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RACHEL (Êlisabeth-Rachel Félix, connue sous le nom de Mlle), tragédienne, née en 1821 au vge de Munf, canton d’Argovie (Suisse), d’une pauvre famille de colporteurs israélites, m. en 1858. Elle n’avait guère que 10 ans quand ses parents se rendirent à Lyon pour y exercer leur industrie avec leurs enfants. Elle et sa sœur Sarah allaient vendre des oranges et chanter dans les rues et dans les cafés. La famille vint à Paris en 1831, et Rachel fut présentée à Choron , qui l’admit dans son école de chant, mais bientôt lui conseilla de se vouer à la tragédie, et la fit entrer chez Saint-Aulaire, ancien comédien du Théâtre-Français, qui tenait une école de déclamation. Rachel, admise au Conservatoire en 1833, débuta au théâtre du Gymnase en 1837, dans un vaudeville intitulé la Vendéenne. Son succès ayant été des plus médiocres, elle prit des leçons de Samson, sociétaire de la Comédie-Française. En 1838, elle fit son premier début au Théâtre-Français, et joua Camille dans Y Horace de Corneille : ses ' rares qualités frappèrent les spectateurs, et elle devint à la mode; on l’appelait dans les salons du faubourg Sl-Germain pour l’entendre réciter quelques belles scènes tragiques, et les plus nobles personnages, Chateaubriand entre autres, lui donnaient la réplique. Rachel obtint ses plus beaux triomphes dans les tragédies de Corneille et de Racine: Emilie de Cinna, Pauline de Polyeucte, Hermione d’ Andromaque , Roxane de Bajazet, Phèdre, furent ses principaux rôles de prédilection. Elle joua aussi, dans le répertoire moderne, le drame et quelquefois la comédie, Adrienne Lecouvreur de Scribe et Legouvé, Horace et Lydie de Ponsard, J/11' de Belle-Isle d’Alexandre Dumas, etc. Elle alla jouer en Russie, 1853, où on la paya magnifiquement, et en 1855 entreprit, dans les divers Etats de l’Union américaine, une campagne dramatique pendant laquelle elle ruina sa santé, que l'air de la Provence ne put rétablir. — Rachel paraît être la plus grande tragédienne que la France ait eue; sans éducation première, elle se fit à peu près seule, et joignait, avec un art ou un instinct merveilleux, l’idéal au vrai. Le caractère de son talent était la sobriété et la profondeur; elle obtenait les plus grands effets avec les moyens les plus simples; sa diction, son jeu de physionomie, son geste, sa démarche, étaient admirables. Elle réussissait surtout dans l’expression de la haine et de la jalousie; aussi Hermione, Phèdre, Emilie, Roxane étaient de ses plus beaux rôles. C. D — t.
RACZYNSKI (Edouard, comte de), savant polonais, né à Posen en 1786, m. en 1845, reçut une brillante éducation, entra, en 1807, dans la légion polonaise formée par Napoléon Ier, et , après les événements de 1814, fit un long voyage en Turquie et dans l’Asie Mineure. 11 forma une riche bibliothèque, qu’il a laissée à sa ville natale. Outre une collection en 21 vol. des meilleurs ouvrages écrits en polonais, il a publié : Vmjage pittoresque dans quelques provinces de l'Empire ottoman, Berlin, 1825; Histoire du règne de Jean-Casimir , Posen, 1829; le Médailler de Pologne, ibièl . , 1841-45, 4 vol. in-8° ; Codex diplomaticus Lithuaniæ, Breslau, 1845, in-4°; Codex diplomaticus majoris Poloniæ, Posen, 1840, etc. — Son frère, Athanase Raczynski,néen 1788, aété ambassadeur de Prusse à Copenhague, à Lisbonne et à Madrid, et est auteur des ouvrages suivants : Histoire de l'art moderne en Allemagne , Paris, 1836-42, 3 vol. in-8” ; les Arts en Portugal, ibid . , 1846, in-8°.
