‹ Dictionnaire général de la politique (volume 2)Chapitre 77 sur 260 · LUXE. — LYNCH (LOI DE · texte numérisé non relu

LUXE. — LYNCH (LOI DE

prix des services qii*il en reçoit. Nous n*en NBBes pas là. L^impôt indirect se prélève encore partout L^impôt indirect n^est, au fond, que le moyen de prendre plus à ceux qui peureot plus aisément donner et de prendre à tous de la façon la moins directement sensible. Eh bien, Timpôt de loxe répond à ce double but. Llioaimey par exemple , qui tient chevaux et voitures, qni a un nombreux domestique, qui t maisons de viUe et de campagne, pourra , isseï généralement, supporter une surcharge d'impôt arec plus de facilité que son voisin qm n*a rien de tout ce luxe; le bourgeois, fonvrier même, qui surpaye le litre de cognac on la livre de tabac, sent beaucoup moins la mi^ du fisc que si celui-ci venait puiser directement dans sa bourse. L'impôt de luxe a déplus TaTantage de réparer quelque peu Finégalité de répartition , grâce à laquelle les impôts de consommation ordinaires pèsent sur les classes nécessiteuses plus lourdement que sur les antres classes de la société. Dans le régime actnel des impôts, les impôts sur le luxe sont un expédient tout indiqué ; qu'on ne les exagère pas an point de comprimer la consommation quMIs frappent et les industries qii*dle alimente, et ces impôts peuvent sans isconvénient être exploités Jusqu'au jour , hélas 1 bien lointain , d'une réforme sérieuse et rMlicale des impositions. J. E. Horn.

LUXEMBOURG. Voy. Pays-Bas.

LTHCH (LOI DE), lynch-law. On ne sait pas exactement quel était le personnage qui, dans rAmériqne du Nord , a donné son nom à cette fônne de procédure sommaire suivant laquelle le peuple, sans aucune formalité légale et sans appel, saisit le criminel, le condamne et Texécute séance tenante. Ce qu'on rapporte de plus probable, c*est que Lynch était un fermier de la Tiiginie, qui trouvait plus simple de se faire justice à lui-même, que de recourir aux tribuoanx; il était tout à la fois le juge et le bourreau. L*imaginatlon populaire, frappée sans doute des excès de ce redoutable justicier , a consacré son nom, en l'entourant d'un prestige sinistre; le juge Lynch est encore un sujet d'efltoi à cause des souvenirs vagues, mais terribles qu*il rappelle et des appréhensions qu'il caose dans un pays où personne n'est sûr de oe pas être lynché le lendemain. 11 n'avait , il bot bien le dire, aucune idée de ce que nous appelons aujourd'hui la séparation des pouvoirs, et Q agissait en conséquence. Ce qui le justifie 00 loi sert d'excuse, c'est qu'il était entouré d'ennemis; entre la population indigène d'un rôté et ses nègres de l'autre, il était en butte à mille dangers. Que pouvait-il faire? Pour recourir à la justice, il faut des tribunaux et probablement il n*en existait guère alors en Virginie. Vise défendait donc. Grotius a prévu le cas: là où il n'y a ni justice, ni tribunaux, en pleine mer par exemple, chacun conserve la lit>erté naturelle: manet vêtus naiuraiis /tberias.

Depuis que les États-Unis se sont constitués»

leur organisation régulière n*a pas fait disparaître la loi de Lynch, et tous les jours il nous arrive quelque nouvel exemple de son application. Voici en général comment les choses se passent: Un de ces grands crimes, qui portent partout l'épouvante et l'indignation, tels que l'incendie, le viol ou l'assassinat, vient-il d'être commis, la population se soulève en un instant; le coupable est poursuivi, traqué, arrêté et conduit sur la place publique. Ordinairement, les magistrats interviennent et demandent au nom de la loi que le coupable leur soit livré. La foule délibère, vote et décide qu'elle jugera elle-même sur-le-champ; les magistrats se retirent en protestant. Inimédiatement le jugement commence, une sorte de présidence s'organise, les témoins sont entendus; le président consulte la foule, offre la parole à qui veut la prendre pour la défense de l'accusé; s'il se trouve un défenseur, on l'écoute religieusement; la condamnation n'est prononcée qu'après; puis sans désemparer, en présence du peuple, qui vient de faire acte de souveraineté et qui surveUle l'exécution de son jugement, une potence s'improvise et le condamné, suivant l'expression usitée, est lancé dans l'éternité. Ces sortes d'exécutions, très-fréquentes aux États- Unis, ne sont pas réprimées; elles sont excusées et tolérées par les mœurs.

