BAVIÈRE. — BEAUX-ARTS
ment 7,200 de ces écoles, qui sont en général destinées exclusivement aux enfants d'un seul culte. La fréquentation de l'école est oblig-atoire à partir de l'âge de 6 ans jusqu'à 13 ans; les enfants doivent ensuite fréquenter une école de dimanche jusqu'à leur 16*" année révolue.
Les instituteurs sont formés dans 10 écoles normales primaires, fondées et entretenues aux frais de l'État. Une loi a fixé le minimum de leur traitement à 350 fl. (près de 800 fr.) . mais dans beaucoup de communes le chiffre en atteint 500 fl.
Aux écoles allemandes se rattachent par le degré les écoles d'agriculture et les écoles industrielles, ensemble au nombre de 26, dont l'enseignement spécial est continué dans les écoles des sciences exactes (Realschiden) , qui trouvent leur point culminant dans une école polytechnique, destinée à remplacer les trois étabUssements qui fonctionnaient autrefois sous ce nom à Munich, Augsbourg et Nuremberg. (Il s'agit d'une école des arts et manufactures.)
L'instruction secondaire est conférée en premier degré dans les écoles latines, qui correspondent aux classes inférieures du gymnase (lycée). Leur nombre total est de 96 , mais 72 seulement renferment les 4 classes normales, les autres nen ont que 2 ou 3. Ces écoles latines ont une analogie dans les collèges communaux en France, et l'élève qui veut compléter ses humanités, passe à l'un des 28 gymnases, qui n'ont que les.4 classes supérieures du lycée français.
L'instruction supérieure est réservée aux universités de Munich, de "Wurzbourg et d'Erlangen [voy. Universités). L'académie des sciences, fondée en 1759, trouve ici sa mention naturelle.
Il existe aussi en Bavière 10 lycées, qui servent principalement de séminaire pour former des prêtres et une foule d'autres institutions spéciales, que l'espace ne nous permet pas denumérer.
Nous renvoyons le lecteur, pour de plus amples détails, aux ouvrages suivants : Ueber den JAistand des Kocnigreichs Bayern (Situation du royaume de Bavière) , par le D^ Jg. Rudhart, ouvrage semi-ofliclcl, qui a paru en 3 vol. de 1825 à 1827. Baoaria, Landes- vnd Volhskunde des Kœnigreichs Bayern, etc., qui a paru sous les auspices du roi. Relativement au droit public et administratif du royaume, on trouve les développements nécessaires dans les deux ouvrages suivants de l'auteur de cet article : Lehrbuch des bayerischen Verfassunfjsrechts (Traité du droit pubHc bavarois), 14" édit.; Munich, 1870; et Lehrbuch des bayerischen Verivaltimgsrechls (Traité du droit administratif bavarois), 3* édit.; Munich, 1871.
D"' DE POEZL.
BEADX-ARTS. — I. Définition des beauxarts. Lois de leur développement. De f influence générale des beaux-arts sur la civilisation. — Les arts que l'on qualifie de cette épithète flatteuse et noble sont au nombre de quatre
principaux : l'architecturCj la sculpture, la peinture et la musique. A ces quatre arts principaux on en ajoute quelquefois un cinquième : la danse, sans doute par respect pour l'histoire et la tradition, qui nous la montrent mêlée à toutes les fêtes religieuses et nationales et estimée à l'égal des plus nobles manifestations du génie. La danse a été détrônée du rang qu'elle occupait du jour où elle a cessé d'être ce qu'elle fut : un acte religieux , une apothéose de la vie sacerdotale ou guerrière et, si l'on nous permet cette expression, un Te Deum national mimé. Autrefois, égale de la poésie lyrique, de l'hymne et de l'ode, et dominatrice de la musique qui ne servait qu'à régler ses mouvements, elle n'est plus depuis longtemps qu'un exercice corporel et un plaisir des yeux. Ce n'est que par habitude que l'on range encore la dause parmi les beauxarts.
Nous réservons donc le nom de beaux-arts à l'architecture, à la sculpture, à la peinture et à la musique. Mais il s'en faut que leur nomenclature soit aussi simple et aussi sommaire. Les beaux-arts forment une famille trèsnombreuse et très-étendue, qui a des relations avec tous les autres emplois de l'intelligence humaine et ils ont sous leur dépendance une foule d'arts secondaires et d'arts d'adoption qui s'inspirent de leur génie. L'orfèvrerie, la bijouterie, les arts de façonner et de ciseler les métaux, de tailler et de graver les pierres précieuses, furent de tout temps considérés comme des branches inférieures des beauxarts. L'ébénisterie peut réclamer à peu près les mêmes privilèges, et c'est à juste titre que le nom d'un Boule a passé à la postérité, aussi bien que celui d'un Benvenuto. L'interprétation des grandes œuvres a donné naissance à des arts particuliers. C'est ainsi que la gravure, avec ses branches innombrables, s'est constituée à l'ombre de la peinture. Ce que la gravure est à la peinture, le talent de l'exécution l'est à la musique. Un chanteur pathétique, un exécutant habile, prennent rang parmi les artistes. Enfin l'art se mêle à toutes les manifestations du génie, aux plus désintéressées comme aux plus pratiques, à la science pure comme à l'industrie. Chaque découverte scientifique, chaque progrès de l'industrie fait éclore un art nouveau, et il s'en faut de bien peu que le photographe et le dessinateur sur étoffes ne soient des artistes.
