MARINE
des mfllien de quintaux à destination de FAnçleterre?
5éuiinoin8 ce n>8t encore là qu'on côté de la question, il intéresse seulement les choses, les objets matériels; il ne nous apprend rien sur les hommes. Or, les choses sans les hommes ne sont rien, et un pays pourrait se trouver dans les conditions économiques les plus favorables pour être une puissance maritime, qa*il ne le serait pas s'il n'avait pas de marins. Ce sont eux qui fbnt une marine, même lorsqu'un État, comme la Grèce par exemple, ne produit par lui-même presque aucun élément de trafic. C'est lorsque les marins manquent qu'il est impossible de fsdre une marine , même dans un pays comme la Russie, par exemple, qui avec ses bois, ses suilÎB, ses chanvres, ses céréales, ses métaux, etc., possède des éléments de fret abondants. Et encore sans marine commerciale il n'y a pas de marine militaire, ou ce qui est tout aussi vrai, on peut sans flotte et sans armée navale être une puissance maritime si Ton produit des marins , tandis qu'avec de grandes flottes montées par de nombreux équipages on peut n'être compté pour rien sur les océans, si l'on n'a pas pour donner la vie à ces flottes une population maritime en rapport avec leur importance. Les États-Unis , qui jusqu'en 1860 n'avaient Jamais entretenu qu'un nombre três-restreint de bâtiments de guerre, ont toujours été considérés comme une puissance navale de premier rang, parce qu'on savait qu'ils ont des marins en grand nombre, et les succès militaires qu'ils ont obtenus par mer ont justifié cette opinion. Par contre la Uussie, qui a entretenu jusqu'à quarante-cinq vaisseaux de ligne armés , n'a jamais passé, si ce n'est aux yeux des Turcs, pour^^tre une puissance maritime, parce qu'on savait que ses vaisseaux n'étaient pas montés par des marins, et de fait, lors de la guerre de Crimée, ils sont restés piteusement cachés dans leurs ports sans avoir eu l'avantage d'échanger un seul coup de canon avec les alliés. De même lorsque les événements de la guerre et, plus qu'eux encore peut-être, les désordres intérieurs eurent, lors de la Révolution, détruit ou dispersé la population maritime de la France, Napoléon finit par abandonner F Océan sans conteste à l'Angleterre, quoiqu'il ait eu jusqu'à quatre-vingts vaisseaux de ligne armés à la fois, mais leurs équipages se composaient de conscrits.
II n'y a pas de marine sans marins, c'est Faxlome et le principe qui régit la matière et dont, nous autres Français, il faut que nous soyons persuadés plus que personne. Nous avons l'argent et les produits, nous avons Tindnstrie et le talent , nous avons la position et la population qui nous permettraient d'être une puissance maritime de premier ordre; mais nous sommes pauvres en marins, et cela fuflit pour diminuer considérablement l'importance de notre établissement naval. En réonissant toutes nos ressources, en faisant un eflbrt suprême, nous ne pourrions pas appeler sous lepa?illonplus de 90 ou de 100,000
hommes, sous peine, en voulant aller plus loin, de n'avoir plus que des équipages inexpérimentés, incapables d'un bon service et à qui Ton ne pourrait couûer sans imprudence grave l'honneur du pavillon. A côté de nous, l'Angletcrrc peut, même en temps de paix et sans peser aucunement sur ses marins, qui se recrutent seulement par engagement volontaire , entretenir plus de 80,000 hommes à bord de ses navires, et s'il s'agissait pour elle aussi de faire un effort suprême , elle serait assurée de trouver 300 ou 400,000 hommes à embarquer sur ses flottes plus aisément que nous n'en trouverions 90 ou 100,000. On calcule qu'en appliquant à l'Angleterre le système qui chez nous fait entrer 170,000 hommes dans les chaînes de l'inscription maritime, on inscrirait chez nos voisins 700 ou 800,000 hommes. D'où Ton dit, et malheureusement avec grande raison, que dans le cas d'un conflit l'Angleterre aurait les moyens de supporter plus de défaites que la France ne serait capable de gagner de victoires. Nous serions épuisés et mis hors de combat par nos succès mêmes, avait que nos adversaires ne le fussent par des revers même continus I
Deux causes d'un mérite fort différent entre elles contribuent principalement à créer cette situation peu flatteuse pour l'amour-propre national et encore moins avantageuse à la grandeur du pays. La première est toute politique et extérieure, elle ne dépend de nous que jusqu'à un certain point, mais c'est heureusement la moins puissante ; la seconde est tout intérieure, et quand nous le voudrons, il nous appartiendra de la faire disparaître: heureusement encore c'est celle qui a le plus d'influence sur notre établissement naval.