RADETZIvY ( Jean-Joseph-Wenzel-Antoine-François- Charles, comte de Radetz-j, général autrichien, né en
1766 à Trzebnitz (Bohême), m. en (1858, entra en 1784, en qualité de cadet, dans un régiment de cavalerie hongroise, fit la guerre des Turcs en 1788-89, servit dans les Pays-Bas et sur les bords du Rhin de 1792 à 1795, et, envoyé en Italie comme capitaine et aide de camp de Beaulieu en 1796, mérita le grade de major, et le poste de commandant du corps des pionniers. Aide de camp de Mêlas en 1800, il se distingua à la bataille de Marengo et fut nommé lieutenant-colonel; puis, placé comme colonel à la tête des cuirassiers de l’archiduc Albert, il prit part à la bataille de Hohenlinden. Pendant la guerre de 1805, promu au grade de major-général, il servit dans le corps de Davidovitsch. En 1809, il se signala à la bataille de Wagraro, et en fut récompensé par le grade de feldmaréchal-lieutenant. Bientôt chef de l’état-major général, il contribua puissamment à la réorganisation de l’armée autrichienne. En 1813, il assista aux batailles de Kulm et de Leipzig, et, durant la campagne de France en 1814, au combat de La Rothière. Après la paix de Vienne, il fut général divisionnaire à (Edenburg, puis à Ofen, et commanda la place d’Olmiitz de 1821 à 1831. Nommé général en chef des troupes autrichiennes en Italie, il fut élevé au rang de feld-maréchal en 1836. Lorsque éclata la Révolution italienne de 1848, il évacua Milan pour n’être pas coupé de ses communications par l’insurrection de la Lombardie et de Venise, et se replia dans le quadrilatère marqué par les villes fortes de Peschiera, Mantoue, Legnano et Vérone, où il se tint sur la défensive. Renforcé par l’armée que lui amena Nugent, il attaqua et vainquit les Toscans à Curtatone ; battu à Goito par Charles- Albert, roi de Sardaigne, il prit une éclatante revanche à Custozza, et put rentrer dans Milan. L’année suivante, après un armistice que le roi rompit le premier, Radetzky envahit le Piémont, et ruina la cause italienne à la bataille de Novare. Charles-Albert ayant abdiqué, son fils et successeur Victor-Emmanuel dut accepter la paix qu’on lui dictait. Radetzky, se portant ensuite contre Venise avec son lieutenant Haynau, la réduisit par un long bombardement. Nommé gouverneur général et commandant militaire de tout le royaume Lombard- Vénitien, il conserva ces fonctions jusqu’en 1856, époque où il prit sa retraite. On a de lui : Sur le but des champs de manœuvres pendant la paix , 1816; Considérations sur la situation militaire de l' Autriche, 1828; Considérations sur les forteresses, 1827. B.
RADOWTfZ (Joseph de), général et homme d’État prussien, né en 1797 à Blankenbourg, m. en 1853, fit, ses études à Paris, puis à l’école militaire que le roi Jérôme Bonaparte avait fondée à Cassel, et entra en 1813, en qualité de sous-lieutenant, dans l’artillerie westphalienne. Après la dissolution du royaume de Westplialie, il passa au service de l’électeur de Hesse, et fit la campagne de 1814 contre la France. Au rétablissement de la paix, il professa les mathématiques à l’école de Cadets de Cassel, et entra capitaine, en 1823, dans l’étatmajor de l’armée prussienne. Major en 1828, chef de l’étatmajor général de l’artillerie en 1829, lieutenant-colonel en 1838, colonel en 1840, ministre près les cours de Wurtemberg, de Darmstadt et de Nassau en 1842, généralmajor en 1845, il se mit à la tète du parti contre-révolutionnaire , et exerça une grande influence sur le roi Frédéric-Guillaume IV, avec lequel il était uni par la conformité des idées politiques et religieuses. Les lettres patentes du 3 février 1844, par lesquelles le roi accordait à scs sujets une Constitution d'Etats, avaient été in-
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spirées par Radowitz, qui exposa encore ses plans dans des Dialogues d'actualité sur l’État et l’Eglise, 1846. Mais on ne vit que des utopies dans ce livre, écrit d’ailleurs avec un rare talent de style. Quand la Révolution française de 1848 eut son contre- coup à Berlin, Radowitz se démit de tous ses emplois. Élu néanmoins député au Parlement de Francfort,- il y siégea à la droite, prit la défense du principe de l’unité allemande, et demanda qu’on secourût l’Autriche menacée en Italie. Appelé au ministère des affaires étrangères en 1850, au moment où la question de l'hégémonie de l’Allemagne menaçait d’amener la guerre, il combattit avec une extrême énergie les prétentions de l’Autriche. En 1852, il fut nommé inspecteurgénéral des écoles militaires. On a de lui : Manuel des mathématiques pures appliquées, 1827 ; Essai sur la théorie, ou degré de confiance qu'on peut avoir dans les observations et les expériences, 1828 ; Théorie du ricochet, 1835. B.
