire et un voyage en Hollande avec Mme de Rupelmonde. Dans ce voyage, il vit J. -B. Rousseau : cette entrevue commença par des compliments, et finit par une querelle que la mort même de Rousseau ne devait pas entièrement éteindre. En 1724, Voltaire donna Mariamne , tragédie médiocrement heureuse, dont le sujet est le même que celui à.’ Artémire, mais transporté en Judée, puis la petite comédie de l'indiscret , esquisse spirituelle, mais froide, et dénuée, comme toutes les comédies de l’auteur, de situations comiques. En même temps, il achevait la Ligue, plus tard appelée la Henriade , poëme épique, commencé trop tôt , quand l’auteur, de son propre aveu , ne savait pas ce que c’était qu’une épopée. Ce fut une tentative hardie , exécutée timidement ; on s’accorde à y blâmer la froideur d’imagination, les tendances philosophiques, les allégories glacées, le peu d’intérêt et de grandeur de l’action , l’absence de personnages vraiment vivants ; mais elle contient de beaux épisodes, des portraits intéressants, un récit éloquent , une versification noble et soutenue, quoique manquant de précision, comme la plupart des vers de Voltaire.

Une circonstance imprévue vint interrompre et changer la vie et les idées de Voltaire : un soir, dinant à l’hôtel de Sully, on l’avertit que quelqu’un le demandait à la porte: un homme, qui l’attendait dans une voiture de place, le saisit par ses habits; un autre le frappa, par derrière, de cinq ou six coups de baguette. Voltaire reconnut dans cet outrage la vengeance du chevalier de Rohan- Chabot, avec lequel il avait échangé des provocations. Le poète familier des grands, insulté par l’un d’eux, fut jeté une seconde fois à la Bastille pour six mois, parce qu’il voulait se faire justice, et exilé au sortir de sa prison, 1726. Il avait appris l’escrime pour punir son ennemi, et l’anglais pour fuir en Angleterre. Il ne put tirer parti que de^ cette seconde étude. Bien accueilli en Angleterre, grâce aux recommandations de Bolingbroke, il connut à Londres les hommes de lettres les plus distingués , et se livra chez le négociant Falkener, à Wandsworth, durant deux années, à un travail opiniâtre sur la langue, la littérature et la philosophie anglaises. Jusque-là il n’était qu’un poète brillant, sceptique seulement par saillies, l’élève de la société du Temple ; il revint d’Angleterre, nourri de l’impiété dogmatique de l’école de Chubb, de Tindal, et autres. Il avait ajouté un scepticisme érudit à son scepticisme de bel- esprit. Les conséquences île ce voyage furent à la fois fécondes et funestes. Voltaire y prépara ses fameuses Lettres sur les Anglais, ou Lettres philosophiques, sur la société, les mœurs, les lois, la littérature et la philosophie de l’Angleterre. 11 fit connaître à la France et

à l’Europe Shakspeare et le théâtre anglais, Pope, Addison, le système de Newton. Quelques idées politiques se mêlèrent à cette révélation d’une société si curieuse pour l’Europe d’alors; mais ce furent des nuances fugitives. La liberté de Voltaire était surtout la liberté religieuse, ou même la révolte contre toute religion établie. En même temps le but de ses efforts était la puissance des lettres, la puissance par le talent. Il écrivait, en revenant d’Angleterre, dans une pièce sur la sépulture de M,le Lecouvreur : « Quiconque a des talents à Londres est un grand homme. » Succès et puissance , ces deux mots résument toute la vie de Voltaire, et c’est à partir de ce moment qu’il en a eu nettement l’idée. La puissance de l’homme de lettres n’existe pas sans l’indépendance : Voltaire se fit une fortune indépendante ; il ajoutait à ses talents celui de faire d’heureuses spéculations. Il avait hérité un peu plus de 4,000 livres de rente de son père : une édition de la Ilenriade, publiée à Londres et dédiée à la reine Caroline (le jeune Louis XV en avait repoussé la dédicace), augmenta sensiblement cette fortune. A son retour, il gagna des lots assez considérables sur une loterie; fit des opérations avantageuses dans le haut commerce, grâce à la connaissance des banquiers Pâris ; devint très-riche, et, malgré ses pertes et ses libéralités, malgré la banqueroute de Terray, il possédait, à la fin do sa vie, à titre viager ou perpétuel, 160,000 livres de rente. On l’a accusé injustement de cupidité ; il avait de l'ordre, et l’on a pris pour de l’avarice quelques manies parcimonieuses.

