‹ Dictionnaire général de la politique (volume 2)Chapitre 226 sur 260 · TYRANNIE · texte numérisé non relu

TYRANNIE

au proUt d'uD seul et au dëtrimeut de la communauté. 11 suffisait de ces deux caractères pour que le tyran fût légitimement abborré, et que son meurtre, toujours très-dangereux, fût admiré comme un acte d'béroïsme et d'utilité publique. En tuant le tyran , on punissait d'abord un crime, et ensuite on délivrait la patrie. De là, la gloire immortelle d*Uarmodius et d'Âristogiton, chassant les Pisistratides; et delà aussi la gloire un peu plus douteuse, mais non moins éclatante , de Brutus , assassinant César en plein Sénat. Le tyran , arrivé à se saisir du pouvoir par force ouverte ou par fraude, est donc toujours menacé ; et pour se défendre contre la conspiration permaneute dont il est le trop juste objet, il n'est pas de moyen qu'il n'invente, ni de crime de tout ordre qu'il ne se permette. Tour peu que l'usurpateur soit naturellement méchant, et pour peu que les mœurs s'y ])rétent, il n'y a pas de cruauté à laquelle il ne se livre: le soiu de sa propre sûreté lui fait une nécessité de redoubler sans cesse ses fureurs pour intimider tout ce qui peut penser à le détruire. Dans cette lutte acharnée, le tyran, d'une part, et les citoyens, de l'autre, se croient autorisés à tout, l'un dans ses répressions, les autres dans leurs tentatives; et l'État est livré à une sorte de maladie aiguti dont il faut qu'il se guérisse sous une forme ou sous une autre. Ou le tyran se corrige en tempérant son pouvoir et en le rendant plus acceptable, ou les sujets se soumettent et renoncent à la liberté. Souvent même cette lâche abdication du peuple ne suflit pas, et quand l'État est profondément corrompu, la tyrannie survit et continue ses forfaits sans avoir rien à combattre ni rien à redouter. Dans la longue agonie de l'empire romain, qui a duré prés de quatre siècles, on a vu let tyrans se succéder presque sans intervalle et rivaliser de déraison et d'infamie, tout en étant des maîtres absolument incontestés. On ne les tuait plus comme tyrans, mais comme d'odieux criminels; leurs successeurs n'avaient pas moins d'autorité, ni de folio, et les attentats de ceux-ci n'étaient pas moins monstrueux que ceux de leurs devanciers, jusqu'à ce qu'un châtiment nouveau vint les abattre à leur tour sans instruire ceux qui les remplaçaient , non plus que la nation qui était leur victime. C'est l'invasion des Barbares et c'est surtout le christianisme qui ont mis Un à ce hideux spectacle, commençant avec l'usurpation deCésar, et se poursuivant, sauf quelques intervalles lucides , jusqu'à la chute de l'empire d'Occident. Dans les temps modernes, on a vu des tyrans abominables même chez les nations les plus éclairées, un Louis \I en France, un Henri Mil en Anjrloterre, un Thilippe II en Espairne; mais ces tyrannies, abus d'un pouvoir héréditaire, n'ont oto que transitoires, et elles ont tenu à la fois an caractCro do la personne royale et au malheur des temps. En Russie. Pierre 1'*^ a vie un reformai our kixve plus encore qu'un tyran. De nos jours la tyrannie est à peu près impossible, du moins sous sa forme vraie: mais elle peut encore se pnv duire sous cette forme adoucie et menteuse

qu'on appelle le despotisme. Le despote fait pas moins sa Tolontë personnelle ( rintërèt commun ; mais il sait se cacba le masque des lois; et comme la doocei mœurs générales loi épargne le besoin lu de la Tiolence, son ponvoir peut dorer qu'il ne repose que sur des fondemeo neux. 11 n'en mine, pas moins sourdemc tes les forces de TÉtat, et Ton ne s'en a| que trop quand le despote vient à disfM laissant les âmes ënerTëes par une longue sance, le trésor public épuisé par des prises insensées et par la prodigalité, le ignorant de tous ses droits et de tous i Yoirs, et la société obligée de reprend œuvre de justice et de liberté au point despotisme l'avait interrompue. Xous ec eu un grand et instructif exemple dao:

histoire contemporaine ; le régne de Napc a jeté une gloire immense sur le peu{tl< çais, qui n'en avait que faire après les <\ de la République ; mais il est bien probal l'histoire impartiale trouvera que ce rt glorieux nous a fait plus de mal que di .Napoléon n'a pas été un tyran à prop dire; il a été un despote; mais cet ado ment d'un pouvoir d'ailleurs bien lourd pendu que du temps où il a paru, et a caractère personnel du prince plus ei l'indulgence qu'à la rigueur. La tyranni pose toujours un fond de mëchanceti perlldie et une continuité de crimes sont plus possibles dans notre siècle; méfaits poussée trop loin appelleraient b: la vindicte publique. C'est cette trausfor de la tyrannie en despotisme qu'Arislote voyait, il y a plus de deux mille ans, qi montrait à quelles conditions uu pou^ rannique peut se maintenir en se rappr le plus possible du pouvoir tempère c de la royauté. Le philosophe avait ass< fondement compris les choses pour ai l'avenir en quelque sorte, et le double \ qu'il a tracé du tyran dans le huitième 1 la FoiUique semble peint d'hier, tant il vaut et actuel. Mais que le tyran agisse couvert, ou qu'il dissimule ses meiiees i raines et liberticides , Aristote ne l'en i pas moins à l'animadversion et au mépr versets. Platon ne le traite pas mieux; et l'antiquité, il n'y a guère que Machii llobbes qui aient osé faire l'apologie iD< de la tyrannie, grands esprits l'un et 1 mais sourds à la voix de la conscience cris de rhumanitê.

11 est des pays où la tyrannie est com dOmique et ou les peuples n'ont point et paraissent incapables de connaître un espèce de i.*ouverncment. Telle e*t l'Afr peu près tout eniicre. L*.Vsie . souaiis toute sou étendue au desjK'^tisme dop temps immeiiioriiil , a couipio peu de vraiuioiit dignes lie ce nom Cetri , mais ^^ùi que o es peuple <. maJirro toute leur i coiiOv. li on: j aidais su s'olevor jusqu'à toiro. cl qu lis nont conserve aucun prccis de Uur passe. Us on: donc pu »■;

ULTRAMONTANTSME.

le* roïs. L'origine de cette désignation est assez ancienne et date du moyen âge. c'est-à-dire da temps où cette ambitieuse prétention de la cour de Rome se prononçait avec le plus de YiTacité au delà des monts, « ultra montes ».

L'Italie étant séparée par les Alpes du reste de TEurope, on est uUramontain en Allemagne comme en France lorsqu'on affirme que le chef des empires c'est ce pontife qui n'eût jamais songé à devenir un prince de la terre, si les Césars n'avaient pas déserté la Ville Étemelle, et qui n*aurait jamais pu l'être s'il ne s'était trouvé une dynastie d'usurpateurs en France pour lui acheter sa bénédiction au prix d'une couronne temporelle.

On a dit, en esquissant l'histoire de la politique pontiflcale {voy. le mot Papauté), comment les papes et les empereurs d'Allemagne, héritiers de Charlemagne, occupèrent le neuvième, le dixième, le onzième et le douzième siècle de leurs querelles , les uns et les autres déclarant que l'autorité dont ils étaient dépositaires était la première de toutes, et comment à la On le saint-siége, occupé par un homme de génie , Grégoire VII, devint en effet le trône lé plus respecté, le plus redouté de tous. C'est qu'alors la papauté représentait encore aux yeux des peuples une tutelle secourable.