RAFFENEL (Anne-Jean-Baptiste), voyageur, né à Versailles en 1809, m. en 1858, visita, de 1826 à 1842, les Antilles, le Brésil, les Etats-Unis, Madagascar, Bourbon et les côtes d’Afrique, et fit partie, en 1843, d’une commission chargée d’explorer la Falémé, affluent du Sénégal, ainsi que les pays du Bondou et du Bambouk. Cette exploration, qui résolut la question de jonction des cours supérieurs du Sénégal et de la Gambie, a été retracée dans le Voyage dans l’Afrique occidentale, qu’il publia en 1846. Chargé, cette même année, d’une nouvelle mission, il entreprit de traverser l’Afrique depuis le Sénégal jusqu’au bassin du Nil; il ne put pénétrer que jusqu’aux limites du Siégo, où les Kaartans le retinrent plusieurs mois prisonnier. La relation de ce voyage a été publiée sous le titre de Nouveau Voyage dans le pays des Nègres, 1856, 2 vol. in-8°. Raffenel occupait depuis peu de temps le poste de sous-commissaire de marine à Dinan , lorsqu’en 1855 il fut nommé gouverneur de Sle-Marie de Madagascar, où il mourut. B.
RAFFET (Denis- Auguste-Marie), peintre de genre et dessinateur, né à Paris en 1804, m. en 1860, fut élève de Charlet, puis de Gros en 1827. Il essaya d’abord de la peinture d’histoire, où il réussit médiocrement, vit qu’il faisait fausse route, et se contenta désormais d’être un dessinateur de premier ordre, un peintre au crayon lithographique, et un charmant aquarelliste. On cite parmi ses grands dessins lithographiés la Revue des morts, composition fantastique, sorte de résurrection des morts des armées de Napoléon se pressant devant l’ombre du grand capitaine. Raffet a composé beaucoup de dessins pour plusieurs grandes publications de librairie, telles que les Chansons de Béranger, les œuvres de Walter Scott et de Chateaubriand, l 'Histoire de la Révolution française et l’ Histoire du Consulat et de l'Empire de M. Thiers, le poème de Napoléon en Égypte et les satires de la Némésis de M. Barthélemy, le Voyage en Crimée et dans l’Asie Mineure de M. le comte Anatole Demidoff, etc. Le caractère distinctif des dessins de Raffet est une vérité parfaite, sans idéal, et une trèshabile entente de la composition : on y sent les études sérieuses du peintre d’histoire. B.
RAFN (Charles-Christian), archéologue danois, né en 1795 à Brahesborg (Fionie), m. en 1864, prit une grande part, en 1825, à la fondation de la Société des antiquaires du Nord. On lui doit : Traditions héroïques du Nord, 1825- 30, 3 vol. in-8° ; une édition du Chant de mort de Regnar Lodbrog, 1826; Sagas du Nord, 1829-30, 3 vol.; Fareyinga saga, histoire des premiers temps des îles Feroë, 1832; Anliquilales americanœ, seu Scriptores septentrionales rerum ante- Col ’umbianarum in America, 1837; Monuments historiques du Groenland (avec Finn Magnussen), 1838-45, 3 vol. Il a encore travaillé aux Antiquités russes, 1850- 52, 2 vol., où sont réunis les détails fournis sur la Russie parles sources islandaises. B.