Cela ne veut pas dire, cependant, que la Constitution américaine les approuve; bien loin de là. Elle a organisé la justice criminelle sur des bases toutes différentes avec un libéralisme et une sagesse qui n'ont rien à envier aux législations de la vieille Europe. Il n'est pas sans intérêt d'en rappeler les dispositions:

«r Aucune personne ne sera tenue de répondre à une accusation capitale ou infamante , à moins d'une mise en accusation émanant d'un grand jury; la môme personne ne pourra être soumise deux fois pour le même délit à une procédure qui compromettrait sa vie ou un de ses membres. Dans aucune cause criminelle l'accusé ne pourra être forcé à rendre témoignage contre lui-même et il ne pourra être privé de la vie, de la liberté ou de sa propriété que par suite d'une procédure légale.

c Dans toute procédure criminelle , Taccusé jouira du droit d'être jugé promptement et publiquement par un jury impartial de l'État et du district dans lequel le crime aura été commis ; il sera informé de la nature et du motif de l'accusation ; il sera confronté avec les témoins à charge; il aura la faculté de faire comparaître des témoins en sa faveur, et il aura l'assistance d'un conseil pour sa défense. » {Constitution des États-Unis ; Amendements, art. 5 et 6.)

S'il ne s'agissait que de montrer les inconvénients , les dangers , les abus de la loi de Lynch , de ces jugements populaires qui ressemblent bien plus à des voies de fait et à des émeutes qu'à des décisions judiciaires, et qui ne présentent de garanties, ni à la société , ni à l'accusé, il ne serait pas nécessaire de faire de longs discours ; il est évident que le jugement dont nous venons de rapporter on exem-

MACmAyÉLISME.

làCIUYtLISME. S'U peut y ayoir diverlences d'opinion sur Machiayel, on est una- ■ine, grice au ciel, sur le machiaTélisme; que d'aiHenrs ce système de politique appartienne rédlonent, ou n^appartienne pas à celui dont il porte et flétrit le nom. U n'est personne qui att isseï d'imprudence -ou de cynisme pour €ser en faire ouvertement l'apologie. U y aura Um toujours des cœurs penrers pour le pratiquer de propos réfléchi, et des cœurs faibles pour s'y laisser entraîner par F intérêt; mais )e respect humain a du moins remporté cette Tictoire qu'on ne peut parler du machiavélisme qoe pour le maudire et le repousser. Des rois, même parmi les moins scrupuleux» ont cru deroir le combattre, et ils ont répudié hautement U solidarité des conseils odieux qui leur étaient donnés. Le grand Frédéric et Voltaire, dans les pures exaltations de leur première amitié, se sont unis pour écraser le Prince de Machiav^ sous une réprobation éclatante; et l'on peut Toir de quel ton ils le traitent Tun et rautre: «Combien n'est pas déplorable, dit Frédéric, alors prince royal (novembre 1740), b situation des peuples, lorsqu*iIs ont tout à craindre de l'abus du pouvoir souverain, lorsr que leurs biens sont en proie à l'avarice du prince, leur liberté à ses caprices, leur repos à son ambition, leur sûreté à sa perfidie, et leur vie à ses cruautés! C'est là le tableau tragique d'un État où régnerait un prince comme MsKhiavel prétend le former. » Voltaire, à qui le jeune homme avait fait dés longtemps confidence de son louable projet, l'y encourage et U lui dit (20 mai 1738): « C'était aux Borgia, père et flls, et à tous ces petits princes qui araient besoin de crimes pour s'élever, d'étudier cette politique infernale. Il est d'uo prince tel que vous de la détester. Cet art, qu'on doit mettre à côté de celui des Locuste et des BrinfiOiers, a pu donner à quelques tyrans une puissance passagère, comme le poison peut procurer un héritage; mais il n'a jamais fait ni des grands hommes ni des hommes heureux; cela est bien certain. A quoi peut-on parvenir par cette politique affreuse? Au malheur des autres et au sien même. Voilà les vérités qui sont le catéchisme de votre belle âme. » — La définition du machiavélisme est très-simple, et l'on peut aisément la faire sans la moindîre déclamation, tout en chargeant le tableau des couleurs les plus sombres. Le machiavélisme est le sacrifice de tous les principes é un seul, l'intérêt ; la violation de toutes les lois de la morale immolées au succès. Cette définition assez innocente peut sembler an premier coup d'œil n'être pas tout à fait adéquate au défini , et l'on ne voit peut-être pas fout d'abord la série des conséquences effroya-