Durant cette période de sa vie, période anglaise en quelque sorte, tous ses ouvrages attestent l’impression qu’il avait reçue de la littérature et de la société de l’Angleterre. Brulus, 1730, tragédie républicaine, est un souvenir des libertés de ce pays; Eryphile, 1732, jouée sans succès était une réminiscence affaiblie d 'Hamlet; Zaïre, 1732, la pièce enchanteresse , suivant Rousseau , mérita d’être comparée à Othello, qui en a fourni la première idée. Ici Voltaire ajoutait à ses nouveautés dramatiques, déjà connues, une vivacité heureuse, la grâce alliée au pathétique, un entraînement tout particulier à sa mobile imagination. C’est là sa véritable originalité. Zaïre est son chef-d’œuvre : son épisode chrétien, quoiqu’il en ait plaisanté, les souvenirs de la Croisade, d’anciens noms glorieux de France, contribuèrent au succès prodigieux de cette pièce. La Mort de César, autre souvenir de Shakspeare, jouée d’abord dans un collège, 1733, était encore une tragédie républicaine. Dans Adélaïde Du Guesclin, 1734, les noms français furent moins heureux que dans Zaïre : la pièce tomba. Presque toutes les tentatives de Voltaire pour introduire une nouveauté sur le théâtre rencontrèrent des obstacles dans les habitudes du public. Adélaïde Du Guesclin, changée et gâtée, réussit, en 1752, sous le titre de Duc de Foix ; le public s’étant enfin plié à des habitudes nouvelles, elle reprit son ancienne forme avec succès en 1765. Dans une sorte de poëme critique, moitié prose et moitié vers, le Temple du Goût, 1733, Voltaire avait appelé toutes les réputations littéraires, même les mieux établies, au tribunal de son goût et souvent de ses satires : il suscita contre lui une véritable tempête ; mais l’attention du public se concentrait sur lui de plus en plus, et le jeune Voltaire contrebalançait l’Académie et la cour. En même temps , il écrivait V Histoire de Charles XII, roi de Suède, 1730, à l’aide de notes prises en Angleterre, et donnait sur ce prince, trop généreusement surnommé par lui l’Alexandre du Nord, un modèle de narration élégante et rapide. Cet ouvrage était imprimé secrètement à Rouen, ainsi qu’un autre ouvrage, beaucoup plus hardi, les Lettres philosophiques, où, sous le prétexte de faire connaître l’Angleterre à la France, l’auteur combattait indirectement toutes les idées reçues en philosophie, en politique et en religion, attaquait toutes les opinions du siècle de Louis XIV, le cartésianisme, l’autorité du clergé, le pouvoir absolu ; une première atteinte contre Pascal annonçait l’ennemi de la révélation. Ces Lettres ne parurent que par l’infidélité d’un libraire, et l’auteur ne put se dérober à l’exil que par la fuite, 1735. Elles furent brûlées par la main du bourreau. Cette justice qui sévissait contre un livre et en augmentait le succès, prouva d’abord à Voltaire qu’il pouvait compte! sur la faiblesse d’un gouvernement indécis, et commença la liste de ses griefs contre les parlements. Le Pour et h Contre, ou Epitre à Uranie, courte dissertation en vers sur la divinité de Jésus - Christ, où le contre est beaucoup mieux présenté que le pour, fut publié encore malgré l’auteur, qui voulait sans doute choisir son temps, et lui causa des alarmes plus sérieuse? ; il s’en tira par un procédé qui lui devint plus tard trop familier : il nia cet ouvrage, et l’attribua à

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Chaulieu, qui était mort. Sous un gouvernement fort, les mensonges de Voltaire eussent été la ressource à peine excusable d’un auteur persécuté ; en présence d’un gouvernement faible, le mensonge paraissait une feinte convenue entre l’auteur et des ministres qui ne demandaient que le moyen de pouvoir l’épargner. Cependant il faut observer que Voltaire mentait si hardiment, si souvent, avec tant de chaleur et d’indignation apparente, toutes les fois qu’il y était intéressé , que , dans une foule de cas, il semblait que la vérité était de son côté. La période de cinq ou six ans qui succéda au séjour de Voltaire en Angleterre fut celle des escarmouches de l’écrivain contre l’autorité ; il vivait partagé entre la hardiesse, qui l’entraînait trop loin, et l’inquiétude, qui le rendait ensuite malheureux.

C’est alors que Mme Du Chastelet lui offrit une retraite paisible à Cirey , en Champagne , pas trop loin de Paris pour y entretenir son succès , et assez près de la frontière pour se soustraire aux poursuites. Ce séjour de Cirey suspendit quelque temps les agitations et les voyages précipités de Voltan-e, nature mobile et inquiète. 11 est marqué pardes études plus suivies, et parun système d’attaques plus prudentes et plus dissimulées. Mrae Du Chastelet exerça une action réelle sur Voltaire. La nature coupable de cette liaison ne peut être cachée ; mais elle ne choquait pas les mœurs publiques d’alors. Grâce à l’inlluence de Mme Du Chastelet, Voltaire, sans cesser de tenir la tête dans le mouvement sceptique des esprits, consulta davantage les bienséances, et cette époque ne fut pas celle des grandes témérités ; ce fut en quelque sorte la période vraiment philosophique de la carrière de Voltaire. Il donna les Eléments de la philosophie de Newton , 1738 - 1741 , qui rencontrèrent quelque obstacle dans les opinions cartésiennes du chancelier d’Aguesseau. Voltaire concourut avec Mme Du Chastelet , la Muse de la géométrie , pour un prix de physique sur la nature du feu, prix qui fut décerné par l’Académie des Sciences à Euler. Voltaire tenait pour Newton, j\[me p)u Chastelet pour Leibniz, et ce fut un spectacle assez curieux de voir ces deux personnages si célèbres par leur liaison lutter l’un contre l’autre dans un Mémoire sur les forces. L’Académie jugea leurs travaux dignes d’être insérés dans ses Mémoires.