Les beaux-arts sont ainsi nommés parce qu'ils ont pour fin de créer et de reproduire la beauté ; mais cette épithète de beaux doit aussi être prise dans le sens de nobles. Cette quahfication a pour but de les distinguer de ces arts que les anciens appelaient des arts d'esclaves, et qui ne réclament aucun concours de l'intelligence. Cette dénomination a donc un double sens : les beaux-arts sont ainsi nommés parce qu'ils ont pour fin de créer la beauté et parce que, pour l'atteindre, ils sont obligés d'employer le concours de l'intelligence.
Quelques modernes ont placé la poésie parmi
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les beaux-arts ; cependant si notre définition est juste, on voit que ce n'est que métaphoriquement qu'elle peut prendre place parmi eux. Elle a bien pour but, il est vrai, de créer des impressions analogues à celles qu'ils créent ; mais ces impressions s'adressent directement à l'âme, sans avoir besoin du laisser-passer des organes du corps. Il est vrai encore qu'elle est, dans certaine mesure, obligée d'obéir aux mêmes exigences qu'ils subissent : la loi des proportions, l'ordonnance, la symétrie; mais elle n'obéit à ces exigences que d'une manière idéale et c'est l'esprit et non l'œil qui juge si elles ont été satisfaites. Nous croyons donc qu'il faut réserver ce nom de beaux-arts à ceux qui se composent d'une part de métier et d'une part d'inspiration, et qui réclament le concours de l'intelligence en même temps que le concours de l'œil, de la main ou de l'oreille.
Les beaux-arts ne sont pas, comme les arts industriels, des découvertes successives et empiriques de l'esprit humain; ils se présentent avec un caractère de nécessité absolue, car ils ont leur origine dans l'âme même de l'homme, et du moment où cette âme était ce qu'elle est, ils ne pouvaient pas ne pas être. Du jour, en effet, où l'homme a été créé, il a aimé, admiré, adoré, et de ce jour aussi il a fait effort pour exprimer son amour, son admiration et son respect. Les beaux-arts ont leur germe dans ces efforts violents de l'âme primitive. Mais si leur naissance est contemporaine de celle de l'homme, leur croissance et leur éducation ont été singulièrement lentes. Que de temps il a fallu pour qu'ils trouvassent leurs instruments et leurs régies, pour qu'ils prissent pour ainsi dire conscience d'eux-mêmes. Quelle distance sépare le fétiche grossièrement taillé du barbare des héros et des dieux de Phidias et de Praxitèle, et quel immense intervalle sépare les prières, les soupirs et les souffles puissants, mais confus et vagues, de cette âme primitive des chants d'un Beethoven, d'un Mozart ou d'un Rossini!
De cette explication de leur origine, nous pouvons déduire la loi organique de leur existence, la loi qui règle leur croissance, leur perfection et leur déclin. Pour atteindre leur point de perfection véritable, il faut qu'ils s'éloignent de leur source qui est la vie, sans eu être assez éloignés cependant pour ne pouvoir la rejoindre et aller y puiser librement. Trop près de la vie, ils se confondent avec elle et n'en sont pour ainsi dire pas distincts; la matière vivante l'emporte sur l'exécution, le sentiment est plus fort que son expression; c'est là ce qui se voit aux époques primitives, dont les œuvres énergiques doivent plus à l'instinct qu'à l'intelligence et à la vie qu'à l'art. Il est difficile, ou pour mieux dire, il est impossible de mesurer exactement cet intervalle; ce qui est certain, c'est qu'il faut que cet intervalle existe, car c'est lui seul qui constitue la différence qui sépare les sculptures d'un Phidias des sculptures des artistes antérieurs à lui, les œuvres d'un Léoiuird de Vinci et d'un Raphaël des œuvres des peintres primitifs. D'un
autre côté, il est encore plus dangereux pour les arts de trop s'éloigner de leur source que de s'en tenir trop rapprochés. Lorsqu'ils dépassent cette juste distance dont nous parlons, ils s'étiolent et languissent rapidement, car la viene les alimente plus. Alors l'alliance entre M le métier et l'inspiration qui constitue les arts M est rompue; le métier survit seul, l'habileté de la main remplace l'inspiration; le savoir-faire, qui naît de l'habitude, remplace le génie.