Luttant depuis quatre siècles pour trouver son assiette géographique et sociale, la France a supporté le poids de presque toutes les coalitions qui depuis lors se sont formées dans le monde , et l'étendue aussi bien que la disposition de ses frontières la mettant en contact direct avec presque tous les peuples de TEurope, elle a eu presque toujours à faire face partout. Par l'inexorable nécessité des choses , son principal eflbrt a toujours dû se diriger du côté de la terre, et par suite des mcn-eilleuses vicissitudes qu'elle ^ subies, elle a dû bien souvent détourner son attention de la mer. Moins vulnérable ou même peu vulnérable sur cette frontière, elle a dans toutes les grandes occasions de son histoire employé à agir sur le point critique les ressources que dans d'autres conditions elle eût consacrées à son développement maritime, si bien qu'en 1813 elle menait les marins de la garde sur les champs de bataille de Lutzen et de Bautzen, de Dresde et de Leipzig. L'exemple est friippant, mais il ne fait que traduire d'une façon éclatante ce que nous avons été obligés de faire dans toutes les circonstances où nous avons été engagés sur nos frontières de terre, c'està-dire presque toujours, et ce que nous avons fait maintes fois encore, même en pleine paix pour parer seulement à des nécessités flnan-
ICABINE.
JO!ird*hiii pour des campagnes de trois ans an moins, mais prolODgeant quelquefois leur durée jusqu'à quatre et cinq ans. Autre perfectionnement encore, c*est que tous les petits privilèges accordés par Golbert dans le principe de l'institution lorsqu'il Youlut imposer aux gens de mer un pareil senrage, ont flni par disparaître derant Tadmirable tmiformité de notre système administratif. Il ne reste plus aux marins en échange des obligations qui leur sont imposées pour avoir le droit de se livrer à leur profession, que d'être exempts du service de la garde nationale et de la loi ordinaire du recrutement On reconnaît qu'ils ne peuvent pas servir en même temps à bord des navires de guerre, et dans les régiments de l'armée! Les marins peuvent avoir beaucoup de vertus, mais on n'a pas encore découvert qu'ils aient celle de se dédoubler pour servir à la fois sur terre et sur mer.
Ce régime si contraire aux axiomes élémentaires de notre droit public, aux principes qui proclament réédité des Français devant la loi , aux articles de toutes les Chartes et de toutes les Constitutions où nous avons établi que chacun concourt proportionnellement aux nécessités de YÈUt, ce régûne commence à être enfln trés-sérieusement mis en question. Les tristes résultats qu'il a produits ne le feront regretter, lorsqu'il disparaîtra, ni des marins qui en ont souffert plus que personne, ni de ceux qui s'intéressent à la cause de la justice et à la grandeur du pays. Après deux siècles bientôt de servage pour les marins et d'insuffisance pour satisfaire aux besoins de la flotte, il laissera la marine française dans une situation relativement moindre que celle où, dans un jour néfaste, il lui a été imposé par Louis XIV. Avec une population qui n'était sans doute pas le tiers de la nôtre, avec une richesse publique qui n'était pas le dixième de celle d'aujourd'hui, avec un commerce qui n'égalait pas, comme importance, le vingtième du nôtre, la France du dix- septième siècle fournissait 60,000 marins aux flottes du grand roi, avant qu'il n'eût eu la malheureuse pensée de faire de leur métier libre jusque-là, une glorieuse servitude. La France du dix-neuvième siècle avec ses quatre-vingt-neuf départements, avec ses trente-sept millions d'habitants, avec son commerce qui se chifflre par milliards, ne prodnisait toujours en 1861 que 62,000 marins capables du service de guerre. C'est le nombre indiqué par M. l'amiral Romain Desfossés dans la discussion à laquelle donna tieu , devant le Sénat, une pétition des pécheurs de harengs. C'est le nombre qui succède à un demi-siècle de paix générale, d'activité, de travail et de prospérité inours I S'il faut juger les arbres par leurs firuits et les institutions par leurs résultats, l'inscription maritime est exposée à un Jugement sévère. Aussi l'administration, malgré la répugnance instinctive qu'elle éprouve à se dessaisir de ce qu'elle est habituée, par des traditions séculaires, à regarder comme SCS droits, a-t-elle fait depuis quelque temps des eflbrts louables pour alléger le poids
