‹ Dictionnaire général de la politique (volume 2)Chapitre 81 sur 260 · MARIAGE · texte numérisé non relu

MARIAGE

tontes les garanties désirables, que Tactivité de TindiTidn puisse se déployer librement, et prolMblement alors les mariages se multiplieront par le seul effet du mourement et de la Tie du corps social.

Il couTient d'ailleurs de faire remarquer que le célibat ne saurait être considéré comme une fonte ni à Tégard de FÉtat, ni par rapport à la morale. Ce qui le prouve, c'est qu'il est des cas plus nombreux qu'on ne le croirait an premier abord, dans lesquels il est commandé par des motilB trés-honorables et très-méritoires. (Voy, aussi Population.)

ONigaiians réciproques des époux. — Toutes les législations modernes des peuples chez lesquels régne la monogamie, sont unanimes sur ce point : la femme doit obéissance à son mari, et celui-ci est tenu de l'aimer, de la protéger, de lui fournir les choses nécessaires à la Tie. ÉTidenunent la femme est placée en sousordre par la loi; elle est frappée d'incapacité légale, dés qu'eUe est en puissance de mari; U gestion de la fortune commune est confiée uniquement à ce dernier. Pourquoi cela? Les raisons en sont faciles à saisir. (Voy, Femme, Puissance maritale.)

U est impossible que , dans un ménage, le mari et la fenune puissent en même temps se mettre en relation d'aiZkires ayec autrui et disposer chacun, de son côté, de la fortune commune selon ses plans particuliers. Cet état de choses serait une source continuelle de troubles et au dedans et au dehors. Il faut donc que la direction domestique soit remise à un seul des conjoints. Auquel des deux la donnera-t-on? Au plus capable, dira-t-on. Sans doute et dans le fait, c est bien à peu prés toujours ce que la force même des choses &iit par amener dans chaque famille. Nais la loi, n'ayant pas de moyens de constater la capacité relative des deux époux, a dû poser une règle générale et confier la gestion des affaires à celui des deux qui, par suite de la nature de ses aptitudes, du genre d'éducation quil a reçu, des allures plus hardies qui le distinguent, non moins que par suite des convenances sociales généralement établies, est plus propre à se produire dans le monde , à se mêler au noouvement de la foule, à s'occuper le plus activement de transactions, de commerce, d'agriculture.

Est-ce à dire qu'en déclarant la femme en puissance de mari, inhabile à gérer les affaires domestiques, la loi ait prétendu porter un jugement défavorable sur sa capacité naturelle? qu'elle l'ait mise, pour ainsi dire, en tutelle, propier /raçiliiaiem sexus, comme elle y a mis le mineur, propter fragilitatem œtaiis?Oû ne saurait le prétendre, car, bien loin de suivre le code de Manon qui la place dans son enfance soQs Taotorité du père, dans sa jeunesse sous celle du mari , dans son veuvage sous celle de son fils, de son petit-fils ou de son frère, elle l'appelle an contraire à la tutelle de son mari interdit {Code civil /l 507) et à celle de ses enfants mineurs, soit pendant l'interdiction du mari, soit après sa mort {ilnd., l 390), soit quand H est en état de présomption d'absence

(ibid., l 141). Ajoutez qu'elle reconnaît aux filles majeures le droit de gérer leur personne et leur fortune. En plaçant le mari à la tête de la famille, la loi n'a eu en vue que le bien commun; il lui a semblé qu'il était dans l'intérêt de tous qu'il n'y eût qu'un seul directeur et que l'homme est mieux qualifié que la femme pour remplir cette fonction.

Que trop souvent le mari abuse de la position qui lui est faite; qu'il compromette la fortune commune pour n'avoir pas le bon esprit de se contenter de régner, en remettant le gouvernement à sa femme qui pourrait en faire un usage plus judicieux, on ne saurait le nier. Mais il faut reconnaître en même temps, d'un côté, que les mêmes effets fâcheux se produiraient sous une autre forme et probablement sur une plus large échelle , si la direction domestique avait été mise tout entière entre les mains de la femme, et, d'un autre côté, que la loi n'a certes pas manqué de prendre toutes les précautions en son pouvoir pour garantir la personne et les biens de l'épouse. En France la femme peut se soustraire aux outrages de son mari par la séparation de corps , et sauver ce qui lui appartient dans la fortune commune par la séparation des biens. La loi lui a même donné le moyen de mettre à l'avance sa fortune personnelle à l'abri des dangers que lui ferait courir la gestion malhabile de son époux , en lui permettant de se marier sous le régûne dotal ou avec la clause de la séparation des biens. (Code civil, n 1536-1539.)

