Opiuiou de l'auteur de l'article
recteur nommé par l'État et assisté d'un conseil. Les mesures importantes qu'il croit devoir prendre ont besoin d'être approuvées par ce conseil et sanctionnées par le secrétaire de la trésorerie. Le parlement s'est réservé le droit d'être informé annuellement de l'état de ce musée, du nombre de tableaux qui auraient été vendus ou achetés dans l'année, des legs et des donations particulières, etc.
L'Angleterre possède une académie royale des arts, établie en 17G8 sur des priucipes qui ne s'éloignent pas essentiellement de ceux sur lesquels était fondée notre ancienne académie royale de peinture. Cette institution est placée sous le patronage de la reine et administrée par une commission de quarante membres.
Neuf de ces quarante membres se forment successivement en comité, administrent à tour de rôle l'académie, examinent les résultats de l'enseignement donné. Comme notre école des beaux-arts et notre école de Rome, l'académie royale fait chaque année une exposition de peinture et de sculpture. L'initiative des citoyens est d'aussi fraîche date que le patronage de l'État, car ce n'est que de nos jours que le goût des arts s'est répandu en Angleterre ; mais cette initiative montre de l'ardeur et ses résultats sont déjà nombreux. 11 s'est formé une foule de sociétés particulières pour la propagation du goût des arts, placées généralement sous le patronage d'hommes célèbres et de membres de l'aristocratie. Ces sociétés font des expositions particuhères et forment des galeries. 11 y a enfin un certain nombre de sociétés et d'académies, tant en Angleterre qu'en Ecosse et en Irlande, qui se régissent d'une manière à peu près indépendante , mais qui subsistent en partie par leurs ressources , en partie par des allocations parlementaires.
Les écoles élémentaires de dessin sont nombreuses dans le Royaume-Uni. On en compte 78 environ dont l'enseignement est suivi par 85,769 élèves. Le gouvernement contribuait en 1860 aux dépenses de ces établissements pour une somme de 60,415 liv. st. et en 1872 pour une somme de 90,000 liv. st.
La protection des arts est de date aussi récente en Allemagne qu'en Angleterre. L'Allemagne possède cependant depuis longtemps des académies ou des institutions portant ce nom, mais ces institutions étaient restées longtemps stériles. Ainsi l'Autriche a une académie des beaux-arts qui date de 1705, cependant ce n'est qu'en 1850qu'ellca définitivement été organisée. La musique, qui a toujours été populaire dans ce pays, n'avait pas encore d'académie en 1850. Lesacadémies prussiennes de Berlin et de Dusseldorf ont également une illustration de fraîche date, quoiqu'elles soient de fondation déjà ancienne, comme celle de Berhn, ou entées sur une vieille institution, comme celle de Dusseldorf. L'académie de Munich n'a été réellement organisée que sous le roi Louis I^^ L'enseignement des arts n'a pris son essor qu'à la suite de 1815 et à la faveur de la paix, et surtout à la suite du grand mouvement artistique dont Cornélius, Overbcck.
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Kaulbach furent les promoteurs; mais il est juste de dire que les gouvernements allemands ont noblement réparé le temps perdu. Ou sait quel était l'amour du dernier roi de Prusse pour les arts et la poésie; ou connaît les temples bizarrement ornés de noms grecs que le roi Louis de Bavière a élevés en leur honneur à Munich. Les académies ont eu, depuis que le goût des arts s'est popularisé en Allemagne, la bonne fortune d'être dirigées par des hommes cminents : Schadow à Dusseldorf, Kaulbach à Munich, Cornélius à Berlin. Ces académies forment des élèves qui font des expositions. Leurs directeui's et professeurs sont nommés par l'État, ainsi que les directeurs des musées et des collections publiques, mais ils jouissent dans leur enseignement de cette extrême liberté qui est le privilège des universités allemandes. Les divers gouvernements pensionnent et envoient à l'étranger un grand nombre de jeunes gens, mais ils n'ont aucune institution qui correspoude à notre école de Rome. (On parle aujourd'hui [1872] d'étabhr une école à Athènes.)