RAGGI (Nicolas-Bernard), statuaire, né à Carrare en 1791, m. en 1862, étudia à Milan sous la direction de Bartoliui , prit des leçons de Bosio à Paris , et se fit naturaliser Français en 1828. Ses principales productions sont: Un jeune discobole, 1817; Henri IV, en bronze, pour la ville de Nérac ; Montesquieu méditant l'Esprit des lois, dans le Palais de justice de Bordeaux; l'Amour s’approchant du lit de Psyché, 1819; Bayard mourant, en bronze, à Grenoble ; Hercule pleurant sur Icare , 1824, au Louvre ; Métabus, roi des Volsques, tenant sur ses genoux sa file endormie, 1830 ; les statues de Hugues Capet et de Boucicaut, au musée de Versailles; celles de S1 Michel et de S1 Fincent de Paul, à l’église de la Madeleine de Paris; une Sl<! Vierge, à l’église S’-Etienne-du-Mont ; un Henri IV, à Pau , 1842, etc. B.
RAM (Pierre-François-Xavier de), littérateur belge, né
à Louvain en 1804, m. en 1865, fut professeur d’histoire ecclésiastique et de théologie au séminaire de Malines, et recteur de l’Université catholique de Louvain. 11 a publié : Vie des Saints des Pays-Bas, en flamand, 1827, 4 vol.; Hisloria philosopliiœ, 18.32; Synodicon belgicum, sive Acta omnium ecelesiarum Belgii, à concilia Tridentino usque ad 1801, 1828-58, 4 vol. in-4» ; le Nouveau Conservateur belge, recueil historique et littéraire, 1830-35, 11 vol. ; Annuaire de l’Université de Louvain, 1837-62, 26 vol.; Recherches sur l’histoire des comtes de Louvain, 1851, etc.
RAUCH (Christian-Daniel), sculpteur, né en 1777 à Arolsen (principauté de Waldeck), m. en 1857, élève de Ruhl, se lia en Italie avec Canova et Thorvvaldsen. Appelé à Berlin en 1811, il fut chargé, après un concours, d’élever un monument à la reine Louise : cette œuvre' est aujourd’hui à Charlotteubourg , mais l’artiste luimême en a fait une copie pour Potsdam. En 1822, Rauch exposa les statues des généraux Scharnhorst et Bulow. En 1827, il éleva à Breslau une statue colossale de Blücher, en bronze. On doit encore à Rauch : plusieurs des statues qui ornent le monument national élevé sur le Kreuzberg, aux portes de Berlin; la statue colossale en bronze du roi Maximilien de Bavière, à Munich, 1829; le monument d’Albert Durer, à Nuremberg; les statues des rois de Pologne Miecislas et Boleslas Chrobry, dans la cathédrale de Posen, 1840; la statue de la Paix qui surmonte la colonne de la place de la Belle-Alliance, à Berlin; le monument de Frédéric II, 1810-1851, ouvrage très-imposant, dont une réduction en plâtre figura à l’Exposition universelle de Paris en 1855; six Victoires colossales pour la Walhalla; une Danaïde, fort estimée en Allemagne, etc. Rauch était professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin. B.
RAUMER (Charles-Georges de), naturaliste et géographe allemand, né en 1783 à Worlitz, près de Dessau, m. en 1865, fit ses études aux Universités de Gœttingue et de Halle, puis suivit les cours de Werner à l’Ecole des mines de Freiberg. Professeur de minéralogie à Breslau en 1811, il fit comme volontaire les campagnes de 1813 et 1814 contre la France. 11 enseigna la minéralogie depuis 1819 à Halle, et depuis 1827 à Erlangen. On a de lui : Fragments géognostiques , Nuremberg, 1811; les Granits du Riesengebirge, Berlin, 1813; Eléments de cristallographie, 1817, 2 vol.; les Montagnes de la basse Silésie, 1819; Mélanges, 1819-22, 2 vol.; Palestine, 1835; Voyages dans toutes les directions, Stuttgard, 1840; Documents pour la géographie biblique, Leipz., 1843 ; Histoire de la Pédagogie depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, Stuttgard, 1846-57, 4 vol.; Souvenirs de 1813 et 1814, ibid . , 1850; Manuel de géographie générale, Leipz., 3e édit., 1818 ; l'Education des filles, Stuttgard, 1853, etc.