Avant la Révolution, le régime de la communauté des biens réglait en général dans les pays de droit coutumier, et ce qu'on a appelé le régime dotal dans les pays de droit écrit. Ce dernier système avait dominé dans le droit romain, dont les lois des pays de droit écrit dérivaient plus ou moins directement. Très-propre à garantir la fortune personnelle de la femme et par conséquent ofiVant des avantages inappréciables à des époques où les divorces sont fréquents, le régime dotal répond bien moins que le régime de la communauté des biens à l'idée que nous nous faisons de l'intimité du mariage , et sous un autre rapport, il se prête bien moins que ce dernier aux nécessités des entreprises commerciales et industrielles qui ont pris un développement si considérable dans le monde moderne. Soit pour ces raisons , soit par suite d'autres considérations, le projet de code ne parlait point du régime dotal, quoiqu'il y fût permis aux parties contractante» de l'adopter en énumêrant dans l'acte de leur contrat les principes dont il se composait dans l'ancien droit. Les pays de droit écrit réclamèrent contre ce silence. Les rédacteurs du Gode se décidèrent alors à consacrer un chapitre spécial à ce système ; mais ils le firent à regret. Aussi tout en l'insérant dans la loi, ils le limitèrent par quelques prohibitions d'ordre public destinées à prévenir toute disposition injuste soit à l'égard de l'autorité maritale, soit à l'égard de l'ordre légal des successions, et de plus ils établirent que le régime de la com*

ICABIANNE. ^ MARINE.

les trois départements dn Cher, de Tlndre et de il Niôrre. Ce mouTement fat comprimé sans beaucoup de peine. En décembre 1851, la société la Marianne répondit an coup d*Etat par ce qu'on a appelé la Jacquerie de Clamecy. Malgré les édaircies faites dans ses rangs par les commissions mixtes, et les Tigoureux moyens de répression adoptés par le gouyemement, la société se maintint. En 1853 et 1854 on retroura les traces de son action , dans les diverses tentatives qui eurent lieu contre la vie du souTerûn à THippodrome et sur le chemin de fer du Kord. En 1853, 1854 et 1855 les tribunaux correctionnels de Paris, de Nantes, d'Angers eurent à juger un assez grand nombre de ses affiliés. La plus importante des tentatires de soulérement faites par cette société, fut rémente que, le 26 août 1855, elle tenta de soolerer à Angers. En 1856 et 1857, le tribunal de Paris eut encore à juger quelquesunes de ces affiliations; mais depuis Tamnistie du 15 août 1859, la Marianne n'a donné aucun signe de Tie, et plusieurs indices autorisent à penser qu*elle s*est complètement dissoute. BUXTORF DE TrOYES.

KARIIIE. De tons les instruments que r homme a créés pour Tenir en aide à son génie, il n*en est pas de plus intéressant, ni de plus puissant que le navire; U n*en est aucun qin, depuis Torigine du genre humain jusqu'à aujourd'hui, ait aussi constamment et aussi complètement représenté toujours ce que la cirilisation pouvait à tout moment donné produire de plus parfait.

Le navire, c'est un monde qui voyage. Lorsqu'il a lâché les amarres qui l'attachaient à la terre, lorsqu'il a une fois pris son vol, il doit ne plus compter que sur lui-même; il faut que tontes ses ressources, il les tire de^son propre fonds; il faut qu'il renferme dans ses flancs des représentants de presque toutes les industries nécessaires à l'existence de l'homme^ jusqu'aux plus humbles, et pour diriger sa course, il faut aussi que ceux qui le mènent soient initiés aux plus sublimes théories de tontes les sciences. La connaissance de l'astronomie, la reine des sciences, est indispensable an pins modeste capitaine de navire. Ce sont les progrès de l'astronomie qui ont ouvert les voies où les navigateurs ont pu s'élancer pour aller reconnaître tous les points de la terre habitable, pour explorer tontes les régions de la planète, jusqu'à celles des glaces étemelles du pôle on l'homme ne saurait vivre.