Rien de plus bizarre et de plus excentrique en apparence que l'histoire du développement des arts. Ils sont tous nés le même jour, avonsnous dit, mais il s'en faut de beaucoup qu'ils aient grandi simultanément et qu'ils aient atteint en même temps leur point de perfection. Il en est dont l'enfance s'est prolongée jusqu'à nos jours: la musique, par exemple, qui est un art tout à fait moderne, et qui est pour ainsi dire notre contemporaine. Le génie du beau ne donne pas, et ne semble pas pouvoir don- M ner toutes ses expressions en même temps. '^ L'histoire nous le montre choisissant ces expressions selon le milieu social dans lequel il se meut, selon les contraintes qui lui sont imposées, les facilités qui lui sont accordées, les instruments qu'il rencontre. Il s'exprime par chacune de ses voies successivement, et il choisit de préférence celle par laquelle il peut le mieux se faire comprendre à un moment donné. Aussi son histoire, quoique très-logique, parait-elle au premier abord bizarre et presque paradoxale. Croirait-on, par exemple, .si on ne le savait par l'histoire, que l'art qui s'est développé le premier est l'un des plus comphqués et des plus mathématiques, celui de tous peutêtre qui exige le plus étroitement l'intime union de la science et du génie, c'est-à-dire l'architecture? Les autres arts n'existaient qu'à l'état d'embryons ou d'ébauches imparfaites, lorsque l'architecture déployait dans les villes d'Assyrie et d'Egypte les merveilles les plus imposantes et les plus colossales qu'elle ait jamais élevées. Pourquoi cela? Était-ce parce que la peinture et la sculpture ne sont pour ainsi dire que des accessoires et des dépendances de l'architecture, et qu'il était logique que l'architecture précédât les autres arts, comme il est logique que le temple ou le palais précède les ornements dont il doit être embelli. Non, c'est que, dans ces premières civilisations, le génie du beau rencontrait plus de facilité pour s'exprimer par l'architecture que par tout autre art. Les idées simples, grandes et fortes d'une société sacerdotale et guerrière, les conceptions du despote en qui se concentrait la vie de tout un peuple, se sont exprimées sous la forme de l'architecture, et ne pouvaient s'exprimer que sous cette forme. Ces temples, ces palais, ces pyramides, qui semblent opprimer le sol et qui écrasent l'esprit de leur tyrannique grandeur, sont une émanation directe du despotisme. Ces lourds édifices se sont élevés de terrepourexprimcr les pensées altières et les passions farouches d'un esprit solitaire et tout-puissant : l'orgueil de la domination, le désir puéril et grandiose d'clfacer le temps et
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de créer un témoignage éternel d'une grandeur destinée à passer, etc. Ajoutez que des sociétés régies dcspotiquement pouvaient seules fournir à l'architecture les milliers de bras nécessaires à la réalisation de ces rêves gigantesques. L'architecture s'est donc développée avant tous les autres arts, parce que le milieu du despotisme était plus favorable à cette forme du beau qu'à toute autre.
C'est là l'histoire de tous les autres arts. Ils dorment et restent dans l'enfance jusqu'à ce qu'ils rencontrent un mUieu favorable à leur croissance, ou que les circonstances soient telles que leur apparition devienne impérieusement nécessaire. Un art ne devient florissant que lors<]ue la langue qu'il parle est la seule qui puisse rendre les pensées dont l'âme humaine est tourmentée à une époque déterminée. Le peuple le mieux doué du sentiment du beau laissera tel ou tel des beaux-arts dans l'état le plus rudimentaire. lorsque cet art ne lui sera pas nécessaire pour traduire ses préoccupations. S'il sulTisait du sentiment du beau, les Grecs, le plus artiste des peuples, auraient sans aucun doute porté la peinture au point de perfection où ils portèrent la sculpture ; mais les Grecs n'avaient pas besoin des ressources de la peinture pour exprimer leur harmonieuse et brillante sensuahté. Leur vie morale si noble et si bien équiUbrée, mais si étroite après tout, avait trouvé dans la sculpture l'expression qui lui convenait. De même que l'architecture l'ut l'art des civilisations despotiques, la sculpture fut l'art d'un peuple composé de citoyens libres qui se complaisent à reproduire leur image idéalisée et à se contempler dans toutes les ■attitudes de leur libre activité. Les voici penchés pour lancer le disque, ou bien athlètes couronnés, se redressant d?ns l'orgueil du triomphe, ou bien encore se reposant des fatigues de la lutte ou se préparant aux exercices du gymnase. Ces attitudes et les modilications qu'elles imposent aux lignes harmonieuses de la beauté humaine sont les sujets naturels de la sculpture.
