TEMPOREL
lie, ces dernières années ont vus paraître. 11 faudrait aussi, parmi les plus éclairés des défenseurs de la papauté, rechercher les opinions sur lesquelles peut s'appuyer, dans le sein de TÉglise même, le parti de jour en Jour plus nombreux et plus fort, qui admet que la religion chrétienne doit désormais se détacher des liens dans lesquels elle s'est elle-même enchaînée, et qui espèrent qa*en cédant au siècle pour ce qui est uniquement du siècle, elle reprendra l'ascendant, l'autorité, la gloire bienfaisante des temps de sa mission naissante. Citons au moins deux témoignages, l'un de M. de Montalembert, l'autre de Lacordaire, deux écrivains, deux penseurs, que ne récusent que les énergumènes de la théocratie :
« Beaucoup d'entre les catholiques , a dit le premier, sont encore, par le cœur, par l'esprit, et sans s'en rendre trop compte, de l'ancien régime, c'est-à-dire du régime qui n'admettait ni l'égalité civile, ni la liberté politique, ni la liberté de conscience. Cet ancien régime avait son grand et beau côté. Je ne prétends pas le juger, encore moins le condamner. 11 me sufSt de lui reconnaître un défaut, mais capital; il est mort, et il ne ressuscitera jamais, ici ni nulle part.»
Et le second, continuant la môme idée, ajoute:
« Je me demande quel est le grand désavantage de la papauté devant ses ennemis, et je suis convaincu qu'il est dans cette circonstance que le gouvernement papal est un gouvernement d'ancien régime. Comparé aux autres gouvernements du même genre qui existent encore en Europe, par exemple, l'Autriche (l'Autriche n'en est plus un), et la Russie, il leur est très -certainement préférable, parce qu'il est plus humain, plus honnête, moins fort qu'eux, et moins capable, en intention et en réalité, d'abuser de la force. J'ai vécu sous le gouvernement papal ; pour rien au monde je ne voudrais vivre sous le gouvernement russe ou autrichien.
« On me dira sans doute : Qu'entendez -vous par un gouvernement d'ancien régime ? Je vais répondre :
«En 1789, la France se leva tout entière en faveur de trois principes qu'elle n'a jamais abandonnés depuis : l'égalité civile, la liberté politique et la liberté de conscience. Les deux tiers de l'Europe , en soixante-dix ans , ont accepté de la France cet ordre d'idées et ce programme de vie. Voilà le fait. Les gouvernements qui s'y sont consenès sont des gouvernements nouveaux et ceux qui ne les ont pas admis sont des gouvernements d'ancien régime. Rome est dans ce dernier cas. »
Mais la place nous manque, même pour de telles citations, ^ous renverrons donc, pour l'ordre des considôralions qui touchent de plus près à la politique toute contemporaine , au livre très -étudié que M. Boncompagni a publié sous le titre : le Pouvoir temporel du pape , et que MM. A. Lôvy et Ladislas Mickiewicz ont traduit en français. C'est le recueil d'arguments le plus complet que l'on puisse cods""*»' Ou'il nous sufllse à présent de repro' -e
que le père Passaglia a rédigée et qu'ont signée déjà tant de prêtres d'Italie :
« Très-Saint Père, les souasignéi, nninimes d'esprit, nnis de Tolonté et n'ayant qu'une lenle bouche, proclament hautement que vous ètei le successeur légitime du bienheureux Pierre, le vicaire du Christ sur ]a terre, roigine principal du Saint-Esprit Tous tous doivent l'cjiéiisanee et le respect, comme au Ptstenr da Pastenrs et au Maître des Maîtres. Votre cluÉc est la chaire de saint Pierre; Totre communiai, celle de Pierre; il est donc nécessaire que Iw les fidèles soient unis à vous et a l'Église i»maine, qui est l'figlise principale, l'&gllserKiie et mère de toutes les Eglises, à cause du ém primat, et qu'unis à vous, ils vous soient mmis, comme le veut la subordination lûA» cbiqne.
« Craignant que ces paroles ne soient pa suffisantes, les soussignés, avec la même umuimité et le même accord, ajoutent encore: Les évêques sont, par la divine institution, »périeurs aux prêtres ; à eux appartient le premier rang de la hiérarchie ecclésiastique; a eux, comme légitimes successeurs desapôtrci a passé le droit de délier et de lier, de pattt et d'enseigner, conféré dans le principe an apôtres; c'est en eux que réside ce pouvoir de l'Kglise ; à eux est contlé le ministère de mafstenir l'unité dans chaque troupeau et de le conduire au salut.