bles qu'elle contient. Mais à y regarder avec soin, on se convaincra que cette simple maxime étant admise comme régie suprême de conduite, il n'y a pas de forfaits, quelque épouvantables qu'ils soient, auxquels elle ne doive mener. Une fois qu'on est sorti des limites de la justice et du devoir, quel motif de s'arrêter sur la pente fatale? et puisque quelques pas de plus peuvent mener au but si ardemment poursuivi, pourquoi ne pas les faire? 11 n'y a qu'une seule raison qui en réaltté empêche de pousser jusqu'au bout ce renversement de toutes les lois divines et humaines: c'est rhnpuissance, soit qu'elle vienne des facultés individuelles, soit qu'elle vienne des obstacles extérieurs. M'est pas scélérat qui veut; et le crime porté à un certain degré est peut-être plus rare encore que la vertu. Seulement dans la voie contre nature où il est engagé, plus il avance, plus il s'égare; et à mesure qu'il s'étend et se développe, sa monstruosité s'accroît jusqu'à ce qu'il arrive enfin à ces sommets presque inaccessibles où trône, comme modèle accompli du genre, un César Borgia, le héros de Machiavel et l'exemplaire de son Prince, Le machiavélisme commence par le mensonge, dont il se sert comme les autres hommes se servent de la vérité. Si le mensonge ordinaire n'y suffit pas, il emploie le mençonge solennel, qu'on appelle le parjure, pour rassurer ses victimes et les faire plus sûrement tomber dans le piège. Ce sont là ses plus innocents moyens. Mais comme le mensonge a bien vite excité la défiance, et mis les gens sur leurs gardes, il faut recourir à des armes plus efllcaccs, c'est-à-dire à la violence sous toutes ses formes, depuis la spoliation qui affaiblit les adversaires jusqu'à l'assassinat caché ou public qui les supprime. Voilà en quelques mots la carrière du machiavélisme; mais il est peu d'hommes, même entre les plus mauvais, qui soient de force à la parcourir tout entière; il y faut des consciences déshéritées de toutes les notions du bien et du mal, et aveuglées par un désir effiréné des jouissances et du pouvoir. Quand au faite des grandeurs il se rencontre des âmes de cet ordre, des âmes cadavéreuses, comme dirait Rousseau, il n'y a rien alors que ne puisse rêver et accomplir la perversité unie à la puissance. A un premier crime qu'on a commis impunément, s'ajoutent bien vite tous les autres crimes que la passion enfante et que réalisent des cœurs qui ne sentent pas l'horreur de leurs actes et ne craignent plus d'en être châtiés. Comme l'a très-bien remarqué Voltaire, on ne fonde rien par le machiavélisme; et tout le succès qu'il peut remporter, quand il réussit, n'est qu'un succès passager, rarement aussi

HÂCHUmSLISME. — MACHINES.

La ooDBcience publique aurait éclairé et réglé celle du conquérant en Fempéchant de l'abaisser au rôle de spoliateur. Il n'est pas présumable d^ailleurs que Napoléon lui-môme n'aii pas senti sa faute et rindignité de sa conduite. Mais il s'a^sait de la couronne d'Espagne; et rirrésistible Omnia pro dominatione loi fit croire qu'en dépouillant ce pauvre vieux sourerain, U complétait FEmpire français et son systôme politique. Grande leçon, mais leçon peu profitable tant que les hommes auront plus de convoitises que de vertu, et plus de passions que de sagesse I

Babthélemy Sàint-Hilaibe.

MAGHIUES. Nos arrière-neveux auront un jour de la peine à comprendre que les machines, ces utiles auxiliaires de Thomme, aient pi susciter des haines, causer des émeutes sanglantes, provoquer des actes de stupide bar* barie. Et pourtant, les faits sont là pour en téiBoigiier» nous n'exagérons rien.