Tout changea encore une fois lorsque le christianisme eut fait naître une nouvelle vie morale et rempli l'àme d'un nouvel idéal. Alors la sculpture ne put suiTire pour exprimer ces nouvelles préoccupations, et la peinture dut faire son véritable avènement. Que pouvait faire la sculpture d'un idéal de beauté, où l'expression l'emportait nécessairement sur la forme, où l'élan, l'aspiration, le mouvement, l'emportaient sur l'harmonie et la régularité. La peinture seule pouvait rendre les dramatiques combats de l'àme, le jeu des passions violestessur les visages humains, les aspirations de la sainteté, et cette inquiétude et ce tourment de l'infini que le christianisme avait créés pour toujours. La peinture est donc de date relativement récente; car elle fait sa véritable aj)parition au moyen âge avec Cimabué et Giotto. L'esprit né du christianisme eut besoin d'elle, et alors elle monla au rang glorieux qu'elle occupe; mais si la civilisation antique eût duré plus longtemps,, elle eût continué à vivre dans
un état d'infériorité, eût figuré simplement parmi les arts de décoration et d'ornementation , et se fût bornée à l'imilation des objets matériels. L'histoire des arts nous révèle donc la loi qui a présidé à leur développement. Ils restent dans les limbes jusqu'au jour où chacun d'eux en est impérieusement tiré par les exigences de l'âme, et ils ne montrent tout ce qu'ils valent que sous la contrainte de ces exigences.
Les arts se succèdent, comme on le voit ; mais ils se succèdent sans se détruire et ils s'ajoutent les uns aux autres. Dès qu'un art est mis au monde, il ne meurt plus, et l'art qui arrive à sa suite ne le fait pas oublier. Il peut avoir ses éclipses, ses morts temporaires, mais il est créé pour toujours. Ainsi l'architecture, pour être le plus ancien de tous les arts et pour avoir atteint le premier sa perfection, ne fut pas détrônée par les arts qui lui succédèrent. La Grèce n'est pas moins célèbre par son architecture que par sa sculpture, et les siècles qui virent l'apparition de la peinture sont les siècles où s'élevèrent les merveilleux édifices de l'architecture gothique.
Cependant, il est vrai de dire qu'aucune époque n'a pu, avant la nôtre, contempler l'entier développement de tous les arts réunis, et que les hommes ont rarement pu jouir de ce spectacle admirable de plusieurs arts florissant à la fois à la même place, se prêtant et s'empruntant leur beauté. Les hommes n'ont plus revu les merveilles de la sculpture grecque; mais, en revanche, les Grecs ne connurent pas les merveilles que la peinture peut enfanter. Les siècles les plus favorisés peutêtre avant le nôtre sont les quinzième et seizième, pendant lesquels les trois arts créés et conquis à jamais rivalisèrent de magnificence. Notre siècle peut se dire le plus favorisé de tous, non parce que les arts y sont plus florissants que par le passé, mais parce qu'il a assisté à l'épanouissement du plus récent de tous, la musique, et qu'il lui a été donné d'eml^rasser ainsi toutes les manifestations possibles du génie des arts. Maintenant tous les arts sont arrivés à leur complet développement; mais ce n'est que de nos jours que ce fait important s'est produit. M l'antiquité, ni le moyen âge n'ont connu, à proprement parler, la musique, qui date du seizième siècle. Longtemps réduite à n'être qu'un accompagnement destiné à soutenir la voix du poète et à donner plus de gravité et d'accent aux prières du prêtre, elle se révèle avec Talestrina, dans ce même sanctuaire où elle avait passé sa longue enfance. Elle sort du sanctuaire, entre dans les cours et se mêle aux fêtes royales, enfante un genre nouveau, le drame lyrique, traduit dans ses mélodies les passions les plus variées de l'âme et. marchant de conquête en conquête, elle découvre enfin les secrets puissants de l'harmonie, et vient dire, avec Beethoven, le dernier mot du génie humain s'efTorçant de traduire la pensée du beau par le langage des sons. Elle est vraiment l'art moderne, comme la peinture fut l'art du moyen âge et la sculpture
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l'art antique. Art démocratique, elle seule peut rendre la pensée des foules; art cosmopolite, elle parle une langue universelle qui peut être entendue des hommes de toutes les nationalités.
