REFORMATION
Réforme. Jamais nation chrétienne n'avait été plus durement humiliée par le saint-siége que le peuple anglais, et cette race si flère'qui avait sn, de si bonne heure, arracher à ses rois la Grande Charte, était moins faite que toute autre pour porter le joug spirituel d'un pontife qu'elle appelle encore Tévêque de Rome. Le protestantisme individualiste, comme II Test toujours et partout, prit en Angleterre deux formes distinctes dont aucune n'a pu écraser l'autre , malgré les guerres des puritains et malgré les représailles cruelles qu*exerça contre eux V Église établie. Ces deux formes , qui correspondent aux deux éléments vivaccs du caractère anglais , sont TÉgUse anglicane pour Taristocratie et ceux qui la chérissent, les Églises presbytériennes et indépendantes pour les montagnards pauvres et libres de TÉcosse, pour les classes moyennes et influentes en Angleterre.
Il y a peu d'années, un mouvement remarquable et qu'on a souvent mal compris a eu lieu, non-seulement en Angleterre, mais sous d'autres formes en Allemagne et en Hollande : ce fut une recrudescence du catholicisme , et de plos chez les Anglais, une recrudescence de l'esprit catholique au sein de l'Église anglicane. Des ecclésiastiques assez nombreux et quelques laïques plus rares inclinèrent de plus en plus vers le principe de l'autorité sacerdotale, vers l'idée du pouvoir surnaturel et conune magique du baptême et de la sainte Cène que le clergé seul confère. Les plus avancés ont passé de l'école d'un professeur d'hébreu à Oxford (le docteur Pusey) à T Eglise romaine. A cette nouvelle, beaucoup de catholiques, et peut-être quelques protestants elTrayés, crurent la Réforme compromise dans les îles Britanniques. Rien de plus naturel cependant que le fait qui s'est produit. Une liberté plus grande et toujours croissante, la douceur plus générale des mœurs, l'apaisement d'anciennes animosités ont laissé heureusement se produire an grand jour des diversités qui , en d'autres temps, n'eussent pu se manifester. D'ailleurs, les événements de notre temps ont mis plus que jamais peut-être en opposition l'esprit de conservation ou de résistance, et l'esprit de progrès ou de mouvement. 11 est tout simple et très-légitime que dans l'ordre religieux comme ailleurs chacun passe du côté qui a ses sympathies. Nous croyons qu'un avenir prochain ▼erra dans tous les pays les conversions bien plus fréquentes, et il y en aura dans des directions contraires. La religion cessera d'être une question de naissance et de géographie, et deviendra une affaire de conscience et de libre choix.
L* Angleterre, après tout, est une magniflque démonstration de la force d'expansion et de conservation du principe protestant. Nous con- Tcnons cependant qu'on peut établir quelque eonnexité entre l'individualisme , l'orgueil d*nne liberté plus grande, et l'égoïsme tant reproché à la politique anglaise, souvent avec raison. Il faut se méfier quelquefois de l'approbation polie, mais au fond très-dédaigneuse.
que donnent souvent les Anglais à certaines institutions continentales dont rien au monde ne leur ferait accepter le fardeau et que cependant ils déclarent suffisantes pour des peuples qu'ils croient moins avancés et moins fiers qu'eux-mêmes. Mais, malgré tout, il est impossible de ne pas reconnaître la grandeur, la liberté et la sécurité dont le protestantisme contribue largement à doter l'Angleterre. La royauté avec tout l'éclat qui l'entoure, l'aristocratie môme avec ses énormes privilèges» y sont considérés conune une représentation magniflque de la nation en général et de chacun de ses membres. Il y a bien des gens parmi les plus petits et les plus pauvres qui s'enorgueillissent de ce qu'un grand seigneur anglais soit plus grand seigneur qu'aucun autre au monde, le prolétaire anglais est fier de sa reine, de son parlement, de son aristocratie. D'autres en seraient jaloux, eux en jouissent* d'une manière personnelle, quoique fort désintéressée, parce que tout cela, c'est eux-mêmes.
Le sentiment protestant, qui rend la conscience indépendante des hommes pour qu'elle dépende de Dieu , a influé de deux manières différentes sur le caractère des Anglais. Chez eux la religion est une grande école de respect. L'instinct de la vénération , le respect de l'autorité, le goût de l'ordre, se sont trouvés développés et entretenus parallèlement à un esprit de flère indépendance et de hardie liberté. C'est ainsi que les fils des républicains de Gromwell, comme ceux des Provinces-Unies, sont devenus tout à la fois les plus libres citoyens de l'Europe, et les plus dévoués à leurs dynasties nationales.