D*où venaient ces sentiments hostiles? aurait-on méconnu les bienfaits que ces puissants engins sont destinés à rendre à Thumanité? Pas un seul instant. On savait parfaitement que les machines centupleraient les produits, et qu'en diminuant' les prix de ces produits elles les mettraient à la disposition d'une classe de la population qui en était privée auparavant Seulttnent ceux qu'on pourrait appeler les Vandales de l'industrie ne voulaient pas que le progrés eût lieu à leurs dépens. La machine nous prend notre pain, détruisons-la 1 Tel était leur raisonnement

Les myopes! S'ils avaient laissé la machine s'établir, ils auraient vu en peu de temps leur salaire augmenter considérablement. Le sacriilce qu'on leur demandait n'allait pas au delà de celui que fait tous les ans le cultivateur en confiant au sol la graine qui doit produire la récolte , ou le capitaliste qui bâtit une fabrique. Le cultivateur et le capitaliste attenderU. 11 s'agissait pour les ouvriers aussi d'attendre, et ils ne couraient pas en même temps le risque de perdre leur avoir.

Maintenant que les machines existent en grand nombre, — on les a souvent établies per fas et ne/as , —et qu'elles ont réellement fait monter les salaires, les économistes peuvent dire fièrement: « N'avions-nous pas raison de soutenir que la machine , en faisant baisser le prix de l'objet fabriqué , aura le double effet, de mettre à la disposition de l'ouvrier des jouissances nouvelles, et de multiplier la production à un point tel , que les bras occupés dans nne industrie quelconque deviendraient insuffisants dés qu'elle aurait appelé la mécanique a son secours. » Voilà ce que les économistes prédisaient et voilà ce que les faits ont presque universellement confirmé.

n y a eu peut-être quelques rares exceptions. Encore ne les connaissons-nous pas , mais nous les admettons conmie possibles. Était-ce une raison pour maintenir Tancien état de choses ? Fallait-il que la société continuât de consacrer un travail exagéré à un produit, seulement pour

que quelques ouvriers n'aient pas à se donner la peine de chercher une nouvelle occupation? Ces mêmes ouvriers qui se plaignent , et qui sont en effet momentanément dignes d'intérêt, n'auraient -ils pas abandonné sans hésiter le boulanger de droite pour acheter chez le boulanger de gauche un pain moins cher d'un centime ? Se préoccuperaient-Us de la ruine de leur ancien fournisseur?

Ainsi, la société marche, et doit marcher; si ses progrès causent quelques souffrances momentanées , transitoires, on vient en aide à ceux qui souffrent , on leur facilite le passage d'un état dans l'autre; mais on ne s'arrête pas, c'est impossible!

L'honune qui jouit de la plénitude de sa raison le sait de reste. Ge n'est que dans un moment d'aveuglement ou de passion qu'on tente de s'opposer au progrés. Ces ceut ouvriers qui démolissent une fabrique, peuvent-ils oublier d'ailleurs que dés demain mille soldats seront là pour aider la justice à exercer la vindicte de la société? Au moment où ils s'occupaient de l'œuvre de la destruction, ils ne raisonnaient pas, ils étaient ivres de passion, peutêtre môme

La question peut être considérée comme jugée maintenant La machine régne et gouverne, c'est un fait acquis , accepté. Elle a créé une foule d'industries nouvelles et transformé les anciennes. Mais ici se dresse un nouveau problème. Ge n'est plus le pain matériel qui parait menacé, mais le pain moral, la vie de famille : le remplacement de la petite industrie par la grande, de la petile qui consiste dans le travail domestique, où le père est aidé de sa femme, où il dirige ses enfants, et reste son maître et le leur, et de la grande où un capitaliste s'entoure de centaines, de milliers d'ouvriers et constitue une ruche, une fourmilière. Nos ouvriers et nos ouvrières deviendront-ils volontairement semblables à ces insectes que la nature a rendus stériles, et qui ne travsdllent que pour autrui !

Ge serait faire injure à la nature humaine. L'homme est essentiellement progressif, U a, de plus , des besoins d'affection qui sont quelquefois des mobiles d'une très-grande puissance. Par conséquent, il ne saurait s'établir dans la société une organisation défectueuse sans que la réaction conmicnce et n'arrive à faire cesser les causes de nos souffrances.

Du reste, nous ne croyons pas que la grande industrie n'absorbe jamais complètement la petite. Il restera toujours une foule de services à rendre pour lesquels nous préférerons l'artisan au fabricant, et la petite industrie conservera une position importante dans la société. Quant à la grande, nous la traiterons comme l'abeille, nous prendrons le miel en évitant le dard.

