INFLUE.NGE SOCIALE DE LA BÉFOBME
Un point essentiel de la doctrine et de la pratique des protestants a toujours été l'esprit de fiûiille, le respect du mariage, une plus grande pureté des moeurs. Tandis que le célibat est préconisé par l'Église catholique et que pour elle le mariage, quoique élevé au rang d'un sacrement, n'est qu'un pis-aller, il est pour des protestants la situation la plus normale et la plus parfaite. 11 n'a rien d'incompatible avec les fènctions même les plus sacrées, et le pasteur, loin de vivre en dehors de la société, est un père de famille qui doit l'exemple aux autres. Ses fils par leur entrée dans diverses carrières, ses filles par leur mariage, le rattachent par mille liens à la société dont il n'est Jamais sorti et au pays dont il reste un citoyen véritable.
Sn Hollande, en Angleterre, et généralement dans les pays réformés, les famUles nombreuses sont très-fréquentes, ce qui oblige les fils
du riche au travail, et relie sans cesse Taristocratie aux classes moyennes, où elle se retrempe continuellement. On a souventrcmarqué que l'esprit de famille des protestants et Taustérité inhérente à leur doctrine ont développé chez eux rémulation d'une probité hérëditahre, le goût de l'ordre et du travail, en sorte que des fortunes considérables s'élèvent lentement et se perpétuent par le travail dans les mêmes maisons. En Alsace les grandes industries qui sont entre leurs mains ont facilité un autre résultat, des rapports bienveillants et éclairés entre le patron et l'ouvrier; sous ce rapport Mulhouse donne des exemples admirables, et la crise de l'industrie cotonnière a été tout autrement supportée dans la protestante Alsace que dans la catholique Normandie.
La charité protestante est souvent louée et critiquée sous deux rapports distincts. On la critique, parce que le protestantisme n'a point d'ordres de religieuses et de mohfies consacrés aux bonnes œuvres. On regarde en général l'Église protestante comme fort inférieure sous ce rapport à celle de Rome. Nous pourrions répondre qu'un prince protestant, Robert de la Marck, avait créé des sœurs de charité â Sedan bien avant saint Vincent de Paul, et que le dix-neuvième siècle a vu naître à Kaiserswerth , en Angleterre, â Strasbourg, à Paris, des maisons de diaconesses, et même à Hambourg une communauté d'hommes, qui ressemble beaucoup â un ordre monastique. Mais nous croyons que c'est une erreur d'attribuer â des corporations l'exercice de la charité, elle est à nos yeux le devoir de tous, le principe de la Réforme ne permet pas que quelques-uns se substituent â tous pour l'accomplissement des devoirs sociaux ; et selon nous , le protestantisme doit se garder de revenir par un détour â l'idée catholique qui fait de la charité une profession, du célibat un mérite, et du sacrifice personnel de quelques-uns l'expiation de l'égolsme général.
Quant aux éloges qu'on accorde asses généralement à la charité protestante, c'^est A l'ensemble des œuvres de bienfaisance qn'on les adresse. Tandis que le catholique a mille manières de donner à Dieu, en la personne du clergé ou des moines, et pour une infinité d'insti» tutions, d'objets du culte ou de cérémonies dispendieuses, la réformation enseigne que tout cet appareil doit êlrc réduit au plus strict nécessaire et qu'on ne donne réellement â Dieu que dans la personne du pauvre. L'obligation universelle de l'aumône, et surtout de l'aumône préventive (éducation, asile des vieillards, hôpitaux, hospices, etc.), est vivement sentie en pays protestant. L'Angleterre, qui a le tort de prélever au profit des indigents un impôt fort lourd et mal entendu , n'en a pas mohis fondé une foule d'œuvres de charité permanentes et volontaires dont plusieurs ont d'énormes budgets uniquement alimentés par des libéralités spontanées. Quiconque a parcouru Londres y a vu des édifices nombreux, tantôt modestes, tantôt très-vastes, destinés â quelque charité particulière et qui presque tous portent cette inscription en grandes leUf «ft\poT
BÉFORMATION. — BÉFUGIÉS.
du» la coulear, mais dans les oontraates de la lumière et de l'ombre. Rembrandt est dans le domaine de Tart rincamation de Tesprit protestant, chercbear, oseor, émancipé. Quand on a assisté avec lui à la leçon d^anatomie de son ami le professeur Tulp ou à la réunion des bourgeois d'Amsterdam armés ponr disputer le prix d'arquebuse (ce qu'on appelle ta Ro9tde de nuit), on sent que le monde ancien est passé et que l'ère moderne a commencé. On sent qu'une réforme, essentiellement humaine, scientifique, libératrice, longtemps désirée en vain, est désormais un fait accompli.