« Inébranlables dans ces principes, dont^aret l'aide de la grâce divine, ils ne se départiroii jamais, les soussignés osent, Très-Saint I^, vous adresser cette respectueuse suppliqie. que leur imposent et que leur dictent noa moins leur propre position hiérarchique qic leurs devoirs de loyaux citoyens et de sincèf6 Italiens. Trés-Saint Père, d'un bout à l'autre de l'Italie, on entend résonner un cri, le crideb religion et de la piété catholique: ViveUpêfi' Mais voici qu'on entend un second cri, lecridi patriotisme, le cri de l'indépendance nationale: Vive Rome, capitale du nouveau roifoum* Si ces deux cris , au lieu de se confondre dau un seul sentiment, se séparent et se combiitent, il n'est pas de dommag^cs temporels <t spirituels qu'on ne doive craindre , et il n ed rien à espérer pour le bien de la nation et de la religion. Qui donc aura rheureuse fortooe de concilier ces deux cris, et d'être, pour U nation et pour la papauté, pour la société ei pour l'Église, le principe et la source d'un i grand bien? Vous seul le pouvez. Trés-Sàiri Père, car seul vous pouvez répéter, avec efr ? cacité, cette parole qui vous appartient coomé héritier du Prince des Pasteurs, et qui. parfr du Vatican, remplirait de joie le ciel et lia tem' Que vos lèvres, ô Pie, laissent échapper ce ri désiré, et que l'Italie, qui se regarde coiiiî2< votre lllle et vous implore, entende de vousîi parole de paix. Oh ! Père, annoncez-lui. juim* ' roz-lul la paix; et nous, eu son nom. comaa au nôtre, nous vous jurons une éternelle r^ connaissance. »
Tel est le langage de l'Ëglise itaUenne. Llulie a trop souffert par la faute de la papautc
1000 TENDANCE (LOI ET PROCÈS DE). ^ TEBKES aâDITES.
sables, et conférait à une Juridiction ciTlle un pouvoir répressif nécessairement arbitraire. M. TaYOcat général Lebeau la caractérisait plus tard devant la Gourde cassation par ces parties:
« Nous disons que c'est une loi de haute politique, une loi de discipline dans Tintérét social, qui a pour but d'arrêter, de paralyser dans son principe le mal que des écrivains insaisissables peuvent successivement produire en égarant les esprits.»
Une fois votée, la loi ne resta pas longtemps sans application. Le Courrier français et le Pilote furent les premiers atteints par ses rigueurs. Des arrêts rendus par la cour royale de Paris les 28 et 29 avril 1823 les suspendirent pour quinze jours. Le ministère public fût moins beureux dans une autre poursuite contre le Courrier français, organe habituel de Benjamin Constant, que le ministère aurait voulu sd)attre à tout prix. Ce Journal eut à répondre, en Juin 1824, d'une série de 182 articles, publiés dans un intervalle de quatorze moisi 11 ne sortit du délibéré de la cour qu'une déclaration de partage, entraînant le renvoi des fins de la poursuite. Mais le plus remarquable de ces procès fut le dernier, intenté au Constitutionnel et au Courrier français a la fin de 1825, à un moment où l'effervescence produite par la célèbre dénonciation de M. de Montlausier était à son comble. U s'agissait, cette fois, de tendances hostiles non plus au gouvernement, mais à la religion de l'Etat. M. Dupin présenta la défense du premier de ces journaux avec une verve qu'il n*a jamais dépassée. Nous ne résistons pas au désir d'extraire de cet admirable plaidoyer une de ces boutades dont l'énergique Justesse vaut les plus éloquentes considérations :
« C'est un procès de tendance, mot récemment introduit dans notre législation, genre d'accusation réprouvé par fous les criminalistes , qui fait une manière de délit avec quarante fractions de non-délit, et qui ramène ainsi l'argument de cet accusé anglais qu'on voulait accabler avec des demi-preuves, et qui, dans l'ingénuité de la défense, ne concevait pas qu'avec cent chevaux gris on pût faire un cheval blanc. 0
Le défenseur du Courrier français était M. Mérilhou, dont l'éloquence s'éleva à une grande hauteur et fut, comme celle de son illustre confrère, couronnée d'un éclatant succès. La cour, abondant dans le sens des distinctions qui lui avaient été présentées, proclama, par arrêts des 3 et 5 décembre 1825, que ce n'était pas attaquer la religion que de signaler des abus dont plusieurs étaient avérés ou de discuter des associations non autorisées. Elle se borna à enjoindre aux Journaux poursuivis d'être à Tavenir plus circonspects.