Voltaire avait l’ambition de l’universalité ; mais il avait surtout celle du succès , et il s’aperçut, par son propre bon sens, et par les conseils du physicien Clairault, que son succès véritable n’était pas là. Il revint aux lettres avec une nouvelle ardeur. On peut rapporter à cette époque de sa vie : ia petite épitre le Mondain, 1736, apologie Uèsspirituelle du luxe , mais fort peu respectueuse envers nos premiers parents; la tragédie d ’Alzire, 1736, esquisse timide pour nous , mais hardie pour le temps , des mœurs américaines, et peinture intéressante de l’amour dans un état voisin de la nature : c’est la tragédie chrétienne de Voltaire, autant que Voltaire pouvait en faire une ; l 'Enfant prodigue, 1738, comédie en vers de 10 syllabes, où l’esprit de l’auteur, comme dans les autres, se montre trop pour être comique, et qui rachète par des scènes touchantes le défaut capital de n’être pas une vraie comédie ; Z a lime, 1740, tragédie romanesque, sujet mal conçu, où l’auteur, qui ne sut jamais dessiner des caractères de femmes, ne pouvait compter que sur un personnage féminin. Le Fanatisme ou Mahomet , joué à Lille en 1741 , est sa meilleure tragédie de cette époque ; on y trouve la même vivacité dramatique que dans Zaïre et Alzire, plus de force encore dans le pathétique, et plus d’entraînement, mais aussi moins de naturel et de vérité , surtout dans le caractère de Mahomet, imposteur et grand homme, politique sans entrailles et amoureux. Un certain air d’impiété répandu sur le rôle de Mahomet avait obligé l’auteur de retirer sa pièce du théâtre : il la dédia, en 1745, au pape Benoît XIV, qui eut l’esprit d’accepter la dédicace sans compromettre son caractère. C’est encore dans cette période que Voltaire donna une suite de 7 Discours, en vers, sur l'homme, imités de Pope, 'plus agréables peutêtre, mais plus légers, moins solides et moins concis. En même temps il préparait deux de ses principales œuvres historiques, le Siècle de Louis XIV et V Essai sur les mœurs et l’esprit des nations. Cette époque est la plus honorable de la carrière de Voltaire; son succès n’est plus contesté, si ce n’est par des ennemis comme Desfontaiues , dont il a le tort de triompher trop cruellement dans des libelles vio- ■> lents, tels que le Préservatif , 1738, publié sous le nom d’une de ses créatures. Son ascendant commence à s’étendre même à l’étranger; il est depuis 1736 en correspondance avec le prince royal de Prusse, qui le charge de publier YAnlimachiavel, monument curieux d’un prince

qui , à l’école d’un philosophe , prenait des engagements qu’il oublia en montant sur le trône. En effet, le jour même où il devint Frédéric II, commençant à trouver sans doute que Machiavel avait du bon, il ordonna à Voltaire, qu’il avait vu à Clèves, 1740, d’arrêter la publication.

Le séjour de Paris manquait toujours à Voltaire, qui ne pouvait se passer d’applaudissements. A la mort du cardinal de Fleury, adversaire mitigé , mais défiant, Voltaire tourna de nouveau ses regards vers la capitale, 1743. C’est l’époque de sa réconciliation avec le pouvoir. Il revint à la cour, où il avait un ennemi , le ministre Maurepas , jaloux de son esprit et de ses succès de salon, et un ami peu constant, le duc de Richelieu , qui joignait à une gloire militaire incontestable beaucoup de corruption et de légèreté. Voltaire fut chargé d’une négociation en Prusse, et rendit quelques services en Hollande. Il fut employé par le ministre d’Argenson, qui l’aimait, mais qui perdit bientôt son portefeuille. Le succès populaire de la tragédie de Mérope , 1743, l’un de ses meilleurs ouvrages, marqua ce moment passager de faveur, où Voltaire réussit à plaire également au public et à la cour. Cette tragédie , sans amour, et cependant si touchante, grâce à la vive peinture de l’amour maternel, fut au poète l’occasion d’un vrai triomphe. Le public voulut voir l’auteur, premier exemple d'un honneur qui a été prodigué depuis; Voltaire fut amené dans une loge où étaient la maréchale de Villars et sa belle-fille; le parterre voulut que celle-ci embrassât le poète, et l’ordre du parterre fut exécuté. Cependant l’Académie Française ne se rendait pas encore, et Boyer, ancien évêque de Mirepoix, fit préférer la candidature d’un évêque à celle de l’auteur de Mérope. Cette résistance fut une faute : Voltaire, deux fois repoussé, entra enfin victorieusement, en 1746, et quand l’Académie n’avait plus qu’à passer sous son joug. Voltaire, redevenu poète courtisan, fut nommé, grâce à Mme de Pompadour, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et historiographe de France. A cette époque et à cette situation appartiennent : le Poème de Fonlenoy, vraie gazette rimée, versifiée au fur et à mesure que l’on recevait des courriers de la bataille , et où les hémistiches étaient des grains d’encens partagés entre tous les grands noms qui voulaient avoir une place dans le poème après avoir pris part au combat; la Princesse de Navarre, 1745, comédie -ballet, amusement de circonstance; le Temple de la Gloire, Samson, Pandore, opéras très-faibles, et quelques autres ouvrages dans ce genre où il admirait beaucoup Quiuault , sans avoir jamais pu l’imiter.