En résumé, il serait prématuré de vouloir déterminer dès aujourd'hui l'influence des machines; leur ère ne vient que de couunencer, nous n'en avons pas encore tiré tous les avantages qu'elles doivent produire; si elles doivent, comme toute chose dans ce monde, avoir

MÂDAGASCAB. — MAGISTRAT.

lenioii officielle, les récits les plus autorisés aiivent que le représentant de Fempereur a acoonpagnè sa reconnaissance de cette déclalatioa « <iQe Temperenr Napoléon, en recon- Biiisant Radama comme souverain de l'Ile, espérait bien n*aT0ir Jamais à faire revivre les Mttà de la France. • La mort de Radama, violemment assassiné au mois de mai 1 863 par son eatoorage, n* emporte pas dans sa tombe le secret de cette négociation, puisque Tambassadeor français existe; un jour sans doute on la connaîtra.

Onoi qa'û en soit, l'élévation au pouvoir de ce prince, au mois d'août 1861, fut suivie, ainsi qœ nons l'avons dit, de deux traités d'amitié et de commerce, conclus l'un avec la France, Fntre avec l'Angleterre, dont les délégués asBstèrent à son couronnement. Le traité avec la France porte la date du 12 septembre 1862, eoBchi à Tananarive, entre H. le capitaine de vaisseau Dapré, au nom de l'empereur, et trois personnages de la cour hova au nom du roi (le commandant en chef, le ministre des affaires étrangères, le ministre de la justice), n comprend 24 articles, plus un article additionnel, portant suppression des droits de douane, tant à rentrée qu'à la sortie; il a été promulgué, par décret impérial du il avril 1863. (Bulletin ie$ Ms 1102, n* 11U89.) — Le traité avec T Angleterre porte la date de Tananarive, le 5 décoDobre 1862, et pour négociateur du côté de TAngleterre M. Tliomas GonoUy Pakenham, consnl de S. M. Britannique ; les représentants de iadama sont le commandant en chef (Rainiloiarivonf), le ministre de la justice (RainikeUika) et les trois secrétaires d'État au ministère des albires étrangères {Ratnarinako, Razanakembana et dément Laborde fils). Les principales claoses de ces traités, pareils à peu de différence près, sont les suivantes :

Paix constante et amitié perpétuelle. — liberté réciproque d'entrer, résider, circuler, eoounercer; garantie des privilèges, iumiuoités, avantages accordés à la nation la plus favorisée. — Liberté d'enseignement des religions chrétiennes, avec toutes les franchises qui en dérivent; liberté de culte reconnue aux Malgaches. Droits réciproques de tonnage et d'importation, franchises de navigation d'après le traitement de la nation la plus favorisée. — Renonciation à tonte prohibition d'importation et d'exportatioiL — La juridiction sur les étrangers réservée aux consuls étrangers. — Successions, biens des naufragés attribués aux ayants droit étrangers.

En même temps que le roi Radama signa le traité avec la France, il ratifia et signa une vaste concession de terres et d'industries qu'il avait accordée, quelques années auparavant, n* étant encore que prince héréditaire, à M. Lambert, son représentant en France. Pour l'exploitation de ces richesses une société anonyme fat constituée à Paris sous le titre de Compa- §me de Madagascar financière, industrielle et commerciale, et autorisée par décret impérial du 2 mal 1863. M. le baron de Richemont, sénateu; en ^t nonmië gouverneur. Elle orga-

nisa aussitôt pour se rendre sur les lieux une mission d'exploration qui partit vers la fin de mai 1863, avec M. Lambert et M. Dupré, porteur de la ratiflcation du traité par l'empereur. En arrivant dans l'océan Indien, le plénipotentiahre de la France apprit la terrible révolution de palais accomplie, durant son absence, à Tananarive. Le 12 mai le roi Radama, avec une trentaine de ses favoris, avait été étranglé par le parti des anciens officiers et de l'aristocratie hova, voulant ressaisir le pouvoir et le prestige dont ils jouissaient sous la reine Ranavalo. Son épouse, Rabodo, avait été proclamée reine de Madagascar, sous le nom de Rasohérina, et avait juré une espèce de constitution. M. Dupré, rendu dans les eaux de Tamatave, dans le courant de juillet, fit savoir à la cour d'Émyrne qu'il était porteur du traité ratifié, dont il demandait l'exécution, ainsi que de la charte Lambert, dont une Compagnie était devenue cessionnaire. Refàs du gouvernement hova, à moins d'importantes modifications. Après de vains pourparlers, M. le conunandant Dupré a dû quitter la rade de Tamatave, convaincu de l'échec définitif de sa politique pacifique et diplomatique, contre l'obstination persistante des Hovas. Le consul de France a amené son pavillon. Les relations politiques sont rompues et les relations commerciales de nouveau entravées par le rétablissement des droits de douane.

Jules Duval.