des charges qui pèsent sur les marins et qui détournent de cette profession un nombre immense de jeunes gens. Tout récenunent encore deux décrets (octobre 1863) viennent de disposer, le premier qu'à l'avenir les marins, après avoir fourni six ans de service à l'État, ne pourront plus être levés qu'en vertu d'un décret impérial; et le second,, que pour obtenir les brevets de capitaine au long cours ou de maître au cabotage, il ne serait plus nécessaire d'avoir servi pendant un certain temps sur les bâtiments de guerre. C'est dans la situation présente un adoucissement réel ; la nécessité d'obtenir un décret est un frein que l'administration s'im* pose à elle-même contre les levées qu'elle était jadis autorisée à poursuivre de la façon la plus arbitraire. La faculté du remplacement qui est consacrée comme un droit, et l'exonération du service à bord des bâtiments de guerre permettront saps doute de suivre la carrière maritime à nombre de jeunes gens qui en étaient écartés par les anciennes prescriptions; mais néanmoins il faut reconnaître que ce sont là seulement des palliatifs, car le principe du servage des marins est maintenu, et il faut bien se dire que jamais la France ne sera sur les mers ce qu'elle devrait et ce qu'elle pourrait y être aussi longtemps que les Français ne pourront ni aller à la mer, ni naviguer, ni pêcher, ni trafiquer sans encourir parle fait même et depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à celui de cinquante, la chance d'être sui*pris au milieu de leurs familles ou de leurs affaires par un décret qui peut les envoyer du jour au lendemain aller passer trois ou quatre ans sur les bâtiments attachés aux stations du Sénégal ou de la Nouvelle-Calédonie. On manquera toujours de marins dans de pareilles conditions , et sans marins il n'y a pas de marine.
Xavier Raymono.
Il n'entre pas dans notre cadre d'aborder les questions techniques qui se rattachent à la marine; néanmoins nous ne saurions passer complètement sous silence la grande transformation que la marine militaire subit en ce moment. 11 n'y a pas longtemps qu'on pouvait écrire : « Il est loin de nous le temps où les navires, naviguant péniblement à la rame, n'osaient perdre de vue le rivage avec ses havres et ses poris. » L'écrivain pouvait, en effet, glorifier la voile qui constituait un progrès bien évident. Gonflée par le vent, elle conduisait à travers les océans les majestueux trois-ponts, les rapides frégates et corvettes. Mais la voile aussi a été vaincue; sa défaite date d'hier, nous en avons été témoins, et pourtant, à peine si nous nous rappelons l'état de choses antérieur. Actuellement la vapeur eUe-méme est reconnue insuffisante comme instrument de guerre. Les classiques murs de bois sont revêtus de fer, et on a décuplé la puissance du canon.
Lorsque la vapeur fut appliquée à la marine militaire (en France à partir de 1829), ce fut d'abord à titre d'auxiliaire subordonnée ; mais quinze ans n'étaient pas écoulés qu'un marin illustre (le prince de Joinville) revendiqua, dans une Note restée célèbre et insérée dans
MARINE. — BfAROC (EMPIRE DE).
^te-poDtOD, 3 coTTettesde frang, 1 brick, 17 transports, 24 bâtiments plus légers.
iétimenis armés pour essais : 6 yaisseaux, frètes on corvettes à hélice.
BâHmenU de réserve: 10 Taisseaux et 10 frégates.
Le tout monté par 1,592 hommes d'état-major et 28,881 hommes d'équipage; soit, 30.473 marins en actiyité. On doit compter ici encore 502 officiers et 13,187 sons-officiers et soldats de Tinfanterie de marine; de plus, Tartillerie (arec les ooTriers, 4,276 hommes), la gendarmerie de marine et plusieurs autres corps qui, arec les chiffres précédents , portent le total à 63,453 hommes (1864). ,
Les cadres de Tétat-major ont été fixés ainsi dans le même budget: 2 amiraux, 12 vice-amiraux, 24 contre -amiraux, 130 capitaines de vaisseau, 270 capitaines de frégate, 750 lieutenants de vaisseau, 600 enseignes de vaisseau, 300 aspirants, 75 lieutenants en résidence flxe; total, 2,163.
Le budget ordinaire de 1864 demande une somme de 153,542,332 fr. pour Tensemble des services de la marine et des colonies, dont 24,955,700 fr. pour les colonies. Le chiffre voté par le Corps législatif en diffère légèrement: il a été réduit de 300,000 fîr.; le service des colonies a été admis sans changement.