L'effet de ces arrêts fut immense, comme l'avait été le retentissement du débat. Ce fut la fin des procès de tendance, contre lesquels la réprobation était générale. En 1828, seulement, l'un des présidents à la cour de Paris lui demanda d'enjoindre au procureur général d'exercer des poursuites en tendances contre le
CiMif(îlicl»oiui0£, le OnsrrUr frwÊ^^\k\ Odiemie et la BoMeitë de FtoascB, P"P« qu'il réduisit aux deux premieiB de eea; nanx. Le proeureor général aouliiitriMdi tence de la cour pw le motif ^fàmt iCwi^ pas de crimes, ééHis on eomtrtatentiÊm, cour dédira n'y avoir liea à endoliidie.
Au surplus, c'éUienl d^nitree anMi cherdiait alors le ministère VlUéle, de pli plus aduumé à la Intte. U Teniit de ptéi à la Chambre des députés et de réuttir Caire voter la fameuse Ud de justlSee et des que la répulsion publique TobUgea de n avant qu'elle eût été discntée par la Cha des pairs. Ce M,, après se chute, à l'a rapporteur de la loi de tendance, M. de 1 gnac, devenu ministre» que revint rin de sou abrogation. npr6ients, cédant ih sion de l'opinion publique (rapport fait Chambre des députés par M. Seguy, le 1 1828), la loi du 18 juillet 1828, abolissi censure et inaugurant un régime relative libéral, dont M. Mignet a pu dire (JBfe Portalis) :
«La presse, soustraite au joug de la sure, délivrée des procès de tendance, r désormais, pour des infiractions précises. Justice qui n'eut rien d'arbitraire. «
L'article 18 de cette loi abrogea fon ment celle du 17 mars 1822. A. Aim
TÉNESSiE. Voy. États-Unis.
TERRES SAINTES. Toutes les religioo ou ont eu leurs territoires consacrés. Ce» plus généralement les lieux où les divers doi prirent naissance; ceux où naquirent, vée ou enseignèrent les fondateurs des diffé cultes ; ceux où ils se réfugièrent lors des sécutions qui accompagnèrent toujours lei dications nouvelles et le rajeunissemeai croyances; ceux où s'accompût dans le ma le premier acte de foi.
Objets de vénération pour les fidèle possession ou la défense des lieux saint toujours paru d'une suprême importano lorsqu'à l'écroulement des empires, le sor batailles les fit tomber aux mains de l'ëtrai leur récupération fut toujours considérée co oeuvre de salut.
Lieux de p^erinage, les terres consac semblent conférer à ceux qui les visites caractère particulier de sainteté. Les pél) de Jérusalem, les pèlerins de Benarés Ceylan, les visiteurs de la Mecque ont tooj joui parmi les adorateurs de Jésus, de Brai de Bouddha et de Mahomet d'une influen( d'une considération marquées.
Chez les nations républicaines par le g autant que parles institutions, les territ( consacrés étaient, avant tout, ceux où i semblaient, sous Tinvocation des dieux, le présentants des États confédérés ; ceux o délibéraient aux jours de danger les résolut de salut public; où se célébraient les fête cérémonies qui resserraient les liens de lui fédérale.
TEBBES SAINTES. — TEBKEDB.
d*Orieiit. Les gouTemeinents d'Angleterre, de Prusse et de Russie émirent de semblables prétentions, corroborèrent leurs compétitions des mêmes prétextes religieux. L'affaiblissement progressif de Tempire turc allumait toutes les contoitises, autour du maiade se pressaient les collatéraux impatients de Fbéritage; leur riTa» lité semble aroir prolongé l'existence du moribond. La Porte , par l'acte de Gulhané et le Tansimat Kairié, s'était eflbrcée de donner satisfaction aux puissances chrétiennes, mais comment condlier des gens qui ne se Teulent point accorder? — Depuis 1841, sous l'influence de l'Angleterre et de la Prusse, un éTécbé protestant aTait été créé i Jérusalem et un partage équitable de la protection exeroée sur les lieux saints semblait enlever tout prétexte à de nouvelles prétentions ; la Russie ne tarda pas à prouver qu'il n'en était rien. En 1853, le cabinet de Saint- Pétersbourg proposa à la Turquie la conclusion d'un traité qui lui conférait, sous le nom de protectorat, le gouvernement suprême de tous les sujets turcs qui appartiennent à la religion grecque. Une pareille concession équivalait pour la Porte Ottomane à une abdication, elle résista et se mit sous la protection de la France et de l'Angleterre : « La Porte, répondait le gouvernement du Sultan au gouvernement russe, accueillera favorablement celles de vos demandes qui ne blessent ni son honneur, ni son indépendance. En ce qui regarde les privilèges religieux accordés à tous les sujets chrétiens de la Porte, et spécialement aux Orecs, par les prédécesseurs du Sultan, et au sujet dumaintien desquels la Russie semble avoir conçu quelques doutes, non-seulement le Sultan n'a jamais songé à les retirer ou à les restreindre , mais leur conservation, leur maintien et leur développement dans le présent comme dans l'avenir ont été et seront toujours l'objet de sa constante sollicitude.... Le Sultan déclare formellement à la face de l'univers qu'il maintiendra dans toute leur étendue les privilèges, franchises et immunités dont jouissent depuis longtemps les Églises chrétiennes dans ses États, et en particulier l'Église grecque.» Cette réponse aussi conciliante dans la forme qu'équitable dans le fond n'arrêta pas la Russie qui. croyant le moment favorable, ouvrit les hostilités. La France et l'Angleterre, d'accord cette fois, vinrent au secours de la Turquie, et la guerre dite de Grimée commença pour s'achever par la chute de Sébastopol et une paix qui n'a pas fait disparaître les difficultés. [Voy, Orient.)