Mais victorieuse par la main de ce moine héroïque, elle oublia aussitôt que l'assentiment populaire n'avait encouragé dans son ambition qu'une mission de bien public, et c'est alors que, de décrets en décret^, elle imagina et commença sur les royautés terrestres Tinvasion d'une dictature universelle. Bonifacc VIII est le pape idéal de l'ultramontanisme naissaut. Vieux, malade, sans argent, sans troupes, presque sans peuple, il étend la main sur la couronne du roi le plus puissant de son époque, et quand Philippe le Bel le fait attacher sur un Ane et souffleter d'un coup de gantelet de fer, il foudroie encore, comme un dieu, le prétendu sujet dont il est le prisonnier. Ce ne fut là qu'une folie, et jamais pape, en vérité, n'a été plus près queBoniface VIII de faire prendre au sérieux par les princes temporels la revendication de la suprématie imaginaire du prétre-roi ; mais il a suffi de cette étonnante tentative pour que, jusqu'à nos jours, on ait parlé comme d'un droit vaincu du coup d'audace qui la flt naître, et si les rois, si les magistrats, si les philosophes se sont ri depuis d'une si emphatique ambition , l'Eglise catholique a toujours entretenu les âmes pieuses dans le respect de la doctrine et réservé ses faveurs à ceux qui ont elTectivement cru ou feint de croire qu'elle reposait sur quelque fondement solide. A vrai dire, l'ultramontanisme n'a jamais été très-répandu en France. Nos rois, en soutenant \es> franchises de l'Église gallicane {voy. ce mot), avaient plutôt à modérer qu'à exciter le sentiment d'une souriante incrédulité qui fait partie de notre carapt^re national. Au milieu du seizième siècle •n'écrit Rîibelais. C'est au chapitre lui et sous ce titre : Comment par la ^crétales est l'or subtillement tiré Homme, ^omc , ^li ÇitteV , \C wj^wx

pu briser les sceptres , 8*ë(ait raba pieux impôts universels. Mais sa p( percée à jour par les railleurs.

«Vous aultres gens de bien, si dictz et réputez vrays christ ians , ; plie à ioinctes mains ne croire a aultre chose ne penser, ne dire, i dre, ne faire, fors seuIJemcnt ce ( nent nos sacres décrétâtes et leun ce beau Sixiesmc, ces belles Clém belles Extrauagantes. 0 liuresdeiû* serez en gloire, honneur, exaltatioi dignitez, prélations en ce monde

De tou« rouer^x,

D'nniT eha«cun redoabtex,

A tous préfères

sur tous esleuz et choisis. Car il n'( chappe du ciel estât duquel tronvie idoines à tout faire et manier que par diuine prescience et etemepré^ adonnez se sont à l'estude des saioc taies. Voulez-vous choisir ungpreox* ung bon capitaine, ung digne cheîe teur d'une armée en temps de gue bien sçaiche tous inconuénientspréoe dangiers éviter, bien mener ses geasi j et au combat en allaigresse, nerienkL tousiours vaincre sans perte de ses s^ et bien user de la victoire ? Yma-m decretiste. Non, non. le dis dd^ décréta On le voit, décrets et décréfales n'iaspt pas alors grande confiance. Il a fallu la ouverte à cette époque même entre la réi et le catholicisme, et que cette lutte prit nous le caractère d'un combat politiq»" gagé entre l'aristocratie et la démocratie qu'avec les passions aveugles de la Ligi vit l'esprit frondeur du peuple de nos faire cause commune avec les ultrarooii de Rome. Il s'était, en outre. formé réceni une sorte de conjuration pour essayer de entin triompher la doctrine ultramontame. voulons parier de la rapide eiteosion qie nait déjà la Compagnie de JMs. On put c un moment que ces opiniâtres aTeoti allaient, en etTet. réaliser le rere de face VIII. Mais rhabilcté de Henn 1> tnoi de la leur ; et la nation, ayant repns soi sens, comprit que ce n'était pas ^^^ ^^ auxiliaires, et aux gages d'uû [O^^'^'î du caractère de Philippe II, q"^'^,"?*^^ vait commencer sa vie nouvelle. Mai^ J.*^ époque on ne vit publier, par des liDr clandestines , et cela pendant quarante ei quante ans, des livres pleins d'une tneom hardie dans son égarement. Pascal »es qi

d'exécrables.

II y a ce passage dans la vingtièt»e ri ciale qui n'est pas de Pascal, si roQ^eB est de Le Maistre, mais qu'approuTait»»

entière au moment où les jésuilei sî^ le plus vivement pour lui imposer »

étrange. Ce texte s'applique à une àéc' que les docteurs de la Sorbonne venî signer contre un prédicateur d'un ni tanisme furieux.

* î\eQuis quelques siècles, dit Le M

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