THEATRE
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qu'il exerce sur les spectateurs, cd aune toute particulière en France, où on peut le présenter comme le divertissement populaire par excellence et Tcxpression môme du génie national. Plus d'une fois nos voisins et nos ennemis nous ont appelés par dérision et par mépris un peuple d'acteurs; mais cette qualification qui ne voulait être qu'un quolibet injurieux, était plus vraie que ne le pensaient nos détracteurs et impliquait un éloge en même temps qu'un blâme. Tout tourne vite à l'action dramatique en France, conune dans d'autres pays tout tourne à Tapplication pratique, à la méditation ou au rôve. Le peuple français est un peuple d'acteurs par ses bonnes comme par ses mauvaises qualités, et instinctivement il porte le théâtre dans toutes les manifestations de sa vie. Les choses les plus froides et les plus abstraites, comme les choses les plus pratiques et les plus terre à terre, subissent cette exigence impérieuse de sa nature. Les discussions politiques ne plaisent au peuple français qu'autant qu'elles sont une joute de paroles, un tournoi d'éloquence, et ce qu'il cherche dans la vie publique c'est moins une discussion de ses intérêts qu'une représentation de ses passions. La France est le seul pays du monde où un sermon ait besoin d'être autre chose qu'un discours d'édiiication religieuse, où un professeur ait besoin d'être ou de paraître un orateur, où on tienne moins de compte des choses dites que de la manière dont elles sont dites , et où on identifie les idées ou les opinions avec les personnes qui les exprhnent. Si l'on examinait les opinions du Français Tune après l'autre, on verrait qu'il porte partout cette préoccupation théâtrale. Chacun de nous, par exemple, attend de son voisin qu'il lui donne une sorte de représentation dramatique , et demanderait volontiers non pas: quel devoir a-t-il à remplir? mais : quel rôle a-t-il à jouer? ^'ousavous, non pas une fonction ou un métier à exercer, mais un personnage à figurer sur la vaste scène du monde, personnage arrêté d'avance dans notre imagination d'après les règles d'une sorte d'esthétique sociale qui attribue un caractère à chaque fonction et crée des types abstraits d'après lesquels est jugé chaque individu. Nous jouons bien notre personnage si nous sommes fidèles à ce type, auquel nos fonctions nous rattachent; nous le jouons mal si nous lui sommes infidèles. Un militaire dont la bravoure ne sera pas toute en dehors , un fonctionnaire Imaginatif, un professeur qui portera légèrement sa science et se montrera libre de tout pédantisme dérouteront toujours l'opinion du Français et obtiendront moins de succès auprès de lui que les hommes qui sont restés fidèles aux types sociaux convenus. Cette horreur pour roriginalité individuelle qu'on nous reproche justement ne vient pas d'autre chose, si l'on y regarde bien, que de cet instinct dramatique qui est en nous. Nous ne savons à quel type social , à quelle catégorie d'hommes rapporter l'honune original; tandis qu'il joue bien selon la nature, il nous parait mal jouer selon nos règles, et c'est comme mauvais acteur que nous le repoussons.
Il est inutile de demander si chez un peuple
ainsi constitué le théâtre est eo grand botmeor. Aussi quiconque Teut se rendre ocHopte de cet instinct drainatiqne que nous avons essayé d'expliquer, n*a qu*à aller assister dans qadqu'un de nos théâtres à la représentation Su drame populaire. Ce silence passionné en qoéque sorte des spectateurs interrompu ci etttpa les inteijections de la colère on les f rémisseniali de la pitié, cette attention attendrie onAurieim; cette rapide identification qu*ils établissentente ce simulacre d'action et ane réalité qui n'en* pas, cet enthousiasme et cette réprobation^ lement sincères par lesquels ils récompemcs ou condamnent les actes de personnages Idtifs, en apprendront plus a robsenratearfK des volumes de dissertations. Si cet obseniteur sait son métier, il ne bornera pas au thèàlR le champ de ses obsenrations , mais il aeeo» pagnera ces mêmes spectateurs à leur denen et les visitera dans leur vie privée. Alors il s'èt» ncra de voir que les émotions de cette soirée k sont pas mortes avec la iln du drame et qneea spectateurs les portent en eux à leur insu. Dai l'expression de leurs sentiments , dans U aimiquc de leurs visages et de leurs gestes, àaî les intonations de leurs voix il reconnaltnfe traces de cette représentation. Les persoaoïges imaginaires du drame se sont conmie disas dans les spectateurs, laissant dans chacun <f eu un atome de ce qui constituait leur être; cta celui-ci une grimace comique, chez celm-b une phrase pompeuse, chez cet autre un gâte expressif ou emphatique. Telle est la pnissaice du théâtre chez un peuple porté natureHeaeit à l'imitation comme le peuple français.
Cette énorme influeuce explique poarqiHiî les gouvernements qui se sont succédé a France depuis 1789 ne se sont jamais dcssâsii qu'avec déplaisir de la tutelle des théâtres. Ob s'est étonné mainte fois que Tautorlté eût tut de peine à renoncer à l'institution de la ceosore et tint à sou droit de surveillance avec ok telle rigueur, mais c'est plutôt du contraiR qu'il faudrait s'étonner. Comment cette autorité française, si ombrageuse, si Jalouse de se droits , qui tient sous sa domination les deei plus grandes forces morales de toute société, l'enseignement et la religion, n'aurait-elle ptf été anibitieuse de retenir le théâtre sous m obéissance? On a beau dire, on effet, que le théâtre n'est qu'un divertissement popalûc, et qu'il est presque ridicule à un goaverM* ment de se faire le surveillant et le directesr des plaisirs de ses administrés ; quand us divertissement exerce une telle influence, ild^ vient une véritable puissance morale dont « peut craindre l'action et ambitionner le cat cours. Si le goût du théâtre reposait sur* instinct moins profond et tenait de moins pri> à la nature même du peuple français, si leF^ blic français était semblable à d'autres pul)lk$au public anglais par exemple, c'est-à-i&i^ lent à l'action, difficilement impressionnable, invincible à l'imitation, le gouvernement s^ serait certes montré moins jaloux de ses prérogatives. Mais U n'en est pas ainsi, car grâce a» penchants de la nature française, le théâtre ac-