Les beaux-arts ont-ils une influence sur la marche de la civilisation , et quelle est cette influence? 11 est incontestable qu'ils en ont une, quoiqu'il ne soit pas toujours facile de la définir, ni de la surprendre à l'œuvre. Elle agit par des voies indirectes et occultesqui lui sont propres , et ses résultats ne sont pas aussi immédiatement appréciables que ceux d'une constitution politique , d'un système de gouvernement ou d'une grande mesure économique. On a beaucoup discuté pour savoir si cette influence était bonne ou mauvaise, si elle avait pour résultat de corrompre les mœurs ou de les adoucir ; nous croyons que les deux thèses sont également vraies et peuvent être également soutenues. Les beaux-arts corrompent ou plutôt énervent les mœurs par cela même qu'ils les adoucissent. Il entre toujours un peu de mollesse dans le passage de mœurs barbares à des mœurs civilisées, et on peut soutenir que, pour se civiliser, l'homme doit traverser un état de corruption momentanée. Ce n'est pas indifféremment que l'âme est attendrie , surexcitée et transportée hors d'elle-même par les merveilles des arts; elle gagne à ces émotions une certaine ivresse sensuelle qui relâche la fibre virile. Mais cette volupté, qui n'est pas sans danger , est cependant le vaccin qui inocule à l'homme une vie morale supérieure. L'histoire témoigne que plusieurs fois la civilisation s'est propagée et renouvelée par l'inoculation de goûts sensuels et même de vices bien caractérisés. Cela se vit notamment lorsque la civilisation grecque fit invasion à Rome. Rome y perdit ses vieilles mœurs austères et fortes, mais elle y gagna de devenir à son tour le centre de toute civilisation. Cela se vit encore à la Renaissance , lorsque l'Itahe inocula sa civilisation aux barbares occidentaux. Il est donc vrai que les arts créent une certaine contagion , mais cette contagion n'est jamais que passagère , et elle est d'ailleurs la condition nécessaire de tout progrès "moral.
Tout a été dit sur cette influence adoucissante des beaux-arts , mais il est un point plus rarement touché qui mérite d'être mis en lumière. Quel est le rôle des arts dans le progrès politique et social des nations? sont-ils des auxiliaires de révolutions, des propagandistes d'innovations? Non, les arts ont une influence éminemment conservatrice. Quoi qu'ils fassent, ils sont obligés de s'inspirer du passé plus que du présent, et du présent plus que de l'avenir. Us perpétuent donc les images de ce qui est et de ce qui fut sous la forme de monuments , de statues , de peintures , et ils entretiennent ainsi dans les âmes des générations qui se succèdent le culte du passé et la piété des souvenirs. Grâce à eux, les hommes ne peuvent oublier autant qu'ils le voudraient et ils trouvent une volupté à se rappeler. Cette influence est surtout sensible dans un temps comme le
nôtre , où toutes les traditions seraient vite oubliées , si les arts n'étaient là pour les entretenir. Quel est le démocrate, si ardent soit-il, qui ne se sente uni par des liens mystérieux à la France monarchique , en contemplant les monuments de la royauté? Quel est l'incrédule qui ne sente remuer en lui la fibre de la vénération pour l'Église, en voyant ses légendes traduites par les grands maîtres de la peinture? Nous nous sentons tributaires et débiteurs du passé, quelque envie que nous ayons de nier la dette. Les arts sont donc les plus puissants instruments de conservation qui existent et les plus vrais gardiens de la tradition.
Les beaux-arts sont conservateurs dans un sens beaucoup plus général encore. Ils empêchent la civilisation de s'éteindre et rendent impossible tout retour complet à la barbarie. Lorsque par la fatahté des circonstances tout a péri dans une civilisation, gouvernement, lois et mœurs , lorsque les beaux-arts eux-mêmes sont oubliés ou ne sont plus compris , leurs œuvres restent là comme des témoins muets attendant le passant qui doit les interroger. Et ce passant ne manque jamais de se présenter un jour ou l'autre. Il arrive, regarde, se sent ému, et retrouve avec son émotion le secret perdu de la civilisation. C'est ce rôle d'inspirateurs muets que les monuments de l'art antique ont joué durant le moyen âge. Ajoutons que les arts rendent impossibles non-seulement les retours prolongés à la barbarie, mais même les éclipses les plus passagères de la civilisation. Si l'Italie, après les grands désastres du seizième siècle , n'est pas retombée dans l'état qu'elle avait traversé après la chute de l'empire romain , on peut dire qu'eUe le doit à ses arts. Le moyen pour un peuple de retomber dans l'ignorance et la barbarie lorsqu'il est entouré de tant de phares lumineux et d'une population si merveilleuse de héros et de saints.
