‹ Dictionnaire général de la politique (volume 2)Chapitre 13 sur 260 · HONNEUR · texte numérisé non relu

HONNEUR

quiert qu*à force de mérites et de vertus; rien n'est plus fragile et plus facile à perdre; car une fois créée, elle n'est pas entièrement en notre possession, elle nous échappe et elle dépend en partie d'influences extérieures auxquelles il faut la disputer. L'honneur oblige donc l'individu à un perpétuel examen de conscience et en même temps à une lutte défensive incessante contre le monde qui n'ont d'égal que l'examen de conscience et les luttes du chrétien contre les pièges du prince de tout mal.

Cette vertu nouvelle de l'honneur, en s'établissant dans l'âme humaine, en changea pour ainsi dire le tempérament comme elle en changeait les mœurs et le régime moral. Elle y créa des délicatesses exquises et des infirmités maladives; elle y développa une sensibilité d'une prodigieuse finesse, et une susceptibilité ombrageuse presque voisine du ridicule. Aux classifications toujours un peu sommaires des actions permises ou défendues par l'antique morale, elle en ajouta de nouvelles singulièrement minutieuses et enfanta ainsi, à côté de la casuistique scolastique, une sorte de casuistique mondaine, à laquelle le langage ne craignit pas de donner le nom de religion. La religion de Vhonneur, cette expression de nos pères qui est venue jusqu'à nous, est mieux qu'une expression métaphorique, car la morale de l'honneur excita la môme ferveur et le même enthousiasme qu'une religion et obtint tout l'amour que n'a jamais obtenu la morale naturelle, laquelle a dft toujours se contenter d'un froid respect, et a de tout temps été plus obéie que chérie par les hommes.

L'honneur fut dans l'origine une vertu d'un ordre exclusivement aristocratique , une vertu de gentilhomme et de chevalier. Mais heureusement, il n'y a pas que le mal qui soit contagieux, le bien est contagieux aussi et a la puissance de se propager absolument comme s'il était un vice ou une maladie. C'est à ce signe que se reconnaît l'égalité de la nature humaine. Le bien moral se rit des castes et des divisions arbitraires établies par les hommes, comme s'en rient la peste, la souffrance physique et la mort. Il arriva donc quQ, dans les pays où la société féodale fut établie, et où la chevalerie régna, la vertu de l'honneur s'étendit à la longue conmie une épidémie bienfaisante sur toute la population, et descendit des classes gouvernantes aux classes gouvernées. Sous l'ancien régime, la noblesse avait fini par donner ses manières à toute la nation; il en fut ainsi de l'honneur qui ne resta pas l'apanage exclusif des classes supérieures, mais qui devint une vertu d'un usage commun à toutes les classes. L'honneur! ce fut la grande vertu de nos pères, leur principal mobile d'action, le ressort général de toute leur conduite, et presque toute leur morale. L'ancien Français, à quelque ordre qu'il appartint, faisait tout non par devoir, ou par vertu, ou par crainte de la loi, mais par honneur. Ce que l'honneur permettait, il le faisait, la morale l'eût -elle défendu d'ailleurs; ^•e que l'honneur défendait, il s'en abstenait.

la morale l'eût -elle permis. L'honneui

fini par ne tenir aucun compte des dilTèi

de race et de rang; comme cette religioi

il avait emprunté le nom, il se développai

chaque individu conformément à son or

à ses mœurs et à son caractère, et prem

formes particulières avec chaque class

bourgeoisie avait son honneur qui n'éta

tout à fait celui de la noblesse; les class*

pulaires avaient le leur qui n'était pas

fait celui de la bourgeoisie. Mais toute

formes de l'honneur reposaient sur des

cipes communs qui n'en faisaient qu'une

et même vertu, en sorte que les homm

toutes les classes se comprenaient aussit<

que ce mot d'honneur était échangé entre

Il ne faudrait pas croire que ce sent

se retrouve également chez toutes les n.

de la moderne Europe. Il s'est développa

ou moins chez chacune d'elles selon que ii

Valérie y a eu plus ou moins d'empire. II

que deux peuples, en réalité, qui aient fj

ce sentiment une sorte de religion social

Français et les Espagnols. Chez ces deux pc

seulement, il adonné tout ce qu'il pouvai

ner et montré tout ce qu'il pouvait inspii

noblesse, de dévouement et de grandeui

chex eux, il a dominé presque seul, sans

trôle et sans partage, et l'individu s'est

donné avec obéissance à tous les excès

tyrannie et à tous les caprices de son arbit

Quiconque veut connaître à fond ce sent

et savoir ce qu'il peut engendrer en bien

mal, doit donc étudier presque exclusive

les histoires de France et d'Espagne. Aill

on le retrouve sans doute, mais plein d'al

môle à une foule d'autres sentiments qui

rent sa pureté et qui dénaturent sa subst

En Angleterre, par exemple, il n'est pour

dire que synonyme de loyauté, de véraci

ne s'est pas séparé du fonds moral de l'âni

maine, il n'est pas devenu tout l'homme, e

tout il ne s'est pas imposé, comme en Frai

en Espagne, à toute la nation. Il est resté h

priété exclusive de l'aristocratie féodale

disparu avec elle. Le brillant chevalier du t

des Plantagenets, le grand seigneur du i

d'Elisabeth , le cavalier héroïque , partis!

Charles !«', n'ont pas communiqué leur es|

la bourgeoisie et au peuple. On peut môme

que le peuple anglais a préféré à cette '

brillante les vertus simples et élémentaire

font l'honnéle homme, et que celte notion

valeresque de l'honneur fut enveloppée da

réprobation terrible dont les puritains, n

sentants de la justice et des mœurs aust

frappèrent l'ordre politique, social et reli^

du passé. Quant aux Italiens, ils l'ont ton

ignoré. Les traces toujours vivantes de la

lisatiou antique dans leur pays , et le pe

crédit qu'y trouvèrent les institutions féod

les privèrent de ce sentiment délicat. Ei

de vertus, les Italiens en sont restés aux

pies prescriptions de la nature et aux lois

maires de la morale antique, et ils seml

avoir toujours pensé que c'était bien assez

les forces de l'humanité. En Allemagne, V

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