La modification que nous venons de signaler dans les propositions présentées par le gouvernement doit naturellement nous faire demander s'il y a un rapport rationnel entre la grandeur d'un pays et la force de sa marine. Cette question sera résolue différemment, selon qu'on préférera une politique de paix ou une politique de guerre, ou, ce qui est à peu près la même chose, le progrés à Tintérieur ou la prépondérance à Textérieur. On devra cependant tenir compte des circonstances spéciales, telles que : étendue des côtes, effectif de la marine marchande, activité du mouvement coomiercial, importance des colonies, et môme du chiffre des dépenses militaires. On pourra calculer, pour la France, ce rapport pour les années 1830 et postérieures, au moyen des chiffres donnés au tome I*^ p. 1039; pour les années antéf ieores, M. le baron Ch. Dupin a trouvé les rapports qui suivent (Chambre des députés de 1833):
nOTATIONS COMPABÊES OE LA QUERRB ET n£ LA MARINE.
Pour chaque cent millions consacrés à la guerre, la marine a reçu :
AneUa récime. paix (1783 à 1789). . . 45,000,000 fr.
Rcrime con oUire (1801 à 1805) .... 54,170,000
R^Cin« impérial (1806 à 1813) 81,470,000
Retuarmiion, ]'• époqae (1818 à 1823). 28,690,000
— V époqae (1827 à 1829) . 38,390,000
ABsé€ 1S30 89,170,000
Quant aux rapports qui existent entre les ioTccs des marines militaire et commerciale, nous avons cherche à les établir ailleurs [Puistcnce comparée des divers États de V Europe, tableau Vf//; par un rapprochement que nous allofis reproJuire.
VOlfBSX DS CAHON8 DB LA MAmiKS MILITAIBB PAB 1,000 TONRBAUX {pied de paix).
France
Grande-Bretagne
Autriche
Prusse
Russie
Italie
Danemark . . . . ,
Grèce ,
Pays-Bas
Portugal
Espagne
Suéde
Oe l'effecUf
delà
marine narch,
Du moQTement
delà osTig. marit.
On pourrait encore comparer le nombre des canons au chilTre de la population , ou au montant du budget; mais ce qui importerait en ce moment, et pour tout le temps où les navires cuirassés seront considérés comme le principal engin de guerre maritime, c'est de connaître exactement pour chaque pays le nombre de ces navires. Nous avons déjà dit que ce nombre est actuellement trés-mobile , et que les chiffres que nous donnerions aujourd'hui n'auraient plus aucun intérêt demain. Qui sait s'il n'adviendra pas, par suite de l'émulation établie entre le boulet et la plaque, que le premier ne l'emporte définitivement? — car il y a une limite à l'épaisseur des cuirasses dans le poids spécifique de l'eau, — et alors on verra se reproduire, en ce qui concerne les navires, le fait constaté à la fin du moyen âge, pour les chevaliers bardés de fer : on se dépouillera d'un moyen défensif devenu une gène au lieu d'être une protection*. Maurice Block.
MAROC (EMPIRE DE). État musulman qui occupe l'angle nord-ouest du continent africain, situation d'où il tire son nom arabe de Maghreb (couchant) qu il porte encore dans le monde islamique, et qui dans le moyen âge s'étendait à toute l'Afrique musulmane de l'Occident. Son organisation politique est la plus simple qui existe. Le sultan y est tout le gouvernement. 11 n'a au-dessus ou à côté de lui ni loi écrite (en dehors du Coran et des commentateurs), ni conseil d'empire, ni ministère. Nulle discussion, nulle publicité, nul contrôle, nul rapport ou compte rendu, encore moins aucune presse, ne le gêne dans son autocratie. C'est le plus parfait exemple du pouvoir fait homme. Quelques serviteurs, sortes de secrétaires, sont les instruments de ses volontés; l'un d'eux que nous gratifions du titre de ministre des alTaires étrangères, et qui réside à Tanger, comme tous les consuls européens, est chargé des rapports avec les puissances chrétiennes. Â la tète de ses troupes le sultan place des commandants, à la tète des villes des gouverneurs qui les uns et les autres reçoivent ses ordres directs et lui rendent compte.
1. Voy. aussi Invalide. En ce qui concerne Torganisation administrative de la marine, voy. notre Dictionnaire de V Administration françaiêt. Paris, Berger- Levrault.
HABOC (EMFIKB DE).
interrenns pour règte la paix et le commerce. Paimi cet derniers il conTient de rappeler celui de Tanger, conclu aTOC la France le 10 septembre 1 844, et qui nons assure le traitement de la nation la pins làTorisée. L*Angleterre a obtenn, le 9 noTembre 1856, deux traités, Ton politique, Tautre commercial, qui lui procurent de sérieux ayantages. Hais aucune influence n*a pu emporter rétablissement à Fes, capitale de Tempire, et auprès de Fempereur, des représentants diplomatiques ni consulaires de l'Europe, non plus que FeuTOi en Europe, et à demeure, des délégués de Tempereur. Le sultan du Marac se retranche dans sa solitude, aussi loin que possible de tout rapport personnd et direct stoc la dTiUsation chrétienne, qui est réduite à pénétrer dans son empire par les seules Toies du commerce.