Cette faveur de Voltaire ne devait pas durer; il ne voulait pas descendre au rôle de poète de cour, et sa familiarité de grand seigneur ou de philosophe déplaisait à Louis XV. “ Trajan est-il content? » demandait-il au roi après la représentation du Temple de la Gloire. Le roi ne répondit pas. D’autre part, Mme de Pompadour aimait mieux la modestie soumise, et peut-être servile, de Crébillon , que l’indiscrétion de cet homme de lettres qui ne pou vait cacher ses prétentions. De là des préférences choquantes, qui avertissaient Voltaire que sa place n’était pas à la cour. La faute du gouvernement était toujours de ne savoir ni se faire craindre, ni accepter franchement le rôle nouveau que l’opinion publique donnait aux lettres. Vol taire quitta la cour. Entré enfin à l’Académie F rançaise en 1746 , il y trouvait un appui nouveau , et en otait un à ses ennemis. Il passa dans une autre cour, seulement plus petite , celle de Sceaux , chez la duchesse du Maine. Là , il entreprit de refaire , en quelque sorte , les tragédies de Crébillon. Sémiramis, 1748, tragédie d’abord repoussée par une cabale , fut sou premier défi au vieux poète , et une occasion de refaire avec succès sa pièce d 'Eryphile, c’est-à-dire le drame de la vengeance (l’un père par un fils sur la personne de sa mère. C’était encore le sujet d'Uamlet, avec la scène du spectre, qui réussit cette fois. Nanine, ou le Préjugé vaincu, 1749, comédie en 3 actes, d’abord froidement accueillie, dut son succès à quelques scènes touchantes et gracieuses. Dans Or este , Voltaire refit Y Electre de Crébillon , et la victoire un moment incertaine se décida pour lui; il criait au parterre : “ Cou- , rage, Athéniens! c’est du Sophocle ! » 11 refit le Triumvirat de Crébillon, sans changer le titre; le Catilina, pièce as^ex ridicule de son rival, devint sa Rome sauvée , 1752 , qui eut peu de succès. Atrèe et Thyeste donna plus tard naissance à la malheureuse tragédie des Pélopides. Voltaire n'épargna qu 'Idoménée, Xeriès , et Pyrrhus , parce qu’ils ne valaient pas la peine d’être pris, et Rhadamiste , parce qu'il était périlleux de le prendre. Il se partageait alors entre Sceaux et Paris ; il ne devait pas rester longtemps à Cirey , où il était retourne. Mme Du Chastelet mourut en 1749. 11 la

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pleura; mais ce n’étaient que les larmes de l’amitié. De retour à Paris, il se consola en travaillant. 11 avait un petit théâtre, où il joua lui-même plusieurs fois le rôle de Cicé- TOn, dans sa Rome sauvée. C’est à cette occasion qu’il connut Lekain , qui devint son acteur chéri et son ami.

