BLOCUS CONTINENTAL. — BOLIVIE
plus d'une fois un caractère dangereux. Le commerce vidait ses magasins par des exportations folles, on encombra littéralement l'Amérique du Sud de marchandises anglaises : le Brésil en reçut plus en quelques mois qu'il n'en avait consommé pendant les vingt années précédentes. La moitié des marchands de l'Angleterre était en arrangement d'affaires, ou en suspension déclarée. En décembre 1810, on compta 273 failliles ouvertes sur la place de Londres.
On est porté à se demander ce qu'il serait advenu de l'Europe, si Napoléon, toujours victorieux sur les champs de bataille, aA'ait persévéré dans son système continental. Mais une telle hypothèse n'est pas admissiljle. Le succès définitif de la guerre était matériellement impossible. En signant le déplorable décret de Berlin, l'empereur s'était fait à lui-même une de ces blessures auxquelles on succombe tôt ou tard.
Sourde ou ouverte, la résistance était partout, et pour la vaincre, on multipliait les fautes. On se lançait dans la guerre d'Espagne, pour forcer le Portugal à repousser les produits britanniques. On réduisit le roi de Suède, un Français, à armer son pays d'adoption contre la France. Le roi Louis de Hollande, père de Napoléon III, préférait abdiquer plutôt que d'accepter la responsabilité des violences infligées à ses sujets.
Pendant qu'une dernière coalition, la plus formidable de toutes, détachait les souverains de lalliancc française, à l'intérieur, les pertes du petit marchand, les privations du bourgeois consommateur, alïaiblissaient le prestige du gouvernement.
L'Empire tomba, et avec lui, le système continental. Pour l'industrie française, sa chute fut un véritable cataclysme. La victoire des coalisés avait brisé les lignes de douane, et le flot des produits étrangers entrait de tous côtés par les trouées qui avaient été faites. Les grands manufacturiers restaient inactifs, avec un outillage qu'ils avaient exagéré en vue du monopole. Les magasins regorgeaient de marchandises qui avaient supporté des droits excessifs. Le premier décret rendu par le comte d'Artois, comme lieutenant général du royaume, le 28 avril 1814, réduisit de quatre cinquièmes les taxes sur les sucres, les cafés, les cotons; telle marchandise dont le prix tomba à 3 ou 4 francs, avait payé G ou 8 francs au fisc seulement. De toutes les ruines commerciales de cette époque, la plus lamentable est celle du célèbre Richard Lenoir, qui, possesseur de sept grandes manufactures, et occupant 1 1,000 ouvriers, fut tellement frappé par la baisse des cotonnades entassées dans ses magasins , qu'il fut précipité dans la misère, où il mourut.
Est-il vrai que le système continental, malgré les violences et les mécomptes du moment , ait eu en définitive des résultats favorables pour la France, et qu'il ait puissamment contribué à l'essor de notre industrie? Les historiens panégyristes ont soutenu celle Ihèsc: il s'en faut de beaucoup qu'ils l'aient démontrée.
La manière dont la grande industrie s'était
constituée, a rendu presque inévitable le régime prohibitif qui a été si funeste à la France pendant un demi-siècle, et dont nous n'avons été délivrés qu'en ces derniers temps. Los belles inventions de l'époque, la soude artificielle , le gaz d'éclairage, la navigation à vapeur, la filature mécanique, sont anlérieurcs au système. L'invention de Philippe de Girard ne s'est développée que vers 1824 en Angleterre, et dix ans plus tard en France. Les deux cents fabriques où Fou pressurait la betterave, se sont écroulées dès que le sucre s'est rapproché de son prix naturel, et la sucrerie indigène ne s'est constituée industriellement que longtemps après.
Les bénéfices du système continental sont donc fort contestables. Ce qui est hors de doute, c'est qu'il a été pour beaucoup dans la chute du premier Empire. Les aberrations économiques conduisent fatalement aux fautes politiques, et elles ont des conséquences funestes auxquelles on n'échappe pas, quel que soit le génie de celui qui les commet.
Am)RÉ COCHTJT.
BLUE BOOK. Livre bleu ou document officiel anglais; c'est la couleur de la couverture qui lui a fait donner ce nom. En France et dans X la plupart des autres pays, la couleur des cou- V vertures" varie, seulement on a pris l'habitude de publier les documents diplomatiques : en France, dans un livre jaune; en Itahe, dans un Livre vert; en Autriche, dans un Livre rouge.
Le choix des couleurs n'a aucune signification.
BOISSONS. Voy. Bière, '7in.
BOLIVIE. La Bolivie est ce vaste territoire de l'Amérique du Sud, de 800,000 kilom. carrés, qui s'étend, du nord au sud, du 10* au 25® degré de latitude sud, sur une longueur de 350 lieues environ, et de Test à l'ouest, du 60* .au 75" degré de longitude ouest, sur une largeur d'à peu près 300; elle est bornée: — au sud par un rameau des Andes et par le désert de Chaco, qui la séparent (et ce mot doit être entendu ici dans son sens le plus rigoureux) de la république de Buenos-Ayres ; — au sudest, à l'est et au nord-est, par les plaines de rUruguay et du Brésil, dont Fépaisseur la sépare du reste du monde; — au nord, au nordouest et à l'ouest, par d'autres contre-forts des Andes ou par la chaîne principale elle-même qui la séparent du Pérou, et enfin par l'océan Pacifique qu'elle côtoie sur une longueur d'en- ^ viron 250 milles, entre San-TaUal-Point et la ^ rivière Loa, et où elle possède un seul port , situé à 130 lieues de Potosi, Puerto de la Mar ou Cobija, qui est à la fois mauvais et inaccessible, car une triple barrière est placée entre lui et l'intérieur du pays , le désert d'Atacama sur la côte, et la double chahie des Andes. Les évaluations les plus récentes donnent au pays une superficie de 1,315,022 kilomètres carrés.
Cet État , mal conformé et malheureusement né, n'a pu vivre jusqu'à présent que d'une vie