Pags Scandinaves. — Ailleurs , le protestantisme de Luther est resté plus compacte et pins généralement fidèle à ses premières formes. Peu remués par les événements, relativement à d'autres races , les Scandinaves , excepté sous le héros militaire du protestantisme, Gustave-Adolphe, n'ont subi que d'un peu loin les influences du dehors , et jusqu'à notre temps le protestantisme s'est montré parmi eux essentiellement conservateur. En Suède il l'avait été beaucoup trop, tant que le roi et les classes instruites n'avaient pas réussi à abolir, avec des lois persécutrices, les dernières traces d'une intolérance odieuse chez les enfants de la Réforme. Fort peu excusable dans le trouble des premiers combats , et au milieu des inconséquences inséparables d'une transformation encore mal définie, cette odieuse exception n'était plus tolérable. Il est vrai que les lois récemment abrogées n'étaient guère appliquées; nous croyons pouvoir affirmer que les derniers exilés s'étaient fait condamner à dessein et non sans quelque insistance, parfaitement préméditée. Mais en cela ils avaient pleinement raison, et pour que la loi fût abrogée, il fallait avec persévérance et à ses propres dépens en faire sentir la criante injustice.
Allemagne. — On cite quelquefois la contrée qui fut le point de départ principal de la Réforme moderne comme exonple de ce que le protestantisme aurait de ciontt%\t^ k\^Q!Sl^« V
EÉFOMMÀTWm.
i'fitpiit d'CDfCBibfe. Oo mootre la carte d'IDe- ■agae liirialéc dvats de tooles formes et de tooles giaBdeon, et l'on dit: Voilà ce qo'a fût la Réfme da nint Empire germaniqDe. A vial dire, TAntriehe catholîqoe a si peo de cobémoB, qoe b réponse serait trop fodle. Du teste, fl est ccrtaiB que les races latines ont pins cwplHemcnt réalisé Tidéal de l'État qni doarine et gooTcme FindîTidD: an lien que cbei les nées germaines a tonjonns écbté l'éocfgiqne eî mâle protestation des indifidnalilés Yiiantes contre tout ce qni tendrait à les absorber. B était conforme à la nature des cboses et des hommes qne le sol germanique Tlt 0ennr le premier une forme rdigîense qni an fond peat se définir en deux mots: l'indiTidnalisme ebrétien.
Om a aooTent montré to grandenr récente de la Pmsw comme nn des trophées de l'esprit 'praCeatait en Europe. 0 est Trai qne Timporlance poliliqne du protestantisme allemand a aidé b Prusse à s'éicTcr au rang de première puissance en opposition arec la maison impériale et catholiqne de Habdwurg. Il est certain qu'en mainte occasion les fautes de ses Toisins eaOoUqnes ont enrichi et fortifié rhéritier rojal des margraTOS de Brandebourg. Mais si la tolérance refigiense et la libre pensée ont hien mérité de to Prusse , die ne leur a été ni looloorB reconnaissante, ni toujours fidèle, et les lenlatiTes de Frédéric-Guillaume IV pour établir une sorte deféodilité orthodoxe, montrent peo d^iatelUgence du rôle qui appartient à la Prasse. La puissance rirale en a profité, et rintriche, en derenant uo État constitutionnel et libéral, malgré ce que cette situation nouTclle a ponr elle de dangereux en Hongrie et en VénèHe, montre plus d'entente des nécessités de l'époque.
Remarquons aussi que la multiplicité des Etats et des unirersités a été mise à profit par TindiTidualiBme protestant. Q serait intéressant de comparer les petites cours littéraires des princes italiens du treizième an seizième siècle avee les foyers de pensée , de saioir et de poésie qne l'Allemagne moderne a possédés dans des rilles son? ent secondaires. On rerrait, sons les Médids et leurs émules , même an temps des plus beaux génies, régner une sorte d*nniformité, an lieu que les petites capitales et les f iHes uniTersitaires allemandes ont une originalité plus direrse et plus riche.