Les ports qui serrent à ces communications sont au nombre de huit. Sur la Méditerranée, Tétouan; — sur le détroit, Tanger; — sur rOcéan, en allant du nord au sud, Larache, Rabat, Casablanca (Darbeida), Mazagan, Safl, Mogador (Souejra). Santa-Gruz de Barbarie ou Agadir (antre que le Santa-Gruz rendu aux Espagnols), le meilleur mouillage de la côte, est malheureusement fermé au commerce. Du côté de ràigérie qui est limitrophe du Maroc à Test, c*est par Taflict, Figuig, Téza, Oudjda que le commerce s'établit ayec Tlemcen, LaUa-Maghrnia, Kemours. Cette voie arait acquis 'au moven âge une telle importance que Tlemcen était derenu une Tille de 100,000 émcs, capitale du royaume ; mais les guerres entre les deux États, et de nos Jours les douanes algériennes, ont rejeté les courants commerciaux au nord vers la Méditerranée et le détroit, malgré le massif presque infranchissable du Rif , à Fouest Ters les ports de FOcëan , au grand préjudice de la Fiance, au proflt de FAngleterre. Ce sont les deux nations qui ont le plus de trafic arec le Maroc, mais surtout F Angleterre qui possède dans Gibraltar une station très-commode pour la contrebande autant que pour le négoce aTOué. Viennent ensuite FEspagne, la Belgique, les Pays-Bas.
Le commerce trouTC dans le Maroc, pour champ d'opération, un territoire dont la superficie est éraluée de 53 à 75 millions d^hectares, iieoplé de 6 i 8 millions d'habitants, Maures, Beii>éres, Arabes, Juifs. H s'éléTc à un nireau approximatif de 40 à 50 millions de firancs , chiffre qui ne donne que 7 à 8 fr. par tète et accuse un état d'extrême barbarie. C'est la conséquence d'un gouyemement abrutissant, antipathique A tout progrés agricole , industriel et social, fondant ses rerenus sur les monopoles , les exactions , les prohibitions , les confiscations , et faisant d'un des plus beaux et des plus fertiles pays du monde, doté d'une admirable hydrographie, la patrie du plus paurre et du plus malheureux des peuples. Faute de propriété garantie, de sécurité perlonnelle et de liberté régulière d'échange, le trafic est à peu prés nuL
Ses éléments sont pourtant fort nombreux. Le Maroc abonde en céréales (blé, oige,) d'aussi
beUe qualité que dans le TéQ algérien, en amandes, huiles d'oliTCS, fruits, légumes, dre, écorces, animaux Tirants, sangsues, etc.: da nombreux troupeaux fournissent de la laine, des peaux et autres issues fort appréciées; les laines trourent leur principe écoulement sur le marché français pour ht fabrication du drap commun. Par les plaines sahariennes arriTcnt des carayanes, dont quelques-unes Tiennent du Soudan, apportant de la poudre d'or, des plumes d'autruche , des gonmiies, de Fiyoire , des toiles bleues et des citrons. En retour les ports marocains reçoiyent de l'Europe des cotonnades, du sucre, du thé, des épices et drogues, des soies grëges et tissées, des draps, des armes et munitions, de la qubicaillerie, du fer et surtout du numéraire Tenant de France, dont les négociants ne s'Industrient pas, comme ceux de FAngleterre, pour payer en marchandises plutôt qu'en argent De cette inégale concurrence il est résulté que le commerce anglais a pris au Maroc une prépondérance que la France et l'Espagne pourraient, grâce A leur situation', lui disputer aTec aTantage. L'abolition des douanes sur la frontière marocaine de l'Algérie serait un efficace moyen de rétabUr Féquilibre.
