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cides. On a de lui : Rapport fait au nom de la Commission chargée de l’examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, an ni (1795), 2 vol. in-8° ; Ma Calilinaire, ou suite de mon Rapport du lti nivôse, etc., an ni; Rapport fait au nom des Comités de salut public et de sûreté générale sur les événements du 9 thermidor, an iv (1795), in-8°. B.
COUhtois ( Bernard |, chimiste, né à Dijon en 1777, m. en 1838, entra dans le laboratoire de Fourcroy à l’École polytechnique, et, appelé aux années par la réquisition de 1799, servit quelque temps dans les hôpitaux militaires. Puis il reprit ses travaux de laboratoire sous Thénard et Séguin; il eut part, avec ce dernier, à la découverte de l’alcaloïde de l’opium. En 1804, il établit une nitrière artificielle, où il obtenait le nitrate de soude en décomposant le nitrate de chaux par les soudes de varech, et, en 1812, découvrit un corps nouveau que Gay- Lussac appela iode. Ruiné par les événements de 1815, il lutta longtemps contre l’infortune; ce fut seulement en 1831 que l’Académie des Sciences lui décerna un prix de 6,000 fr. V. Cap, Eludes biographiques pour servir à l'histoire des sciences, Paris, 1857, in-18.
COUSIN (Victorl. Le 14 janvier 1867 est mort à Cannes un des plus grands écrivains et des plus grands philosophes du xixe siècle, Victor Cousin. Il est mort, comme il avait désiré mourir, tout entier à la fois, dans toute la force, dans tout l’éclat de sa raison et de son esprit. Quelques jours plus tard, à Paris, dans l'église Sl-Ltienne du Mont, avaient lieu ses funérailles qui rappelèrent celles de Descartes, deux siècles auparavant, dans cetle même église, par le concours immense d’amis, d’admirateurs, de disciples de toutes les classes de la société, des corps savants, de l’Université, du monde et des écoles.
Né à Paris le 28 novembre 1792, de parents modestes et pauvres, son intelligence précoce le fit remarquer de M. Lepitre, qui le reçut gratuitement dans sa pension. Après de brillantes études au lycée Charlemagne, il entra, en 1810, à l’Ecole normale qui venait d'être organisée. Au bout de deux ans, il y était maître, chargé de la littérature française, puis de la philosophie, aussi jeune que ses élèves qu’il fascinait en quelque sorte par la supériorité de son esprit, par la fécondité et l'originalité des vues, par l’éclat de l’imagination et du langage. 11 avait déjà ce don merveilleux, qu'il eut toute sa vie, d’enflammer tous ceux qui l’apprpchaient de l’amour de l’étude, de la recherche et des travaux de la pensée.
Bientôt Royer-Collard, enlevé parla politique à la philosophie, lui confia la suppléance de sa chaire à la Sorbonne, où il débuta le 7 décembre 1815. Il continua d’abord, à l’aide de Reid, la lutte commencée par Royer-Collard contre Locke et Condillao. Mais il ne tarda pas à dépasser le maître, fortifié par ses propres méditations, par l’étude de Descartes et de Kant, et par la connaissance de Sclielling- et de Hegel après ce voyage en Allemagne dont il a donné une seconde fois le vif et brillant récit dans la dernière édition de ses Fragments.
On peut voir ce qu’a été cette première période de l’enseignement de Cousin, de 1816 à 1819, dans la lre série de ses Œuvres philosophiques. Toute idée vient de la sensation, rien n’est dans l’entendement qui n’ait son origine dans les sens : tel était le grand principe de la philosophie du xviiic siècle qu’il entreprit de détruire, pour mettre à sa place une philosophie moins étroite et moins superficielle, plus en accord avec l’exacte analyse des phénomènes de conscience, comme avec la dignité de la nature humaine. Il s’attacha donc à démontrer qu’outre les idées qui viennent de l’expérience, c’est-à-dire des sens et de la réflexion, il y a des idées absolues, des vérités nécessaires qui réclament une autre origine, qui sont le fondement de toute science et en par iculier de la morale et de l’esthétique ; en d’autres termes, du vrai, du bien et du beau.
Le Vrai, le Beau et le Rien : tel est le titredu livre presque populaire où il a résumé admirablement toute cette partie de son enseignement, et où, grâce à une foule d’éditions succe.-sives, il faut rechercher sous leur dernière forme les points fondamentaux de sa doctrine philosophique. Mais, quelle que fût la pureté de sa doctrine, un pouvoir ombrageux et rétrograde s'émut de cette parole ardente et passionnée qui excitait l’enthousiasme dans une jeunesse d’élite. Le cours de Cousin fut suspendu. L’Ecole normale lui restait encore; mais lorsqu’elle eut été dissoute deux ans plus tard, le 6 novembre 1822, le jeune et éloquent professeur fut réduit au silence et exclu de l’Université.