RAVEZ (Simon), homme politique, né à Rive-de-Gier en 1770, m. en 1849, fut avocat à Lyon dès 1791, et alla s’établir à Bordeaux en 1793. Partisan de la Restauration, il refusa en 1815 de défendre les frères Faucher (F. ce nom), fut envoyé en 1816 à la Chambre des députés par les électeurs de la Gironde , en fut le président de 1819 à 1827, et montra en toutes circonstances le dévouement le plus ardent pour le pouvoir. Le parti libéral, qui prit le dessus dans les élections de 1827, ne le réélut pas; le gouvernement l’eu consola en le nommant 1er président de la Cour royale de Bordeaux, et l’appela à la Chambre des pairs en 1829. llavez refusa le serment à la royauté de 1830, et vécut dans la retraite, d’où il ne fut tiré qu’en 1849 pour siéger à l’Assemblée législative.
RAVIGNAN (Gustave-Xavier de Lacroix de), prédicateur jésuite, né à Bayonne en 1795, m. à Vaugirard en 1858, était issu d’une noble famille de l’Armagnac. A l’âge de 10 ans, conduit à Paris, il fut mis dans une petite pension tenue par un ecclésiastique, puis acheva ses études dans une grande institution du lycée Bonaparte. Tout enfant, il se distinguait par sa précoce intelligence, une piété sincère et docile, un air grave et digne, qui , dans sa famille, le faisait appeler le petit ambassadeur. Au sortir du lycée, il étudia le droit. Se trouvant à Bordeaux au mois de mars 1814, il y vit l’arrivée du duc d’Angoulême, et se sentit entraîné dans le mouvement royaliste. En 1815, lorsque Napoléon eut quitté l’ile d’Elbe, de Ravignan s’engagea dans le corps des volontaires royaux improvisé pour défendre la royauté menacée. Il avait toujours manifesté de l'éloignement pour la carrière militaire; aussi, après la 2e Restauration, il s’empressa de reprendre ses études de droit, et tourna ses vues vers la magistrature. Il y débuta par le grade de conseiller auditeur à la Cour royale de Paris. C’était en 1817 : il n’avàit que 22 ans, et fut, suivant l’usage, chargé des fonctions de substitut
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du procureur du roi à la chambre des mises en accusation. Ses débuts furent si brillants, que le procureur général Bellart appela le jeune auditeur au service des assises, ce qui ne s’était jamais fait. Ses succès dans cette nouvelle fonction lui valurent d’être nommé, en 1821, substitut du procureur du roi près le tribunal de lre instance de la Seine. Au milieu des distractions et des séductions du monde, dont sa position lui faisait un devoir, et son âge un plaisir, Xavier de Ravignan conservait et nourrissait des sentiments d’une profonde piété : ainsi, il entendait la messe tous les matins, et le fond de ses pensées, de ses méditations le ramenait sans cesse à l’avenir céleste : « Une seule chose est importante, écrivait-il à son frère dès 1820 ; ce n’est pas la vie, la fortune, le savoir, c’est la mort et l’immortalité; avec cela on a de quoi se dégoûter de plaisir et de bonheur, pour goûter une félicité bien autrement saine et sentie. » Les travaux de sa magistrature, qu’il accomplissait avec autant de zèle que de talent, ne changèrent point son goût pour cet ordre d’idées, et il finit par sentir qu’un penchant secret l’appelait vers Dieu. D’abord il résista à cette vocation, afin de s’assurer qu’elle était réelle, puis il s’y abandonna, mais sans en rien dire ni à sa famille ni à ses amis. Enfin, quand il fut bien sûr de lui-même, quand il sentit son cœur tout plein de la grâce divine, il déclara hautement son projet d’entrer en religion , quitta, à 27 ans , le monde et la brillante carrière ouverte devant lui et dans laquelle il marchait déjà avec tant de succès, fit deux ans de noviciat dans la maison des Jésuites de Montrouge, près de Paris, et, à 33 ans, en 1828, reçut la prêtrise. Destiné à la prédication par ses supérieurs, il débuta, l’année suivante, par une retraite donnée au grand séminaire d’Évreux, d’où il emporta l’amour de tous ses auditeurs. En 1835, il prêcha la station de l’Avent dans la cathédrale d’Amiens, puis le carême de 1836 à Saint-Thomas-d’Aquin à Paris, où il produisit beaucoup d’effet. Dès lors il fut patent pour tous que la