Le budget de Fempire échappe à toute information tant soit peu précise. V Annuaire de f^ eonomie politique (année 1863) a donné un premier aperçu qui porte les recettes A 2,600,000 piastres (de 5 fr. 25 c), soit 1 6 millions de firancs, et les dépenses A 990,000 piastres, soit un peu plus de 5 millions de firancs. Si l'on remarque que cette éTaluation ce porte guère qu'à 2 francs par tète l'impôt payé au sultan, on ne Faccueillera qu'sTec résenre. Les prélèyements fiscaux , sinon les dépenses, doiyent être beaucoup plus éleyés en un pays de gouyemement arbitraire comme le Maroc: il parait bien toutefois, par les dures conditions qu'a souscrites l'empereur, dans son dernier traité ayec FEspagne, qu'il y ayait peu de réalité dans les monceaux de trésors mystérieux qu'on disait accumulés à Méquinez. Les deux tiers de la dépense sont consacrés A l'entretien de la garde noire, composée d'esclayes emmenés du Soudan, et au payement de quelques tK>upe8 plus ou moins régulièrement équipées et disciplinées. QuanI A la marine, elle est nulle malgré Fétendue du littoral ; les habitants de Salé ne s'adonnèrent Jadis A la marine qu'en Tue de la piraterie, comme font encore de temps A autre les montagnards du Rif, et cette industrie n'est plus de notre ége.
Tel est, dans ses traits saillants, le Maroc, dernier reste des puissants empires musulmans que fondèrent dans Focddent de l'Europe et de l'Afrique les successeurs de Mahomet Après aToir, sous les princes almonyides et almohades, r^né depuis Tombouctou Jusqu'au cœur de l'Espagne, Fislamisme, succetsiyement refoulé de proche en proche, a concentré dans ce coin extrême de la Barbarie son fanatisme, ses haines, ses préjugés, et aussi ce qu'il entretient de yertus hospitalières et Taillantes. La conquête de l'Algérie par lei
ICAZZINISME. — HECKLEMBOUBG.
qui se donnaient comme les soutiens de la papauté, n alla même pins loin, — il associa son nom et son action à tous les manifestes et à tous les mouTements destinés à opérer une ré- Tolation uniTerselle en Europe. De t831 à 1848, Texil avait à diyerses reprises trés-fâcheusemcDt insf^ë les maaziniens. De 1 849 à 1 859 il en fut de même. Pendant ces dix années, les ré- Tolntionnaires italiens se sont laissé entraîner dans bien des entreprises téméraires, et même dans de très-grands crimes. A tort ou à raison, Topinlon publique en a fait retomber la responsabilité sur le mazsinisme qui s'en est mal justifié. Les érénements de 1859 et de 1860, en réalisant dans une très-large mesure Tunité et Tindépendance de Tltalie, sans détruire le mazsinisme et sa raison d'être, ont grandement diminué sa force et sa puissance. Il est resté une grande cause d*embarras et d'eutra- Tes pour le gouTemement, mais il a cessé d'être réellement redoutable et dangereux.
Louis GOTTARO.
HEGKLEMBOÏÏRG. Deux grands-duchés allemands, situés sur la Baltique et faisant partie de la Confédération germanique , mais non du XoUverein, portent ce nom; nous leur con- Mcnms un article collectif parce qu'ils ont une constitution et nneidiéte communes.
MedUemtourg-Schwérin a une superficie de t44 milles carrés ou 13,346 kilomètres carrés, et sa population a été, en 1861, de 548,449 habitants dont plus de 540,000 appartiennent au culte luttiérien. Cette population est distribuée ainsi qu'il suit entre les diTerses parties du territoire: terres domaniales ou domanium 206,344 habitants; terres seigneuriales 137,414 habitants; terres des trois couTents 9,045 habitants; Tilles 181,439 habitants; dépendances (banlieues) des Tilles 14,207 habitants. On comprendra par la suite de cet article l'importance de ces distinctions.
Ueckiembourg-Strélitz est composé de deux principautés : Stargard à l'est et Ratzebourg à l'ouest de Mecklembourg-Schwérin. La superficie des deux parties de l'État est de 49*/, milles carrés géographiques ou 2,707 kilomètres carrés, et sa population ne comptait en 1860 que 99,660 âmes (principalement des luthériens) dont 48,773 habitent les terres domaniales, 17,37t les seigneuries et le reste les Tilles. En Mecklembonrg on n'appelle pas toujours ville une commune comptant un certain nombre d'habitants, mais une localité représentée à la diète. La capitale Neustrélita ne nonune pas de député, et si on la traite néanmoins officiellement de Tille, c*est contrairement à l'esprit de la langue politique du pays.
Cette langue a consenré son caractère suranné aTec une constitution dont les principaux actes datent de 1523, 1572, 1621 et 1755. Le 23 mars 1848, il est Trai, le grand-duc de Mecklembourg-Schwérin prit l'initiatiTe d'une réforme. Une nouTelie constitution fut promul- ^ée le 23 août 1849, les anciens états furent dissous le 10 octobre de la même année, et le Bonreso corps représentatif se réunit le 27 fé-
Trier 1850. Mais le Mecklembouig-Strélits n'a- Tait pas accédé a cette réforme, et l'ordre équestre (les propriétaires de seigneuries , les chcTaliers, RiUer), reTenu de sa stupeur de 1848, sTait porté plainte à la diète, des arbitres sTaient été nommés , et par suite de le^r décision un décret grand-ducal du 1 4 septembre 1850 supprima la constitution qu'il Tenait de sanctionner.
