UTOPIE
entraves à Tindustrie, au commerce, à Taccroissemcnt des capitaux, qu'elle les rendra à peu près impossibles. A plus forte raison son joug se fait-il sentir sur les mariages, sur Téducation des enfants, sur les testaments. Elle prescrit, comme à Sparte, les repas en commun, interdit les voyages, excepté dans certains cas de nécessité ou d'intérêt public, soumet aux regards de Tautorité les détails les plus intimes de la vie et prescrit des régies inflexibles pour toutes les occupations qu'elle veut bien permettre.
L'antiquité païenne ne nous offre pas d'autres exemples de l'esprit d'utopie ; car on ne peut attacher aucune valeur à quelques fragments perdus, comme ceux d'iiécatée d'Abdère, d'Evhémére, de Théopompe, qui ne sont évidemment que des réminiscences des idées de Platon; et quant à la République ùe Cicéron, elle est moins l'œuvre de l'imagination et de l'esprit de système que du patriotisme et de la passion politique; on n'y trouva qu'une apologie partiale des vieilles institutions de la république romaine.
Le moyen âge nous ramène aux utopies religieuses , dout la plus brillante assurément et la plus hardie est celle de Grégoire VII. Nous l'avons déjà dit, la théocratie universelle n'a jamais existé que dans l'ambition de ce grand pontife. L'état du monde , à l'époque où elle s'est produite, et la nature générale de la société en ont toujours fait un rêve irréalisable.
Mais après avoir rencontré la résistance des faits, la pensée de Grégoire YII est entrée dans le domaine de la spéculation. Elle a pris pussession de la philosophie et de la théologie par les ouvrages de saint Thomas d'Aquin et de Gilles de Home . notamment par le De regimine principum et le traité De ecclesiastica potestate. Une autre utopie, éclose à la même époque, entre la Mu du douzième et le commencement du treizième siècle, mais qui tient peut-être autant de la philosophie que de la religion, c'est celle qui porte le nom de Tabbé Joachim et que renfermait Je livre de V Évangile éler)iel. Réunissant les principes panthéistes d'Amaury de fiène et de David de Dînant à quelques textes mal compris de TÉvangile , les partisans de cette doctrine attendaient le règne du Saint-Esprit ou de l'amour appelé à succéder au Fils comme le Fils avait succédé au Père. Pendant cette période de notre histoire, que les deux précédentes n'ont fait que préparer, toute différence et toute inégalité devaient disparaître sur la terre, même celle du vice et de la vertu, car toutes les passions seraient sanctilièes, la chair et l'esprit réconciliés, ou plutôt confondus entre eux, cesseraient de se disputer la prééminence; la suppression de la guerre, la communauté des biens et des femmes, feraient de tous les hommes une seule famille.
Avec la Renaissance nous voyons reparaître l'utopie purement philosophique, et c'est le ministre d'un despote, le chancelier de Henri YIU, Thomas Morus qui , en la rappelant à la vie , lui a donne son vrai nom. Tout n'est pas chiméri-
que dans le lirre de Thomas Morus. D xnkm une critique extrêmement profonde et avèe de la politique, de rëconomie politique «le la législation de son temps. Et mèmeqMll parait s*abandouner aux caprices de Miaih gination, quand il expose arec comphinBi les institutions et les lois du pays d*Cto|ie,l y a une distinction à faire entre sa contifii politique et son organisation sociale. Up^ miére est tout simplement le gouvencMi représentatif inclinant à la république, im un sénat, une assemblée du peuple, un irsident nomme k Yie , et Tëlection i tout ta degrés du pouvoir, du pouvoir spirituel du pouvoir temporel. La seconde se dans le communisme avec quelques*iuii de éléments qui ont servi plus tard à la coutrai tion du système pbalanstérien. C'est asseipoi nous convaincre que le communisme de Mon ne dérive pas du môme principe philosophiqii que celui de Tlaton. Autant celui-ci dcmeai idéaliste, même dans ses plus déplorables aj plications, autant celui-là incline au sensm lisme. Ce n'est plus en vue de leur perfectic morale, mais dans l'intérêt de leur boohei commun que les hommes , selon le pbilosopl anglais, doivent renoncer à la propriété. Usai que ce but leur soit proposé pour que le tr; vail, devenu à la fois plus fécond et plus agm ble, satisfasse à tous les besoins de la sociei La journée ne sera que de six heures : tro heures avant le dlncr et trois heures avaol I souper. On évitera la fatigue par la diversib car chaque citoyen, exerçant à la fois plusietu professions, pourra passer alternativement ( l'une à l'autre. 11 lui restera donc assez •: loisir pour se donner toutes les jouissances <. rétude et de la conversation , pour goûter toi les plaisirs que procurent les beaux-arts.
Cependant Thomas Morus ne pousse pas l'i lusion jusqu'à croire que tous les mctie indistinctement pourront se prêter à cette coi binaison. 11 en reconnaît de rudes et de r poussants qu'on n'exerce que par nécessit Mais ceux-là seront le partage des esclari publics, réduits à cette condition en expiatii de leurs crimes , ou achetés par l'Etat djn< V pays étrangers. Ainsi voilà l'esprit d'utopie q ressuscite, au sein du christianisme, rinstitutu des ilotes. Remarquons que les citoyens eu mêmes ne sont pas bdhicoup mieux traites.! loi, comme la discipline d'une caserne ou règle d'un couvent, intervient dans tous 1 détails de leur vie. C'est elle qui décide ^ leurs vêtements, de leur nourriture, de Uu travaux , de leurs distractions , sans laisser moindre place à leur liberté et à leur inte! gence.
Si Thomas Morus fait bon marché de b berté , il garde au moins quelque lufsurc uv la morale. Il respecte le mariaij:e, il cunsorv jusqu'à un certain point, les droits de la oo science en fondant sa religion nationale » le déisme. Tous ces ménagements dispar^i stMit dans le système de Canipanella, et ceh ; conçoit, puisque le panthéisme eu est la bas Le panthéisme confond l'hoinme, la nature