HISTOIRE. — HOMME D'ÉTAT
patrimoine de llininaDitë. Tacite nous a laissé dans ses écrits un mot dont nous sentons encore la tristesse et l'amertume: Raratemporum felicitate ubi sentire quœ velis et quœ sentias dicere licet. Mais au moins nous sentons aussi que bientôt Fhistoire sera tout à fait libre et ({u'elle n'aura pas besoin d'attendre qu'un siècle soit écoulé pour oser le peindre.
Il y a une maxime fameuse, celle-ci : « On doit des égards aux yiyants; on ne doit aux morts que la vérité. • C'est une maxime des temps passés. Oui, l'on doit des égards aux virants et il ne faut pas troubler la vie privée de ceux qui n'ont rien à démêler avec la justice de l'bistoire contemporaine ; mais un âge démocratique autorisera l'bistorien à exercer à toute heure son ministère d'accusateur et de juge public. Qui monte au pouvoir, devient à l'instant même un homme de l'histoire, et désormais l'histoire , vengeresse des droits de tous, commencera son rôle du vivant même de ces élus du sort, de ces privilégiés de la nature qui ne peuvent réclamer les honneurs et les avantages de la vie publique si en même temps ils en rejettent loin d'eux les devoirs et les charges. Ce serait plutôt aux morts que nous devrions des égards, car ils ne sont plus là pour se défendre.
Revendiquer ces droits pour T histoire des hommes vivants, ce n'est pas vouloir ressusciter l'ancienne satire; c'est, à notre avis, se rendre compte de l'esprit de notre génération qui, après qu'on en a fini avec les théocraties du premier âge de Vico et lorsqu'on cherche à en finir avec l'âge héroïque, ne veut pas, dans l'âge civil, créer un nouveau fétichisme et protéger d'autres héros, et n'entend plus qu'on juge les chefs et les hommes d'État d'après les portraits et les inscriptions des médailles. Saint-Simon avait, dès la monarchie même, déshabitué l'histoire du respect servile. Il est à souhaiter qu'aucune époque ne manque de Saint-Simon. Fions-nous à la raison pour apercevoir et faire honorer la vérité. *
L'histoire voit donc chaque jour s'agrandir sa tâche et se multiplier les difficultés de son œuvre. A mesure surtout que les intérêts matériels se développent, la variété des études qu'il faut entreprendre, menace de décourager les esprits timides; mais il est dans la destinée de l'homme que ses facultés grandissent avec les obstacles qu'il doit vaincre, et nous pouvons tenir pour certain que les historiens ne manqueront pas à l'histoire et que l'histoire ne manqfuera pas aux futures sociétés qui attendront d'elle de si grands services!
Paul Boiteau.
HISTORIOGRAPHE. U n'y a plus guère d'historiographes qu'en Chine; mais, au moyen âge, un certain nombre de princes prenaient
1. Il convient de dire qu'il est sonvent impoiilble de savoir la vérité iinr lei contemporains. Henreox encore lorsque les tablettes de l'histoire restent vierges de tonte inscription ; on est du moins sûr alors qae les faiu n'ont été altérés ni par la crainte , ni par l'Mpoir. M. B.
leurs précautions vis-à-vis de la postérité en faisant écrire leur histoire dans leur palais même. Jusqu'en 1789, il y eut un historiogr»phe de France. Le dernier s'appelait ILMoreto. Y a-t-il à présent quelqu'un qui sache ce qn*fl a écrit, ou qui, venant à le savoir, se donnmit la peine de le lire? C'est qu'il y a une grande diflèrence entre un historiographe et nn historiés. Voltaire lui-même fait sentir cette différence, hd qui fût sans doute un bon historien, et même l'un des plus éclairés et des plus utiles, mais qui fut aussi, par brevet, historiographe du roi, ce dont on s'aperçoit dans son histoire du règne de Louis XV. Sous Louis XIV, la plume offiddle appartint d'abord à Pellisson, puis à fioiieaa et à Racine qui se donnait la peine de suivre le roi dans ses campagnes, et qui bravait même la hauteur de Louvois pour obtenir d'exactes informations de détail, mais qui, en racontant le passage du Rhin, n'arrive pas à nous apprendre si Louis XIV passa réellement le fleuve avec l'avant-garde de son armée. On avait déjà vu, sous Charles vn, le spirituel ou naïf Alain Ghartier, fUre autour du roi une espèce d^enqnêli pour déterminer quel genre de liaison 1 avait uni à la belle et patriotique Agnès Sorel» et déclarer que, pièces en main, cette maîtresse de Charles VII, qui eut de lui trois filles, ne Itt Jamais que son amie très-chaste. Aussi, Dndos, qui n'était pas très-capable d'être un historien et qui ne voulait pas n'être qu'un historiographe , prit-il le parti de ne laisser voir ses manuscrits qu'après sa mort.
Dans les États républicains, il était plus facile À un historiographe d'écrire de l'histoire, mais il n'était pas encore entièrement libre, et on le voit Jusque dans l'œuvre de Nani, l'historiographe de Venise. C'est autre chose en Chine, où les historiographes sont des magistrats qui ne dépendent absolument de personne, et qui, en vertu d'une loi supérieure au pouvoir de la monarchie, laissent tomber chaque Jour leurs écrits dans une salle où nul ne pénètre, et qui n'est ouverte qu'à l'extinction de la dynastie régnante. Mais, sous les républiques conune sous les monarchies, on peut dire aujourd'hui que l'institution d'un historiographe titré et pensionné n'a pas de raison d'être, et encore qu'elle a toujours été sans utilité, même pour les rois qui l'établirent. C'est une charge i effacer désormais du nombre des fonctions politiques. Paul Boitbad.
HOHBRZOLLBRN. Voy. Dynastie.
HOLLANDE. Voy, Pays-Bas.
HOLSTBIN. Voy. Schlesvng-Holstein.
H0MMA6B. Voy, FéodaUté.
HOMME D'ÉTAT. Le nom d'Aomm^ d'ËicU appartient à celui en qui se rencontrent les hautes facultés qui constituent essentiellement la science de la politique, le grand art de gouverner les hommes : vir rei pubiicœ periius. Mais le donnera-t-on toujours à celui