Le moyen âge a donc été rétabli dans ce qu'il considère comme ses droits, et TOici comment ces droits fonctionnent:
En Tertu du pacte d'union de 1523, par lequel les états (alors les chcTaliers , les Tilles et les prélats) déclarèrent s'opposer à TaTenir au partage du pays, les deux Mecklembonrg n'ont qu'une diète unique qui siège tous les ans, altematiTement, dans les Tilles de Stemberg et de Malchin, situées l'une et l'autre dans le Mecklembourg-Schwérin. C'est le grandduc de ce pays — qui est censé Falné ou le premier des deux grands -ducs de Mecklembonrg * ~ qui couToque l'assemblée et en prononce la clôture. Le grand-duc de Mecklembourg-Strélitz peut naturellement réunir les états de son territoire pour discuter leurs intérêts particuliers , car en dehors de la diète tout est séparé entre les deux duchés.
La réformation ayant fait disparaître les prélats, les états ne se composent plus que de deux ordres: les chcTaliers ou l'oràre équestre et les Tilles. Les états comportent de nombreuses subdirisions territoriales et autres, mais Tis-à-vis du grand-duc ils forment corps, ils constituent une corporation. L'ordre équestre se compose de tous les propriétaires (nobles ou non) d'un bien équestre ou d'une seigneurie, établis dans les pays. Ils sont au nombre de plus de 750. Les Tilles comprennent Rostock, Wismar et 38 autres dans le Mecklembourg- Schwérin et 7 dans le Mecklembonrg- Strélitz; elles sont représentées par des membres de leurs magistrats (comité municipal) et le plus souTent par le bourgmestre.
Tous les membres de l'ordre équestre peu- Tent prendre part aux délibérations de la diète, mais ils ne peuvent pas s'y faire représenter. Ceux qui assistent aux séances, supportent seuls leurs frais de voyage et de séjour, puisque chacun d'eux exerce un droit personnel. Les représentants des villes, au contraire, sont les mandataires de leurs concitoyens (ou sont censés l'être), et reçoivent une indemnité.
Gomme on Toit, en assemblée générale {in plénum) l'ordre équestre a une grande supériorité numérique; mais les Tilles ont le droit de demander que chaque ordre délibère séparément. Du reste, une assemblée aussi nombreuse n'est pas facile à diriger, et bien que le bureau se compose de nombreux dignitaires, il n'est pas rare d'y entendre plusieurs orateurs parler à la fois.
1. A IMQtériear, chacun dei deux grands-duei •'in. titule grand-duc de Mteklembourg tans aoenna désignation distinctive. S'il s'est formé en 1701 une seconde ligne, ce n'est pas sans contestation , iii*ls l'aspaee ne nous permet pas d'en faire fhittoriqMU
ItÉDUTIOK. — MEETma.
dModiTidiis, et la eoUeeticm ne peut avoir, au fond et logiquemcDt , d^antres lois que celles qui régissent les êtres qui la composent. Le droit naturel dëcoulo des mêmes sources. Ses principes s'appliquent donc aux nations comme aux indlTidus. Aussi Vatel a-t-il pu dire avec Tassentiroent de tous les peuples civilisés: «La justice est plus nécessaire encore entre les nations qo*entre les particuliers , parce que rinjustice a des suites plus terribles dans les démêlés de ces ouïssants corps politiques. Chaque nation doifaonc rendre aux autres ce qui leur appartient, respecter leurs droits, et leur en laisser la paisible Jouissance. Mais la différence consiste en ce que , dans les sociétés civiles, il 7 a des pouvoirs chargés de faire respecter les droits de chacun de leurs membres, tandis qu'entre des peuples libres et souverains , U n'y a point de juge supérieur sur la terre, devant lequel ils puissent être sommés de comparaître, pour attendre de lui la décision de leurs disputes. » De là s'est créé, par ia force des choses , ce rôle des tierces puissances interposant leurs bons offices , ou choisies pour médiatrices, ou acceptées comme arbitres. Eugène Paignon. «
MÉDIATISATION. Par suite des guerres de la Bèvolntion et de l'Empire, un grand nombre de principautés , comtés et baronnies allemandes qui , comme la Bavière, la Saxe, etc. , n'avaient d'autre suzerain que l'Empereur, dont ils relevaient inunédiatement (sans intermédiaire), ont été subordonnés à des princes autrefois leurs égaux ; c'est ce qu'on a appelé la médiatisation. En d'autres tonnes on leur a laissé toutes leurs prérogatives, leurs propriétés, leurs honneurs, et on leur a retiré la souveraineté, l'indépendance.
