BOLIVIE
misérable agitée par des luttes stériles. Le pays qui rtçut depuis le nom de Bolivie, faisait autrefois" partie du Haut-Pérou. 11 dépendit d'abord de la vice-royauté de Buenos-Ayres, avec la capitale de laquelle réloignement et les déserts rendaient toute communication presque impossible; il fut ensuite réunià la vice-royauté du Pérou. Il ne se mêla que tard au mouvement qui, déjà depuis plusieurs années, avait soulevé les colonies espagnoles contre le gouvernement métropolitain. Limpulsion lui vint du nord. Ce fut seulement, en eliet, en 1824, que Sucre, jeune général colombien, le vainqueur de Pinchincha, oii il avait assuré l'indépendance de la Colombie ,ud instant le chef suprême du Pérou, qu'il avait all'rancbi par la victoire d'Ayacucho, l'ami et le principal lieutenant du célèbre Bolivar, l'homme enfin qui, après le Libérateur, s'était le plus distingué dans la guerre de l'indépendance, ce fut en 1824, dis-je, que le général Sucre fit la conquête de cette partie du Haut-Pérou. Au nom de la révolution, il proclama aussitôt lindépendance de ces provinces , le 6 août de la même année, et leur donna, le II mars 1825, le nom de Bolide^ en l'honneur de son mailre. La Bolivie fut d'abord réunie à la république du Pérou, et Bolivar y exerça un pouvoir sans contrôle, dont la Colombie et le Pérou euxmêmes n'avaient pas sentiles rigueurs au même point. On en fit bientôt cependant un État indépendant, et lorsque le congrès péruvien, réunià Lima, eut renoncé, en 1825, à ses droits sur ces provinces et donné son consentement à la séparation , Bohvar leur imposa la constitution connue sous le nom de Code bolivien , et en oITrit la présidence au général Sucre, qui les avait gouvernés en son nom jusque-là, mais ce régime fut de courte durée. 11 existait à peine depuis deux ans, lorsque Bolivar, averti que son pouvoir était menacé par des insurrections dans la Colombie, quitta en toute hâte le Pérou. L'édifice fragile qu'il avait voulu élever ne survécut pas à son départ. Deux insurrections éclatèrent contre le maréchal Ayacucho (Sucre), lune à la Paz, le 25 décembre 1827. l'autre à Chuquisaca, le 18 avril de l'année suivante; elles furent comprimées par la force; mais le président, dégoûté d'un pouvoir si disputé, donna sa démission el parvint à rejoindre Bolivar, non sans avoir couru de grands dangers.
La première constitution de la Bolivie confiait le pouvoir exécutif à un président uommé à vie , à un vice-président et à trois secrétaires d'État. Le pouvoir législatif, partagé par trois chambres, celle des tribuns, celle des sénateurs et celle des censeurs, était le produit d'une élection à deux degrés. Chaque chambre était composée de 30 membres, élus pour quatre ans, et tenait chaque année une session de deux mois. Après celle première constitution, il y en eut bien d'autres, qui se succédèrent tour à tour au milieu de luttes sans Irève et de révolutions sans portée. La plus récente, votée en 18G8, confiait le pouvoir exécutif à un présidert élu pour quatre
années , et le pouvoir législatif à un congrès^ 11 est vrai que celle constitution a été abolie en 1869, mais celle qui a dû la remplacer et celles qui ont pu suivre ne peuvent que reproduire les deux inslitutions fondamentales des répubhques de l'Amérique du Sud, le congrès et la présidence. Au reste, quel que soit le mécanis^me des formes gouvernementales, souvent empruntées aux théories les plus étudiées et les plus libérales de l'Europe, les Espagnols et les Indiens de l'Amérique du Sud ne comprennent guère l'exercice du pouvoir que selon des moyens qui passeraient en Europe pour une simple tyrannie. On est saisi d'une invincible tristesse quand on compare le degré d'abaissement où sont tombées ces vastes et riches contrées sous la domination des conquérants européens, avec la prospérité dont elles jouissaient sous le gouvernement paternel de ces princes aborigènes , qu'on appelle des barbares. A des peuples heureux qui, conduits avec douceur, vivaient dans l'abondance , PEurope est venue apporter la misère et Poppression. Les vainqueurs sont-Us mieux partagés? Il est permis d'en douter. Victhnes d'ambitions subalternes, déchirés par les factions, incapables de tirer aucun parti des richesses de leur sol, ils semblent voués à une irrémédiable déchéance. Espérons qu'ils trouveront le moyen d'y échapper en attirant des étrangers, et en s'infusant du nouveau sang.
Quelques progrès administratifs et judiciaires sont dus à M. J. M. Linarès, élevé à la présidence en 1858. H appartenait au parti hbéraL S'il entretint une armée onéreuse pour le pays, s'il mit à la tête des troupes un peu trop de colonels et de généraux de sa façon, s'il est impossible d'approuver toutes les mesures financières et notamment la fabrication de la fausse monnaie, qu'il entreprit sur une grande échelle, il faut lui tenir compte d'avoir apporté quelque économie dans les finances, d'avoir multiplié les écoles , d'avoir fait rendre des lois en faveur des Indiens , d'avoir régularisé le régime municipal et réformé l'organisation judiciaire. Une .uerelle avec le Pérou, dans laquelle le Pérou parait avoir tous les torts, faillit compromettre, en 1860, ce mouvement favorable, mais la bonne harmonie fut rélabhe entre les deux répubhques et elles s'unirent même plus étroitement, quelques années plus tard, sous l'empire d'un intérêt et d'un danger communs.
L'idée d'une fédération des républiques de l'Amérique du Sud se propageait en clFet : on eût voulu accélérer, par des relations politiques plus étroites, la civilisation de ce vaste continent, opposer un conlre-poids à Pinfluence des États-Unis, si menaçante pour les répubhques latines, enfin repousser toute intervention de l'Europe dans la pohtique du Kouveau-Monde. Jlais les Élats qu'il s'agissait d'unir sont séparés par bien d'autres dill'érences encore que leurs considérables distances, et quatre États seulement, ceux qui occupent le littoral du Pacifique dans la partie centrale de