II. Administration des beaux-arts. Institutions d'art dans les dilj'érents pays de t Europe. Quel régime leur convient , la protection ou la liberté? — Les beaux-arts sont soumis depuis environ deux siècles à un régime qu'ils n'avaient jamais connu dans les siècles antérieurs, celui de la réglementation et de la protection administrative. Ils n'ont pas échappé aux conditions nouvelles des temps, et ils ont dû subir , conmie toutes les autres activités de l'esprit , la discipHne et le joug de l'autorité. Il existe aujourd'hui des institutions de beauxarts, c'est-à-dire des établissements fondés, subventionnés, gouvernés par l'État, où des professeurs , relevant plus ou moins directement de l'autorité, sont chargés d'initier chaque nouvelle génération à son tour aux lois des arts et aux secrets du beau. Cet état de choses, quoique nouveau dans l'histoire des beauxarts , n'est pas précisément de date récente , car il faut, pour en trouver l'origine , remonter jusqu'à Colbert. L'histoire des arts depuis deux siècles est attachée à l'initiative de ce grand ministre, qui porta dans cette matière comme dans toutes les autres, sa volonté et son génie d'administrateur. C'est donc à lui qu'on doit
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attribuer eu partie l'éclat dont les beaux-arts ont brillé depuis son ministère , comme c'est lui qu'on doit rendre responsable de leurs défaillances et de leurs échecs , car l'état de choses qu'il a créé dure encore aujourd'hui , et les arts sont protégés, aujourd'hui, d'après les mêmes principes qu'il établit de 1664 à 1671. Si, dans quelques mille ans, il se rencontre un historien qui retrace les annales générales de l'art, il pourra hardiment donnera cette période de deux siècles , qui dure encore et qui n'est pas prés de finir, le nom de période Colbertine. En bien, en mal, elle mérite vraiment de porter ce nom. En vain les gouvernements se sont succédé sur un sol remué de fond en comble par la révolution, les institutions de Colbert sont restées debout. Que dis-je! Nonseulement elles ont subsisté, mais elles n'ont cessé de grandir. De même que la centralisation politique et administrative , instrument de la royauté, a été portée à sa dernière perfection par la Révolution , les institutions de Colbert ont traversé les régimes les plus contraires accusant de plus en plus leur origine et exagérant l'élément administratif et gouvernemental, qui était déjà si fort en elles dès le début.
Colbert était homme d'autorité et administrateur, et il ne vit dans les beaux-arts qu'une matière comme une autre à organiser, à réglementer et à discipliner. Du reste, si l'on admet que les arts doivent être administrés , il faut reconnaître qu'il trouva du premier coup les meilleures institutions qu'il soit possible de créer. Aussi la question est-elle celle-ci: les beaux arts doivent-ils être administrés?
J'ai comparé les destinées des institutions • de Colbert aux destinées de la centralisation politique et administrative. La comparaison est plus qu'exacte , et c'est similitude qu'il faudrait dire et non comparaison. En effet, sous Colbert et pendant foute la durée de l'ancien régime, les grands corps, institués sous le nom d'académies, ont joui d'une liberté relative; mais leurs rapports avec l'État, à partir de la Révolution, sont devenus de plus eu plus étroits, et l'action du pouvoir est devenue de plus en plus forte. Aujourd'hui la protection de l'État est immédiate, et les beaux-arts ne forment plus qu'une branche de l'administration générale. L'État, par la personne de ses ministres, dirige les écoles, nonmie et révoque à volonté les professeurs, rédige et modifie à son gré les règlements , assigne les dates des concours et des expositions , décerne les récompenses, administre les musées, inspecte les monuments publics , décide de l'acquisition des œuvres d'art, etc.
Les principales institutions d'art en France sont au nombre de trois: 1» l'école des beauxarts; 2» l'école de Rome; 3» le conservatoire de musique et de déclamation.
L'école des beaux-arts est consacrée à l'enseignement de la peinture . de la sculpture et de l'architecture; c'est elle qui remplace les corps enseignants des deux grandes académies fondées par Colbert, l'académie royale de peinture, en 1664, et l'académie royale d'architec-
ture, eu 1671. L'enseignement de l'école est gratuitement donné par vingt professeurs , savoir: sept professeurs de peinture, cinq de sculpture, quatre d'architecture, quatre d'anatomie, de perspective . d'histoire et d'antiquité. En outre, aux professeurs de la section d'architecture est adjointe une commission composée de vingt membres pour les assister dans les jugements des concours , laquelle est nommée par l'assemblée générale des professeurs de l'école. Les professeurs ne peuvent être âgés de moins de trente ans et de plus de soixante. Leurs nominations, ainsi que celle du secrétaire perpétuel, se font en assemblée générale des professeurs, et doivent être confirmées par le ministre. L'administration de l'école est confiée à un conseil de cinq membres, ayant à leur tête un président, dont les fonctions ne peuvent durer plus d'une année.
Les nationaux et les étrangers, kgGs de moins de trente ans, peuvent être admis à suivre les cours de l'école, après avoir subi un concours d'admission, auquel on peut prendre part si l'on est présenté par un maître connu. A la fln de chaque année scolaire , de grands concours ont heu , et donnent aux élèves qui en remportent les prix, le droit d'être entretenus pendant cinq ans, aux frais de l'État, à l'académie française de Rome.
L'école des beaux-arts a quelques succursales en province. Ainsi Lyon possède une école fondée sur des principes à peu prés semblables; Dijon en possède une autre, qui compte des professeurs de peinture, de dessin, de sculpture et d'architecture, etc.