L'acte fédéral leur reconnaît, article 14, une position exceptionnelle; les seigneurs médiatisés (Standesherm) restent les égaux des princes souverains, en ce sens que ceux-ci peuvent, sans déroger, conclure une alliance matrimoniale avec eux {Ebenhûrtigkeit), et jouissent de plusieurs immunités pour eux et leurs familles , comme l'exemption du service militaire, une juridiction privilégiée. Plusieurs décisions de la diète ont reconnu aux princes la qualification de Ùurchlaucht (Altesse sérénissime) , et aux comtes celle d'Eriauchi (n'a pas d'équivalent en français). Plusieurs États allemands leur ont accordé encore d'autres privilèges; ils sont notanunent presque partout pairs héréditaires.
Le nombre des seigneurs médiatisés est assex considérable. 11 y en a 14 en Autriche, 17 en Prusse. 22 en Bavière, 35 en Wurtemberg, 3 en Hanovre, 8 en Bade, 4 en Hesse électorale, 19 dans la Hesse grand-ducale, S dans le duché de Nassau. Mais il convient de remarquer qu'il y a ici quelques doubles emplois, en ce que plusieurs maisons, comme celle de La Tour et Taxis, figurent dans plusieurs États. De plus, la Prusse a accordé le rang de Stawiesherm à 28 autres maisons princiéres et coDtales.
Parmi les seigneurs médiatisés nous trouvons les Aremberg, Groy, Bentheim, Sayn- Wittgenstein, Salm, Solms, Wied, Esterhazy, Schwarzenberg, Windiscbgraetz, Fugger,Hohenlohe, Ottingen, Waldburg, Lœwenstein, Stadion, Leiningen, Fursteuberg, Leyen, Isenburg, Erbach, Stolberg et quelques autres.
ILB.
MEETING. Ce nom se donne le plus ordinairement aux réunions publiques , accidentelles, dans quelque endroit que ces réunions aient lieu. Le droit de réunion aujourd'hui à peu prés absolu en Angleterre, exempt de toute espèce de contrôle préventif, ne l'a pas toujours été. En 1818 et 1819, lorsque, sous l'empire de passions politiques très -ardentes, et de divisions sociales très -profondes, ce droit eut été transformé en une machine de guerre, tout aussi menaçante pour la société que pour le gouvernement , la législature prit des mesures contre son exercice, tout conmie elle en avait pris à d'autres époques contre l'exercice du droit d'écrire ou de parler. Mais fidèle à une pratique traditionnelle en matière de lois exceptionnelles , on en limita la durée.
En 1819, l'exercice du droit de réunion aboutissait presque toujours à des scènes de désordre et même de rébellion. Les limites qui y furent apportées, laissèrent, comme auparavant, la liberté de se réunir pour signer des pétitions, mais les autorités devaient d'avance en être informées. Les heures et jours devaient également être indiqués d'avance ; afin de mettre un terme à ces manœuvres à l'aide desquelles des agitateurs rassemblaient des centaines de mille personnes sur un môme point, ces assemblées ne pouvaient avoir lieu que par paroisse; chaque paroisse composée de plus de 16,000 habitants devait être divisée en districts. Afin d'être à même d'empêcher la réunion des assemblées tumultueuses , les magistrats devaient en être informés six jours d'avance, et quatre jours avant le moment fixé pour ces réunions, ils pouvaient en changer le jour. — 11 était défendu de se rendre en ordre militaire ou avec des drapeaux à ces réunions. Toute personne étrangère à la paroisse qui y assistait était passible d'une amende. Des peines beaucoup plus sévères étaient prononcées contre les sociétés secrètes dont les membres faisaient l'exercice militaire avec ou sans armes. Pour amener le Parlement à prendre de telles précautions contre l'une des conséquences les plus naturelles de la liberté individuelle , il ne fallut rien moins que la répétition multipliée de perturbations et de désordres si énormes, qu'en présence du calme extrême qui régne aujourd'hui en Angleterre, les vieillards qui en ont été témoins , ont peine à croire leur souvenir. Cependant, si grand que fût le mal, le Parlement et le gouvernement n'oublièrent pas que le pays était dans un état de fièvre , et qu'une législation indispensable en pareil cas pourrait bien, dans des circonstances différentes, devenir sinon dangereuse pour la liberté publique, du moins un instnunent de vexation; aussi