.Voltaire, revenu depuis six ou sept ans à sa mobilité première, fatigué de cette agitation, et ne pouvant se fixer dans la capitale en présence d’un gouvernement craintif, d’un parlement défiant, et d’un clergé justement hostile , accepta les offres du roi de Prusse, en 1750, et partit pour Berlin. On peut appeler cette époque la période allemande de sa carrière. Elle ajouta encore à sa célébrité, mais contribua peu à son bonheur. 11 trouva , il est vrai , dans la cour de Berlin, ce qu’il n’avait pu trouver à Versailles, la situation, inconnue jusque-là , d’un philosophe près d’un roi son ami, qui le traitait d’égal à égal. Frédéric II lui donna à Potsdam un appartement au-dessous du sien , une table , des équipages , la clef de chambellau , la croix du Mérite, 20,000 fr. de pension; pour tout devoir, le soin de revoir les écrits de ce roi, qui était un homme de lettres français sur le trône de Prusse. Les soupers de Voltaire avec Frédéric sont demeurés célèbres : le prince s’v reposait des soins de la royauté avec un ami auquel il laissait une entière liberté. Cette égalité entre un roi et un philosophe était une chimère dont l’expérience leur montra la vanité. Il fallait que Voltaire abdiquât son indépendance, ou Frédéric sa royauté, et ni l’un ni l’autre n’en était capable. Les satires de LaBeaumelle et la jalousie de Maupertuis furent l’occasion de la rupture. Voltaire fit contre Maupertuis la Diatribe du docteur Akakia. Le roi de Prusse voulut bien rire des plaisanteries contre Maupertuis, mais il ne voulut pas que son Académie prussienne fût couverte de ridicule. Il se fit livrer les exemplaires de la Diatribe , et les brûla lui-même dans sa cheminée. Mais Voltaire, renouvelant en Prusse un manège qu’il avait beaucoup pratiqué en France, laissa parvenir un exem plaire en Hollande. La Diatribe renaît de ses cendres , et, cette fois, Frédéric la fait brûler à Berlin de la main du bourreau, sous les yeux de Voltaire qui était placé à la fenêtre d’un ami et s’écriait : « Voilà la philosophie de “ Maupertuis qui s’en va en fumée ! Oh ! quelle fumée noire “ et épaisse ! » Des mots piquants de Frédéric et de Voltaire , colportés de l'un à l’autre, envenimèrent cette blessure. Après bien des hésitations du roi, Voltaire obtint un congé pour aller aux eaux de Plombières : ils se séparèrent pour ne plus se revoir, 1753. Des tracasseries nouvelles, provoquées par la vanité littéraire de Frédéric, ajoutèrent encore aux griefs de Voltaire. Un agent du roi de Prusse , à Francfort, le retint dans cette ville jusqu’à ce qu’il eût rendu un exemplaire des poésies de Frédéric, qu’il avait laissé à Leipzig avec d’autres effets.

Ainsi finissait cette période singulière de la vie du philosophe, durant laquelle les conversations intimes de Frédéric et l’exemple de La Mettrie, de Maupertuis, et de plusieurs autres, avaient poussé à des excès plus grands encore un esprit téméraire, qui comptait parmi ses faiblesses celle de vouloir toujours enchérir sur les hardiesses de ses rivaux. Les mésaventures qui avaient terminé ce rêve de faveur et de puissance , au lieu de le corriger, n’avaient fait que l’irriter. Cependant sa gloire littéraire s’enrichit encore de titres nouveaux : le poème de la Loi naturelle , 1751 , malgré quelques conséquences pernicieuses, et un peu de prosaïsme dont l’auteur ne put jamais se défaire, était digne de sa meilleure époque. Il acheva et publia le Siècle de Louis XIV, ouvrage conçu dès le temps de son séjour chez M. de Caumartin, et qui est son chef-d’œuvre dans cette prose claire et vive , manquant , il est vrai , d’élévation , comme tout ce qui est sorti de sa plume , mais forte, rapide et pure , cette prose enfin qui fait de lui notre dernier maître classique. On a reproché à cet ouvrage les divisions qui séparent l’histoire du gouvernement , des lettres et de la religion , de l’histoire extérieure des guerres et de la diplomatie; mais on ne lui peut ôter le mérite d’une conception originale, qui embrasse dans l’histoire d’un siècle la peinture des mœurs et le mouvement des esprits , aussi bien que le récit des événements politiques. Enfin Voltaire travailla à son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, qui levait précéder le Siècle de Louis XIV, introduction téméraire à un ouvrage qui est un monument de raison. Il faut rapporter à cette époque le projet des Annales de l'Empire , promises à la duchesse de Saxe-Gotha, qui lui avait offert l’hospitalité.

A son retour de Prusse, Voltaire, devenu célèbre dans toute l’Europe, recommença sa vie errante, appelé de tous côtés, ne pouvant se fixer nulle part, et tournant toujours les yeux vers Paris, qui seul ne l’appelait pas. Le gouver-