L'école de Rome est encore une institution de Colbert. Elle remonte à 1667, et sa constitution est encore à peu près ce qu'elle fut à l'origine. La Révolution , qui changea les noms et les formes des autres institutions de Colbert, tout en en respectant la substance , maintint celle-là à peu près intacte. Les élèves qui ont obtenu les prix dans les concours annuels de l'école sont envoyés à Rome pendant cinq ans, et entretenus aux frais de l'État. Ils sont logés dans un palais qui est la propriété du gouvernement français, la villa Médicis, au monte l'incis , et placés sous la direction d'un artiste nommé par le même gouvernement. Chaque année ils doivent envoyer à l'école des beauxarts des études qui témoignent de leur assiduité , de leur application et de leurs progrès. Les quatre premières années les envois ne sont guère que des cartes de visite que l'élève est tenu d'envoyer au gouvernement qui l'entretient , mais la cinquième année les épreuves sont plus sérieuses. Les élèves sont tenus d'exécuter un tableau sur un sujet historique ou une statue. Ces suprêmes envois sont jugés par une commission de membres de l'Institut . qui décernent des prix à ceux qu'ils jugent digues de récompense. Le tableau ou la statue du concurrent couronné est acheté par le gouvernement à un prix généralement assez élevé, puis le jeune artiste , jusqu'alors pensionné et enseigné gratuitement, est laissé libre de parcourir la carrière à ses risques et périls.
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Mentionnons encore quelques détails. L'école de Rome ne compte pas seulement des peintres d'histoire, des sculpteurs et des architectes; elle compte aussi des peintres de paysage, des graveurs et des musiciens qui ont remporté les grands prix du conservatoire. Seulement les peintres de paysage et les graveurs n'ont droit qu'à une pension de quatre années, et les musiciens de trois années, dont ils peuvent passer deux années à Rome et une en Allemagne. Enûn, lorsque le décret du 9 février 1859 a réorganisé l'école d'Athènes (fondée par ordonnance royale du 1 1 septembre 18i6), on a créé une section des beaux-arts, laquelle est composée d'élèves de l'école de Rome qui sont envoyés en Grèce pour y continuer leurs études.
Telles sont les deux principales institutions qui gouvernent en France l'enseignement des arts plastiques ; il y a une troisième , très-importante, qui ne concerne pas seulement l'éducation des artistes , mais qui concerne directement leurs intérêts et leur renommée , c'est-à-dire les expositions des beaux-arts. Ces expositions , dont la mode commença au dixhuitième siècle, sont aujourd'hui le principal auxiliaire de pubhcité et de renommée pour les artistes. D'abord irréguhéres et peu encombrées d'œuvres , elles méritaient véritablement le nom de salons qui leur fut donné au dixhuitième siècle et qui leur est resté. Il y a eu à l'origine , et même sous la Restauration , des salons qui ne comptaient qu'une centaine d'œuvres; mais le nombre toujours croissant des artistes obligea le gouvernement à régulariser ces expositions qui devinrent annuelles pendant tout le règne de Louis-Philippe. Après la révolution de 1848, on fut eti'rayé de la prodigieuse quantité d'œuvres d'art inutiles que chaque année voyait éclore et on chercha un remède à cette stérile abondance.
Il fut décidé que les expositions n'auraient plus lieu que tous les deux ans; on fit en outre subir quelques modilications aux coutumes reçues, et il fut décrété que chaque artiste ne pourrait avoir plus de trois tableaux à la fois à l'exposition. La mesure n'était pas mauvaise, mais l'expérience prouve déjà qu'elle est inefhcace. Qu'importe qu'on diminue pour chaque artiste le nombre des œuvres, si le nombre des artistes qui peuvent présenter trois tableaux va toujours en augmentant. Les tableaux sont repoussés ou admis par un jury d'examen choisi parmi les membres de l'académie des beauxarts, auxquels sont adjoints les membres libres de cette académie ou d'autres personnes nommées par le ministre. A la clôture de l'exposition ce même jury désigne au ministre les ai'tistes qu'il juge dignes de recevoir une récompense ou une mention honorable. Les récompenses se composent de médailles , qui sont divisées en trois classes et qui ont selon leur ordre une valeur de 1,500, de 500 ou de 250 fr. En outre, une médaille d'honneur du prix de 4,000 fr. peut être attribuée à l'artiste qui se sera fait remarquer par un ouvrage d'un mérite exceptionnel.
Ces expositions sont l'institution la plus sérieuse qui existe pour l'encouragement des beaux-arts, car c'est la seule qui permette aux artistes de se produire et de se révéler au pubhc. Elles sont tellement dans les nécessités du temps qu'au moment môme où on cherchait à les restreindre par une mesure gouvernementale, les entreprises particulières en augmentaient le nombre. 11 y a aujourd'hui à Paris des expositions permanentes de peinture et de gravure. Les départements se sont piqués d'émulation; ils ont voulu, eux aussi, avoir leurs salons, et dans plusieurs villes des sociétés ou unions des arts se sont formées et des expositions ont été ouvertes. Enfin, au-dessus des expositions particulières, départementales ou nationales sont venues se placer les expositions universelles. En 1854, lorsqu'il fut décidé qu'une exposition universelle des produits de l'industrie aurait Heu à Paris, l'impératrice fit adopter l'idée d'une exposition universelle des beaux-arts. L'idée était heureuse et elle a été admise non-seulement en France, mais à l'étranger. La seconde exposition universelle des beaux-arts a eu lieu à Londres en 1862, la troisième a eu lieu à la grande exposition de 1867 à Paris, la quatrième à Londres en 1871. et à partir de 1872 elles se multiphent, en 1872 à Copenhague, en 1873 à Vienne, etc.
