LITTÉRATURE
produits très-dhrers et très-opposés. L'influence qni appartient à un genre littéraire , n'est pas da toQt la même que celle qui appartient à on antre, et pour nous borner à la division la phis luge qui puisse exister des œuvres littéraires, U est clair que Taction de la prose est anssi diamétralement le contraire de celle de la poésie, que la conservation est le contraire de la réTolntion, et que le passé est le contraire dn présent II y a des peuples, chez lesquels cette action de la littérature apparaît dès le commencement de leur histoire et va toujours ea grandissant; il y en a d'autres chez lesquels die n'apparaît que très-tard et lorsque la plus prxaàe partie de leur histoire s'est écoulée déjà; il y en a d'antres encore, chez lesquels fHe ne fait que passer à la manière d'une troinhe et d*un orage. Enfin dernière difficulté, les hommes illustres en qui se personnifie cette action de la littérature, ne sont autres que ces coorears, dont parle Lucrèce, qui se passent de main en main le flambeau de la vie. En conséquence lorsque , pour simplifier la question , on vent s'arrêter à un point donné du temps, on s*apercoit bien vite que chacun de ces hommes iûustres a des ancêtres, et que l'inllnence de la littérature dans tel ou tel siècle ne pents^xpliquer sans le secours des siècles précédents. On se trouve ainsi en face d'une série de rapports de succession , qui d'efTets en effets vous ramène jusqu'à une cause première de date et de nom inconnus et qui est tout simplement le premier homme qui a pensé. Force nous est donc de nous borner à quelques gé- Déralités importantes.
Cette influence de la littérature a toujours eiistè, mais ce n'est qu*à une époque encore tnès-rapprochée de nous qu'elle est devenue toQte-pnissante. La littérature n*a commencé i être réellement un agent distinct des autres 2rands agents moraux de l'humanité qu'à partir de la découverte de l'imprimerie , et le seizième siècle, dont la date est si près de nous, est rage héroïque de l'histoire de cet agent Bonveau. Jusque-là, sauf quelques exceptions éclatantes, la littérature avait toujours conservé le cachet de son origine. Dans les antiques ci- Tflisations sacerdotales et guerrières, la littérature avait été tout , on peut le dire ; mais en •étant tout , elle n'était rien. EUe était l'hymne que les prêtres apprenaient à la foule, le «"hant de guerre ou de triomphe qui célébrait la £rloirc des combats, le cantique prophétique '}aï donnait à l'homme le secret de ses desti- Bées et des destinées de sa race; mais l'enthousûsme , la ferveur et le courage qu'elle inspirait ne lui appartenaient pas. Ce n'était pas elle <^i parlait , mais la religion , l'esprit de caste, 1 ardeur guerrière, tous les grands agents moraux, en un mot, qui ont servi de guides à l'humanitè et avec lesquels elle se confondait. Elle «^tait la Toix , le verbe de puissances divines, mais ce verbe était intimement uni à ces puissances, et ne s'était pas incamé dans une perf4mnàUié distincte, en sorte qu'on peut dire de la littérature, comme du mystère du Verbe chrétien , qu*elle était dès le commencement
des choses , mais qu'elle ne s'est révélée aux hommes qu'à une heure donnée du temps.
Dans l'antiquité classique, c'est-à-dire en Grèce et à Rome, le mystère s'est accompli, le verbe est devenu chair et a pris une personnalité bien distincte. La littérature séparée de son berceau divin commence une vie profane en dehors du sanctuaire; le sage est distinct du prêtre, le poëte est distinct du prophète, l'historien est distinct de l'honmie de guerre et d'action. Plus les siècles s'écoulent et plus cette individualité devient nette et tranchée. En Grèce la littérature de la grande époque se rattache tout entière à l'inspiration héroïque des poëmes d'Homère et conserve encore dans sa liberté quelque chose de sacerdotal et de sacré; mais à Rome ce caractère a disparu entièrement ou ne se laisse apercevoir que dans le souvenir des œuvres perdues d'époques à demi fabuleuses. Là le poëte, l'historien, le sage sont aussi séparés déjà de toute influence sacerdotale qu'ils le sont dans notre moderne civilisation. Ce sont de simples individus qui ne relèvent que d'euxmêmes , de leur propre inspiration , de leur propre conscience, et qui s'attribuent le droit, en vertu de cette inspiration et de cette conscience, de juger les actions des hommes de leur temps, et de peser autant qu'ils peuvent sur leurs décisions. L'honmie de lettres moderne est déjà trouvé , et la littérature a revêtu la forme qu'elle ne quittera plus. C'est à Rome et non en Grèce que la littérature a pris son caractère définitif, celui sous lequel nous la connaissons, celui sous lequel la connaîtront désormais les hommes de tous les temps Jusqu'à la consommation des siècles. C'est là seulement qu'elle a endossé son costume profane, laïque , c'est là que de sa propre autorité elle s'est instituée souveraine et juge, c'est là qu'elle s'est attribué le droit de parler en son nom seul.
Sous cette deuxième forme, la littérature a rendu à l'humanité les plus grands services, et encore aujourd'hui, nous, les derniers nés du temps, nous vivons en partie de ses bienfaits. Cependant, quoiqu'eUe ait accompli un fait des plus considérables, — la transformation des mœurs et par suite de la constitution romafne sous l'action de la philosophie grecque . — son influence fut beaucoup plutôt intellectuelle que politique. Elle eut pouvoir sur les individus plutôt que sur l'ordre général des choses; les caractères et les intelligences lui durent beaucoup , les faits lui durent peu. Mais en revanche cette actiou ainsi bornée eut sur l'individu un empire qu'elle n'a jamais retrouvé au même degré. Plus tard la littérature a bien pu pénétrer les masses, mais elle n'a pu exercer la même influence sur chacun des individus qui les composent. L'opinion qu'elle donnait à l'homme, s'imposait à lui et s'emparait de lui tout entier, tandis que, de nos jours, nos opinions peuvent très -aisément être séparées de nos personnes. Dans l'antiquité tout stoïcien était stoïcien, tout épicurien était épicurien, tout péripatéticien était péripatéticien depuis l'intelligence jusqu'aux mœurs, depuis l'i