Les académies instituées et soutenues par l'État ne sont que des imitations et pour ainsi dire des traductions à Vallemaiide de nos institutions d'art. Je dis traduction à C allemande, non par ironie, mais parce que l'esprit administratif, qui est si fort chez nous, se fait beaucoup moins sentir dans les institutions patronnées par les gouvernements allemands. Cette liberté intellectuelle et académique, qui est chère à l'Allemagne, et si justement, puisqu'elle lui a longtemps tenu heu de toutes les autres , conserve son empire en cette matière. Là où cette liberté éclate avec toute son initiative et toutes ses ressources, c'est dans les associations particulières ou sociétés des amis des arts [Kunstoereine) , qui sont les institutions d'art vraiment originales de l'Allemagne. Nombreuses sont ces sociétés; on en trouve une dans presque chaque ville importante d'Allemagne. Ces sociétés sont composées nonseulement pour propager le goût des arts , mais pour les patronner; elles sont un moyen de satisfaire aux goûts les plus nobles de la civilisation et en même temps un moyen d'assistance pécuniaire pour les artistes. Dans les petits États, dont beaucoup sont très-pauvres, les citoyens hbrement unis, au moyen de contributions personnelles modestes, font l'œuvre que leurs gouvernements ne pourraient faire. Ces sociétés achètent des tableaux et les tirent au sort entre leurs membres , font des expositions, etc. Quelques-unes sont des institutions dans la vraie acception du mot; telle est, par exemple, la société des amis de la musique, établie à Vienne depuis 1812, qui est un conservatoire de musique complet. Cette société compte plus de 5,0U0 membres et instruit plus de 300 élèves. A côté de ces institutions, il faut aussi mentionner les écoles et les musées, qui sont dus à l'initiative ou à la munilicence des simples citoyens. Le plus célèbre de ces établissements est peut-être l'institut Slœdel à Francfort, fondé en 1819 par la munificence
d'un simple bourgeois , qui légua à sa ville sa collection de tableaux et de gravures, plus une somme de 1,200,000 fl., pour étabhr un institut enseignant des beaux-arts. Disons cependant que la volonté du testateur semble n'avoir pas été très-exactement exécutée, et que les soins donnés à l'entretien et à l'accroissement du musée paraissent avoir fait oubher l'école qui devait y être annexée.
Un des pays qui font le plus pour l'encouragement des beaux-arts, c'est le petit royaume de Belgique. Il y a deux conservatoires de musique en Belgique, un à Bruxelles, institué eu 1832, un à Liège, fondé en 1831. Ces étabhssements reçoivent, comme le conservatoire de Paris, des élèves des deux sexes; le nombre des élèves, en 1859, était pour Bruxelles de 554, et pour Liège de 212. L'administration de ces établissements est fondée sur les priucipes les plus constitutionnels ; elle est confiée à une commission de neuf membres nommée par le roi , placée sous la surveillance du mi- û nistre de l'intérieur, et présidée par le bourg- " mestre, qui représente les vieilles franchises municipales du pays. Même composition dans l'administration du conservatoire de Liège, à cette dillérence près que le gouverneur de la province est le président de la commission et que le bourgmestre n'en est que le vice-président. Outre ces deux conservatoires , il y a eu Belgique 796 sociétés musicales, qui reçoivent des allocations plus ou moins fortes du gouvernement. Des académies royales ou écoles de beaux-arts sont établies à Bruxelles, à Anvers, à Gand, à Liège. Tous les deux ans ont Ueu à Bruxelles de grands concours de musique, et tous les ans des concours de peinture et de sculpture. Les élèves qui ont triomphé dans ces concours sont, comme nos propres lauréats, pensionnés par l'État et envoyés à l'étranger pour y compléter leurs études. On voit que la Belgique tient à honneur de maintenir ses traditions et qu'elle se rappelle qu'elle est la patrie de Van Dick et de Rubens, de Grétry et de Méhul.
Les étabhssements d'art en Italie sont plus nombreux que florissants. On compte dans toutes les villes importantes des écoles qui ressemblent à peu près à notre école des beauxarts et qui sont placées sous la surveillance du gouvernement, cependant il y a quelques différences à signaler. Ces établissements sont des établissements de l'État plutôt en fait qu'en principe. Généralement ce sont des professeurs renommés qui se sont formés en académie et qui ont été ensuite reconnus par le gouvernement. Ces professeurs cumulent d'ordinaire leurs fonctions avec celles de conservateurs et d'administrateurs des musées et collections pubhques. Ils sont les arbitres suprêmes de renseignement et du goût. Ils ont hérité quelquefois très à tort de l'ancienne renommée des vieux amateurs italiens dont l'autorité faisait loi, et leur parole est acceptée docilement par leurs concitoyens, auprès desquels ils jouent le rôle d'avocats consultants. C'est à eux qu'on s'adresse pour savoir à quel maître il faut at-
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tribuer uue vieille toile, quelle est la date de telle peinture et si on fera bien de faire tel ou tel achat, etc. Le vieil esprit de brocanlage italien se glisse trop souvent dans leurs consultations, et leur fait, dit-on, délivrer des brevets d'authenticité avec une facilité déplorable. Outre les professeurs directement attachés à ces cLahUssemeuts, il y a des membres honoraires qui portent le nom de conseillers académiques. Quoique ces écoles soient d'ordinaire entretenues par l'État, les municipalités font souvent une partie des frais, et elles font presque toujours ceux des écoles secondaires de dessin, qui sont très-nombreuses. Il y a des conservatoires de musique dans toutes les villes importantes d'Italie, notamment à Kaples, à Florence, à Alilan, entretenus aux frais de l'Etat et placés sous sa direction. Un des plus ilorissauts est le conservatoire de Milan, fondé dans les premières années de ce siècle, et le plus ancien et le plus glorieux est le conservatoire de tapies, d'où sont sortis et où ont professé les plus illustres maëstri du dix-septième et du dix-huitième siècle.