MADAME. Titre que portaient, sous les Rourbons, les filles des rois de France et les fenunes des frères aînés de ces rois: les deux femmes de Philippe, duc d'Orléans, frère de Louis XIY (Henriette d'Angleterre et Charlotte-Elisabeth de Ravière , princesse palatine); les filles de Louis XY, les princesses de Savoie, femmes des comtes de Provence et d'Artois (depuis LouisXVIH et Charles X), sont les plus célèbres de ces princesses.

Madame Elisabeth était la sœur de Louis XVI; Madame Royale, depuis duchesse d'Angoulème, était sa fille. J. n£ a

MADEMOISELLE. Titre des filles de Monsieur, frère du roi, et de Madame. 11 ne se donne guère qu'à la fille de Gaston d'Orléans, qu'on appelle aussi la grande Mademoiselle et à la fille du dernier duc de Rerry , depuis archiduchesse de Parme. J. ns R.

MAGISTRAT. A Rome, ma^'j^rafia désignait la fonction aussi bien que le fonctionnaire. Toutefois tous les fonctionnaires n'étaient pas des magistrats. Cette désignation ne s'appliquait qu'aux anciens rois, aux dictateurs , à leur adjoint (magister equilum), aux consuls, aux censeurs et aux préteurs. Plus tard les questeurs et d'autres encore furent également comptés parmi les magistrats, et l'on distingua entre magistratus majores et minores.

Dans les temps modernes on retrouve le magistrat:

10 En Allemagne, oùl'on comprend sous cette expression le comité exécutif de la municipa-

MAHOHÉTISME.

seconde recension sons celui d^Othman. Cette éditMm est arrîTëe jusqu'à nous sans variantes bien essentielles.

U ne semble pas que Mahomet ait rien vu an delà de rhorizon de TArabie , ni qu'il ait toogé que sa religion pût convenir à d'autres qn'ïDX Arabes. Le principe conquérant de Tislamisme, cette pensée que le monde doit de- Tcnir musuiman, parait avoir été une pensée d'Omar. C'est lui qui, après la mort de Mahomet, gouvernant en réalité sous le nom du bible Abon-fiekr, au moment où l'œuvre du prophète à peine ébauchée allait se dissoudre, arrêta la défection des tribus arabes et donna à h religion nouvelle son caractère universel. Cfst le saint Paul de l'islam.

Dans le cercle des Udèics primitifs, en cfTet, panni ceux de la Mecque qui avaient suivi Je prophète à Mèdine et ceux de Médine qui l'afaient secouru, la foi était à peu près absolue; mais si nous sortons de ce petit groupe, qui ne dépassait pas quelques milliers d'hoounes, DOQS ne trouvons autour de Mahomet, dans tout le reste de l'Arabie , que Tincrédulité la moins déçoisée. La foi musulmane avait trouvé, chez les lamilles riches et fièrcs de la Mecque, un centre de résistance dont elle ne put triompher entièrement Les autres tribus de l'Arabie n'embrassèrent l'islamisme que par force, sans s'inquiéter des dogmes qu'il fallait croire , et sans T attacher d'importance. Certaines parties de rinbie ne sont devenues complètement mu- SBhnanes qu'au commencement de ce siècle, par le mouvement wahhabile.

Le parti des musulmans sincères avait sa Isrce dans Omar ; mais, après l'assassinat de ce dernier, le parti des opposants triompha par relcctioo d'Othman, neveu d'AbouSofyan, c'està-dire, du plus dangereux ennemi de Mahomet. loQt le kbaiifat d'Othman fut une réaction contre les amis du prophète, qui se virent écartés 4et alEaires et violemment persécutés. Dès lors, ûi oe reprirent jamais le dessus. Les provinces se pouvaient souffrir que la petite aristocratie àes Mohadjir et des Ansar, groupée à la Mecque et a Médine, s'arrogeât à elle seule le droit d'éiire le khalife. Ali, le vrai représentant de la tradition primitive de l'islamisme , fut , durant la fie entière, un homme impossible , et son élection ne fut jamais prise au sérieux dans les pTDTiDces. La Perse seule se rattacha à lui, et, par esprit d'opposition contre Tesprit sémitique, rendit au moins païen des hommes un culte toat empreint de paganisme.