Edouard Hervé-Thévenard.
TERREUR. Il y a des degrés et des nuances dans le despotisme appliqué à la vie d'une société. Le principe ne change pas, sans doute, et dans son essence il reste le môme : c'est toujours la prédominance d'une volonté discrétionnaire dans une organisation où les lois sont moins les régulatrices inviolables des rapports sociaux qu'un mode de réglementation de la vie publique soumis à toutes les alternatives d'un pouvoir sans contrôle et sans limitA : mais dans l'apphcation il y a des f uel-
qoe aorte det pliyaioiioailes diveno. U y t des detpotlimet rèlattveiMnt doux, il m peut pamr tinsl d*iui État où la Kbertè m*ciMi pu et où arec la liberté diipsilt la d|piè virile ; lli sont doux en ee sena tpK, aia te nne aert W gncore mal fiKnée ea vlcfltetf énervée dans la cérruptluu, lia B*Qat m k> soin de a*liiqioaer ipcaaiwnweBt et de oéplue tona laa leBicxrta de la oompreiBloB pourf» Temer des hommea qui n'ont MaeneorellMi de la liberté réglée on qui font paidna ft n^estpu tout à Islt lenr fiante on tenraWk; s'ils ne sont pas Tiolenta, c*eat qu'ils ne n» contrent paa de rëaistanoe. Ua août èliblia obéis, et moyennant nne certaine iiHtfcdhi donnëei des intèréta de blen-étre et de ri» rite flibalteme, U ae ibrme on ttat dbtké terne qu'on croit être doux parce qal iâ sans révoltes et sana oragea intérienra. D i^ est pas ainsi quand le despotiame vivant pvk lutte au milieu des contradictions et des itfitances, ayant à régner dans une société igtti ou qui ne veut pas être soumise, prend Wi coup le caractère qui se résume dans ce Ml de Urreur.
S'il est un fait étrange , c'est que ce Mt d'une sombre signification ait pu entrer te la langue politique pour désigner, ne flMi qu'un état accidentel de société , que reafW des moyens de terreur ait pu se suhtfitav parfit à une action régulière de gonven»ment. Le despotisme poussé à ce degré, frt soit exercé par un homme, par une oUganHe usurpatrice, par une assemblée, se oolmfln doute de prétextes spécieux: il maintient Fvdre, il protège la sécurité des citoyens , fl é^ fend un intérêt socialmenacé qnelquefi)is.iH c'est à la nécessité de saurer une réjMSm qu'il sacrifie tout Dans les deux cas il s'aMe sous l'étemelle et commode raison de nU public, prétendant justifier des excès, qil représente comme une nécessité inexonbk, par la légitimité et la grandeur du but qil poursuit. Au fond, c'est le dernier mot d*n système qui commence par l'arbitraire, fî s'essaye à l'intimidation pour finir souvent pa la terreur, si peu qu'il y soit poussé, et c'etf là justement Terreur de ceux qui citàentpoavoir se reposer dans un despotisme en iffirence protecteur pour se garantir du ànfl des agitations et des dictatures révolotîM* naires; ils ne voient pas que le principe eitk même, que le mal est dans Tarbitraire qoicrt à la racine , et que tel gouvernement qoi * dit régulier, dès qu'il est absolu, peut anifC à être aussi radicalement terroriste qne b gouvernement le plus révolutionnaire. Me les deux il n'y a le plus souvent qu'une qaotiOQ de circonstance ou de tempérament cha les hommes qui exercent le pouvoir.
Où commence la terreur employée conae système de gouvernement et à quoi se tùt-ék reconnaître? Quels sont ses procédés et queOei sont ses conséquences dans la vie d'un peopte? la terreur se fait reconnaître à des traits saisissants et accusateurs; elle existe li où tout droit cesse de pouvoir être invoqué, où la M