Le navire, c'est un fragment détaché du sol de la patrie et qui va lui servir de lien avec d'autres sociétés, d'autres peuples, qui va nouer on développer ces rapports amicaux, ces échanges d'idées ou de produits qui ourdissent la trame matérielle et morale de la civilisation. Gage de paix qui ne laisse aucune nation en dehors de la grande association dn genre hnmain, qui assure aux faibles rintérét et la protection des forts, symbole des besoins réciproques qui font dépendre tous les peuples kt «as des antres et dont, après cinquante ans

de liberté des mers, nous subissons heureusement le joug aujourd'hui, gouvernements et sujets, avec une puissance que l'habitude ne nous laisse pas soupçonner, mais dont la privation deviendrait bien vite intolérable. Quelle famille ne serait pas profondément troublée dans sa manière de vivre, si le contingent de ressources que la mer fournit à son existence matérielle venait tout d'un coup à lui être enlevé? Prenez la plus petite ville de la province la plus pauvre et la plus reculée du centre de la France, entrez dans la maison où se réunit une modeste famille pour le repas du soir, et voyez : le linge qui couvre la table, les rideaux qui ornent la fenêtre sont faits avec le coton de l'Inde ou des États-Unis; les meubles sont peut-être de palissandre ou d'acajou; le poivre, le sucre, le café, le chocolat, les épices et tant d'autres denrées qui sont entrées dans la consommation quotidienne viennent d'outre-mer, comme en viennent sans doute aussi les quelques pièces d'argenterie qui figurent sur la table ou dans le buffet. Entrez dans les palais des grands, dans ces résidences princières où se rassemble à certains jours l'élite du pays, et demandez d'où viennent ces plumes, ces bijoux et les matières premières de ces étoffes somptueuses qui parent la beauté, ces pierres précieuses qui ornent le front des souveraines, cet or et ces diamants qui brillent sur les habits, qui scintillent sur les poitrines des plus dignes? Visitez les asiles consacrés au soulagement de rhumanité souffrante, vous trouverez que beaucoup encore des médicaments sont de lointaine origine. Parcourez les usines, les ateliers, les manufactures où des millions de nos concitoyens gagnent par le travail leur pain de chaque jour, et parmi les matières premières qu'ils mettent en œuvre le nombre sera bien grand encore de celles qui ont passé la mer. Qu'inventerions-nous pour faire vivre les ouvriers de Lyon, de Rive-de-Gier, de Nîmes, si nous étions privés des soies de la Chine et du Japon? Quel État pourrait se passer aisément des millions que lui rapportent les droits de douanes levés dans ses ports?

S'il est un des instruments les plus utiles de la paix et de la civilisation , le navire est aussi la plus merveilleuse machine que le génie de la guerre ait encore inventée. Aucune ne renferme dans ses flancs et sous un moindre volume une aussi terrible richesse d'engins de destruction. Aucune n'est douée de moyens d'exécution aussi puissants. Aucune ne peut aussi bien se suffire 'à elle-même, ni porter sur un point donné d'aussi redoutables efforts, ni les porter avec autant de rapidité, ni les porter aussi loin. La mer confine à presque tous les pays du monde ; celui qui en serait le maître pourrait tenir tous les peuples dans une dépendance à peu près certaine, au moins pourrait-il les menacer tous. Aucun gouvernement n'a joui d'une prépondérance sérieuse qui n'ait pas été appuyée sur la prépondérance par mer, aussi est-ce un empire qu'U ne faut laisser usurper par personne , et dont il semble que la Providence, en créant la mer conunft

liABINE.

On peut même se demander si, dans les temps passes , ils ne comptaient pas tout autant qu*aojourd*hui parmi les éléments qui concouraient à former la puissance des peuples. Ainsi en décomposant aussi exactement qu'il nous est possible, les prix de reyient de la plupart des objets qui sont nécessaires à Fexistence de Fhomme, on ne peut pas ne pas être frappé de Timportance de la quotité que le prix des transports représente dans la Taleur de chacun de ces objets. U en est même où le prix des transports fait à lui tout seul presque toute leur Taleur, comme, par exemple, pour la houille, le fer, le bois, les grains, etc. Nous le Toyons dans les années de cherté des grains , et où cette cherté n*est presque jamais qu'un incident local auquel il serait facile de remédier si Ton avait des moyens de transport suffisants, et par conséquent des tarifs modérés. Le prix du coton de Flnde dont il serait si important de pouToir approYisionner les manufactures européennes pendant la guerre qui désole les États-Unis , le prix du coton de l'Inde qui est encore trop élevé pour arriver sur nos marchés en quantités sufQsantes, ne se compose-t-il pas surtout des frais de transport du lieu de production au port d'embarquement? I^ valeur même de l'argent ne vient pas de sa rareté (car il existe en quantités presque iucoDomensurables sur la terre, et la longue chaîne des Andes n'est elle-même qu'une immense montagne d'argent), mais elle dépend pour une grande part du prix auquel reviennent les voyages des mineurs, le transport des vivres et des instruments de travail , des denrt'^es de toute sorte et même de l'eau qu'il faut leur fournir dans les régions désertes et stériles , où se rencontrent les principales mines d'argent