Ces cinq années, de 1822 à 1827, perdues pour l’enseignement, ne le furent paspour les travaux philosophiques.
C’est alors que parurent les six volumes A’OEuvres inédites de Proclus, l’édition complète des OEuvres de Descartes, les quatre premiers volumes de la Traduction de Platon, et la première édition des Fragments philosophiques. Ce fut aussi l'époque de ce second voyage en Allemagne où, arrêté à Dresde comme suspect de carbonarisme, sur de misérables rapports de police, il subit à Berlin une captivité de six mois qui augmenta singulièrement sa popularité en France, eu même temps qu’elle lui permit de faire plus ample connaissance avec la philosophie allemande. Cependant le ministère Villèle, tombé en 1827, avait été remplacé par le ministère libéral de Martignae, dont un des premiers actes fut de rappeler dans leurs chaires les professeurs qui en avaient été bannis depuis cinq ans, MM. Cousin, Guizot et Villcmain. Quels applaudissements accueillirent le philosophe illustre, trop longtemps écarté et suspect, quand il reparut dans sa chaire de la Sorbonne, au retour, comme il le dit dans sa première leçon, des espérances constitutionnelles de la France ! Il sut s’élever et se maintenir à la hauteur de ce qu’attendait de lui cette foule enthousiaste, avide d'idées nouvelles et de grandes doctrines. Quelles leçons brillantes, quelles vues originales, profondes ou ingénieuses sur l’histoire et les développements de l’humanité, sur la guerre et sur les grands hommes, sur la philosophie de l’histoire, sur l’optimisme historique qui, en dépit de toutes les déclamations, n’est après tout que la loi même du progrès ! N’est-il pas étrange qu’aveuglés par l’esprit de parti, ceux-là mêmes aient le plus reproché à Cousin d’avoir enseigné qu’en définitive la victoire appartient au meilleur, qui se donnaient comme les apôtres de cette loi du progrès?
Quand on songe où en était encore l’histoire de la philosophie en France en 1828, on ne saurait trop admirer cette esquisse à grands traits d’une Histoire générale de la philosophie, depuis l’Inde jusqu’au xvme siècle, préambule magnifique, et un peu disproportionné, à la critique du système de Locke qui devait être l’objet du cours. Avec quelle facilité viennent se ranger tous les systèmes de chaque grande époque, de l’Inde comme de la Grèce, de la Grèce comme du moyen âge ou du xvme siècle, dans le cadre qu’il a hardiment tracé, et comme il se retrouve sans peine dans tout ce dédale de doctrines, grâce au fil conducteur que lui a donné l’analyse des éléments divers et des grandes tendances de l’âme humaine ! On lui a reproché, il est vrai, d’assujettir la philosophie à tourner sur elle-même dans un cercle fatal de corsi et dû ricorsi, toujours condamnée à repasser par la même série des mêmes erreurs. Mais nous croyons que, sans aucun fatalisme et sans nier en rien le progrès philosophique, on peut admettre avec Cousin qu’à toutes les époques de l’histoire de la philosophie reparaissent des systèmes qui reflètent plus ou moins les grandes tendances de l’esprit humain, l’idéalisme, l’empirisme, et même le mysticisme et le scepticisme.
Mais, quelle que soit la valeur du cadre lui-même et de la classification, l’exposition et la critique des systèmes n’en sont pas moins remarquables par la fidélité et la justesse, par la sagacité des interprétations, par une sorte d’intuition qui lui faisait en quelque sorte pressentir ce que plus tard les recherches des autres, ou les siennes propres, devaient confirmer. Ce qu’il y avait surtout de nouveau et d’excellent dans cette revue critique, c’est cette équité, cet esprit vraiment éclectique avec lequel il faisait la part du bien et du mal dans chaque système, et qui devait, grâce à lui, passer de l'histoire de la philosophie dans toute la critique du xixe siècle, et la distinguer si profondément de celle du xvmc. Cousin a pu à bon droit se vanter d’avoir jeté en France les fondements de l’étude vraiment philosophique de l’histoire de la philosophie. Enfin, après cette introduction générale, il arrivait à Locke, qu’il soumettait à une critique nouvelle plus détaillée et plus approfondie, dans une série de leçons qui demeureront un modèle de discussion et d'esprit philosophique. Ces leçons furent les dernières que fit Cousin à la Sorbonne. La révolution de Juillet vint en effet interrompre le succès toujours croissant de son enseignement, pour lui ouvrir la voie de l’administration et de la politique.
Avant de le suivre dans cette nouvelle période il est bon d’apprécier rapidement sa doctrine philosophique, qu’on peut considérer comme définitivement constituée à partir de 1830.
Le nom généralement donné à la philosophie de Cousin, et que d’abord il a choisi lui-même, est celui d éclectisme. De là beaucoup d’objections et de critiques, dont la plupart portaient à faux. L’éclectisme en effet, nom fort inexact, ne signifie pas un système, mais plutôt uue méthode.
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