Eipo§ne. liaHe. — Forcé de nous restreindre , aprèsuToir dit quelques mots de Faction du protestantisme sur les peuples qui rontadopté, nous ne poQTons étudier id son rôle chez ceux qui roDt repoussé. Cependant il est impossible de ne pis eoBslater ce bit, qne lorsque les gouTemements protestants se furent émandpés, b tutelle de rÉglise tA plus sentie par ceux qui en portaient encore le poids. Les pays on le catholkisme créait une sorte d'Ébt spirituel, indépendant de b sodété cirile et prétendant lai lire snpérieur, tendirent de plus en plus i s'aflrancfair de ce Joug que d*autres i. leur cdlè ne portaient plus.
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France. — Arréloas-nons propre soL 5ous ne renoidrais TidUe thèse historique : «PoorqMi fwm^fF ne se décbra-t-O pas protestsai, et t|n'cn s^ rait-U résulté s'U FefM bit. rnnimr fl ai al Fidée, comme le M coosefUérent m Louise de Saroie, sa mère, et sn s«w rite de 5aTarre?» L'esprit français étoU et dans une moindre mesure II eal peu enclin à b Réforme, il nj a pas, assez de religion en France, pour qa'eUe en changer, et cooune fiction officielle, b otbolicisme a plus grand air. AnKwremx de Fanité jusqu'à lui sacrifier sans trop de notre personnalité, nous n'aiDos pns, le Germain ou le Saxon, une consdeaceiadMduelle, exigeante et téméraire, ni très-Tif de nos droits. L'indiTîdnaiitè tante exige un examen approfondi de graves . pour lesquelles nous noos sciÎHms pet de goût. L'austérité des hugneiioCs"reb«bbaB* coup d'âmes, et souTcnt à boa droit. ] exagérations et sa sécheresse. Cahia de perdre pour b France la méiae gagnait à GenèTO. Sa et despotique, sa logique à ootrâBca, dogme barbare de b prëdestinatioQ souTerainement et deraienl déplaire.
La bute énorme que firent les d*épouser des querelles de princes»
au plus haut dq^. Le jour mène oà FemporU, et où leur sang et leur idèBlé Fa* reut couronné, il trouTa qne Paris et b w^ ronne Talaient une messe. RichelieB, an aoi de l'unité flrançaise, les écrasa coanme pitnricr ministre et comme amiral après avoir esofé
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1. Od b'mi pa« d*aer«rd car Torlirfaie on troQTera plasienr» aotcs «ar «oa ]« BnlUim êe te SocUté d€ rBUi^tre iT»
BEFOBMÂTION.
de les réfuter comme prêtre. Louis XIV tourna contre eux toutes les forces de la France triomphante, et s'efforça en yain de les faire passer sous le niveau catholique et royal.
Par leur inflexible résistance, les huguenots ont bien mérité de la patrie et de Thumanité » iU ont consenré le besoin d*individualité , le sentiment de la conscience libre, ils ontafllrmé et exercé les droits de l'âme humaine, même sons un joug universellement accepté. Â Tépoque honteuse de Louis XV, pendant ce long régne d'aplatissement et de corruption, les fusillades des mousquetaires sur les assemblées du désert , le passage de la chaîne des forçats qui traversait la France en conduisant des protestants aux galères du roi. les supplices de dix pasteurs et celui de Jean Calas, prouvèrent qu*il Jlavait encore en France des âmes viriles et croyantes, capables de braver et d'accepter le martyre. Aussi un sentiment de respect pour eux succéda dans les âmes â la répulsion qu^on leur avait tant montrée. Voltaire, le grand Ftilleur, plaida et gagna leur cause devant l'opinion, tout en les trouvant absurdes de croire et de souffrir pour leur foi. Un Malesberbes, un Turgot, un Lafayette, un Louis XVI, s'émurent en leur faveur, et l'état civil en 1787 leur fut rendu. Pendant la révolution, ils eurent leur part de la gloire et des malheurs du pays. Boissy d'Ânglas, Rabaut Saint-Étienne,run dans le péril des éaaeutes, l'autre sur l'échafaud, firent honneur â leur Église. La France applaudit quand le premier consul reconnut et rétablit leur culte, et plus tard quand l'empereur, en instituant la Légion d'honneur, inscrivit parmi ses premiers membres les trois pasteurs de Paris.
Entièrement unis et confondus avec la nation dont ils ont toujours fait partie active et dé- Touée, depuis trois siècles et demi, les protestants se distinguent encore cependant par quelques traits particuliers. Il est à désirer qu'ils en gardent tout ce qui s'y trouve de bon, ils seront d'autant plus utiles à une société où ruDiformité des caractères n'est que trop gé- Bérale.