De cette situation du monde ancien qui s'est prolongée jusque fort avant dans les temps modernes, il est résulté que l'on a vu fort souvent de petits États faire une grande figure dans rhistoire, et jouer un rôle qui nous semblerait aujourd'hui hors de touîe proportion avec l'importance de leur territoire ou de leur population. Tyr, Carthage, Pise, Gênes, Venise, les villes de la Hanse, le Portugal, la Hollande, etc., etc. , ont tour à tour compté parmi les grandes puissances, et c'est à leurs marines qu'elles l'ont dû. Si leur territoire était petit, si leurs sujets étaient peu nombreux, en revanche leurs marines les mettaient en rapports avec beaucoup plus de pays et aussi avec un beaucoup plus grand nonà)re de créatures humaines, qu'il n'appartenait à des États bien plus considérables comme superficie et conune (lopulation totale, mais qui n'avaient ni marines, ni routes, ni moyens de circulation intérieure.

Cest à cette circonstance qu'il faut en partie attribuer la merveilleuse fortune qu'ont faite de simples villes ou de petites républiques qui étaient adonnées à Tindustrie maritime. Avec leurs navires si imparfaits qu'ils fussent, elles faisaient un conunerce plus considérable que de grands royaumes; elles en avaient les pro-

fits, elles en tiraient des ressources relativement très-importantes. D'autres causes y contribuaient aussi. Le besoin que l'on avait de leurs navires, des denrées qu'ils apportaient et que l'on ne savait comment se procurer autrement, permettait aux villes maritimes de contracter de grandes et fructueuses alliances, conune Venise en eut avec les infidèles, comme Gênes en eut avec la France et avec les gouvernements riverains de la mer Noire. Riches comme elles étaient comparativement et à des époques où le métier des armes était une industrie, où la morale publique admettait que Ton pouvait avec honneur faire la guerre sous un autre drapeau que celui de son pays, il leur suffisait d'avoir de l'argent pour lever de grandes armées. Garthage avait en efi^et de grandes armées de mercenaires , comme plus tard Venise de condottieri, comme plus tard encore l'Angleterre de Hanovriens et de Hessois dans la guerre de l'indépendance américaine. Et l'argent, on se le procurait surtout par les monopoles que l'on essayait de se créer soit au moyen de traités avec des États indépendants, soit en les imposant à des colonies, ou même à des alliés, comme le fit Athènes, soit encore en gardant avec le soin le plus jaloux le secret de ses opérations. Dans des siècles qui ne sont pas encore loin de nous, quels efforts n'ont pas faits l'Espagne, le Portugal et la Hollande non-seulement pour maintenir le monopole de leur pavillon dans les pays qu'ils découvraient, mais môme pour dérober à l'étranger la connaissance des routes qui menaient leurs flottes et leurs galions en Amérique , en Afrique ou en Asie I Le monopole, qui semblable au despotisme fait périr l'arbre pour avoir ses fruits, a été cependabt jusqu'à nos jours le rêve de tous les politiques , en fait de marine et de navigation tout particulièrement. Le grand apôtre de la liberté des échanges, Adam Smith lui-même , faisait une exception aux vérités qu'il enseignait en faveur de l'Acte de Navigation.

Aujourd'hui s'il n'est pas complètement détruit, cet échafaudage de théories fausses et de passions égoïstes est du moins fort ébranlé. Cependant le vieil esprit qu'il faudra encore du temps pour abattre parce qu'il s'inspire des passions égoïstes de notre nature, le vieil esprit persiste encore par les prohibitions à l'entrée ou à la sortie des marchandises, par des droits différentiels ou des surtaxes de pavillon, par des taxes locales, droits d'ancrage, de feu, de pilotage, etc., que l'intérêt particulier invente pour se créer des avantages peu loyaux, et que l'opinion publique soutient souvent comme une dupe, pour le besoin qu'elle sent avoir de la marine en tant qu'élément de la puissance nationale, et dans l'espérance trompeuse de lui venir en aide. Encore tout imprégnée des erreurs de la tradition antique , il lui en coûte de reconnaître que tout privilège accordé à une industrie n'est en définitive que le droit reconnu à cette industrie de prélever un impôt sur les autres classes de citoyens; elle n'est pas encore convaincue que

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