nement, qui s’était montré jaloux de la préférence accordée par Voltaire au roi de Prusse, crut ne devoir lui faire aucune avance : on ne comprenait pas qu’il était plus dangereux de loin que de prés. Après quatre ou cinq ans d’incertitudes, vivant tour à tour à Colmar, à Lyon, à Genève, à Monteron, sur le territoire de Lausanne, aux Délices, il se fixa à Ferney, 1753, dans le pays de Gex, avec sa nièce , Mme Denis, qu’il aimait tendrement. Son succès était désormais européen : le patriarche de Ferney, comme on l’appelait, était une puissance et une idole. Il y menait une vie toute princière ; on venait eu pèlerinage pour le voir; il était en correspondance avec les souverains, qui croyaient, en le flattant, rendre leurs hommages à l’opinion publique, devenue la reine du monde. Voltaire se fait alors de plus en plus cosmopolite, et son succès, cette pensée constante de sa vie , s’étend sur le monde. C’est alors que les ingrats Français qui le craignent ou le repoussent, deviennent des Velcltes ignorants : il n’y avait de Français que les disciples de Voltaire. D’ailleurs tout ie monde s’efforçait de se tirer de la foule des Velches, et l’on vit le spectacle étrange d’une nation accablée de railleries par un homme de lettres, qu’elle adorait avec d’autant plus de ferveur qu’il semblait la mépriser davantage. Voltaire à Femey, isolé de toute influence sage etcalmante, marcha désormais à front découvert à la destruction du christianisme. Un mouvement, sinon chrétien, au moins religieux, commençait avec J. -J. Rousseau, et tendait à s’emparer des nouvelles générations. Voltaire demeura le représentant de l’impiété, d’abord frivole, puis raisonneuse et dogmatique, de la première moitié du siècle. Le changement apporté dans quelques esprits par Rousseau le jeta de plus en plus dans les exagérations impies. Il fit la guerre à la religion avec acharnement, avec fureur. Habitant sur la frontière, possédant une fortune mobilière placée sur les différentes cours de l’Europe, il pouvait à tout instant se dérober aux poursuites. 11 comptait d’ailleurs sur sa vieillesse, parlait sans cesse de ses infirmités, de sa mort prochaine, et s’assurait ainsi l’impunité, que la faiblesse du gouvernement et la puissance de l’opiidon lui promettaient déjà. Cette époque de verte vieillesse donna naissance à de nombreux ouvrages : l'Orphelin de la Chine, 1755, tragédie romanesque, où la decadence du poète tragique commence à se faire sentir; Tancrède, 1760, tragédie dont le succès rappelait, au style près, celui de Zaïre; Olympie, 1764, où son génie jetait encore quelques lueurs, mais où il faisait la double faute de lutter contre VAlhalit de Racine, et de renouveler, sans s’en apercevoir, l’erreur du vieux Corneille, qui ne sut pas s’arrêter à temps ; les Scythes , 1767, et Sophonisbe, 1774, qui échouèrent au théâtre ; les Guèbres, les Lois de Minos, Don Pèdre, qui ne tentèrent pas l’épreuve, ou n’y furent même pas admis ; enfin Irène, qu’il vit jouer en mourant, 1778, et Agatlwcle, joué après sa mort, et qui fut sa 23e tragédie. Quatre comédies furent l’ouvrage de sa vieillesse: l' Ecossaise, en 5 actes en prose, 1760, où il livra Fréron, son ennemi, aux risées du parterre, sous le voile transparent du rôle de Frelon ; le. Droit du Seigneur, qui est la comédie de Nanine gâtée, et qui n’eut aucun succès; Chariot, et le Dépositaire infidèle, qui parurent sur un théâtre que Voltaire avait construit chez lui à Ferney, et qu’il remplissait d’amis. Il aflecta plus que jamais d’unir la poésie à la philosophie ; de là le poème sur le Désastre de Lisbonne, déclamation contre l’optimisme ; le Précis de l' Ecclésiasle , et le Cantique des Cantiques, qui sont loin de valoir, comme poésie, son Epltre aux Délices, où sont peut-être les plus beaux vers de Voltaire. Il excella jusqu’à la fin dans la poésie légère, mélange de grâce, de satire et d’élégance. Voltaire n’était pas né avec le talent comique, et il le prouva dans un poème de la Guerre civile de Getiève, 1768, où il est tombé jusqu’à la platitude ; mais les satires le Pauvre Diable, le Pusse à Paris, Pégase et le Vieillard, l'Epilre à Horace, celle sur la Calomnie, à Mme du Chastelet, et une quantité de petites pièces faciles et heureuses, font de Voltaire le modèle de ce genre secondaire de poésie. Parmi les ouvrages qui accuseront toujours sa mémoire, il faut citer un long poème où il a profané le sujet si touchant et si héroïque de Jeanne d’Arc; il y travailla presque toute sa vie, et il en fit l’instrument de ses haines, ^de ses vengeances, de ses jalousies; c’est un mauvais ouvrage, même au point de vue littéraire, et une satire grossière, impie, indigne d’un Français, contre une héroïne dont le nom est étroitement lié au nom même de la France. En 1760, Voltaire entreprit un Commentaire sur le théâtre de P. Corneille, œuvre de goût, mais souvent sévère jusqu’à l’iniquité. 11 en consacra le produit à doter une petite-nièce du grand Corneille, qu’il avait adoptée.