chaire comptait un grand orateur de plus ; aussi, MSr de Quélen, archevêque de Paris, ayant à remplacer le P. Lacordaire , pour prêcher à Notre-Dame le carême de 1837, désignale P. de Ravignan. Dès le premier jour, le nouvel orateur subjugua son auditoire, et pendant dix ans qu’il revint chaque année, à la même époque, se faire entendre dans la même chaire, l’empressement fut toujours égal pour suivre ses éloquentes et persuasives conférences du dimanche. Elles étaient réservées aux hommes seuls, et la société la plus éclairée de Paris, les personnages les plus illustres, se pressaient pour entendre sa parole. L’abbé de Ravignan était un prêtre plein de zèle, et de la plus fervente ardeur dans l’accomplissement de tous ses devoirs; l’apostolat était sa vocation, aussi ne s’y épargnait-il pas. Sa haute réputation d’éloquence et de piété le fit inviter à se faire entendre dans un grand nombre de diocèses de France, et jusque dans l’église de Sl-Louis-des-Français, à Rome. Tant de zèle finit par altérer sa santé, et assez gravement pour qu’en 1846 un repos presque absolu lui fût prescrit. Le mal s’arrêta ; il put reprendre ses travaux apostoliques, reparaître en chaire en 1849, 1850, 1851, à Amiens, à Orléans, à Paris ; en 1855, il prêcha le carême à la chapelle impériale des Tuileries. Sa santé s’altéra tout à fait vers la fin de 1857, il perdit ses forces, et, le 26 février suivant, il rendit à Dieu sa belle âme, et mourut comme un saint. Le P. de Ravignan était grand, d’un extérieur noble et d’une belle physionomie. Il avait un organe sonore , une perfection rare de diction et de geste, une extrême distinction naturelle dans sa pose, dans toute son habitude, et parlait avec tant d’autorité, un sentiment si profond de sa mission, une conviction si intime de sa doctrine, qu'il entraînait les esprits et maîtrisait les consciences. « Cette véritable domination oratoire, a dit le P. de Ponlevoy, donnait une majesté incomparable à son exposition, et à sa logique une irrésistible puissance ; il savait affirmer, et c’était son triomphe. „ On a publié les ouvrages suivants du P. de Ravignan : Conférences, 4 vol. in-8° (ce sont celles de Notre-Dame); Entretiens spirituels, recueillis par les Enfants de Marie, suivis d’un choix de ses pensées, 1 vol. in-18 ; Dernière retraite donnée aux Carmélites de la rue de Messine, à Paris, 1 vol. in-12; Clément XIII et Clément XIV, 1854, 2 vol. in-8°, apologie de ces deux papes ; De l’existence et de l’Institut des Jésuites, Paris, 1844, iu-12. — V. M. Poujoulat, Le P. de Ravignan, sa vie, ses œuvres, Paris, 1859, iu-8°; le P. de Ponlevoy, Vie du R. P. Xavier de Ravignan, Paris, 1860, 2 vol. in-8°. C. I) — T.
RAYER (Pierre-François-Olive), médecin, né à Saint- Sylvain (Calvados) en 1793, m. en 1867, fit ses études
j médicales à Paris, fut écarté du professorat parce qu’il j était marié avec une protestante, entra à l’Académie de ! médecine en 1823, devint médecin de l’hôpital S’-Antoine en 1825, de la Charité en 1832, membre de l’Académie des sciences en 1843, et fut attaché au service médical de la maison de Louis-Philippe, puis de celle de Napoléon III. Il a fondé la Société de biologie. On le nomma doyen de la Faculté de médecine en 1863. Il a publié : Sommaire d’une histoire abrégée de l'anatomie pathologique, 1818 ; Mémoire sur le delirium tremens, 1819 ; Histoire de l'épidémie de suette miliaire en 1821, 1822; Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 2e édit., 1835, 3 vol. et atlas : De la morve et du farcin chez l’homme, 1837 ; Traité des maladies des reins, 1839-41, 3 vol. et atlas, etc.
RAYNEVAL (Alphonse Gérard de), diplomate, né à Paris en 1813, m. en 1858, fils du comte de Rayneval qui fut ambassadeur à Madrid ( V. le Dictionnaire), fut chef du cabinet du comte Molé de 1836 à 1839, puis secrétaire d’ambassade à Rome et à S^Pétersboui'g, ministre plénipotentiaire à Naples en 1848, accompagna le pape Pie IX lors de son retour de Gaëte à Rome en 1849, reçut le titre d’ambassadeur en 1851, s’employa à la réforme politique et administrative des Etats de l’Eglise, et prit enfin l’ambassade de Russie en 1857.