L'avènement des Oinéyyades mit ces tendances dans tout leur jour. De toutes parts on '.eadait la main à cette famille, devenue syrienoe d'habitudes et d'intérêts. Or, l'orthodaiie des Oméyyades était fort suspecte. Ils buvaient du vin , pratiquaient des rites du paganisme, ne tenaient aucun compte de la tradition, zidu caractère sacré des amis de Mahomet. Ainsi s'eiplique l'étonnnnt spectacle que présente le premier siècle de l'Hégire , tout occupé à exterminer les vrais pères de l'islamisme. Par toutes I4 voies nous arrivons donc à ce résultat singuittr, que le mouvement musulman s'est produit

presque sans foi religieuse. De là, cette indécision où flottent, jusqu'au douzième siècle , tous les dogmes de la foi musuhnane; de là, cette philosophie hardie proclamant sans détour les droits souverains de la raison; de là ces sectes nombreuses, couOnant parfois à l'infidélité la plus avouée, Karmathes, Fatimites, Ismaéliens, Druzes, Haschischins, sectes secrètes à double entente, alliant le fanatisme à l'incrédulité, la licence à l'enthousiasme religieux, la hardiesse du libre penseur à la superstition de l'initié. Ce n'est réellement qu'au douzième siècle que l'islamisme a triomphé des éléments indisciplinés qui s'agitaient dans son sein , et cela par Tavénement de la théologie ascharite, plus sévère dans ses allures, et, par l'extermination violente de la philosophie.

Cette philosophie offre l'exemple d'une trèshaute culture supprimée presque instantanément, et à peu près oubliée du peuple qui l'a créée. Les khalifes de Bagdad, au huitième et au neuvième siècle, avaient eu la gloire d'ouvrir cette brillante série d'études, qui, par l'influence qu'elle a exercée sur l'Europe chrétienne, tient une si large place dans l'histoire de la civilisation. Le khalife Hakem, en Espagne, au dixième siècle , renouvela ce beau spectacle. Le goût de la science et des belles choses établit, dans ce coin privilégié du monde, une tolérance dont les temps modernes peuvent à peine nous oiïrir un exemple. Chrétiens, juifs, musulmans, parlaient la même langue, chantaient les mêmes poésies, participaient aux mêmes études. Toutes les barrières qui séparent les hommes étaient tombées ; tous travaillaient d'un môme accord à la civilisation commune. Les mosquées de Cordoue, où les étudiants se comptaient par milliers, devinrent des centres actifs d'études philosophiques et scientiQques. Les écoles de Kaïroan, de Damas, de Bagdad, de Bassorah, de Samarcande initiaient, de leur côté, les musulmans à ce libéralisme de mœurs et de pensées que les peuples privés de liberté politique demandent souvent à une haute culture intellectuelle.

Aucune grande idée dogmatique n'avait présidé à la création de la philosophie arabe. Les Arabes ne firent qu'adopter Tensemble de l'encyclopédie grecque, telle que le monde entier Tuvait acceptée vers le septième et le huitième siècle. La science grecque jouait à cette époque chez les Syriens, les iNabatéens, les Harraniens, les Perses Sassanides, un rôle fort analogue à celui que la science européenne joue en Orient depuis un demi-siècle. Néanmoins, en se développant sur un fonds traditionnel, la philosophie arabe arriva, surtout au onzième et an douzième siècle, à une vraie originalité, et le développement intellectuel représenté par les savants arabes fut, jusqu'à la fin du douzième siècle, supérieur à celui du monde chrétien. Mais il ne put réussir à passer dans les institutions; la théologie lui opposa à cet égard une infranchissable barrière. Le philosophe musulman resta toujours un amateur ou un fonctionnaire de cour. Le jour où le fanatisme fit peur aux souverains , la philosophie

iu

lÂÂHOMÉTISMfi.

arts, aux sciences, et souTent à tout exercice de la pensée, ils regardaient avec mépris ces peuples industrieux qui n*avaient pas su vaincre, tandis que leurs esclaves, issus de races supérieures, de nations qui avaient tenu le sceptre des trois continents, gardaient la conscience de leur antique noblesse , de leur activité présente, et rendaient aux conquérants mépris pour mépris.