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La première édition que Voltaire donna de ses Œuvres réunies, 1757, contenait Y Essai sur les mœurs. Bossuet dans son Discours sur l'histoire universelle s’arrête à Charlemagne : c’est là que commence l’Essai sur les mœurs, continuation imprévue, et faite dans un esprit bien différent : Bossuet rapportait tous les événements de l'histoire à l’établissement du christianisme; Voltaire rapporte au christianisme tous les maux de l’humanité, racontes avec complaisance. Une pensée philosophique, le progrès, anime cet ouvrage, et empêche seule de le regarder comme un long paradoxe. De belles pages font presque oublier l'injustice, la prévention hostile et calculée dont le livre est rempli. Les Annales de l’Empire, promesse légèrement accordée et plus légèrement exécutée, l'Histoire de Itussie sous Pierre le Grand, flatterie pour deux impératrices qui honoraient le philosophe avec des vues intéressées, V Histoire du Parlement, revanche de Voltaire contre la magis trature, livre qu’il récusa et dont il dit beaucoup de mal ( on crut le mal et on ne fut pas dupe des dénégations) , tous ces ouvrages historiques de sa vieillesse n’étaient pas digues de l’auteur du Siècle de Louis XIV. Les ouvrages les plus populaires du prosateur, dans cette période, sont ses Romans, contes philosophiques, parmi lesquels, malgré des écarts de goût qui vont quelquefois jusqu’au cynisme, il faut distinguer surtout Candide, l'Ingénu, Jeannot et Colin, et la Princesse de Babylone. Zadig et quelques autres contes sont d’une époque précédente. Voltaire a donné le premier exemple de faire pénétrer des doctrines nouvelles, sous cette forme populaire du roman, dans lesclasses ignorantes ou frivoles. On ne saurait énumérer tous ses écrits publiés alors contre le christianisme, tels que la Philosophie de l’histoire, la Bible commentée , l’Examen important. l'Histoire de l'établissement du christianisme ; ni les pamphlets qu’il répandait contre ses ennemis, en particulier contre LetVanc de Pompignan, dont il rendit le zèle inutile, en écrasant sa médiocrité sous un déluge de plaisanteries; ni les morceaux de critique, de philosophie, de littérature, que ses éditeurs ont réunis sous le titre de Dictionnaire philosophique , ou placés dans ses Mélanges. Mais il faut mentionner sa Correspondance, recueil composé de vingt volumes et qui n'est pas encore complet. On y trouve l’homme même, avec ses passions, ses injustices, ses inimitiés, ses impiétés poussées jusqu’à la rage, ses accès de jalousie, ses mensonges, mais aussi sa générosité, son courage, son humanité. On y trouve encore l’écrivain avec son caractère le plus saillant , la facilité heureuse et la verve inépuisable.

Voltaire n’avait pas seulement la passion du succès; il eut celle de l’humanité. L’époque de Ferney, qui fut celle de sa puissance et de ses excès, fut aussi celle des services rendus au bien public. Son éloquence et ses efforts firent réhabiliter la malheureuse famille Calas , dont le chef innocent avait été condamné au supplice de la roue par un tribunal cédant au fanatisme de la population. Il ne put sauver le malheureux chevalier La Barre, qui avait renversé avec outrage une croix dans Abbeville ; mais il réveilla le sentiment de l’humanité étouffé par un zèle aveugle, et protégea le jeune d’Etallonde, complice de La Barre. Il déroba au supplice la veuve de Montbailli, dont le mari était un exemple fatal de la précipitation de la justice humaine. Il s’indigna de la condamnation du célèbre et malheureux comte de Lally, sans obtenir pour cette atrocité judiciaire une réparation, que Louis XVI seul devait accorder. En sollicitant l’affranchissement des serfs du mont Jura, il eut la gloire de provoquer un édit célèbre de ce même monarque. Dans ces différentes occasions, Voltaire continuait sa lutte contre les parlements; mais quand on fait le bien, qu’importe l’occasion?

Cette générosité seyait bien à la puissance. Voltaire n’était pas seulement une puissance ; il avait un parti, les encyclopédistes, qui le reconnaissaient pour chef. Tous les jours, le nombre s’en augmentait; ils étaient partout, même dans les conseils du roi. Exemple d’un succès inouï, Voltaire jouissait alors de sa victoire ; il semblait triompher du gouvernement éclipsé , des parlements tombés dans le discrédit, et surtout du christianisme, dont il s’était fait l'ennemi acharné. Cet ascendant extraordinaire éclata dans le dernier voyage de Voltaire à Paris. Mme Denis, qui s’ennuyait à Ferney, partit avec lui et certains amis , le 6 février 1778 ; Voltaire arriva à Paris le 10, et logea sur le quai qui porte auj. son nom, chez le marquis de Villette. 11 reçut les députations de l’Académie, du théâtre, un grand nombre de seigneurs et de femmes les plus distinguées. On exploite son succès, on le montre, on lui fait passer en revue tout Paris ; à ces fatigues inaccoutuméess’ajoutent les répétitions A' Irène. Il est pris d’une hémorrhagie très-alarmante, et demande les sacrements