REBOUL (Jean), poète, né à Nîmes en 1796, m. en 1864, exerça la profession de boulanger, et fut représentant du Gard à l’Assemblée constituante de 1848. On a de lui : Poésies, 1836, in-12 ; le Dernier jour, poème biblique en 10 chants, 1840, in-12; Poésies nouvelles et inédites, 1846, in-12; les Traditionnelles, 1857, in-12.
RECEVEUR (l’abbé François-Joseph-Xavier), né en 1800 à Longeville (Doubs), m. en 1854, occupa, de 1824 à 1829, divers emplois au ministère de l’instruction publique et des cultes, et, après avoir été chargé, en 1831, du cours de dogme à la Faculté de théologie de Paris, devint professeur de morale en 1841, puis doyen de la Faculté en 1850. On a de lui : Recherches philosophiques sur le fondement de la certitude, Paris, 1821, in-12; Accord de la Foi avec la Raison, 1830, in-12 ; Essai sur la nature de l'âme, sur l’origine des idées et le fondement de la certitude , 1834, in-8°; Introduction à la théologie, Besançon, 1839, in-8°; Histoire de l’Eglise depuis son établissement jusqu’au pontificat de Grégoire XVI, Paris, 1840-47, 8 vol. in-8°, etc.
RÉCHID-PACHA (Mustapha-Méhémet), homme d’État turc, né en 1802 à Constantinople, m. en 1858, accompagna comme secrétaire les négociateurs du traité d’Andrinople en 1829. En 1833, on le chargea de discuter avec Ibrahim-Pacha les conditions de l’armistice qui suivit la victoire des Égyptiens à Konièh. Elevé à la dignité de pacha l’année suivante, il reçut l’ambassade de Paris, puis celle de Londres, et put ainsi se pénétrer des idées et de la civilisation des nations occidentales. Nommé ministre des affaires étrangères en 1837, il devint l’âme des réformes par lesquelles le sultan Mahmoud espérait régénérer l’Empire ottoman. Mais les intrigues du vieux parti turc le renversèrent en 1838; il se chargea alors de nouvelles ambassades à Vienne, à Berlin, à Londres, à Paris, et mit tout en œuvre pour défendre, auprès des diverses cours, le sultan contre le vice-roi d’Égypte. Rappelé en Orient par la défaite des Turcs à Nisib et la mort de Mahmoud, 1839, il reprit la direction des affaires étrangères au nom d’Abdul-Medjid , poussa ce prince à publier le hatti-chérif de Gulhané , qui proclamait tous les principes d’une Constitution libérale et fondait en Turquie un droit nouveau , et réussit à faire conclure en 1840 la quadruple alliance de Londres contre l’Égypte. En butte aux résistances des Turcs, traversé par les menées des agents russes, mal soutenu par la volonté chancelante du sultan, Réchid succomba encore en 1841. Il retourna à Paris en qualité d’ambassadeur, fut nommé gouverneur d’Andrinople en 1843, pour reprendre ensuite son ambassade, ressaisit en 1845 la direction des affaires étrangères, et devint grand vizir et président du conseil du sultan en 1846. Des intrigues le firent congédier, puis rappeler plusieurs fois en 1848 : il resta cependant au pouvoir jusqu’en 1852. Remplacé de nouveau, il fallut la menace d’une guerre avec la Russie pour que le sultan lui rendît l’autorité en 1853 : Réchid résista avec énergie aux menaces du prince Menschikoff, et répondit avec habileté aux notes diplomatiques du comte de Nesselrode. La guerre d’Orient assura son triomphe sur le vieux parti turc; c’est alors qu’un de ses fils, Méhémet-Djemil-Bey, obtint l’ambassade de Paris, et que l’autre, Ali-Ghalib, épousa la fille aînée du sultan Abdul-Medjid. B.
RECURT ( Adrien-Barnabé-Athanase), médecin, né en 1797 à Lassalle (Hautes-Pyrénées), m, en 1861, étudia