L'Espagne possède une école des arts nobles, l'académie de Saint-Ferdinand à Madrid, qui est directement entretenue par l'État. Quelques autres académies sont encore établies dans les principales villes d'Espagne, où elles se soutiennent, tant bien que mal. Le gouvernement espagnol s'est montré jusqu'ici assez peu préoccupé de la protection des arts; il est juste de dire que la décadence dans laquelle ils sont tombés ne semble pas de nature à stimuler bcii-j'^oup son iusouciauce.
Tel est le tableau à peu près complet des institutions qui, en Europe, régissent et administrent cette matière délicate des beaux-arts. La plupart sont encore dans leur enfance , ou même à l'état d'embryon, et il n'y a d'institutions vraiment dignes de ce nom et fonctionnant d'uue manière réguhère et sérieuse que dans notre pays. Ce n'est même que chez nous qu'elles portent des résultats à peu près satisfaisants et qu'elles ont une action sur le mouvement des arts. Insistons sur ce fait que ces institutions sont de date toute récente et que les plus vieilles, les nôtres, nont pas deux cents ans d'existence. Les l)eaux-arls n'avaient pas besoin d'elles, sans doute, pour exister, car ils avaient traversé leurs phases les plus glorieuses et donné leurs plus grandes œuvres, lorsqu'on s'avisa que des institutions administratives et régulières pourraient aider à leur développement ; ils avaient à peu près terminé leur carrière lorsqu on pensa à les encourager. Le seul art qui ait prolité de ce nouvel état de choses, c'est la musique, et cela pour trois raisons : 1° parce que de tous les arts la musique cit celui qui réclame le plus de temps, de persévérance, de discipline et de travail, celui qui a le plus besoin d'être enseigné mécaniquement; 2° parce qu'il est en un sens le moins individuel des arts et qu'il réclame le concours d'un grand nombre d'individus, comliositeurs, chanteurs, exécutants, lesquels ne I)euvent posséder la partie de leur art qui les
concerne spécialement, qu'en étant instruits des parties qui les concernent moins, ou même qui ne les concernent pas; 3° parce que la musique étant le dernier-né des arts, elle a pu profiter, pour son développement et sa croissance, dés secours que lui ont donnés ces institutions. Nous concevons donc l'étabUssement d'écoles pour la musique, surtout en vue de former des chanteurs et des exécutants, car quant à ce qui concerne les compositeurs, il est tout aussi impossible qu'un conservatoire crée un Rossini, qu'il est impossible qu'une école des beaux-arts crée un Michel-Auge. Beethoven, Mozart, Gluck et tant d'autres n'ont pas été créés par des écoles : ils se sont instruits eux-mêmes dans leur art ou ont reçu les leçons de quelque bon vieux maître, comme faisaient, à la belle époque, les peintres itahens. Les beaux-arts sont donc nés et ont grandi sans la permission des écoles. Puisqu'ils ne leur doivent pas leur naissance, leur doivent-ils leurs progrès ? La meilleure preuve que ces institutions pourraient donner de leur efficacité, serait de montrer que depuis leur création les arts ont été toujours en avançant; or, c'est le contraire qui a eu heu. L'académie royale de peinture et de sculpture, par exemple, s'établit, et au même moment la peinture décline. U faudra traverser prés d'un siècle et demi pour rencontrer dans les arts du dessin un mouvement digne de faire date dans l'histoire de l'art. Et quels sont les auteurs de ce mouvement? des novateurs qui ne doivent rien aux écoles, à une ou deux exceptions près.
Les beaux-arts doivent-ils être protégés par l'État'? c'est une matière fort délicate à décider. Il est certain que dans notre pays d'égalité et par conséquent de fortunes modestes , dans notre société démocratique, où chaque citoyen a sa fortune à faire, l'État doit jouer jusqu'à un certain point le rôle de la société. Si la main de l'État retirait sa protection , les arts courraient de grands périls et rencontreraient bien des traverses. U est certain encore que dans un pays où l'État a centralisé tous les pouvoirs distribués jadis entre des corps indépendants , lui seul a la charge des grandes œuvres d'art , édifices pubUcs , statues monumentales, peintures murales et fresques, etc. Puisque nous n'avons ni le clergé indépendant, ni les corporations monastiques, ni les riches municipalités qui ont enrichi de merveilles l'Italie et les Pays-Bas, il faut bien que FÉtat remplace ces anciens patrons des grandes œuvres. II est aussi très-évident qu'U ne doit pas permettre qu'un homme de génie moisisse dans sou grenier, après avoir produit quelque belle œuvre et s'être recommandé à l'attention de tous. Si l'État récompense noblement l'auteur d'une belle œuvre, nous y applaudissons, et d'autant plus volontiers que la récompense est dans ce cas un encouragement efficace et qui atteint son but. En etfet, récompenser Fauteur d'une belle œuvre, c'est l'encourager vraiment à continuer d'en produire de semblables. Mais en dehors de ces cas exceptionnels , la protection de l'État reste aussi inellicace qu'elle est oné-