de l’Eglise. Déjà il avait plusieurs fois communié à Ferney, par politique et avec affectation. Il se rétablit. Il se remet au travail avec une fougue incroyable , et abuse du café pour soutenir ses forces, puis de l’opium pour se procurer du repos. On lui persuade qu 'Irène a réussi; il assiste à la 6e représentation. Cette soirée fut un triomphe qui épuisa ses forces. On couronna son buste sur la scène; on le porta lui-même jusqu’à sa voiture ; on l’accompagna chez lui, aux cris des vivats. « Vous voulez m’étouffer sous des roses », s’écria le vieillard. Il disait vrai. L’opium le jeta dans un état de léthargie qui annonça sa mort prochaine. Cette fois, il fut ou plus endurci ou plus sincère ; le curé de Sl-Sulpice, qui était venu lui offrir son ministère, le sommant de déclarer s’il reconnaissait la divinité de Jésus-Christ, il parait constant qu’il répondit: » Laissez-moi mourir en paix. » Voltaire expira après avoir prononcé ces mots. Comme il était mort dans l’impénitenee finale, on lui refusa la sépulture catholique à Paris; son corps fut transporté et enseveli à l’abbaye de Scelhères, qui appartenait à son neveu, l’abbé Mignot. De là, par suite d’un décret de l’Assemblée nationale, du 8 mai 1791, il fut rapporté en triomphe au Panthéon de Paris.

Nous avons apprécié Voltaire comme homme et comme écrivain; nous ajouterons que son influence sur le dixhuitième siècle fut presque illimitée. Sans rivaux en litté • rature, il jouit d’un pouvoir en quelque sorte absolu sur les opinions philosophiques de ses contemporains : c’est à peine si les doctrines plus religieuses, plus morales et plus humaines de J. -J. Rousseau firent quelque contrepoids à cette excessive puissance. Quant à son influence actuelle, elle nous paraît bien jugée dans les paroles suivantes de M. de Narbonne, rapportées par M. Viilemain: » La France aime l'esprit de Voltaire, qui est le maximum du sien : cela est incontestable ; mais elle n’a plus les opinions de V oltaire : la Révolution l’en a corrigée. »

Les livres écrits sur Voltaire, depuis sa mort jusqu’à nos jours, pourraient former toute une bibliothèque. Dans la liste nombreuse des éditions de ses OEuvres , les plus importantes sont : celle de Kehl, 1785-89, avec notes de Condorcet, Decroix et Beaumarchais; celle qui fut publiée à Paris, 1798-1800, avec notes de Palissot; celles de Desoër, Paris, 1817-19, 13 vol. gr. in-8°, avec Tables par Miger; de Lefèvre et Déterville, 1817-20, 42 vol. in-8°; de Perroneau, 1820-21, avec notes de Beuchot, et L. Dubois; de Lequien, 1822-26, 70 vol. in-8»; de Dupont, 1825-27, 70 vol. in-8°; de Dalibon, 1824 et suiv., 75 vol. in-S“ ; de J. Didot, 1827-29, 4 vol. in-8° ; enfin la meilleure est celle de Beuchot, 1829-34, 70 vol. in-8°, avec Table analytique en 2 vol. in-8“. M. de Cayrol a publié des Lettres inédites, Paris, 1856, 2 vol. in-8°. Condorcet a écrit la Vie de Voltaire. V. aussi Mazure, Vie de Voltaire, 1821 ; Longchamp et Waguière, Mémoires sur Voltaire et sur ses ouvrages , Paris, 1826, 2 vol. in-8°; l’abbé May nard, Foliaire, sa vie et ses œuvres, Paris, 1867, 2 vol. iu-80. L. E.

VOLTERRA, anc. Volaterrœ, v. forte de Toscane, à 57 kil. S.-E. de Pise ; 13,090 hab. Evêché. Tribunal de lre instance. On remarque les restes de murailles cyclopéennes, d’un amphithéâtre et de thermes romains, un musée d'antiquités étrusques, la cathédrale, et plusieurs églises renfermant de belles peintures. Aux environs se trouvent de riches salines, des carrières de marbre et d’albâtre, dont les habitants fabriquent de petits objets bien travaillés, et les fameux lagons qui fournissent à l’Europe presque tout le borax qu’elle emploie. Patrie de Maffei, et du peintre Ricciarelli, dit Daniel de Volterre ou le Volterran. — La s.-préf. de Volterra compte 55,830 hab.

VOLTERRAN (Daniel Ricciarelli, dit le), ou Daniel de Volterre, sculpteur et peintre célèbre, né à Volterra en 1509, m. en 1566, fut élève de Balthazar Peruzzi, se rendit de bonne heure à Rome, où il reçut les conseils de Michel-Ange, et devint le collaborateur de Perino del Vaga pour quelques ouvrages. Hélène Orsini lui commanda une Déposition de croix, auj. à la Trinitédes-Monts, à Rome, et qui fut si bien réussie, que le Poussin la mettait au nombre des chefs-d’œuvre de la peinture. Marguerite d’Autriche lui fit exécuter, dans le palais Médicis à Navone, les Hauts faits de Charles -Quint. Il fut chargé par le pape Paul III des travaux de la salle des Rois dans le palais du Vatican; mais il les abandonna, afin d’exécuter en bronze une statue équestre de Henri II, roi de France, que lui avait demandée Catherine de Médicis ; il ne fit cependant que le cheval, employé pour la statue de Louis XIII, érigée en 1639 sur la place Royale à Paris, et renversée eu 1792. Le musée du Louvre possède du Volterran un David tuant Goliath , peint sur les deux faces d’une ardoise.

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