Les musulmans, une fols établis dans un pays, ont toujours dédaigné de convertir les habitants. Le prosélytisme et le fanatisme des Turcs et des Barbaresques eux-mêmes, ne furent qu'une affreuse revanche des croisades et de Texpulsion des Maures d'Espagne. Les Israélites et les chrétiens tributaires n'ont souffert de persécutions que lorsque les musulmans se sont crus insultés ou menacés; ils ont alors éprouvé tout ce que peut la fureur de maîtres apathiques et Ignorants dont on a lassé la tolérance. 11 faut même avouer que cette situation est devenue encore plus critique depuis que l'Europe a voulu exercer une pression sur le gouvernement intérieur de la Turquie, et, en imposant à la société musulmane des réformes opposées à l'esprit de l'islamisme, lui a demandé le suicide. L'indissoluble et fatale union de la loi religieuse et de la loi civile est le plus grand obstacle à tonte innovation politique. La loi, égale pour les seuls musulmans, ne peut admettre pour les infldèles d'autres sentiments que ceux d'une tolérance dédaigneuse, ni combler, entre les enfants de Dieu et leurs ennemis, l'abîme qui sépare le réprouvé du prédestiné.

L'islamisme est évideomient le produit d'une combinaison inférieure, et, pourainsi dire, médiocre, des éléments humains. Voilà pourquoi il n'a été conquérant que dans l'état moyeu de la nature humaine. Les races sauvages n'ont point été capables de s'y élever, et, d'un autre côté, il n'a pu suffire aux peuples qui portaient en eux le germe d'une plus forte civilisation. Sa trop grande simplicité a été partout un obstacle au développement vraiment fécond de la science , de la grande poésie, de la délicate moralité.

Que si l'on se demande quelles seront les destinées de l'islamisme en face d'une civilisation essentiellement envahissante , et appelée, ce semble, à devenir universelle, autant que le permet l'inOnie variété de Tespèce humaine, il faut avouer que rien ne permet de se former à cet égard des idées précises. D'une part, si l'islamisme vient , non pas à disparaître , car les religions ne meurent pas , mais à perdre la direction morale et intellectuelle d'une partie importante de l'univers, il ne pourra succomber sous le coup d'une autre religion, mais sous le coup des sciences modernes, portant avec elles leurs habitudes de rationalisme et de critique. D'un autre côté, il semble, à n'envisager que ses dogmes et sa constitution , qu'il ait, dans sa simplicité, des forces cachées de résistance. 11 n'a ni papes, ni conciles, ni "^véques d'institution divine, ni clergé bien

'erminé; il n'a jamais sondé i'ablme redou-

>le de l'infaillibilité. Â quoi, se dit-on par

moments , s'attaquerait la critiqn gende? Cette légende n'a guère] tion que les pieuses croyances , q sein du catholicisme, on pentbrv hérétique. Serait-ce an dogme? 1 lignes essentielles , l'islamisme i religion naturelle que le prophétis met et une certaine conceptioa ( qui est moins un article de foi qo néral d'esprit susceptible d'être ment dirigé. Serait-ce à la morale?

de quatre sectes Clément orthcxl lesquelles le sens moral conserve part de liberté. Quant an culte quelques superstitions accessoires se comparer, pour la simplicité, q sectes protestantes les plus épar< pas vu, au commencement de ce la patrie même de Mahomet , un i voquer le vaste mouvement poUl gieux des Walihabites , en procla vrai culte à rendre à Dieu consist terner devant l'idée de son existe!

vocation de tout Intercesseur aupi un acte d'idolâtrie, et que l'œuvri ritoire serait de raser le tombeau tes et les mausolées des imams?

Des symptômes d'une nature b< grave se revoient en Egypte et nople. Là, le contact des sciences t européennes a produit chez quelqu un libertinage de croyances qui mule que pour ne pas choquer h croyants sincères, qui ont la ce danger, ne cachent pas leurs ala noncent les livres de science comme contenant des erreurs fun versives de toute foi religieuse. 0 moins persister à croire que, sil'C arriver à surmonter son apathie les bornes , qu'il n'a pu jusqu'ici fait de spéculations rationnelles n'opposerait pas un bien sérieux progrès de l'esprit moderne. Le centralisation tbéologique a toujot nations musulmanes une certaim gieuse , et l'orthodoxie musulm point défendue par un corps perii nome, qui se recrute et se régis est assez vulnérable. Mais il faut que, dans certaines parties du n man, en Syrie par exemple, i'ig fanatisme sont extrêmes, et quel'»

guère comment des têtes si étn raient jamais à quelque idée large sentiment généreux.

Il est superflu d'ajouter que , mouvement de réforme se manifes lamisme, l'Europe ne devrait y p par son influence la plus générale mauvaise grâce à vouloir régler h 1res. Tout en poursuivant activem galion de son dogme, qui est la civ doit faisscr aux peuples la tâche il licatc d'accommoder leurs tradition à leurs besoins nouveaux, et resp le plus imprescriptible àds nation

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