A côté de ces institutions qui ont pour but de former ou de produire des artistes , il ne faut pas oublier une institution plus modeste , mais à coup siîr aussi utile et plus féconde en résultats certains; nous voulons parler de Fècole spéciale de dessin et de mathématiques appliquées aux arts, créée en 1766 sous le titre d'école gratuite de dessin en faveur et sur la demande des six corps de métiers de la ville de Paris. L'école est régie par un directeur sous l'autorité du ministre. Elle a pour but de former des artisans habiles et des artistes de Finduslrie, sculpteurs ornemanistes, dessinateurs sur étoffes, etc., et elle atteint son but, car nos ouvriers d'art sont les premiers du monde pour le goût. Ainsi, tandis que nos écoles plus pompeuses restent à demi ou môme aux trois quarts stériles, nos écoles pratiques forment d'excellents ouvriers. C'est que le génie ne s'enseigne pas, tandis que les applications et les résultats des arts peuvent s'enseigner.
Le conservatoire fut créé en 1784 sous le nom dVccole de chant; deux ans après on y adjoignit une classe de déclamation dramatique. En 1798 il prit le nom qu'il porte aujourd'hui de conservatoire de musique et de déclamation. Ce dernier titre lui a été singuhèrement disputé, car la classe de déclamation a subi des vicissitudes nombreuses. Supprimée en 1828, elle fut rétablie en 1830; supprimée une seconde fois en 1831, elle fut encore rétablie en 1836. Le conservatoire est administré par un direcicur sous l'autorité du ministre et sous la surveillance de la commission siféciale des théâtres nationaux. Deux comités spéciaux nommés par le ministre, celui des études musicales et celui des études dramatiques, sont chargés des examens, du règlement et de l'or-
BEAUX-ARTS
dre de renseignement et de la composition du jury chargé de décerner les prix annuels. Le conservatoire, qui a pour but de former des chanteurs, des compositeurs, des cxécutauts et des artistes dramatiques, est de toutes nos grandes écoles d'art la plus populaire et la plus fréquentée. Elle admet près de six cents élèves des deux sexes qui reçoivent, comme les élèves de l'école des beaux-arts, un enseignement gratuit. A la classe de musique et de chant est annexé un pensionnat de dix élèves destinés aux études vocales et spécialement désignés. Les aspirants ne sont admis qu'à la suite d'un double examen et sur l'avis du comité des études musicales. Ils doivent être âgés de moins de vingt ans , sauf les exceptions autorisées par le ministre en faveur de sujets qui font concevoir de grandes espérances. Ces élèves contractent lengagemeut de débuter sur un théâtre national et de ne s'engager sur aucun autre théâtre. Ils ne peuvent être relevés de cet engagement que par le ministre. Les élèves vainqueurs dans les concours annuels sont, ainsi que nous l'avons dit, entretenus deux ans à Rome et un an en Allemagne aux frais de l'État; mais, moins heureux que les peintres et les sculpteurs, ils n'obtiennent à leur retour que la promesse assez généralement illusoire de voir représenter une de leurs compositions sur un des théâtres de l'État.
Enfin, pour compléter ce tableau des institutions d'art en France et du système qui les régit, disons que les théâtres nationaux, l'Opéra et la Comédie française, sont directement gouvernés par l'État. La Comédie française est régie par un administrateur nommé par le ministre et relevant de lui pour toutes les affaires impoi'tantes. 11 n'est plus comme l'ancien commissaire royal un administrateur gouvernant sous sa responsabilité : il n'est qu'un intermédiaire entre le gouvernement et les sociétaires de la Comédie. L'administration supérieure de l'Opéra a été également placée entre les mains de l'État.
Les institutions d'art dans les autres pays sont peu nombreuses, et la plupart sont encore à l'état d'enfance'. En Angleterre, pays de libre initiative et de libre association, l'idée de la protection par l'État est si peu comprise qu'en 1824 il n'y avait pas encore de musée national. A cette époque cependant elle eut assez justement honte d'être ainsi en relard sur les pays du coiilincnl. Un certain M. Angersteiii étant mort . le parlement vota une allocation de 6,000 liv. st. pour acheter sa collection qui se composait de trente tableaux. Ce fut le germe du musée connu sous le nom de National Gallery. Les acquisitions, assez modestes pendant les vingt premières années et sous l'administration du premier conservateur, se sont singulièrement accrues sous la direction de sir Charles Eastlakc. et ont exigé une somme de pins de 100,000 liv. st., dont la plus grande partie a été votée par le parlement. La galerie nationale est administrée par un di-